‹ Hygiène sociale contre le PaupérismeChapitre 44 sur 88 · FONCTIONNEMENT NORMAL DES UNIONS · texte numérisé non relu

FONCTIONNEMENT NORMAL DES UNIONS

qui rentre pleinement dans là nature des dommages qu'une compagnie d'assurances peut se charger de réparer*

Hors ces deux cas, le chômage ne semble pas de nature à rentrer dans l'objet d'une garantie mutuelle. S'il est imputable à la conduite ou au caractère de l'ouvrier^ celui-ci ne peut pas être indemnisé. S'il résulte de la faillite d'un établissement ou d'une crise générale pesant sur Tinduslrie et causant la fermeture d'un grand nombre d'ateliers, c'est un sinistre qui échappe à toute prévision ordinaire et qui excéderait d'ailleurs toutes les ressources d'une mutualité; s'il provient enfin d'une suspension volontaire du travail, d'une déclaration de grève, c'est encore un fait qui échappe à l'assurance proprement dite parce qu'un sinistre volon-» taire n'est pas assurable.

Cette prétendue assurance contre le chômage n'est le plus souvent, d'ailleurs, de la part d'une association ouvrière, qu'une simple fiction.

Que fait un syndicat quand il distribue en indemnités de grèves ses fonds précédemment accumulés? Il restitue, en définitive, à chaque membre le montant de l'épargne que celui-ci avait apportée souS forme de cotisation.

Que fait encore le syndicat quand, ses fonds épuisés, il en emprunte de nouveau à des corporations voisines? Il fait un emprunt collectif qu'il remboursera ultérieurement «ur le produit des futures cotisations de ses membres ; il garantit, en définitive, le remboursement du prêt fait à tous les individus qui composent l'association. Et j'ajoute qu'il ne faut pas s'exagérer la valeur de cette garantie morale, quand on voit une corporation comme celle des mégissiers de Paris qui reçoit, lors de la grève de 1869, d'importants subsides de plusieurs corporations (28,000 francs notamment delà Société des typographes) et qui disparaît, vaincue et ruinée, en faisant banqueroute à ses prêteurs, ce qui n'aurait pas eu lieu si l'engagement avait été individuel au lieu d'être collectif.

Î58 l'association

Si l'on réfléchit sur ce fonctionnement, on reconnaîtra qu'en principe, un syndicat n'aurait, pour ainsi dire, pas besoin de posséder un gros capital ni de déguiser la vérité. 11 lui suflirait d'imposer à ses membres Tobligation d'une épar* gne déterminée, fût-ce en d'autres mains que les siennes. Dte que le syndicat aurait constaté que tous ses membres sont ea état de soutenir une grève, il n'aurait, en cas de rupture avec un patron, qu'à inviter ses sociétaires à vivre sur leur épargne pendant le temps voulu. Même, au besoin, pourrait-il procurer à certains d'entre eux l'anticipation de leurs épargnes futures, en leur facilitant un emprunt individuel. Il va sans dire, enfin, qu'après chaque grève la principale préoccupation du syndicat devrait être de faire consacrer l'amélioration obtenue sur les salaires à la reconstitution des épargnes.

Si chaque ouvrier assisté en cas de grève ou de chômage recevait son subside non plus sous la forme gratuite, ce qui est un leurre, mais sous la forme d'un prêt d'honneur, il n'y aurait absolument rien de changé pour lui, puisque, hors le cas de banqueroute, il est toujours obligé de rembourser, par ses cotisations ultérieures, ce qu'il a cru recevoir gratuitement. Pourquoi donô ne pas lui dire qu'il fait UQ emprunt, pourquoi ne pas l'avertir des sacrifices qu'on lui demande s'ils sont raisonnables, pourquoi ne pas lui montrer le prix dont il doit payer les avantages promis par la grève? C'est qu'évidemment on se méfie de son intelligence et que les chefs de l'association ne sont pas toujours très sûrs ni de leur cause ni de leur autorité. Et je reconnais qu'en pratique, une association est beaucoup mieux armée si elle a un fonds de réserve important à sa dispo* sition, mais cela n'infirme pas du tout la thèse que je soutiens.

La puissance d'une union de métier ne consiste ni dans son apparence de société de secours mutuels ni dans sa

Page 1