‹ Hygiène sociale contre le PaupérismeChapitre 4 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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r.OQCOurs institué par M. Isaac Péreire. — Données du programme sur l'instruction, ie crédit, la prévoyance et les impôts— Caractère gén^Tal des idées Sauit-Simoniennes.

Un homme dont le nom, joint à celui de son frère, est imprimé sur beaucoup d'oeuvres grandioses qui se sont accomplies dans le dernier demi-siècle, M. Isaac Péreire, a institué, quelques mois a^vant de mourir, comme par un acte de sa dernière volonté, un concours sur le Paupérisme.

C'est une noble et généreuse idée, digne du journaliste de 1830, du professeur d'économie politique de 1831, du fondateur de nos premiers chemins de fer de 183S à 1832 et du financier qui, sous l'Empire, émerveilla le monde des affaires par ses conceptions hardies et ses vastes spéculations.

M. Péreire a eu raison. Sous un aspect particulier, c'est en définitive le problème social qu'il a soulevé encore une fois avant de mourir. Car il n'était pas de ceux qui nient la

question sociale; cette question-là n'est que trop vivante, elle est éternelle. La société va progressant et se transformant sans cesse, et nous, parties conscientes de ce vaste corps, qui agit et qui marche sans que nous ayons encore pénétré le secret de sa vie et de sa direction, nous cherchons en tâtonnant à contribuer par nos efforts à l'évolution normale du grand être collectif au sort duquel nous sommes liés.

M. Péreire avait le droit de se préoccuper du problème, car il était du petit nombre des penseurs de ce temps à qui la plume n'avait pas suffi, qui ne . s'étaient pas réfugiés dans quelque idéal de convention, qui s'étaient dit (c'est un mot de son frère Emile) : « 'Nous écrirons nos idées sur le sol, nous leur donnerons corps et consistance. »

Il avait, avec son frère, écrit ses idées sur le sol en y traçant des milliers de kilomètres de chemins de fer, en y édifiant par centaines les usines, les banques, les hôtels, en répandant dans toutes les mains ces valeurs mobilières, ces titres représentatifs des richesses collectives, qui marquaient l'avènement d'un régime économique nouveau.

Certes, après de tels efforts, multipliés par l'émulation de tous les financiers, des administrateurs et des ingénieurs du siècle, M. Péreire avait le droit de s'étonner que la .question sociale ne fût pas résolue, au moins en principe, et de se préoccuper douloureusement de la revoir surgir aussi menaçante, aussi impénétrable que jamais. Après le long règne industriel de Louis-Philippe, auquel il avait participé avec éclat, pourquoi la révolution sociale de 1848 et les sanglantes journées de Juin? Après la dictature militaire, industrielle et financière de l'Empire, pendant laquelle il était, avec son frère, arrivé à l'apogée de la fortune, pourquoi l'écroulement de 1870 et la terrible revendication de la Commune de Paris?

. A quoi servent donc les chemins de fer, les usines et les banques? devait se demander M. Péreire, si le paupérisme

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repsrah toqoiirs et ravi^it périodiquemeait sur le champ de bataille avec des armes plus redoutables, en appelant sur sa tète des répressions plus meurtrières ?

Quand cette interrogation se fut posée dans son eœur, M. Péreire n'hésita pas à reprendre sa plume de publictste philanthrope. Préludant peut-être à quelque nouvelle conception de son génie financier, que la mort est venue interdire, il ouvrit son concours sur le paupérisme, en y consacrant une dotation princière de cent mille francs à répartir sur quatw questions et en vingt prix.

M. Péreire ne s'est pas contenté de poser le problème, il en a indiqué les solutions avec une fermeté et une précision qui déiûontrent qu'elles étaient bien arrêtées dans son esprit.

« La charité, dit-il, malgi'é les efforts les plus généreux, est impuissante à faire disparaître le paupérisme. »

Les moyens sont autres, et il en offre trois principaux à étudier :

La généralisation de l'instruction ;

L'organisation du crédit;

L'organisation de la prévoyance ;

Puis il y joint comme un complément nécessaire :

La réforme des impôts.

Voilà les quatre remèdes proposés. Sur chacun d'eux, il donne des instructions sommaires, nettes comme des ordres de confbat.

En ce qui concerne l'instruction, il faut « recherdier le floeilleur système d'inslxuction publique à tous les d€!frés, comprenant l'instruction primaire, l'instruction secondaire et professionndle et l'instruction supérieure. Ce système devra préparer tous les citoyens aux fonctions quHls ont à r^nplir •dans la société, développer tous les talents et toutes les aptitudes, dans la triple direction des Beaux-Ârts, des Sciences et de l'Industrie, assurer le meilleur classement des individus

suivant leurs capacités, la division rationnelle des fonctions et leur direction dans un but commun.

)> L'instruction à tous ses degrés constiluant une dette de la société envers tous ses membres, le principe de la gratuité, dégagé de toule contrainte, devra être appliqué sans restriction à rinstruction primaire, à l'instruction secondaire et professionnelle, et à l'instruction supérieure. Mise à la portée de tous les citoyens, rinstruction s'imposera d'elle-même et deviendra obligatoire pour tous, par le seul fait de sa nécessité dans toutes les conditions de la vie sociale. »

Je passe les autres recommandations qui ont trait surtout à rétude des systèmes en vigueur aux Etats-Unis.

On voit que le programme de M. Péreire se résume en ceci : l'instruction dette de l'État, — parfaite adéquation aux fonctions à remplir, — gratuité absolue, — pas d'autre obligation que celle qui résulte moralement de sa nécessité mêm9;

Xaîs affirmations d'un esprit éminent soulèvent autant de questions nouvelles : l'instruction donnée par l'État peutelle être appelée une dette sociale? ne doit-elle pas plutôt être présentée comme une avance faite à llndividu avant toute réciprocité de celui-ci ? Comment le système scolaire parviendra-t-il à assurer le meilleur classement des individus et à varier suffisamment l'instruction pour obtenir un enseignement absolument coi forme aux aptitudes? N'y a-t-il pas là une certaine confusion des devoirs qui incombent 1 l'instituteur avec c^x du père de famille, et en demandant trop à l'un, trop peu à l'autre, ne risque-t-on pas de les rendre impuissants? Si l'instruction doit être gratuite pour ne point peser comme un impôt sur la famille de l'ouvrier ou du paysan qui utilisait le travail de l'enfant, cette gratuité, pour être entière, ira-t-elle jusqu'à l'entretien de l'enfant? Enfin, n*y a-t-il pas quelque contradiction à supposer que des parents ignorants et imprévoyants sauront, en dehors de

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