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CHAPITRE XXXI

lu INSTRUCTION OBLIGATOIRE

Vœux populaires en faveur de Tégalité devant l'enfieignefflent — L'obligation légale nécessitée par le ralentissement des progrès scolaires et l'insufiisante fréquentation des écoles. — Le Code la prescrit sans lui donner de sanction; l'exemple des pays d'Earope. -> Conséquences de l'obligation: la multiplication des écoles, la surveillance des enfants dans les manufactures, l'assistance des enfants abandonnés.

De bonnes coutumes, des institutions et des lois facilitant l'épargne; Tassociation, qui la stimule et qui la protège ; le crédit, qui la complète et la couronne, en lui accordant le capital dont elle s'est montrée digne: voilà, sans doute, de grandes forces sociales pour Tindividu qui les connaît, qui les comprend,, qui sait s'en servir. Ce n'est rien et, pis que rien, ce sont des motifs de rancune et de haine pour l'homme qui les ignore ou qui les méprise.

Toutes les conditions du progrès exigent une initiation

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préalable: il faut être instruit. Autrement, quand le savoir joint au savoir-faire n'est qu'un privilège pour le petit nombre, tous les moyens d'action qui auraient pu servir à la libération du grand nombre, se retournent contre lui et deviennent, entre les mains des privilégiés, des moyens nouveaux d'inégalité et d'oppression.

Le sentiment populaire s'est nettement exprimé à cet égard. L'égalité de l'instruction fait partie de tous les programmes démocratiques ; elle y est différemment formulée, mais on l'y retrouve toujours. C'est, dans le meilleur sens du mot, le lieu commun de tous les manifestes populaires .

Le quatrième congrès socialiste du Havre, tenu au mois de novembre 4880 (le premier congrès avait eu lieu à Paris en 1876, le deuxième à Lyon en 1878, le troisième à Marseille en 1879), nous fournit à ce sujet un vœu explicite et récent.

Antérieurement au congrès, un groupe de quimze chambres syndicales ouvrières du. Havre avait donné à son représentant le mnndat suivant : « Instruction obligatoire, gratuite et laïque; instruction secondaire et supérieure accessible aux enfants du peuple, c'est-à-dire gratuite après concours. Écoles d'apprentissage dans toutes les villes de 3,000 habitants et audessus. »

La même idée, plus accentuée, se retrouvait dans le mandat de la chambre syndicale des ouvriers en bâtiment de Reims: «L'instruction primaire laïque et professionnelle, obligatoire pour tous les enfants des deux sexes n'ayant pas atteint l'âge -de 14 ans ; si, à cet âge, les facultés intellectuelles de l'enfant le permettent, son instruction supérieure lui sera continuée .aux frais de la nation. »

De même, la chambre syndicale des ouvriers selliers de Paris réclamait : « L'instruction civique et gratuite pour tous les enfants jusqu'à 14 ans dans les écoles primaires, et jusqu'à 18 ans dans les écoles secondaires, après examen. »

S*i aspirant de tous ces vœux conformes, le congrès du Havre, après avoir délibéré sur lés mandats présentés par ses membres, formula ains^ sa déclaration :

« Nous demandons, pour tous les garçons et pour toutes les filles, l'éducation intégrale, laïque, obligatoire, mixte et gratuite à tous les degrés; rétablissement d'ateliers élémentaires dans toutes les écoles ; et la création d'écoles d'apprentissage, grâce au concours des corporatious, des communes et de l'État (1). »

Il y a là, dans un certain désordre, l'indication des principales réformes réclamées par la démocratie contemporaine. Sans nous arrêter aux voies et moyens iûdiqués par le congrès, qui n'a pas craint de réclamer pour la dotation de l'instruction publique, la suppression du budget des cultes et la réduction du budget de Tarmée, en quoi il sortait évidemment de sa compétence ; sans examiner spécialement le système des écoles mixtes qui rentre dans les problèmes d'exécution, nous nous bornerons à suivre, dans leur ordre rationnel, les questions les plus essentielles : l'obligation^ la gratuité, le plan d'études, l'introduction du travail manuel dans les écoles primaires et la création des écoles d'apprentissage. Nous aurons ainsi une vue générale de la réforme de l'enseignement dans ses rapports avec le progrès populaire.

(1) Voirie numéro 10 de la feuille intitulée le Congrès du Havre, compte rendu ofiQciel, imprimé du 15 au 24 novembre, chez G. Masquin à Paris.

Un cinquième congrès ouvrier socialiste de France s'est tenu à Paris en novembre 1^81 et a formulé les résolutions suivantes en ce qui concerne l'enseignement: a Suppression de l'enseignement religieux dans les écoles; laïcité, obligation et gratuité de rinstruption primaire; instruction secondaire accessible aux enfants du peuple par la gratuité, après concours; gratuité des fournitures scolaires; création d'écoles professionnelles dans toutes les communes ; maintien du contrat d*apprentissage jusqu'à ce que l'apprenti relève des chambres syndicales ou des écoles professionnelles. »

L'ii^Euc&ioa primaire obligataire : c'esi là le poiat fondamental cpil semble désormais accpsiEk. La cûavietion à cet égard s'est faite en France au. lendemaia de no^ désaatres de 1870-71,

Oa s'est souvenu alors que la Pnesse, ta^ i807,. réduite à. la dernière esdséadté par lea victoires du premier Napoléon, ne s'était rdevée que par cea deux, moyens : le service militaire obligatoire, Tinstructioa obligatoire. On se rappela le discours du philosophe Fichte et l'on pût recoftr naître qu'il s'adaressait aoâsibiea. à la France de 18i7i qu'à la Prusse de 1807. La ûëvre patriotique qui nous agitait, il y a dix ans, s*est sans doute un peu ealaaée, mais notre sang-froid reveaau nous permet d'apprécier plus complètement encore la poiâsao^e des raisons préseailèas par le grand Fichte.

« £a pareil cas, disait-il, on a toiijours vu. le& hommes d'Ëtat repûusaer l'idée d'une c(»xtraiute ea affirmant que l'Étal n'a pa» ce droit. Mais si, d'une part, on veutne compter que sur la bonne volonté des citoyens, et si, de l'autre, il est vrai que, sans éducation générale préalable, cette bonne volonté ne se produira jamais, il est certain que la vieille routine durera jusqu'à k consommatioa des siècles. • . Où est aujourd'hui l'État qui doute de &aa àxxAi à forcer le& citoyens au service militaire et à enlever pour ce service les enfants à leurs parents, que les uns et les autres le veuillent ou non ? Et cependant ce n'est pas peu de chose que d'obliger un jeune homme à adopter, pour plusieurs années, un genre de vie qui lui. est antipathique et qui, souvent, a pour la moralité, la santé et la vie même, les conséquences les plus funestes. Qu'est-ce, à côté de cela, qu'une eontrainte salutaire qui, l'édoeation une fois achevée, rend à diacun son entière liberté et ne peut avoir que les plus bierr- ËLisantes conséquences?. . . D'ailleurs, la première génération sera la seule envers laquelle il faudra user de contrainte ; dè$

INSTRUCTION OBEmATOIRE 443

<|n'eUe aura reçu Fédiication: désirable, effe eirrecra (TelFe^ même sm enfants à réccrle*. »•

Actaellenaent, cette sporrferaéîté des parents dans l'aôcomplissement de leur deroir envers les enfants ne se manifeste œalhengreusement pas encore. On constate màiae un ralentisBcment du projçpè^ scolaire, îl semble qu'on rencontre nne difficulté de plus en phis grande à surmonter Tmertre àe» classes ygnorantes, à mesure que rinstractioa veut pénétrer des couches plus profondes.

En 4830, on comptait environ 1,000,000 d'élèves inscrits dans les éooles de tous ^nres ; il y avait 30 pour iOO des conscrits qui ne savaient pas lire.

Vingt ans après, en 4850, le ckffipe des élèvea inscrits s'était élevé à 3,700,000 ; bénéfice : 2,700,000. La proportion des conscrits ne sachant pas lire s'était abaissée de SO à 36 pour dOO; amélioration r 44 pour fOO.

Vingt autres années après, en 4870, le total des élèves inscrits montait à 4»700,000 ; le» nouveau bénéfice n'était plus que de 1 ,000,000. La proportion des conscrits ne sachant pas lire s'était encore abaissée de 36 à 23 pour • 100; la nouvelle amélioration n'était que de 9 pour 100.

En 1870, il nous aurait fallu un million d'élèves de plus pour être au même niveau d'instruction élémentaire que la Prusse (1).

Dix ans se sont écoulés depuis lor^ et la situation ne s'est pas très sensiblement améliorée.

M. Paul Bert constatait, en 1879, un arrêt dans la progression du nombre des élèves. « Plus de 600,000 enfants de six à treize aas, dit-il en s'appuyant sur leâ données de 1876-4877, ne fréquentent pas les écoles, et, par suite, ne^ reçcHvent presque aucune instruction. Tous les moyens

(f] Ces driffres sont empruntés à la broeirare de M*. Evgèoe Rendu : Obligation légale de renseignement^ Paris, Hachette, 1872.

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d'encouragement et de persuasion ont échoué ; ou ne gagne plus, depuis quelques années, sur cette espèce de caput mortuum, que maintiennent à un niveau presque fixe Findififérence, Tignorance, la cupidité, la misère (1). »

Dans son dernier rapport au ministre de l'instruction publique sur la situation de renseignement primaire , M. F, Buisson fait connaître le dénombrement de la population scolaire pour 1880-1881. Nous en tirons les chiflTres suivants :

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