fr. au total
laissant un solde non utilisé de 1.409.800 francs.
Ea 1869, sur toutes ces sociétés encouragées il n'en subsistait plus que sept à Paris, dont une entièrement libérée ipis-à-vis du Trésor et les autres poursuivant leur libération. Dans les départements, il n'y avait plus que deux sociétés. Mais, pour être juste, il faudrait faire la part exacte des événements politiques dans ces extinctions de sociétés ouvrières. En définitive, on estimait la perte problable de l'opération du gouvernement entre 1,500,000 francs et 2 millions. «On n'aurait pas perda un centime, dit M. Yiganô, en prêtant individuellement aux ouvriers et en intéressant leur énergie, leur dignité, leur activité. » Je le crois volontiers, mais à la condition que l'État n'eût pas fait les prêts lui-même.
En 1853, MM. Emile et Isaac Péreire, avec M. Benoit Fould, présentèrent au Conseil d'État un vaste projet d'organisation de sociétés de crédit mutuel .
Ce projet était précédé d'un exposé où M. Emile Péreire formulait ainsi son idée : « La combinaison que j'ai conçue aurait pour effet d'étendre jusqu'aux classes d'entrepreneurs d'industries les moins favorisées par la fortune, jusqu'à Touvrier en chambre, les bienfaits du crédit que les institutions existantes, malgré les plus louables efforts, ne peuvent mettre qu'à la portée du haut et du moyen commerce. »
On voit combien l'intention était louable et quelle idée juste se faisaient les Péreire de la puissance de la mutualité.
Dans l'application, ils ne s'inspiraient pourtant ni des faits connus de l'Écossè et de l'Angleterre, ni de l'expérience commençante de M. Schulze-Delitzsch, en Allemagne. Ils. visaient à une reconstitution industrielle des corporations, ils voulaient grouper en syndicats distincts tous les membres d'une même profession ayant besoin de crédit, et ils n'en excluaient pour ainsi dire personne, mais ils imposaient à cbacun une périme d'assurance variable suivant sa solvabilité.
Cbaqufi syndicat professionnel ainsi constitué devait posaédfir un fonds d'assurance alimeixté par les primes
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des sociétaires et un fonds de prévoyance alimenté par des cotisations mensuelles, proportionnelles au crédit demandé. Ces deux fonds servaient à couvrir les sinistres résultant de rinsolvabilité des sociétaires; c'est sur cette double base que le syndicat devait donner son aval de garantie aux valeurs souscrites par les sociétaires. Après quoi, une Caisse centrale des sociétés de crédit mutuel devait escompter ces valeurs ou ouvrir des crédits en compte, en réescomptant tout ou partie de son portefeuille auprès du Crédit mobilier qui, à son tour, se serait procuré les foads nécessaires par des émissions d'obligations.
Ce projet n'eut pas de suite, mais il est intéressant d'observer combien il diffère de l'organisation des banques d'Aile* magne, si complètement sanctionnée par l'expérience.
En Allemagne, on commence par l'épargne et non par le crédit ; c'est la régularité de l'épargne qui donne l'accès du crédit. On ne groupe pas les travailleurs par profession, en sorte qu'ils ne sont pas méfiants les uns des autres, redoutant de s'ouvrir entre eux et portés à se refuser le crédit. De plus, les besoins étant divers ne sont pas simultanés, et l'épargne des uns peut servir à créditer les autres, sans même qu'on soit obligé de recourir à une caisse étrangère.. En outre, les risques, divisés, arrivent mieux à se compenser ; si uiie crise sévit sur les industries du cuir, l'industrie du bois, celle du coton, celle de la laine, celle du fer n'en seront pas d'abord atteinteâ, et les sociétaires de ces professions viendront plus aisément et à charge de réciprocité au secours de leurs co-àssociés menacés. Enfin, deux autres observations sont encore à faire. L'une, c'est qu'en Allemagne, une égalité complète règne entre tous les sociétaires, on n'a point songé à les diversifier par des primes d'assurance inégales : si le sociétaire est régulier, est honorable, est bon ouvrier, est bien cautionné par un camarade, il est admis au crédit, sinon il est rejeté ; c'est grâce à cette séleo-
tion rigoureuse conîmandée par la solidarité de toUs^ que les banques d'Âliemagae ont conquis leur prospérité, et il n'y a pas au monde de mécanisme d'assurance, si ingénieux soit-il, qui puisse tenir lieu de cet examen personnel exercé par des personnes responsables. L'autre observation est que leé banques allemandes sont organisées d'une façon autonome et intégrale, en telle façon qu'elles peuvent déjà, sur une petite échelle, se suffire à elles-mêmes, bien qu'elle* doivent naturellement se développer encore plus avec i'aide de banques de crédit superposées; néanmoins, elles sont indépendantes et satisfont profondément le sentiment démocratique des travailleurs. MM. Péreire, dans une excellente intention, présentaient leur système .d'organisation du crédit comme un puissant moyen d'assurer le bon ordre et l'influence du gouvernement; il l'eût été sans contredit, s'il avait pu être appliqué; mais il est fort à douter (|ue les travailleurs eussent accepté d'être ainsi enrégimentés sous l'étroite surveillance et la direction d'une Caisse centrale ayant les faveurs de l'Empire. « Le crédit, particulièrement le crédit populaire, est d^une sensibilité immense, dit M. Viganô; l'honnête ouvrier, le petit industriel, aiment qu'on conserve le plus rigoureux secret sur leurs besoins. S'ils voient des personnes très influentes, officielles, dans les comités de leur» sociétés, on est bien sûr qu'ils ne reviendront pas demander de l'argent. Leur dignité, même quand elle est voilée par la modestie, feur enseignera de nouveau le chemin de l'usurier discret, où ils continueront à lutter contre les nécessités^ avec une résignation forcée, éternelle. »
Telles sont les raisons qui nous semblent défavorables à une organisation du crédit mutuel par en haut, par un patronage officiel, mais je me hâte de déclarer que ces raisons qui nous apparaissent si clairement aujourd'hui, grâce à l'expérience acquise, n'étaient pas aussi évidentes à l'époque du projet de MM. Pereire, dont le mérite reste entier.
C'est -en septembre 1863, pour obéir à la propagande qui nous venait d'Allemagne et d'Angleterre et développer le mouvement coopératif républicain, en opposition au mouvement coopératif officiel dont l'Empire cherchait à se faire honneur, que se constitua la première tentative de banque populaire parisienne; elle prit le titre excellent de Société de crédit cm travail (J.-P. Beluze et C*^) et la forme de la société en commandite simple, pour permettre l'accroissement continu du capital^ sa restitution aux souscripteurs, sa libération par fractions successives, et pour laisser l'assejoablée maîtresse de l'admission des nouveaux sociétaires.
La gérance était cependant organisée d'une façon bâtarde, eomme il arrive chaque. fois qu'on veut tourner la loi. Le garant responsable^ mais électif et révocable, était assisté d'un conseil de gérance, d'une commission de contrôle, d'une conmiission de crédit, d'un conseil judiciaire.
La Société devait se livrer aux opérations suivantes :
(( i^ Créditer les associations généralement quelconques, soit en leur fournissant des fonds à titre de participation^ soit en escomptant leurs valeurs, soit en leur ouvrant des crédits. » — C'était là s'ériger, non en banque d'avances, mais en crédit mobilier coopératif, et les statuts précisaient, plus loin, la faculté de se livrer à ces dangereuses opérations en disant : a La Société pourra faire avec les associations toutes entreprises en participation, pourvu, toutefois, que la durée de chaque opération ne soit pas de plus * d'une année. Néanmoins, l'Assemblée générale pourra, dans certains cas, autoriser le gérant à traiter pour des entreprises exigeant un plus long terme. }>
m 2® Assurer à ses propres membres un crédit au moins ^al pour chacun à son capital versé dans la commandite, et pouvant dépasser ce chiffre par la garantie solidaire de plusieurs membres ou de tiers.» — Fonctionnement analogue à celui des banques d'Allemagne, mais difficile et dangereux
MUTUALITÉ DE CRÉDIT EN FRANGE â27
du moment que le capital de la banque, pouvant s'engager dans des participations à long terme, ne restait plus toujours disponible pour des prêts à court délai. On faisait ainsi du crédit mobilier coopératif avec un capital n'ayant qu'une valeur de dépôt et d'ailleurs non couvert par une solidarité complète des sociétaires à la façon allemande.
« 3® Accorder le crédit à des tiers se cautionnant solidairement pour le remboursement des emprunts par eux. souscrits.» — C'était là encore sortir tout à fait du fonctionnement des banques allemandes qui n'accordent le crédit qu'à leurs propres sociétaires.
4<> Enfin, « faire pour la clientèle les opérations ordinaires de banque et de Bourse et recevoir en dépôt les fonds et les titres, etc. »
On commença à fonctionner en octobre 1863 avec 172 associés et 20,120 francs de capital. Le 4 février 1866, on comptait 1,095 associés et 183,150 francs décapitai. On aboutit bientôt à un désastre. Depuis deux ans on ne prétait plus, mais toutes les ressources sociales étaient compromises ; on avait imnQK)bilisé, presque au début, dans une seule maison de Paris^ une somme supérieure au capital social.
M. Viganô a attribué ces fautes de gestion au non-renouveUeioent du conseil d'administration et à la camaraderie qui en résulta.
M. Cohadon, plus justement, a mis le. doigt sur la plaie : « Au-dessus de ces fautes, a-t-il dit, il y a eu une erreur primordiale, cause vraie de la débâcle ! Premièrement, une ^héorie fausse. Vers 1863, toutes les Sociétés alors existantes et en voie de création cherchaient à se donner un centre qui mît fin aux difficultés qu'elles éprouvaient à emprunter directement aux banquiers et capitalistes. Le centre constitué, à l'aide de la Société du crédit au travail, on s'est senti disposé à prêter à certaines sociétés, non plus seulement pour escompter leur papier de commercey mais pour coMPJbÉTtR
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LEUR CAPITAL D'ÉTABLISSEMENT. Partant de cette idée, on a voulu improviser rapidement des sociétés capables de rivaliser avec les anciennes, qui puisaient leur force dans leur durée. On a voulu aller trop vite et quand même. Sans doute, il faut aider les sociétés naissantes, mais très modérément. Le prêt doit être comme le volant d'une machine, il doit entretenir le mouvement et non prétendre le produire de prime saut et devenir le moteur (1). »
Peu de temps après la création de la Société de crédit au travail, se fondait également, le 17 janvier 1865, par les soins de MM. Comte, Léon Say et Léon Walras, la Caisse d'escompte des associations populaires de crédit, de production et de consommation, société à responsabilité limitée, au capital de 100,000 francs, bientôt porté, en mars 1866, à 200,000 francs.
Cette Société, qui s'était formée, sous le patronage et avec les conseils des notabilités de l'opposition libérale, avait affirmé, par la bouche d^ MM. Jules ^Simon, Léon Say, etc., les principes les plus corrects en matière d'escompte et de crédit. Ses statuts, cependant, étaient encore un peu trop larges, et leur application le fut beaucoup trop.
A l'Assemblée générale du 31 mars 1866, les commissaires de surveillance, MM. F. Vernes et J.-E. Horn, font ressortir la situation suivante :
Ressources sociales :
Capital versé. Fr. 50.000 »
Dépôts de garantie ou de provision. . 8.458 90
Dépôts en comptes courants 32.000 75
Total Fr. 90.459 66
(1) Voir celte curieuse discussion dans Tancien Économiste français du ^ avril 1869.
Emploi, des ressources :
Avances à long terme Fr. 68.419 78'
(dont 3.319 fr. 75 de commissions).
Escompte de valeurs en portefeuille. . 28.813 OS
Total. Fr. 97.262 80
Les commissaires, qui s'étaient émus de cette situation, font alors connaître à l'Assemblée les explications qui leur ont été fournies parle Conseil.
« Pourquoi des prêts à long terme dans une société d'escompte ? avons-nous dû demander aux administrateurs. Parce que cette opération, ont- ils dit, était indispensable pour arriver à l'autre. U fallait aider à la création des Sociétés de coopération pour escompter ensuite leur papier. Vous avez voulu faciliter leur formation : nous n'y serions jamais arrivés par l'escompte seul. Le capital de formation manquait, les ouvriers sont venus nous le demander et nous le leur avons avancé, remboursable sur leur salaire par des retenues mensuelles. Ainsi nos prêts sont remboursables en cinq ou six ans, en 1870 ou 1871. De plus, nous avons fait souscrire à ces Sociétés des obligations remboursables, lesquelles nous nous proposons de négocier pour rentrer dans notre capital et l'employer de nouveau... »
Partant' de ce principe, la Société s'était engagée pour cinq prêts d'un total de 102,000 francs, réalisés au 31 décembre pour 69,100 francs.
« Il en résulte, concluent les commissaires, que les capitaux sont maintenant absorbés, et que la Société ne pourrait étendre ses opérations à long terme au delà do celles entamées. Vous voyez que la Société a développé bien promptement ses prêts, et nous vous avouons qu'ils nous semblent avoir un peu dépassé ses moyens. Il est vrai qu'elle comptait et compte encore sur la négociation des obligations
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des sociétés endossées par elle, pour retrouver son capital trop* engagé. Cet espdr ne s'est réalisé jusqu'ici que par la négociation de 11,316 francs d'obligations. Si Teffort a été hardi, le résultat a été considérable. En dix mois, cinq nouvelles sociétés ont été créées ou développées et marchent avec activité... »
Remarquons incidemment que sur 229,676 fr. 70 c. d'effets escomptés, il n'y avait pas eu de perte, ce qui montre bien que c'était là le véritable fonctionnement à suivre.
L'assemblée, ainsi avertie, et appelée à décider le doublement du capital social, insiste pour défendre le conseil d'administration contre des entraînements très naturels. M. Biaise, des Vosges, dit que si Ton prête trop facilement aux ouvriers, ils manquent du capital morale le plus important, celui qui leur fait s'imposer les plus dures privations pendant des années pour établir des associations de production. Aussi, propose-t-on, siu* le nouveau capital, d'en réserver lau moins moitié pour les opérations d'escompte.
Mais le conseil refuse toute autre limitation que celle des statuts. «* C'est, dit un administrateur, le conseil qui administre et non pas l'assemblée générale. Pourquoi ne pas faire des opérations à long terme, si nous trouvons des prêteurs à long terme (1) ? »
Et, avant d'avoir trouvé ces prêteiu's, malgré l'enseignement de la première année, malgré ces critiques et ces réserves des commissaires et de l'assemblée, le capital nouveau est encore absorbé en prêts à longue échéance.
En même temps, la Caisse d'escompte des associations populaires s'appuyait sur deux autres organes :
1^ Les syndicats de crédit, dont les membres se garantissaient mutuellement pour obtenir crédit auprès de la Caisse, sur dépôt de ses propres actions.
(1) Extrait du journal P Association, numéro du 8 avril 1866.
2^ Le Comptoir de crédit mutuel pour avances sur factures, Société à responsabilité limitée, constituée le 2 mars 1867, au capital de 25,000 francs, à Feffet d'encaisser les factures et d'en escompter le montant pendant le délai qui s'écoule «ntre le jour de la fourniture et le terme de l'exigibilité.
Ces deux organes sont mis en marche, dès l'origine, sans aucune prudence commerciale.
Les syndicats sont formés, au hasard, d'individus sans moralité ni solvabilité. Des inconnus se cautionnent réciprocpiement pour obtenir des prêts, non dans un but de production mais de consommation, et les effets impayés sont indéfiniment renouvelés-, au mépris des principes affirmés par les fondateurs mêmes de la Caisse d'escompte.
Quant au Comptoir des factures, dès le premier jour, les précautions statutaires sont négligées ; on ne liïi remet les factures que pour la forme. Au moment de la mise en liquidation, le Comptoir détenait 101,018 fr. 80 c. de factures dont aucune n'a pu être encaissée ; elles l'avaient été précédemment et directement par les emprunteurs.
Bref, la Caisse d'escompte des associations populaires aboutit aussi à un désastre et la Banque de France qui, sur des sollicitations influentes, lui avait prêté son concours pour le réescompte des effets, resta avec 97,710 fr. 90 c. d'effets impayés entre les mains.
L'expert-comptable chargé de faire un rapport à la Banque de France sur tous ces faits, est sévère pour les administratrateurs de la Caisse; il ne trouve d'explication à leur conduite que dans le but politique qu'on leur suppose et l'intérêt qu'ils pouvaient avoir à prolonger l'existence de la Caisse Jusqu'après l'époque des élections.
Nous nous sommes étendus sur ces deux exemples, fournis par la Société de crédit au travail et la Caisse d'escompte des associations populaire», parce que, s'ils sont déplorables, ils sont du moins significatifs. Ils démontrent absolumerit
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rinaAité des tentatives prétendues mutuellistes sans fonde^ ment sérieux, des créations purement théoriques ou viciées par l'esprit de parti, des opérations de crédit, en nn mot, qui ne s'établissent pas sur l'épargne, sur la longue épreuve de la moralité et de la capacité des travailleurs, et sur la stricte responsabilité des sociétaires, toutes conditions qui n'ont été jusqu'ici réunies qu'au sein des banques populaires de l'Allemagne, et, nous le verrons plus tard, de l'Ecosse.
J'ai dit plus haut que la Société du crédit au travail etla Caisse d'escompte des associations populaires étaient issues d'un mouvement d'opposition à l'Empire. L'Empire, en eflfet, cherchait des regains de popularité en favorisant les tentatives du pseudo-socialisme qui lui semblait de nature à lui rattacher les travailleurs. Il faisait des avances aux propagateurs du mutuellisme, cherchant à se les associer jusqu'au , jour où n'y réussissant pas, il se mit à les combattre. Entre temps, il fondait à grand fracas, le 2i avril 1862, sous la présidence de l'impératrice, la Société du prince impérial, pour les prêts de l'enfance au travail, avec un conseil supérieur composé de l'archevêque de Paris, président, des curés de la Madeleine et de Saint-Laurent, et de MM. Frémy, viceprésident, de Royer, le duc de Bassano, Laity, Schneider, E. André, Busson-Billault, L. Lchon, Boinvilliers, Boulatignier. Devienne, Bayle-Mouillard, Denière, Feré, -Davenne, Hailig, Arlès-Dufour et Ulilmann.
La Société se composait de fondateurs payant une première somme de iOO francs et une contribution annuelle de 10 francs ; et d'associés comprenant tous les enfants âgés de moins de 18 ans, versant 10 centimes par semaine.
L'administration était confiée au conseil supérieur, à des comités locaux, à des dames patronnesses, à grand renfort ^e titres, de diplômes et de médailles d'honneur.
Le but de la Société était : soit de faire des prêts destinés à faciliter l'achat des instruments, outils, ustensiles et
autres objets mobiliers ou matières premières néoessaires au travail, soit de venir en aide, pour des besoins accidentels et temporaires, à des familles laborieuses.
Le maximum du prêt était de 1,000 francs, mais, dans la pratique, on n'en fit que de 500 francs et la durée n'en devait pas dépasser trois ans.
Au bout de deux ans, la Société n'avait prêté que le tiers de ses ressources, un peu plus de 500,000 francs répartis entre 2,000 emprunteurs, les remboursements étaient réguliers, et le conseil estimait à environ 2 francs par jour, pour chaque emprunteur d'une somme moyenne de 250 francs, l'accroissement de travail productif, c'est-à-dire le bénéfice brut quotidien, procuré^i l'ouvrier au moyen du petit capital mis à sa disposition. Le rap^iorteur après avoir fait ressortir l'importance de ce résultat, ajoutait : a Le capital que nous distribuons à nos emprunteurs, après avoir fructifié entre leurs mains, nous revient, et nous pouvons en faire profiter indéfiniment de nouvelles catégories d'individus, pour lesquels se reproduisent des faits analogues à ceux que nous venons de signaler; » et il en concluait que l'action de la Société des prêts au travail était bien supérieure à celle d'une œuvre de pure charité.
L0 même démonstration peut être reprise au profit des banques populaires véritables, et serait, pour elles, encore plus probante que pour une œuvre mixte conmie celle de la Société du prince impérial. Car, il faut bien reconnaître qu'une institution de crédit sérieuse et viable qui provoque l'épargne et féconde le travail, en stimulant toutes les vertus familiales et sociales, est infiniment plus bienfaisante qu'aucune œuvre de charité quelconque , qui soulage temporairement les souffrances des malheureux mais qui affaiblit fatalement les ressorts de leur énergie et qui les endort dans une résignation funeste.
La Société du prince impérial, tout en "ayant quelques-un
des avaDtages d'une société de crédit, avait aussi les iacou- Yénients d'ua établissement de bienfaisance. C'était une institution fondée sur des données contradictoires. Elle n'était pas susceptible d'une grande extension, mais elle ne fut pas même capable de réunir la clientèle que ses ressources semblaient lui promettre. Son vice organique était de prétendre fonctionner comme une banque en faisant des opérations qui n'auraient permis à aucune banque de vivre (des prêts à long terme à l'intérêt de 2 1/2 0/0) ; ce qui risquait d'empêcher de naître toute banque vraiment populaire. En outre , elle accordait le crédit personnel aux travailleurs sans exiger les garanties d'épargne préalable et de responsabilité, qui sont les conditions premières de ce crédit. Le travailleur arrivait donc au crédit sans préparation : c'eût été vraiment miracle que le capital ainsi accordé eût réussi à communiquer aux emprunteurs les vertus nécessaires qu'ils ne possédaient pas auparavant. En définitive, on avait sul>stitué la protection des dames patronnesses et la recommandation des fonctionnaires à l'enquête positive qu'exige toute opération sérieuse de crédit. La Société du prince impérial n'était enfin qu'une forme de patronage, aussi nuisible peutêtre aux travailleurs qu'elleétait,sansdoute, bien intentionnée. On n'a, pour s'en rendre compte, qu'à relire les statuts de la banque de Delitzsch. On trouve à chaque ligne, dans le règlement populaire, la trace d'une virile énergie, tandis que la Société mixte des prêts de l'enfance au travail ne semblait convenir qu'à des clients efféminés.
De ce rapide exposé, il résulte que la coopération de crédit n'existe véritablement qu'en Allemagne, qu'elle se propage en Belgique, en Suisse et en Italie, et qu'elle n'a jamais été sérieusement appliquée en France (1). C'est là pourtant une
(1) On cite pourtant la Banque de Cannes, fondée, en 1875, arec le concours de M. Viganô et dont on loue le bon fonctionnement.
œuvre qui devrait tenter le zèle et le patriotisme de tous nos réformateurs sociaux. Il ne suffit pas de prêcher le socialisme et de réclamer à grands cris une meilleure répartition des capitaux, il faut surtout s'occuper des moyens pratiques de modifier cette répartition. Or, il y a poiu* cet objet, un procédé souverainement efficace, c'est le crédit, le crédit qui transmet les capitaux des mains oisives aux mains actives, des possesseurs peu capables aux travailleurs exercés. Il faut donc parvenir au crédit, et quand on ne peut y arriver directement , comme en Ecosse, il faut y arriver indirectement, comme en Allemagne, par l'entremise de l'association, de la mutualité, de la coopération.
C'est dans ce sens que nous avons dit, len principe, que Tassociation était une préparation au crédit, et il s'en faut qu'elle ait donné, mémo en Allemagne, toute la mesure de sa puissance.
Les petites associations allemandes, en effet, fonctionnent d'une manière indépendante, comme des banques ; elles emploient leurs propres ressources et obtiennent quelques emprunts, à la somme desquels elles sont forcées de limiter leurs prêts aux travailleurs. 11 est clair qu'il n'y a pas là, jusqu'à présent, de grande modification obtenue dans la répartition des capitaux , puisque ce ne sont encore, la plupart du temps, que des épargnes ouvrières qui sont prêtées aux ouvriers.
La réforme sociale commencerait le jour où ce seraient des capitaux bourgeois qui alimenteraient les banques populaires et où les banques populaires fonctionneraient, non plus seulement avec leurs propres ressources très limitées, mais avec des ressources extérieures dont elles seraient chargées d'opérer la répartition entre leurs sociétaires les plus méritants. Ce jour-là, on peut l'affù-mer, le capital arriverait nécessairement aux mains de l'homme qui serait le mieux en état de l'utiliser.
236 l'assogution -
Lee banques d'Ecosse, nous le verrons plus loin^ ont résolu ce problème parce qu'elles ont réuni toutes les classes sociales dans une môme clientèle et qu'elles pratiquent depuis longtemps, directement, le crédit personnel à tous les travailleurs; mais TÉcosse est un petit pays, et il n'est pas certain que le même .système de crédit direct pût être sûrement appliqué dans un grand pays populeux, comme la France ou l'Allemagne. C'est là la raison d'être des associations mutuelles, qui, je le répète, habituent le travailleur à l'épargne, le forment aux conditions du crédit et doivent pouvoir ensuite lui procurer, comme intermédiaires, tout le crédit qu'il mérite.
Cette pensée semble celle de M. Schulze-Delitzsch. Il a compris que la création de banques populaires autonomes n'était qu'un premier pas dans le progrès et il s'efforce maintenant de fédérer les banques existantes et de les grouper autour d'une Caisse centrale qui, réunissant des capitaux plus considérables, pourrait procurer à chaque banque les ressources dont elle manque trop souvent.
Le but poursuivi par M. Schulze-Delitzsch a beaucoup d'analogie avec le but également poursuivi par ceux des coopérateurs anglais qui veulent fonder une Union générale. Ce sont là des tactiques particulières dictées par des conditions locales, mais qui ne s'imposent pas également à tous les autres pays.
En France, notamment, la fonction supérieure du crédit, aussi bien qu'en Angleterre la fonction supérieure du commerce, est tout organisée. Au-dessous de la Banque de France, se groupent de puissantes institutions libres de crédit, qui se multiplient tous les jours, qui regorgent de capitaux,* qui recherchent de sûrs emplois pour leurs fonds et qui seraient charmées de trouver un jour des emprunteurs qui ne leiu* feraient courir aucun risque.
11 ne s'agit donc pas, pour les travailleurs français, de
chercher à créer, à côté de rorganisme économique existant, des organes équivalents nouveaux, ce qui serait compliquer le problème ; il s'agit seulement d'obtenir Taccès des grandes banques ainsi que de la Banque de France.
Le simple travailleur isolé n'y pourrait prétendre ; c'est pourquoi il doit se grouper en une association mutuelle comme le lui a enseigné M. Schulze-Delitzsch. Une association de crédit ayant fait ses preuves, aurait toutes les chances possibles d'être reçue dans la clientèle d'une banque anonyme; mais si elle n'y parvenait pas encore, en raison des préjugés persistants d'un certain monde financier, il est bien clair qu'une fédération d'associations mutuelles finirait certainement par avoir raison de toutes les répugnances et de toutes les hésitations. Le premier obstacle vaincu, les associations mutuelles seraient en situation, de discuter avec les Sociétés financières les conditions de leur crédit, tout conune les grands clients que la haute banque se dispute.