Pinard, Bull, de l'Acad. de méd., 26 novembre i8g
4. Mme Sarraute-Lourié, De 1 influence du repos sur la durée delà gestation, Thèse de Paris, 1808.
celui des autres de 3oo grammes (Pinard), <le ,V| i grammes (Bachimont) ', de 220 grammes (Letourncur) -. Schaula à Vienne, Léopold à Dresde, Reniselli3 à Ferrare, ont fait les mêmes constatations.
Dans le camp retranché de Paris, pendant la première année de guerre (rr août 191/j au 1e1' août 191 5), le nombre de lits réservés aux femmes en gestation a été au moins triplé ; aussi les grossesses ont été prolongées et le poids des nouveau-nés a été plus élevé. \ la clinique Baudelocque, Pinard i a relevé les faits suivants :
1 r> 1 3 - 1 g 1 !\. 191 'i-if)i5.
Naissances 9 mois pleins au moins
après les dernières règles. . . 483 sur i.'io3 798 sur I.4l5
Nouveau-nés pesant plus de 3.5oo
grammes 347 — ^~l ~~
Nouveau-nés pesant plus de 3. 000
grammes 820 — 899 —
Ces faits trouvent leur contre-partie dans ceux qui ont été observés pendant le troisième semestre de la guerre (août 1910 à janviei 1916) : la reprise progressive du travail et un travail parfois pénible ont augmenté le nombre des naissances prématurées et des cas de débilité congénitale (Pinard) 5.
L'alimentation insuffisante de la femme enceinte est encore un facteur de débilité congénitale. A Lille, pendant l'occupation allemande, le déficit alimentaire en albumine a été, par rapport aux rations moyennes, de 10 grammes par jour du quatrième au septième mois de la grossesse, de près de 3o grammes pendant les huitième et neuvième mois. Aussi les décès par débilité congénitale ont-ils augmenté notablementla mortalité de o à 1 an (Breton, Poucet, Ducamp et Vanverts ° ) :
1. Bachimont, Documents pour servir à l'histoire de la puériculture intra-utérine. Thèse de Paris, 1898.
2. Letourneur, De l'influence de la profession de la mère sur le poitls de l'enfant, Thèse de Paris, 1897.
3. Schaita, Léopold, Reniselli, cités par Colvei.aihe, Annales de gynéc. et d'obstétrique, mai 1903, p. V'T-
!\. Pinard, La protection de l'enfance pendant la première année de guerre dans le camp retranché de Paris, Acad. de méd., 5 octobre 1 1) 1 5.
5. Pinard, La mortalité infantile. Conservons nos enfants, Le Journal, ag mars
6. Breton", Poncet, Ducamp et Vanxiuts, Fonctionnement d'un dispensaire d'assistance aux enfants du premier âge à Lille pendant l'occupation allemande, Le Nourrisson, Vil, n° 5, septembre 1919.
Mortalité pour 100
décès
Mortalité pour 100 décès
de 0 à 1 an.
de 0 à 1 an.
ii,46
igi4.
19ll-
H. Maladies diverses. — Des maladies diverses peuvent causer la mort du nouveau-né ou du nourrisson. En raison de leur fréquence moins grande, nous nous contenterons de les signaler : telles sont les hémorragies du nouveau-né, V hypertrophie du thymus, les affections du système nerveux (méningites, paralysie infantile, tétanie, hydrocéphalie), les septicémies, etc.
Facteurs secondaires de la mortalité pendant la première année. — A côté des causes de mort que nous venons de passer en revue, interviennent, à litre secondaire tout au moins, divers facteurs, qu'il nous reste à envisager.
jNous ne ferons que signaler la différence de mortalité suivant le sexe. Pour Chambrelent, qui l'a étudiée d'après les statistiques de 1907 à 19 10, elle est plus élevée pendant la première année et surtout pendant les premiers six mois chez les garçons que chez les filles : pour 100 décès de filles de zéro à un an, il y a 127 décès de garçons. A" partir de trois ans, c'est l'inverse qui se produit *.
Le séjour ù la ville ou à la campagne est un des premiers facteurs à prendre en considération. L'opinion généralement admise est que la mortalité du premier âge est plus forte dans les villes que dans les campagnes.
La statistique anglaise de Milson Rhodes (1905), citée par Variot, semble le prouver : dans les comtés agricoles, cet auteur a relevé une mortalité de 79 à ioo p. 1.000, alors que, dans les comtés manufacturiers, elle s'élève à 1 70 et 1S0 p. 1.000.
Par contre, pourL. Cruveilhier -,1a mortalité infantile est aussi élevée dans les départements où la majorité de la population est agricole que dans ceux où elle est industrielle ; elle l'est même parfois davantage dans les premiers.
Les avis ne concordent donc pas. Et, en effet, l'influence de la
1. La mortalité plus grande des garçons est réelle; elle n'est pas due au nombre plus élevé de naissances masculines. En iqio, par exemple, il y a eu 35g 669 naissances et 47. 784 décès de garçons, 378.721 naissances et 37.7^0 décès de filles. (Chambrelent), soit respectivement, pour 100 naissances de chaque sexe, 12 décès de garçons et 9 décès de filles.
2. L. Crl'yeilhiek, La mortalité infantile à la campagne, La Revue plùlanlhropique, 1911, t. XXX.
ville ou de la campagne est modifiée par les conditions où les enfants s'y trouvent placés.
La mortalité varie suivant les villes. La statistique de mortalité du premier âge pour les villes de plus de 3o.ooo habitants, à l'exception de Paris, établie par L. Cruveilhier en 191 2, en fournit la démonstration.
Mortalité annuelle des enfants de moins d'un an, pour 1.000 naissances.
Chiffre des décès. Nombre de villes. Désignation îles villes.
,,,.,- ( Saint-Ouen. . 270,1
Vu delà de 200 2 >. a
t Rouen. . . . 279,°
De 200 à a5o i3
De 190 à 160 35
De i5o à 120 17
' Monlluçon. . . 101.9
En deçà de 120. ... 3 Le Creusot. . . 11 1,4
Yinccnnes. . 1 1 8,5
La mortalité, dans une même ville, est différente suivant les quartiers .
A Paris, de 1892 à 1903, pour 1.000 naissances, sont morts avant un an, d'après Jacques Bertillon :
102 enfants dans le Ville arrondissement Champs-Elysées).
]4a — — VU» — (Boulevard Saint-Germain).
2io — — \IV' — (La Villette).
245 — — X\« — Belleville).
A Gladbach, pendant l'été très chaud de 1911, Eichelberg '* a
constaté les faits suivants :
Mortalité globale 8,3 p. 100.
Mortalité dans les habitations ouvrières, type cottage. . 0,4
Mortalité dans les villes, rues étroites et sombres. . . 12,7 —
Dans la ville champêtre de Letchworth, en Angleterre, où chaque maison possède un jardin, la mortalité du jeune âge, en 1910, a été de 54,5 p. 1. 000 contre i'\\ p. i.oooà Londres el i£5 p. 1.000 dans 20 cités les plus populeuses d'Angleterre. Dans Hampstead, faubourg de Londres, construit dans lesmèmes conditions, la mortalité ne dépasse pas 66 p. 1 .000.
1 Eichelberg, Einiges zum Tbema von der Ursachen der Saùglingssommerslerblichkeit mit statistichem Beitrag ûber die Wohnungals a>liologischem Faktor, Archivf. Kinderheilk., 1912, LIX, f 1 el a, p. 83.
MORTALITE 47
Dans les campagnes, les différences sont très notables d'une région à l'autre. Dans certains centres d'élevage, les enfants placés en nourrice meurent en très grand nombre. Il faut tenir compte, ici comme ailleurs, d'influences multiples : la condition sociale des parents, le travail des mères, l'hygiène du logement, le mode d'allaitement, l'alcoolisme, interviennent notamment, pour élever ou abaisser le chiffre de la mortalité.
Le travail des mères, qui les empêche d'allaiter et de soigner leurs enfants, a une influence considérable. La mortalité des enfants d'ouvrières est très élevée. Reid, de Stafford, en Angleterre, estime qu'elle est de 43 p. 100 plus élevée que celle des bébés dont les mères restent à la maison. Dans l'arrondissement de Lille, la mortalité, pour les enfants des ouvrières de l'industrie textile, atteint 38,46 p. 100 naissances (Felhoen) *.
Par contre, au Creusot, où les salaires des maris sont suffisants' pour permettre à la grande majorité des femmes d'allaiter leurs nourrissons, la mortalité est très réduite. En 1912, elle n'était que de 11,8 p. 100 naissances (Cruveilhier).
Le logement intervient dans le taux plus ou moins élevé de la mortalité infantile et notamment dans celle des enfants de moins d'un an. ^ oici quelques chiffres cités par Juillerat -. En 1907, à Perpignan, Barthès a constaté que dans les vieux quartiers, aux maisons insalubres, taudis infects et surpeuplés, la mortalité des enfants audessous d'un an s'est élevée à 35 p. 100, tandis qu'elle n'était que de 9 p. 100 dans les quartiers neufs, clairs et aérés. Dans l'arrondissement de Limoges, d'après Cruveilhier, la moyenne des décès de cinq années est la plus élevée (12, a G à 22,22 p. 100) dans les maisons où chaque habitant dispose de 1,19 ouverture (porte ou fenêtre . et chaque famille de 5.o5 ouvertures ; la plus faible (3, 60 à 11,88 p. 100) dans celles où il y a 1,28 ouverture par habitant et 5,83 par famille.
L'alcoolisme joue un rôle notable. Dans le Pas-de-Calais, par exemple, la mortalité infantile est en relation directe avec le nombre des cabarets : elle est de 5,i pour 100 à Lens qui n'a qu'un cabaret par ^9 habitants ; elle atteint 18,6 p. 100 à Grenay, où on compte un cabaret par i5 habitants.
Le tableau suivant, dressé par Jacquet, qui porte sur 096 alcooliques ayant eu 879 enfants, confirme ces données :
1. Felhoen, De l'élevage du nourrisson dont la mère travaille à l'usine, Rapport au /er Congrès national de la protection du premier âge, Bordeaux, mai 1 g 1 3.
2. Jcillerat, Le logement dans la lutte contre la mortalité infantile, Scicntijica, sept. i9i3, n° 69, p. 1.177.
Consommation Nais-
alcooliquo Bances Décès Pour 100
Modérée i'il 3o5 83 16,78
Forte 108 2'iS 1 1 5 2(>,oi
Très forte i'i7 3a6 2 ^1 4 55, '17
Totaux 3gG 879 L\-i
Sur les 442 enfants morts, 272 avaient succombé en bas âge.
L'illégitimité favorise la mortalité.
En France, dans la période allant de 1880 à 1893, on a compté, pour 1. 000 naissances :
167 décès d'enfants légitimes de o à 1 an. 288 — illégitimes —
En Allemagne, en 1909, on trouve le môme écart :
160 décès d'enfants légitimes de o à 1 an 268 — illégitimes —
Les divers pays ont une mortalité du premier âge très inégale, comme le montre le tableau suivant dû à Falkenburg *, portant sur les années 1906 à 1908 :
Mortalité
pour 100 nourrissons.
Pays.
Russie.
Bavière.
Saxe. .
Autriche. .
Hongrie 20,4
Wurtemberg. . . 19,0
Bade 17,8
Prusse 17,3
Espagne 17,3
Bulgarie 10,9
Italie iô,G
Serbie i5,o
Pays.
Belgique.
France
Angleterre et Pays
de Galles.
Pays-Bas.
Suisse
Fcosse
Danemark. .
Irlande
Suède
Norvège
Mortalité
pour 100 nourrissons, . l'i.'.
Ces chiffres semblent démontrer que le climat joue un rôle dans le taux de la mortalité infantile: les pays du Nord sont, en effet, les plus favorisés.
Celle constatation concorde avec ce que nous savons de l'influence des saisons : pendant l'été, la mortalité infantile augmente, en effet, notablement et proportionnellement à l'élévation de la température
1, Falkenburg, Morbiditât, Mortalilât und Geburtenzifler in den verschiedenen Lândern (Happait au III1-' Congrès international des gouttes de lait, Berlin. IQH).
MORTALITE
ambiante. Durant l'été de 1911, exceptionnellement chaud et meurtrier, l'un de nous avec Dorlencourt ' a comparé, pendant les mois de juin, juillet et août, les températures maxima quotidiennes à Paris et le nombre des décès survenus dans les deux crèches de l'hôpital
•kl '
Fig. 8. — Mortalité mensuelle par diarrhée pour 1.000 décès de o à 1 an.
des Enfants Malades. Voici les chiflrcs obtenus
Juin 191 1.
Juillet 191 : .
Août 191 1 .
Température
maxima
moyenne à Paris
Nombre de décès
mensuels
dans les deux crèches
des Enfants-Malades.
Ce tableau montre l'influence de la chaleur sur la mortalité infantile, mais il faut tenir compte des divers facteurs que nous venons de passer en revue, notamment du mode d'alimentation, des maladies, etc.
L'accroissement de la mortalité pendant l'été est dû, pour une
1. G. Schreider et H. Doulencourt, Recherches expérimentales sur l'influence de la chaleur chez les jeunes chiens, Arch. de méd. des enfants, t. XVI, n° 8, août
IQl3.
UÏG1INE SOCIALE DE L tSI IV l
grande part, à l'augmentation du nombre des affections gastro-intestinales, des diarrhées d'été, comme le montre le graphique ci-contre (fig. 8).
La mortalité hospitalière, enfin, est considérable : à Paris, !\o à 5o p. ioodes nourrissons entrant dans les crèches d'hôpitaux succombent. Cette mortalité élevée est due, pour une part, aux infections secondaires que contractent les nourrissons soignés dans le milieu hospitalier.