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ENFANTS SOURDS-MUETS

3° Hygiène etéducation des sourds-muets— A. Historique.

— Les préjugés les plus fâcheux et les plus nuisibles au développement des sourds-muets ont régné très longtemps. Justinien rangeait les sourds-muets parmi les déments. Saint Augustin enseignait qu'il est impossible de leur communiquer les vérités de la foi.

C'est seulement vers la fin du xvi0 siècle qu'ont été réalisées les premières tentatives d'instruction des sourds-muets par le moine bénédictin espagnol Pedro de Ponce de Léon, chargé de l'éducation de deux frères et d'une sœur du connétable de Caslille. Au début du xviii0 siècle un autre Espagnol, Juan Pablo Bonet. publia le premier traité de l'enseignement des sourds-muets.

En France, au xvnie siècle, Pereire et l'abbé Deschamps donnaient également un enseignement spécial aux sourds-muets, mais le nombre des enfants appelés à en bénéficier demeura très restreint.

La création d'un enseignement public des sourds-muets fut l'œuvre de l'abbé de l'Epée qui imagina la dactylologie, méthode qui permettait de correspondre à l'aide d'altitudes de la main répondant aux diverses lettres de l'alphabet. Cette méthode enseignait aux élèves la langue commune par traduction, suivant le système longtemps préconisé pour les langues étrangères.

De nombreuses villes de France et de l'Europe adressèrent à l'abbé de l'Epée des délégués qui, après un stage à Paris, ouvrirent à leur tour des écoles à Rome, Vienne, Genève, Groningue, Madrid, Tournai, Carlsruhe, Mayence, Copenhague, Zurich, etc.

A la mort de l'abbé de l'Epée, l'Assemblée nationale décréta qu'il avait bien mérité de l'humanité et de la patrie et son école fondée en 1760, devenue Institution nationale, fut transférée au couvent des Célestins puis au séminaire de Saint-Magloire, rue Saint-Jacques, où elle fonctionne encore à l'heure actuelle.

Au xvme siècle également, Samuel Heinicke fit réaliser de grands progrès à l'instruction des sourds-muets en créant pour eux à Leipzig la méthode orale, qui enseigne la lecture sur les mouvements des lèvres de l'interlocuteur. Celte méthode a réuni les plus nombreux partisans et sa supériorité a été proclamée par le Congrès international des maîtres de sourds-muets, réuni à Milan en [880.

Actuellement la méthode orale est adoptée dans tous les pays, sauf en Angleterre et aux Etats-Unis, où les écoles de sourds-muets ne sont pas encore complètement acquises à l'enseignement de la parole.

Les écoles d'Irlande et d'Ecosse, d'autre part, enseignent un système combiné (mélange de parole et de dactylologie) mais elles manifestent une tendance croissante à accepter la méthode orale.

B. Méthodes destinées à combattre ou améliorer la surdi-mutité. — Les méthodes destinées à combattre ou à améliorer la surdi-mutité ne donnent pas toujours les résultats espérés.

Des interventions chirurgicales permettent quelquefois, en rendant perméable l'oreille externe oblitérée congénitalement ou en tarissant des écoulements purulents, de rendre l'ouïe et ultérieurement la parole.

Certains exercices acoustiques spéciaux de sons, de voyelles, de syllabes, de mots prononcés à voix nue ou avec des appareils divers donnent parfois des résultats satisfaisants. Un tiers environ des enfants soumis à ces exercices arrivent à parler.

Dans la majorité des cas, ces moyens sont impuissants ; le sourdmuet doit alors être l'objet d'une instruction spéciale et bénéficier, le cas échéant, des œuvres d'assistance.

C. Assistance aux enfants sourds-muets. — Les sourdsmuets sont plus aptes que les aveugles à mener une vie se rapprochant de la normale et à gagner leur existence. Néanmoins l'infirmité dont ils souffrent rend l'instruction de beaucoup d'enfants difficile et leur placement professionnel rencontre toujours des obstacles. C'est pour remédier à ces inconvénients que certaines œuvres ont été fondées :

La Société centrale d'éducation et d'assistance pour les sourds -muets, créée en i85o et reconnue d'utilité publique, a pour Lut la protection et le patronage permanents des sourds-muets des deux sexes et de tous âges dans toutes les circonstances de la vie. Elle facilite en particulier aux enfants l'accès des écoles maternelles.

La Maison de sourds-muets, fondée à Bourg-la-Reine en i856, par les Sœurs de Notre-Dame du Calvaire et reconnue d'utilité publique, reçoit des filles et quelques garçons depuis l'âge de 4 ans, moyennant un prix de pension modique.

La Société pour l'instruction et la protection des enfants sourds— muets ou arriérés, fondée en 1866 par (îrosselin et reconnue d'utilité publique, distribue gratuitement des bourses dans les écoles et aide au placement des enfants.

h'OEuvre des sourds-muets, fondée à Paris en 1899, pratique l'assistance sous des formes multiples et s'efforce surtout d'assurer le placement des garçons et des filles au sortir de l'école.

Un assez grand nombre d'autres œuvres d'assistance privée existent encore à Paris et en province.

D. Instruction. — L'instruction des enfants sourd-muets est surtout dispensée dans les Institutions nationales ou départementales.

L'Institution nationale des sourds-muels de Paris dispose de a65 places. Elle n'admctque les garçons à partir de 6 ans, comme internes, demi-pensionnaires ou externes surveillés. Les demandes d'admission doivent être accompagnées d'un

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certificat médical, constatant la surdi-mutilé, le bon état de santé de l'enfant et mentionnant sa vaccination. La durée de l'enseignement est de huit années.

L'Institution accorde des bourses entières ou partielles aux enfants de 6 à 12 ans munis d'un certificat du maire de leur commune constatant les faibles ressources des parents. Depuis 1882, une clinique olologique est rattachée à l'établissement.

L'Institution nationale des sourdes-muettes de Bordeaux fonctionne d'une façon similaire pour les jeunes filles et l'Institution nationale des sourds-muets de Cliambéry pour les enfants des deux sexes.

Ces divers établissements donnent à l'enfant une éducation appropriée à son état physique et moral. Ils lui enseignent la méthode orale,

Fig. 80. — Appareil enregistreur des vibrations phonétiques de Lioret (cliché Henri Manuel).

introduite dans les institutions nationales à la suite de l'avis formulé parle Congrès international de Milan.

Nous empruntons à Marichelle les détails qui suivent concernant le mode d'application de cette méthode.

Enseignement de la parole et delà lecture sur les lèores. — L'enfant normal procède de la connaissance des sons du langage à la reproduction des mouvements phonateurs dont il ignorera toujours l'extrême complexité. Suivant une marche inverse, l'enfant sourd doit analyser ces mouvements pour produire des sons qu'il ne connaîtra jamais. Le principe essentiel de la méthode orale consiste à substituer à l'organe de l'ouïe, pour l'étude de la parole, les sens de la vue et du loucher qui permettent de percevoir les vibrations et les mouvements de l'appareil pbonateur ("g- 80).

L'articulation correcte de l'alphabet phonétique exige en général dix mois d'enseignement. En même temps l'enfant apprend la lecture sur les lèvres; il est exercé

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a reconnaître sur la bouche du maître les lettres et les syllabes qu'il a appris à prononcer lui-même. « L'articulation et la lecture sur les lèvres, dit Marichelle, introduisent dans le langage du sourd la vie émotionnelle, la vibration, le mom et le rythme. Elles groupent au grand profit de la mémoire les signes et les images de l'écriture; elles ajoutent à ces dernières, pour participer aux opérations de l'enregistrement et delà représentation des mots dans l'esprit, deux séries d'images, dont l'une celle des images d'articulation estsans contredit la clé de toutes les autres; elles multiplient enfin les occasions d'employer le langage. »

« Les élèves de faible intelligence ont particulièrement besoin de l'articulation .pour graver dans leur esprit le souvenir des mots et des phrases qu'on leur enseigne.

Fig. 81. — L'atelier des élèves tailleurs à l'Institution nationale des sourds-muets de Paris (cliché Henri Manuel).

L'écriture muette, celte abstraction de la parole, cette algèbre du langage, n'est pas le système de signes qui peut convenir à des enfants dont l'activité mentale ne se développe aisément que lorsqu'elle s'accompagne d'une certaine activité physique. »

Enseignement du langage. — A la fin de la première année les élèves ont appris à prononcer les syllabes qui entrent dans la composition des mots. Ils possèdent les éléments qui constituent l'ossature du langage, mais la lâche la plus ardue et la plus longue, reste à accomplir : c'est celle qui a pour but de rendre le langage vivant en lui permettant d'exprimer des idées.

Le principe employé à l'Institution nationale pour réaliser le but est le suivant '• faire naître l'idée et la mettre en contact avec le mot. ce qui est aisé pour les noms d'objets et les actes simples de la vie courante mais demande une analvse des plus minutieuses dès l'instant qu'il s'agit d'exprimer une idée abstraite.

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