Vin (1/4 de litre
5<* Pain ^132 grammes) . 5 ^
&• Dessert 10 —
Un sociétaire ne peut consommer plus d*un denû-litre par repas.
£n outre, TÂssociation s'est chargée de nourrir les internes de l'École professionnelle municipale au prix de 0 fr. 80 c. de 1851 à 1853 ; de 0 fr. 90 c, de 1854 à 1871 et de 1 franc depuis 1872.
£n 1877, dernière année dont j'aie les chiffres sous les yeux» l'Association a encaissé 140,089 francs pour prix de \ ,372,748 portions délivrées, et 31^868 francs pour nourriture des élèves de l'École professionnelle.
Loin d'être en perte depuis sa fondation, elle a distribué sur ses modestes bénéfices plus de 11,000 francs aux pauvres, plus de 15,000 francs à ses employés. ËUe a dépensé en constructions et réparations, depuis l'origine, 41,339 francs; elle a amorti son mobilier et son matériel général ; elle s'est constitué une réserve qui s'élevait à 51,000 francs au 31 décembre 1880.
M. Ëmest Brelay, à qui j'emprunte ces détails (1], termine son exposé par un juste éloge mêlé d'un regret : « Ces ehifEres, dit-il, sont éloquents ; ils représentent pour les
il) JoéinuU des ÈamomitUs de juillet 1881.
COOPÉRATION £N FRANGE IdS
trente années d'exercice un total de ventes de 3,600^000 francs environ. £n surchargeant les prix de 10 à IS pour cent au profit des consommateurs eux-mêmes, on eût pu leur constituer une épargne de 360,000 francs dans un cas, de 340,000 francs dans l'autre, et les doter ainsi magnifiquement d'une caisse d'assurance ou de retraite pour la vieillesse. ï>
Cela démontre, une fois de plus, la supériorité de la coopération sur les meilleurs économats. L'œuvre philanthropique de Grenoble, si excellemment administrée, a fait un bien qui laissera peu de traces. Une coopération, agissant comme elle, eût produit des effets durables, encore plus peut-être dans Tordre moral que dans l'ordre matériel.
Tous ces exemples démontrent amplement le bon marché inouï auquel on peut arriver, dans l'association, par Tapprovisionnement direct et l'économie des frais individuels. Or, autant le système des économats peut être nuisible à l'ouvrier, s'il l'arrache à la vie de famille, s'il l'exonère de toute prévoyance et lui permet de dissiper une plus grande partie de son salaire, ou même s'il facilite à des patrons peu scrupuleux la réduction du salaire ; autant il peut être bienfaisant entre les mains d'une coopérati^ve qui sait en faire un auxiliaire de la vie de famille et un moyen fécond de bienêtre et d'épargne.
La coopération a encore le moyen de s'exercer autrement. Quand elle ne peut s'appliquer directement à la satisfaction de tous les besoins de l'alimentation, du vêtement, du mobilier, etc., elle réussira souvent à procurer à ses membres les avantages du bon marché et de la bonne qualité, en traitant au nom de tous avec certains fournisseurs, en garantissant les paiements, en exerçant une surveillance active sur les produits et en prêtant son appui efficace aux réclamations de ses membres. '
A Wesserling, les chefs du grand établissement industriel qui réunit plusieurs milliers d'ouvriers, ont renoncé, en ce qui concerne les substances, aux achats des denrées et à l'entretien d'une boulangerie intérieure ; ils ont adopté un système plus simple qui consiste à garantir aux boulangers le paiement des achats qui leur sont faits par les ouvriers et, par contre, à obtenir un rabais sur le prix de vente et à exercer un contrôle sur la qualité et le poids du pain. Eh bien, ce que font les patrons et ce que font les intermédiaires intelligents comme Crespin, à Paris, la coopération peut le faire avec plus d'efficacité encore et de moralité.
Un boucher, un charcutier, un marchand de vin, un traiteur, un épicier, un cordonnier, un tailleur, etc., peuvent traiter avec négligence et dédain un petit client isolé qui ne leur apporte qu'un bénéfice insignifiant ; ils regarderaient, au contraire, avec déférence une association puissante qui leur assurerait le règlement comptant de leurs fournitures, sous retenue de l'escompte au profit de l'association, mais qui, d'autre part, en gros client qui représente des centaines de consommateurs, leur poserait nettement ses conditions.
C'est ainsi que la « Société d'épargne et de prévoyance de Saint-Rémy », à Bordeaux, organisée en 1873 par M. J.-B. Lescarret , a pu , sans ouvrir de magasin ni faire d'opérations directes, procurer à ses 31 S sociétaires des bénéfices équivalents à ceux d'une coopération, au moyen de fournisseurs agréés et contrôlés par elle et qui, en tin d'exercice, lui bonifient, sur le montant de toutes les ventes, une remise de 10 pour. cent.
L'œuvre de la coopération n'exige donc pas toujours- que l'on pratique un commerce ou une fabrication où l'on serait incompétent. L'important est qu'on observe ces deux conditions capitales, à savoir ; le paiement comptant, et l'épargne du bénéfice.
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Grâce à ces deux ressorts, la coopération peut aussi s'étendre au logement et à la propriété.
H. Audiganne proposait que les sociétés de secours mutuels qui, auK termes de Tarticle 8 do décret du 26 mars 1853, « peuvent prendre des immeubles à bail », se servissent de ce droit pour- se faire locataires principaux de maisons ou de parties de maisons, afin de les sous-louer aux ouvriers, a Le propriétaire, disait-il, n'ayant atFaire qu'à un seul débiteur, le prix des logements baisserait inévitablement; on ne serait pas obligé de couvrir les chances de pertes par le taux élevé des locations. Pour faciliter à chaque locataire le paiement de son terme, on pourrait en recueillir le montant par fractions mensuelles, tout comme la cotisation ordinaire. » (1). Dans ce même ordre d'idées, comme exemple du fractionnement des termes de loyer, on peut signaler ici une œuvre intéressante qui fonctionne à Paris depuis 1870 au profit delà classe indigente du V« arrondissement (Panthéon). C'est « rœuvre des loyers » dont le siège est rue Boutebrie et qui a pour objet de stimuler la prévoyance des pauvres gens en les engageant au paiement d'acomptes aussi fractionnés qu'ils veulent sur leurs loyers à échoir. A chaque versement qu'elle reçoit, la Société ajoute une majoration de 20 pour 100 ; c'est la prime qu'elle accorde à l'économie du travailleur. Voilà, dira-t-on, une œuvre de charité. Sans doute, mais, il est à croire qu'une coopération du loyer ne procurerait pas à ses membres un moindre bénéfice que ces 20 pour 100 donnés par une société de bienfaisance.
L'idée de M. Audiganne était donc juste : elle n'est réalisable que par la coopération, car il semblerait tout à fait contraire à l'esprit de la loi que les sociétés de secours mutuels pussent prendre à bail d'autres locaux que ceux qui leur sont nécessaires pour leur propre fonctionnement.
(1) Les populations ouvrières et les industries de la France, 2' Édition, tome II, p. 315.
198 l'association
Après la réduction du loyer viendra enfin Téconomie totale du loyer, quand on pourra procurer au locataire la propriété de sa maison ou de son logement; cela encore peut être l'œuvre de la coopération, comme nous l'avons vu à Rochdale et à Roubaix et comme aussi on peut l'imaginer par des procédés analogues à ceux dont nous avons parlé à propos de l'épargne immobilière.
En un mot, pour clore ce chapitre de la coopération de consommation, il n'est presque pas d'œuvre de patronage et de bienfaisance que la coopération ne puisse s'approprier et transformer en libre entreprise, sans aucun des inconvénients du patronage et de l'aumône.