‹ Hygiène sociale de l'enfanceChapitre 101 sur 212 · VI. - DÉSIGNATION DES ANORMAUX PSYCHIQUES POUR LES ÉCOLES SPÉCIALES · texte numérisé non relu

VI. - DÉSIGNATION DES ANORMAUX PSYCHIQUES POUR LES ÉCOLES SPÉCIALES

L'article 12 de la loi du K> avril 1909 fixe ainsi qu'il suit les conditions dans lesquelles sont désignés les anormaux :

Une commission composée de l'inspecteur primaire, d'un directeur ou maître d'une école de perfectionnement et d'un médecin déterminera quels sont les enfants qui ne peuvent être admis ou maintenus dans les écoles publiques et pourra autoriser leur admission dans une classe annexée ou dans une école de perfectionnement, si l'enseignement ne doit pas leur être donné dans la famille. Un représentant de la famille sera toujours invité à assister à l'examen de l'enfant.

La désignation des anormaux réclame donc trois ordres de compétences : celle de l'instituteur, celle de l'inspecteur primaire, celle du médecin. Il serait désirable que ce dernier ne fût pas le seul lié par le secret professionnel.

i° Le rôle de l'instituteur est des plus importants. La loi exige la présence au sein de la commission d'un maître spécialisé, mais c'est au maître habituel qa il appartient de signaler à la commission les enfants qui pourraient être des anormaux psychiques, en raison de leur retard scolaire ou de leur indiscipline.

Le diagnostic est souvent difficile. « Il faut bien savoir, en effet, dit Cruchet -, que l'état normal en soi n'existe pas : ce n'est qu'un

1. G. Paul-Boncolr, Du rôle des intoxications dans l'instabilité psvclio-molrice, L'Enfance anormale, février 191a, p. i|5.

2. Rem; Cruchet, Diagnostic pratique de la déficience mentale et de ses princi-

schéma idéal et commode qui sert de base comparative et de point de repère... Entre les sujets peu intelligents et les débiles psychiques les plus élevés, il n'y a qu'une question de nuances souvent difficile à apprécier ».

Quoi qu'il en soit, un retard scolaire de trois ans rend un enfant suspect d'arriération et, d'autre part, on peut considérer comme indisciplinés ou instables les sujets qui ne se soumettent pas au régime ordinaire de l'école et qui y sont une cause perpétuelle de désordres.

Quand l'élève est présumé déficient, il appartient au maître, dit Durot1, de réunir les premiers éléments du dossier. Il doit contenir l'état civil de l'enfant, des renseignements sur son caractère, ses aptitudes, ses progrès, ses retards, ses absences et les causes de ces dernières, en un mot tout ce qui justifie la présentation devant la commission spéciale.

Le directeur ou le maître d'école de perfectionnement, membre delà commission, sera chargé d'apprécier la valeur pédagogique de ces divers documents.

2° Le rôle de l'inspecteur primaire est sensiblement analogue ; il a, lui aussi, à interpréter, à contrôler et à juger les renseignements fournis par l'instituteur.

Pour Y arriération scolaire, il doit apprécier l'insuffisance de scolarité, vérifier le degré d'instruction et, dans ce but, il se fait présenter les cahiers, les dessins, les devoirs de l'enfant. Pour juger son degré d'intelligence, il doit l'interroger et lui « poser non seulement des questions relatives au programme scolaire, mais des questions de bon sens sur sa. vie, sur le prix et l'origine clés aliments et des objets les plus courants, sur le chemin qu'il suit pour aller de l'école à la maison de ses parents, etc. » (H. Durot.)

Pour l'instabilité, l'inspecteur se renseigne avant tout sur la vie scolaire de l'enfant. « L'instable, disent Binet et Simon, est un nomade, il a fait plusieurs écoles. Il importe de savoir les souvenirs qu'il a laissés dans ces écoles successives. Le vrai signe de l'instabilité est de ne s'entendre avec aucun maître. »

3° Le rôle du médecin consiste à pratiquer l'examen physique des enfants signalés comme arriérés.

Il établit d'abord s'il s'cujit d'un véritable anormal psychique ou

pales variétés cliniques, La Province médicale, n° i3, 3o mars 1912, p. i^6. — Les arriérés scolaires, Monographie Critzman, 1908.

1. Hesri Dcrot in. Marcel >'athan et Henri Durot, loc. cit., p. 190 et suivantes.

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d'un malade ; pour cela, il lui faut passer en revue toutes les causes pathologiques de retard scolaire que nous avons précédemment envisagées : troubles de la vue, de l'ouïe, végétations adénoïdes, etc. Il lui faut également éliminer l'affaiblissement intellectuel dû à la démence précoce, psychose qui se développe surtout au moment de la puberté et qui coustitue fréquemment une complication post-épileptique ; dans ce cas, l'enfant aura manifesté pendant un certain temps une intelligence plus ou moins normale, puis celle-ci aura progresssivement décliné.

Le diagnostic d'arriération vraie une fois posé, il reste au médecin à différencier le type étiologîque en présence duquel il se trouve. Il doit établir s'il s'agit d'une simple débilité intellectuelle sans lésions du système nerveux ou d'une imbécillité ; dans ce dernier cas, il conseillera, suivant les résultats de l'examen physique, l'envoi de l'enfant dans une école ou dans un asile.

L'interrogatoire des parents portant sur les antécédents héréditaires et personnels de l'enfant, l'examen médical détaillé, permettent en outre de tirer des conclusions pronostiques. La constatation de certains états morbides permet, en effet, d espérer une amélioration à la suite de leur suppression ; il en est ainsi, par exemple, quand il existe des troubles digestifs, des végétations adénoïdes, de l'alcoolisme, une insuffisance glandulaire, etc. Par contre, la notion d'épilepsie entraîne généralement un pronostic grave, car elle cause souvent une déchéance intellectuelle progressive.

La désignation des anormaux est une œuvre délicate. On ne saurait s'entourer de trop de précautions, car un renvoi dans une école d'arriérés est aussi grave pour les enfants eux-mêmes que pour les parents. Si le moindre doute subsiste, on ne manquera pas, toutes les fois qu'il sera possible, de suivre l'écolier suspect, pendant une année par exemple, dans une classe de perfectionnement où on aura tout loisir de l'étudier plus à fond.

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