LE PAUPÉRISME ET LE SOCIALISME
Le paupérisme agricole en Irlande. — Définition du paupéridate. ~ Impuissance sociale aggravée par le socialisme. — Importone déjà grande du ooUeetiyisme dans la société moderne.
Lcto tableaux qui précèdent ne représentent que le paupârisme des villes ou des centres industriels ; mais il y a one autre forme de la misère, non moins douloureuse, non moins saignante, c'est la misère des campagnes, dont le grand et |Nrospère empire britannique nous o£Gre encore le plus lamentable exemple en Irlande.
L'Angleterre a ce triste privilège de réunir tous les extrêmes de la civilisation, d'offrir à la fois les plus beaux résultats de la prospérité matérielle et de la culture morale, eomme aussi les plus odieuses conséquences de l'exploitation de l'homme, de l'oppression du travailleur, aboutissant aux souffrances populaires les plus excessives.
L'Irlande est une plaie honteuse pour l'Angleterre. L'Angleterre, vis-à-vis de l'Irlande, ressemble à ces grandes familles qui cachent un rejeton scrofuleux et rachitique comme un humiliant témoignage de la débauche de quelque ancêtre.
La philosophie de la misère en Irlande a été faite par des économistes éminents. Le mal dont elle souffre, sans parvenir à en mourir, c'est la grande propriété étrangère : la terre n'est point aux mains des 'habitants, l'Irlande n'appar^ tient pas aux Irlandais et les landlards anglais qui sa la
partagent depuis les confiscations de la conquêie, n'habitent point ie pays (où d'ailleurs on les assassine) et ne s'intéressent pas à son amélioration.
Aussi, dans cette malheureuse contrée, le régime de la grande propriété ne donne à \i\ terre ni l'intelligence ni les capitaux qu'elle lui procure ailleurs, et l'Irlandais n'y a même pas la sécurité relative du* salarié agricole ; il ne peut pas compter tops les ans sur sa nourriture et celle de ses petits, au même titre que ses compagnons de travail plus fortunés, les bêles de somme; sa condition, c'est l'insécurité, c'est la précarité dans l'esclavage.
Les grands propriétaires de l'Irlande qui vivent en Angleterre, louent en totalité leurs domaines à des spéculateurs également anglais ; c'est pour eux la seule manière de s'assurer la perception régulière d'une partie du revenu terrien^ incessamment menacé par l'insolvabilité des malheureux paysans. A leur tour, ces spéculateurs ou ces intendants à forfait répartissent les exploitations entre des sous-ferrïiiers, des middlemen, simples Intermédiaires, habitant d'ordinaire les villes ou les bourgs dlrlande et qui morcellent alors la terre à l'infini entre de petits tenanciers à l'année. De sorte que tous les maux de la grande propriété lorsqu'elle n'est point régie par le propriétaire, se compliquent de tous les vices de la très petite culture, quand il n'y a ni sécurité pour le cultivateur ni possibilité pour lui de mettre de c6té la moindre épargne et d'améliorer son sort. On comptait il y a quelques années, nous apprend M. Léonce de Lavergne, 300,000 fermes au-dessous de 2 hectares, 250,000 de 2 à 6 hectares, 80,000 de 6 à i2 hectares et 50,000 seulement de plus de 12 hectares.
Tout infimes que soient ces exploitations, elles -sont exorbitamment chères. Et cela est facile à comprendre. Soit par suite de la répugnance des Anglais à vivre dans le pays et du défaut de consommation locale qui résulte de Tabsen*-;