PROBLÈME DU PAUPÉRISME
toute contrainte légale, apprécier la nécessité de rinstruction, alors que celle-ci a précisément pour objet principal de développer chez ceux qui ne l'ont pas, Fesprit de prévoyance et le respect de la science?
• En défimlive, Fauteur du programme paraît avoir eu Tillasion généreuse que les aptitudes fonctionnelle^ existent toutes formées dans les esprits et que la demande d'instruc-^ tion n'attend que d'être satisf:iite, de manière qu'il suffise de fournir à la demande, pour (jue, immédiatement, toutes les forces perdues soient utilisées et que la puissance sociale rebondisse avec un élan nouveau.
Dans quelle minime mesure cela est-il vrai; combien, au contraire, est-il nécessaire de créer les aptitudes et de surmonter l'inertie : c'est ce que la suite de cette étude nous permettra de décider plus sûrement.
En ce qui concerne le crédit, M. Pereire recommande u d'étudier l'organisation du crédit la plus propre à développer le ti'avail sous toutes ses formes et à commanditer les travailleurs de toutes classes, a
II préconise à ce point de vue « la constitution des banques établies sur le principe de la mutualité qui a produit en Allemagne de si grands résultats, et qui doit procurer aux tmvailleurs le crédit au meilleur marché possible, en les faisant profiter directement de tous les avantages de la circulation fiduciaire. »
En dehors de l'objectif, qui est excellent, les moyens indiqués par Fauteur du programme sont donc : le crédit mutuel, la circulation fiduciaire; et, il y a lieu, en outre, de remarquer, en regard de Féloge des banques d'Allemagne, qui sont coopératives, l'omission des banques d'Ecosse, les premières en date et qui, bien qu'instituées en sociétés anonymes, ont rendu de si grands services aux travailleurs.
La pensée du programme sur cette question du crédit est sommairement exprimée, mais elle reprend toute sa clarté
quand on la rapproche du projet de MM. Péreûre ior YoÊgfih nisation du crédit mutuel, tel qu'il fut présenté à TËmpe^ reur Napdéou III, en Tannée 1853. Le projet consistait « à reconstituer les corporations sous une forme libérale, conforme aux progrès et auK besoins du temps 9^ en syndiquant tous^ les membres d'une même profession, de manière à exercer sur eux une surveillance efiective et à constater exactement leur capacité et leur honorabilité. Qiaque groupe corporatif devait ensuite garantir solidairement lea eugagements commerciaux de ses membres, en leur servant d'intermédiaire auprès d'une Caisse centrale des sociétés de crédit mutuel, qui réescomptait elle-même ces engagements au Crédit mobilier. Le Crédit mobilier devenait ainsi, à l'égard des mutualités professionnelles ce qu'est la Banque de France pour les escompteurs du commerce. Le Crédit mobilier, à son tour, ne pouvant remettre en circulation les billets de la petite production syndiquée, devait se procurer les ressources nécessaires à l'aide d'une monnaie fiduciaire portant intérêt, qui devait se substituer aux fonds dormants aux valeurs métalliques accumulées en France, <& véritable mine d*or et d'argent, disait le mémoire, d'une exploitation bien autrement facile et féconde que celles de l'Australie et de la Californie» »
Le projet, discuté au Conseil d'État, n'eut pas de suite, ce qui est le sort de beaucoup de projets utiles et nouveaux présentés au Conseil d'État; néanmoins, dans ce cas,, je serais enclin à penser que le Conseil rendit service à MM. Péreire, en n'autorisant pas leur création. Le succè» n'aurait pas, je pense, répondu à leur attente. Le patrouaget éclairé qu'ils voulaient exercer sur les syndicats profession^nels et la stricte discipline nécessaire à leur organisation di* crédit, auraient éveillé l'insurmontable défiance des travailleursy qui ont besoin de crédit mais qui tiennent encore plus à leur indépendance. Enfin, la monnaie fiduciaire por-
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taai intérèty si elle avait r^ssi, n'était pas sans éanger. Le problème du crédit» en effet, n'est pas de multiplier le naméraire ou ses équivalents, ce' qui aboutit à un renchérissemcnt général et factice de tous les objets de consommation; il consiste à mieux utiliser les capitaux réels. Il n'y a pas lieu de rechercher de nouvelles mines d'or, d'argent ou de papier; il faut s'occuper simplement de mieux répartir les mayens de production existants et par conséquent les signes d'échange qui permettent de se les procurer.
Ici encore, sur la question de l'organisation du crédit, nous nous heurtons donc à une solution incertaine qui soulève bien des objections.
En ce qui concerne l'organisation de la prévoyance pour la vieillesse, M. Péreire propose « l'institution générale des cftisseade retraite au profit de tous les travailleurs, au moyen d'une contribution imposée aux chefs des diverses entreprises et à tous les patrons : cette contribution, qui constitue une réserve pour l'avenir, étant le complément nécessaire du salaire des travailleurs et devant former la base de combi-> naisons analogues à celles qui sont appHquëes aux assurances et à la création des rentes viagères. On devra apprécier à ce sujet les institutions de cette nature créées par les Com:pagnies de chemins de fer. »
Sur ce point, nous nous permettrons de signaler un défaut d'analogie entre les manières de voir de l'auteur sur l'instruction et sur la prévoyance, deux objets qui ont pourtant beaucoup de ressemblance. L'instruction, H. Péreire la veut gratuite mais non obligatoire. La prévoyance, il la veut aussi gratuite (le serait-elle dans son système ? Et la contribution imposée au patron ne viendrait-elle pas en défalcation des salaires payés aux ouvriers ?) ; mais en revanche, il la veut obligatoire ; et elle le serait en effet, non pas tant pour les patrons qui n'auraient de la charge que Tapparence, que pour leà- ouvriers qui en subiraient la répercussiiMQ.
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Les objections de M. Péreire contre l'obligation de Tinslruetion se tourneraient avec plus de force contre l'obligation de la prévoyance, mais ce n'est là encore qu'un des nioinâres côtés de la question. Ëûl-on réalisé le système indiqué, on n'aurait point résolu le problème. En obtenant artificielleoient et en quelque sorte mécaniquement les effets matériels de la prévoyance^ on n'aurait pas développé Tesprit de prévoyance, on n'aurait pas moralisé l'ouvrier. En lui dissimulant son épargne,, on ne lui aurait pas communiqué le sentiment de l'économie et de la modération, on ne l'aurait pas relevé de l'esclavage de ses instincts ; on se serait borné à le perpétuer dans sa misère en la lui rendant plus supportable, ce qui ne serait certes pas un service rendu à Thumanité.
Mais le système comporte, en outre, d'assez graves conséquences. L'exercice obligatoire de l'épargne par les patrons conduit à l'accumulation desdites épargnes dans les caisses officielles d'épargne et de retraites. Or, à l'occasion de l'impôt, M. Péreire préconise Tallègement des contributions par la méthode habituelle des emprunts « pour accomplir, dit-il, toute œuvre reproductive comme celle de l'éducation et celle des travaux publics » ; il propose alors de v( concentrer sur ee mode de placement tous les fonds des caisses d'épargne et de retraite ». Enfin à l'occasion du crédit, il fortifie encore cette idée en recommandant d'étudier « les moyens d'assurer la réduction successive du taux de l'intérêt et la transformation des rentes perpétuelles en rentes viagères s> , évidemment, en grande partie, par le placement des fonds de retraite.
Tout se tient étroitement dans ce système, mais tout est menaçant pour la liberté et l'initiative individuelle de& travailleurs. Si l'État est désormais le seul metteur en œuvre des fonds épargnés, c'est le crédit personnel dépouillé de la ressource de tous les capitaux qui se créent annuellement, c'est la commandite du petit producteur sevrée précisément