‹ Hygiène sociale contre le PaupérismeChapitre 6 sur 88 · PROBLÈME DU PAUPÉRISME · texte numérisé non relu

PROBLÈME DU PAUPÉRISME

de l'aliment qui lui convenait le mieux, de Fépargne. du travail, et, par Tatteinte portée à ce crédit personnel ou mutuel» c'est encore le plus grand découragement, porté au travail même, à Tesprit d'entreprise et- à la prévoyance spontanée.

il y a donc sur les moyens d'instruction, de crédit et de prévoyance proposés dans le programme, des objections à pressentir, et je pense qu'il faut prendre ces premières données plutôt pour des sujets d'étude que pour des solu^ ticms définitives.

Il y a moins de contestations à prévoir en ce qui concerne la réforme des impôts.

• M. Péreirc demande leur réduction et leur simplification, en remplaçant graduellement les contributions indirectes et notamment les droits de doriane et d'octroi par des contributions directes : soit les contributions directes actuelles auxquelles il joint l'impôt sur les valeurs mobilières^ soit un impôt unique sur l'ensemble des revenus, soit, pour remplacer les droits de mutation, de timbre et d'enregistrement, un impôt gradué sur les successions.

Ce dernier projet soulèverait de graves questions. Mais sans s'étaidre, pour le moment^ sur ce point, on peut faire observer qu'il rentre dans le même ordre d'idées que le système des emprunts remplaçant les impôts pour les dépenses reproductives de l'État. II y a toujours là la pensée quel'Ëtat est un sûr dispensateur et un bon metteur en œuvre des capitaux. Or, à cet égard, une affirmation absolue est aussi imprudente qu'un démenti complet. Il est certain , qu'il y a des dépenses de l'État qui sont d'une utilité supérieure aux dépenses individuelles, quand il s'agit, par exemple^ de créer ua organe nécessaire au fonctionnement social tout entier, mais il n'est aussi que trop démontré que la plupart des entreprisesderÉtat, quand on le laisse trop facilement Sr'y livrer, sont infiniment moins productives que les entreprises parti-

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caUteea» en sorte que tout capital retiré des nmù& dm omitribuables pour être appliqué au budget de TÉtat, entraine presque fatalement une moins-value notable de la producrtioa publique.

Telles sont les réserves que nous ayons cru devoir présenter sur le programme du concours. Mais cette critique sommaire est loin d'affaiblir la valeur des intentions de Fauteur du concours ; elle ne peut en rien détourner de la gratitude qui lui esi due. Cest d'ailleurs une qualité supérieure que d'avoir le courage de ses hypotlièses et de savoir les éaoacex assez clairement pour qu'il soit facile de les vérifier ensuite.

J'ajoute, enfin, qu'il y a presque plus de mérite à conce-^ voir le& hypothèses qu'à les rectifier, et à préparer les sautions qu'à les enregistrer.

Cela dit et avant d'entrer dans le sujet, il ne me parail pas inutile de signaler une observation générale qui ressort de l'examen préalable auquel nous nous sommes livré. Noua avons là probablement la pensée intime du financier publi-* ciste, et elle est instructive.

M. Péreîre, qui fut, avec son frère, un des plus chaleureux adeptes et des plus féconds disciples de la doctrine Saint- Simonienne, dont il n'oublia jamais les enseignements, même au irfus fort de la mêlée des affaires, M. Péreire, dis-je> s'est montré, dans son programme, ce qu'il fut dans la. conduite générale de sa vie : un homme dévoué au progrès,, et qui en saisît merveilleusement, et presque exclusivement, l'ujie des conditions les plus efficaces, — je veux dire la centralisation, — qui permet la simplification des fonctions, la réduction des frais généraux et la direction des efforts productifs par le petit nombre des plus hautes intelli-

C^est ainsi qu'il favorisa toujours l'agglomâration des petites et des moyennes entreprises, l'accumuIaticHi dans lea

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mêmes mains habiles du capital emprunté à tous è Taide des titres représentatifs, la pacification dé l'industrie par la domination de la concurrence (au risque de rappeler quelquefois le mot de Tacite : Ubi solitudinem faciunt, pacem appeUantj^ei&naAement l'influence d'un haut patronage financi^ et industriel retombant en bienfaits, en crédits et en secours sur le grand nombre des travailleurs.

Or, la centralisation, cela n'est pas niable, est un des plus grands leviers du progrès ; mais il n'est pas le seul et probablement pas le plus important. Je mettrais volontiers auparavant l'énergie, la spontanéité, l'autonomie individuelle. Sans la vitalité des cellules organiques, le corps social, comme le corps animal, n'est qu'un cadavre galvanisé. C'est donc la valeur personnelle, non pas en haut seulement, mais dans toute la masse de la nation, qui est la condition de l'action sociale. La centralisation n'est, en quelque sorte^ que l'aménagement de Tindividualisme, pour en tirer le meilleur parti, pour le concerter, l'économiser, mars sans jamais le supprimer.

Il arrive pourtant quelquefois qu'elle le tue. Le progrès alors réalisé sous forme de centralisation a sa contre-partie fatale qui est la misère, sa réaction violente qui est l'émeute ou la guerre servile. Personne, je crois, ne pourrait affirmer que ce mouvement si ardent de centralisation qui a caractérisé le progrès du XIX®' siècle, n'ait pas eu pour contre-coup le développement du paupérisme. Une des conditions du progrès aurait paralysé l'autre.

Si cela est vrai, n'est-il pas singulier de voir un des ouvriers les plus émineuts de la centralisation, se préoccuper, à sa dernière heure, de ce paupérisme qu'il a peut-être involontairement contribué à accroître ? Mais la générosité de son cœur ne suffisait pas sans doute à lui donner la conscience claire de sa participation dans le mal social, et une dernière illusion lui fit voir dans un nouvel accroissement

de la ceutralisâtioa le remède à la souffrance qui eu étail précisément issue. Le grand financier philanthrope s'imagina qu'une médication énergique pourrait avoir, sur l'organisme social» un effet tout contraire à celui qu'elle a sur l'organisme humain. L'opium ou l'alcool, par exemple» après avoir stimulé d'abord notre système nerveux, Suit ensuite par répuiser et nous plonger dans une stupeur que toute dose nouvelle ne fait qu'^aggraver. M. Isaac Péreire supposait, au contraire, que la centralisation ayant déjà stupéfié une partie du corps social, pourrait, à plus Jiaute dose, la stimuler de nouveau.

C'est un paradoxe de la plus grande bonne foi dont il importe, je crois, de mettre à nu la secrète contradiction, en recherchant les véritables conditions du problème.

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