CHAPITRE XVI
H. Schnlze-Delitzsch. — Les sociétés d'achat de matières premières. — Comment on pense les transformer en mannfactores coopératires. — Les sociétés d'avances oa banques populaires libres et les banques officielles ou philanthropiques. — Fonctionnement des sociétés d'avances.
Peu d'années après Tinîtiative des coopérateurs anglais, un mouvement peut-être encore plus fécond commence en Allemagne avec l'admirable propagande de M. Schulze-Delitzsch.
M. Schulze, disait M. Neiftzer, représente la plus grande influence en Allemagne après M. de Bismarck. L'illustre réformateur est né en 1808 d'une famille de magistrats à Delitzsch petite ville de la Saxe prussienne, dont il a ajouté le nom à son nom patronymique. D'abord juge assesseur à la cour de Naumburg, puisa la chambre de justice de Berlin, il devint administrateur du conseil de justice de aa vilfe natale. En 1848, Delitzsch le nomma son représentant à l'assemblée nationale de Berlin. Poursuivi eh 1849, comme prévenu du crime de haute trahison pour avoir refusé de voter l'impôt, il est acquitté, mais bientôt relégué dans un poste judiciaire inféférieur à Wreschen (duché de Posen) sur les frontières de la Russie. Il donne bientôt après sa démission et revient définitivement à Delitzsch en 1851, où il organise son admirable campagne économique.
Durant sa première magistrature, il avait déjà fondé à Deiitxsch, ainsi qu'à Eulenburg, deux sociétés pour l'achat des
SOO l'association
matières premières. Cest là le point de départ du grand mouvement mutuellisle de TAIlemagne, qui avait probablement des racines dans les coutumes populaires, mais qui serait resté latent sans Ténergie de M. Schulze.
M, Schulze sut observer pal* lui-même et démontrer aux artisans, tailleurs, cordonuiers, chaudronniers, menuisiers, clïapeliers, relieurs, etc., à quel point ils sont sous la domination et sous l'exploitation, même involontaire, des fabricants de matières premières.
Les cordonniers, les gantiers, les relieurs, paient les cuirs et les peaux 40 à 5Ù pour 100, les menuisiers et les ébénistes paient leur bois 20 à 40 pour 100 au-dessus des prix du ^ros. '
Cette majoration est nécessaire au vendeur, qui court le risque de n'être pas payé de sa marchandise en la livrant ainsi à de petits artisans isolés, dont la solvabilité est douteuse.
Hais, en prélevant une prime d'assurance si énorme sur les petits travailleurs, le fournisseur abuse aussi de sa position et réduit les malheureux artisans au travail infructueux, à la production à bas prix et à mauvaise qualité, qui leur aliène de plus en plus la clientèle sérieuse, les relègue de plus en plus dans les bas fonds industriels, et, en leur fermant tout moyen de délivrance, les laisse à tout instant surlesconrlins de la misère.
Or, tout le vice de cette situation tenait à l'isolement des artisans qui les laissait sans force vis-à-vis des fabricants. Moitié par expérience, moitié par prévision, M. Schulze se dit c^u'en associant les artisans, en les faisant solidaires les uns des autres, on les rendrait capables d'emprunter collectivement de l'argent à des tiers et on les mettrait, dès lors, en mesure d'acheter en gros, au prix du gros, les matières premières dont ils ont besoin pour leur travail, soitaucomptant sur l'argent emprunté, soit à crédit sur leur garantiecollective.
C'était, en définitive, appliquer la coopération à Tapprovisionnement des matières .premières et cette simple combinaison devait à la fois rendre aux artisans leur bénéfice normal, leur assurer de bonnes fournitures, relever par conséquent la qualité de leur production et les mettre en état de donner satisfaction plus complète aux consommateurs. En outre, en chargeant Tun d'entre eux du soin des approvisionne-ments, ils devenaient libres, moyennant un léger sacrifice de 6 à 8 pour 100, de s'appliquer exclusivement à leur travail.
Le résultat fut encore meilleur qu'on ne l'avait prévu. Non seulement les capitaux d'emprunt furent trouvés sans difficulté, mais les fabricants de premier ordre accordèrent immédiatement du crédit , oifrant d'expédier des marchandises en quantités supérieures à ce qu'on pouvait supposer.
Il n'y a point, sur le fonctionnement des sociétés d'approvisionnement, des détails aussi précis que sur les coopératives anglaises, parce qu'elles sont confondues dans la statistique générale des sociétés de consommation allemandes, mais on peut s'en rendre compte aisément d'après les indications suivantes.
Les sociétaires ne sont astreints à aucun versement mensuel, à aucune cotisation, ils paient seulement un modique droit d'entrée de un ou deux thalers (3 fr. 75 c. à 7 fr. 80 c.) qui s'accroît de tous les dividendes revenant au sociétaire. C'est là le priocipal ressort de l'association. On comprend, en eifet, que les sociétés d'approvisionnement n'ayant pour objet que d'assurer le bon marché et la bonne qualité des matières, n'ont pas besoin de les revendre aux sociétaires beaucoup au-dessus du prix coûtant, elles ne font donc de bénéfice que dans la mesure nécessaire : 1® pour couvrir les intérêts d'emprunt et les frais d'administration, ^ pour former une réserve permettant de parer aux éventualités défavorables e* d'accroître progressivement le crédit de l'association. Cette
un L'ASSOCIATION
réserve, à son tour , a une double forme : pour une part, elle constitue un fonds collectif, c'est la réserve proprement dite; pour l'autre part, elle constitue un dividende accumulé au compte de chaque sociétaire jusqu'au jour où la Société se dissout, ou bien délie le sociétaire de sa participation. Le sociétaire qui se retire retrouve son épargne accumulée, dont jasque-Ià il avait indirectement profité par le crédit qu'elle lui procurait, il la retrouve, dis-je, comme une sorte de petit tonds de retraite.
Au bout de quelques années d'exercice, les plus anciennes associations de Cordonniers, Relieurs, Tailleurs et Tisserands, présentaient le résultat suivant que nous citons à titre d'exemple, en le ramenant à une moyenne individuelle, par tête de sociétaire.
La part sociale de chaque sociétaire se trouvait portée par l'accumulation des dividendes à SI fr. 4Sc., la moyenne par tête de la réserve collective était de 9 fr. 93 c, soit au total 65 fr. 38 c. par sociétaire, garantissant un emprunt de 113 fr. 28 c. L'ensemble du fonds industriel, capital et emprunt, représentait donc 174 fr. 66 c. par sociétaire.
Ce fonds industriel, renouvelé plusieurs fois dans l'année, avait permis l'achat de S83 fr. OS c. de matières premières en moyenne par tête d'associé, laissant par la revente aux sociétaires un bénéfice social deS,33pour 100, savoir : 3,44 pour 100 applicables aux intérêts d'emprunts et aux frais de gestion, et 1,89 pour cent applicables à la réserve collective et aux dividendes accumulés.
Tout modestes qu'ils soient, ces résultats peuvent donner l'idée du bienfait réalisé par les association d'approvisionnement. Il faut observer en effet que les chifiTres précités sont relatifs à des sociétés récentes, résidant pour la plupart dans <ies petites villes de province. Pour avoir le bénéfice professionnel de l'artisan, il faut se rendre compte que dans les petits métiers, la main-d*œuvre double ou triple la valeur des matières premières.
Toujours est-il que dès 1873, les sociétés d'achat de matières premières dont M. Schulze possédait les comptes rendus, s'élevaient au nombre de 80S (y compris quelques sociétés de production) :en 1874 elles étaient 600 ; en 187S, 718; en 1876, 743, sans compter celles qui ne se sont pas fait connaître.
Une telle progression démontre la valeur de la combinaison (1).
A en croire les prévisions un peu enlhousiastesde M. Schulze, reproduites par son adepte fervent en Italie, le professeur François Viganô, les sociétés d'approvisionnement de matières sont appelées en se développant à transformer le régime du travail.
« On espère, disait M. Viganô en* 1865, pouvoir bientôt accepter des commissions, même de travaux de quelque importance, distribués par ceux qui sont à la tète des associations... On ne tardera pas non plus à construire en commun les outils et les machines dispendieuses pour les mettre à la disposition des sociétaires, pour leur industrie, pour leur trafic, avec des règles et des conditions déterminées pour leur conservation et leur consignation... Enfin, on ne tardera pas à faire en commun le commerce des articles fabriqués par les sociétaires, d'abord dans le's marchés et dans les foires, puis, quand '^ commerce le conseillera, dans des «alles^de ventes sociales, où chacun exposera les marchandises pour son propre compte, mais avec la charge des dépenses communes... Cela conduit à placer l'entreprise sous la direction d'un seul... qui détermine la matière et la forme des marchandises en ayant soin de ne laisser jamais manquer de celles qui sont préférées et demandées par les acheteurs et
« (1> Fin 1876 on connaissait, en outre, en Allemagne 1,049 sociétés cte consommation et 64 sociétés de construction de maisons. Ces chiffres sont tirés des documents publiés par M. ^Viganô, Banques populaires I, 284, II ^9, Resocmto publié en 1878, p 115.
par la mode... En conséquence^ les sociétaires ne font qu'exécuter des commissions bien déterminées; ils reçoivent pour leurs produits le prix commercial, mais ils perçoivent ensuite un surplus comme dividende, dans le bénéfice net de Texercice social... Schulze dit que ces sociétés allemandes de vente communes conduiront les associations à la perfection la plus élevée, c'est-à-dire à la production en commun... » . Soit, si Texpérience y conduit. Je ne demande pas mieux, pour mon compte, que Jes ouvriers arrivent à fonder des manufactures coopératives, bien qu'il y ait lieu de redouter pour eux les risques et les mécomptes que de telles entreprises comportent ; mai»^ comme une manufacture ne peut absolument réussir que par l'activité et la capacité commerciale et industrielle d'un seul chef, ainsi que l'indiquent d'ailleurs justement MM. Schulze et Viganô, il est à croire qu'il n'y aura pas beaucoup de sociétés d'approvisionnement et de vente en commun qui aboutissent à la manufacture coopérative. Auparavant, les hommes capables de les faire réussir, qui se seront révélés parmi les ouvriers, auront trouvé dans l'industrie ou le commerce ordinaires des postes plus avantageux à occuper pour leur compte ou pour le compte des capitalistes ; les capacités spéciales seront ainsi détournées du désintéressement relatif qu'exigerait d'eux la coopération. C'est là du reste un détournement qu'il n'y aurait pas besoin de beaucoup regretter, au point de vue général, et qui serait encore tout à l'honneur des sociétés d'approvisionnement, puisqu'elles se présenteraient ainsi comme des pépinières de chefs et de soas-chefs d'industrie, comme des comices de sélection parmi les travailleurs.
Sans insister sur la création des manufactures coopératives qui sont loin encore d'être expérimentées, ce qu'il importe surtout de constater ici, c'est que la société pour l'achat des matières qui, par certains de côtés, a tant d'affinité avec la
coopération de consommation, a marqué une étape décisive vers une forme ti'association plus importante encore, je v(îux parler de la mutualité de crédit.
a Les sociétés des matières grèges de Delitzsch pour les menuisiers et les cordonniers, dit M. Viganô, furent précisément les premières en Allemagne à prouver Ist puissance de la solidarité, comme base de crédit, pour les travailleurs et les industriels dépourvus de moyens, dont Tisolement fait fuir le capital. On vit cette puissance avant même d'en appliquer le principe aux sociétés d'avances. » '
Aussi, le? sociétés d'avances succédèrent-elles presque immédiatement aux sociétés d'achat de matières premières.
C'est en 18S0 que M. Schulze, de retour dans sa ville natale, fonda la Société d'avances de Delitzsch qui servit ensuite de modèle à toutes les autres .
D'année en année, les créations se multiplièrent : En 1854, à Eulenbourg et Klagenfurt; En 1852, à Peine, Darmstadt et Bessungen; En 1853, à Zôrbig et Meisscn; En 1854, à Celle et Eisleben; En 1855, à Bitterfeld;
En 1856, à Brehna, Osterfeld, Prenzlau, Kônisberg, Sangerhausen, Lukau, Liegnitz, Halle, Berlin , Stuttgard , Leipsick et Laybach ;
En 1857 , à Clausthal , Grandgoglau , Torgau , Wittemberg, Liebenwerda, Grossen,Wernigerode, Loschwitz, Dohna, Mutzchen, Zcrbst et Greversmûhlen;
En 1858, à Rehna , Mersebourg , Luckenwalde , Berlin .(autres caisses), Colberg, Aschersleben, Rothenbourg, Cottbus, Bomst, Weissenfels, Bergen, Dresde, Chemnitz,Bischofswerda, Reichenbach, Troppau, Allsted , Gotha, Dessau, Radegast, Coswig, Eschwege, Garlsruhe, Ichtershausen, Oschatz; etc. Je cite, malgré les noms étrangers, les fondations île ces premières années, pour donner le sentiment de leur progression rapide.
En 18S9, il y avait 80 sociétés d'avances ou banques populaires rattachées à Tagence centrale de M. Schulze et lui communiquant leurs bilans; — en 1869, 735; — en 1879, 899.
En 18S9, ces sociétés réunissaient 18,676 membres ; — en 1869, 304,772; — en 1879, 459,083;
En 1859,* leur fonds social, capital et réserve, était de 1,038,000 francs ; — en 1869, de 49,701,000 francs; — et en 1879, de 145,143,000 franc».
En 1859, leur fonds d'emprunts ou de dépôts était de 3,803.000 francs; — en 1869, de 160,134,000 francs ; — eu 1879, de 434 millions de francs, dont 151 millions de dépôts d'épargne; ^
Enfin , en 1859 , le total des crédits accordés s'élevait à 15,493,000 francs; — en 1869, à 681,008,000 francs; — en 1879, à 1,747,500,000 francs.
Et ce n'est là- qu'une partie, le tiers environ, des banques populaires d'Allemagne. Cette partie renferme , il est vrai, les Sociétés les plus importantes ; les autres ne communiquent pas leurs bilans à M. Schulze , qui ne peut faire figurer leurs opérations dans sa statistique ; mais on affirme que l'ensemble des banques populaires d'Allemagne, qui serait aujourd'hui d'environ 3,000, ne fait pas annuellement moins de 3 milliards d'avances aux travailleurs.
Résultat prodigieux , entièrement dû à l'initiative individuelle et d'autant plus significatif quand on le rapproche des tentatives officielles ou philanthropiques.
Dans toute l'Allemagne et principalement à Berlin, il y a des banques de secours, organisées par le gouvernement, les communes, les classes aisées, pour prêter sur caution, avec ou sans intérêts, à ceux qui ont besoin d'argent dans leurs petites industries ; l'ouvrier n'y va, comme au montnie-piété que quand il est dans un grand besoin. Abaisser sa fierté pour demander à un protecteur la faveur d'une caution, perdre de son indépendance à l'égard de ses garants supé
rieurs , fairô voir ses nécessités à la banque de secours : ce sont là autant de griefs qui arrêtent le travailleur. Bref, aucune de ces banques n'a réussi à employer tout son capital.
A Leipzig, en 18S5, des protecteurs fondent une banque de secours au capital de 32,025 francs; une année après, en 18S6, des ouvriers forment une société mutuelle, avec un petit fonds de 4,248 francs : en peu de temps les affaires de l'association ouvrière surpassent celles de la banque philanthropique. A Berlin, les banques d'avances- de l'État n'ont réussi à faire d'avances, les unes que pour le dixième les autres que pour le vingtième de leur capital. M. Vigand à qui nous empruntons ces exemples, conclut en disant que l'amour-propre des ouvriers repousse un secours qui ne vient pas d'eux-mêmes.
11 en fut ainsi à Paris, lorsque l'Empire voulut fonder, sous le patronage de l'impératrice Eugénie, la société dite du Prince impérial, pour les prêts de l'enfance au travail. Cette œuvre philanthropique ne réussit pas à employer toutei ses ressources pour son objet social. En 1864, sur 1,698,000 francs de ressources, on n'avait pu réaliser que o67,000 fr. de prêts au travail; le reste était placé en obligations du Crédit foncier ou en compte courant et restait sans emploi en face de la pénurie des travailleurs.
Revenons au fonctionnement des sociétés d'avances orga* aisées par M. Schulze-Delitzsch.
Cinq points principaux sont à examiner : a) la constitution du capital social), b) les capitaux d'emprunts ou de dépôts, c) l'administration de la Société, d) les prête ou avances, e) la répartition des bénéfices et la rémimération des fonctionnaires, administrateurs ou employés.
A) Capital social.
Il se compose principalement des parts souscrites par les
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sociétaires. La pratique a démontré que des parts de 10 à âO thalers sont suffisantes ; à Delitzsch, elles sont de 20 tha- 1ers (75 francs).
Le sociétaire les acquitte par versements mensuels qui sont de 2 à 5 gros (0.25 c. à 0,625, soit un total annuel de 3fr. à 7 fr. 50). Il faudrait ainsi dix ans pour libérer entièrement chaque part, si les dividendes auxquels elle donne droit ne venaient la compléter plus rapidement. En effet, tant que la part du sociétaire n'est point libérée, ses dividendes sont retenus et ajoutés à ses versements. En dehors de son minimum de cotisation et de ses dividendes, le sociétaire peut d'ailleui:^ opérer des versements mensuels plus élevés et même se libérer on une seule fois ; mais, dès que sa part est complétée, les versements ne sont plus reçus qu'à titre de dépôt et ne donnent pas droit au dividende.
Le compte de chaque sociétaire pour la libération de sa part sociale est établi sur un livret individuel.
Outre le capital formé par Tensemble des parts sociales, il y a un fonds collectif, le fonds de réserve proprement dit, constitué au moyen de droits d'entrée payés par les nouveaux sociétaires : à Delitzsch, il fut de 5 gros (0.625) pour 1853, de 10 gros (1 fr. 25) pour 1854; de 16 gros (3 fr.) pour 1855; je crois qu'on Tabolità partir de 1856.
Le fonds de réserve se grossit, en outre, de l'intérêt qui lui est afférent, conmie si c'était un fonds d'emprunt employé dans les affaires de la société, et il reçoit également un tantième des bénéfices sociaux jusqu'à ce qu'il représente de 2 à 4 0/0 des fonds gérés par la Société et au moins 4 à 6 0/0 des fonds d'emprunt.
Les parts sociales et le fonds de réserve forment Je capital de l'association destiné à garantir les emprunts et à couvrir les pertes.
Disons de suite que les pertes ont toujours été minimes. En 1869, c'est-à-dire presc[iie au début des sociétés d'avances,
a Société de Delitzsch subit des pertes dans la proportion de 19 pour 1,000 de ses opérations; les 80 sociétés rattachées à M. Schulze ne perdirent en moyenne que 11 pour 1,000. Actuellement, on évalue les mauvais risques à 9 pour 1,000.
Ces pertes sont toujours couvertes par les bénéfices qui sont dix fois plus considérables; mais, au cas où elles dépasseraient ou absorberaient les bénéfices, elles seraient supportées d'abord par le fonds de réserve collectif , ensuite par les versements des sociétaires ; et enfin, après épuise^ ment des parts sociales, viendrait la solidarité personnelle des sociétaires, qui sont tous engagés, comme des associés . en nom collectif, sur leurs ressources individuelles.
C'est là un régime sévère qui a peut-être été Tune des principales conditions de succès des sociétés allemandes.
Les versements des sociétaires et les dividendes qui s'y ajoutent , tout en figurant au compte individuel de chaque sociétaire, ne peuvent pas être retirés , même partiellement, tant que le titulaire reste membre de l'association ; mais celui-ci peut déclarer , six mois avant la clôture d'un exercice, sa résolution de quitter la Société. Les sociétaires sont déliés de leur engagement un exercice entier après qu'ils se sont retirés et, en tout cas, quand les créanciers l'approuvent ou quand on a payé les dettes de l'année.
« Quand une société se fonde, dit M. Viganô, on a l'habitude d'admettre des membres honoraires, c'est-à-dire des personnes qui aident à la fonder par des dons et des prêts, sans prétendre à aucune participation dans les bénéfices. Mais, pour atteindre le but de la société, il vaut mieux qu'ils . assument le caractère de sociétaires ordinaires, pour courir les mômes risques que les autres et se dépouiller vis-à-vis d'eux de cet air de protection qui pourrait les humilier. Aussi Schulze et les économistes qui s'occupent de ces établissements, se prononcent-ils contre l'admission de membres honoraires. f>
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B. Dépôts et capitaux d'emprunt .
Les garanties collectives et individuelles que je viens d'indiquer permettent aux sociétés d'avances de conixactef des emprunts auprès des capitalistes et de recevoir des dépôts des sociétaires eux-mêmes ou des tiers, amis, connaissances, parents, domestiques des sociétaires. On reçoit au dé^t même les personnes qui n'ont pas tous les droits civils : les femmes et les mineurs. A Delitzsch» on admet les dé{)ôts à partir de 10 gros. (1 fr . 25 c.); on leur alloue un intérêt de 4 Vo. Le taux des empnmts est généralement de 8 •/••
Chaque société d'avances forme ainsi une caisse d'épargne avec de plus grands avantages qua les caisses d'épargne ordinaires, notamment un intérêt plus élevé et une facilité très grande de remboursement , immédiat pour les petites sommes, différé de peu de temps pour les plus grosses*
Le maximum que peut atteindre le total des dépôts et emprunts est fixé par l'assemblée générale des sociétaires; il ne dépasse pas habituellement le double du montant des fonds propres de la société.