Apert, Soc. </<' Pédiatrie de Paris, a '1 février
Les maladies infectieuses chroniques susceptibles d'être transmises dans les collectivités infantiles sont surtout la tuberculose et la syphilis. Mais il convient de les envisager à un point de vue plus général et d'étudier l'ensemble des mesures sociales destinées à protéger les enfants contre ces infections.
i° Tuberculose. — La tuberculose est fréquente dans l'enfance. Elle peut demeurer latente et n'être décelée que par les réactions à la tuberculine ; souvent elle est avérée et donne lieu à des lésions ganglionnaires, osseuses, articulaires, péritonéales, pleurales, pulmonaires, etc.
Pour être pleinement efficace, la prophylaxie antituberculeuse doit porter son principal effort sur la préservation des enfants. Nombre de tuberculoses qui évoluent pendant la jeunesse et l'âge adulte ne sont que le réveil d'une infection contractée dans le jeune Age.
A. Hérédité. — h'hérédité de la tuherculose est une exception. h'hérédité conceptionnelle n'a pu être établie qu'une seule fois par Landouzy et Laederich x sur 86 expériences probantes. Quant à l'hérédité trans -placentaire elle est possible expérimentalement, puisque ces mêmes auteurs ont pu obtenir 23,5 pour ioo de faits positifs, mais en médecine humaine elle est très rare (Péhu et Ghalier -, Hutinel et Tixier 3, Nobécourt et G. Schreiber 4, etc.).
Dans l'immense majorité des cas, l'enfant ne naît pas tuberculeux. La tuberculose n'est pas une maladie héréditaire, mais une maladie acquise, contractée après la naissance. Si elle s'observe avec une fréquence particulière dans certaines familles, c'est que la contagion familiale se réalise A\ec une grande facilité et que, peut-être, il existe une prédisposition due à l'hérédité de terrain.
B. Portes d'entrée du bacille tuberculeux. — Les portes
i. Laxdouzy et Laederich, Étude expérimentale de l'hérédité tuberculeuse, La Presse médicale, 18 octobre igi i, p. 833.
2. Péhu et Chalier, Delà tuberculose -humaine congénitale, Arcli. de méd-des enfants, janvier 1908.
3. Hutinel et Tixier, La tuberculose latente des nourrissons, Revue de la tuberculose, avril 1912,110 2.
4. Nobécourt et G. Schreiber, Préservation de l'enfant du premier âge contre la tuberculose. Congrès du Royal Instilute of Public Health, Paris, 10-19 mai 1 g 1 3.
d'entrée du bacille tuberculeux sont multiples. Il peut pénétrer à travers la peau, en cas d'impétigo, d'eczéma, par exemple. Il peut traverser les diverses muqueuses ', mais sa pénétration par les muqueuses de la bouche, du nez, du pharynx, par la conjonctive, est rare. La pénétration à travers la muqueuse intestinale, considérée comme la plus habituelle par certains auteurs lors du Congrès delà tuberculose, tenu à Paris en iao5, est à placer au second plan, tout au moins dans l'espèce humaine. L'inoculation par les voies respiratoires est considérée à l'heure actuelle comme la plus commune (Cornet, Hutinel, Ktïss, etc..)
Dans la pratique d'ailleurs, le point capital est non pas de savoir comment le bacille tuberculeux pénètre dans l'organisme du nourrisson, maisTcomment il arrive à son contact.
C. Produits vecteurs du bacille tuberculeux. — Les produits vecteurs du bacille de Koch peuvent être des aliments, tels que les viandes ou le lait de botes tuberculeuses, mais leur rôle au point de vue de la contagion semble assez réduit. Le lait, en particulier, bien que Behring ait prétendu qu'il constituait l'agent le plus fréquent de contagion humaine, bien que Vallée et Cal mette lui aient attribué un rôle très important, n'intervient que dans des cas isolés.
Les excrétions des tuberculeux sont beaucoup plus dangereuses. Toutes les excrétions provenant de foyers bacillaires peuvent contaminer l'enfant (pus d'abcès, matières lécales, urines, etc.) ; mais en pratique, ce sont les particules liquides projetées par le tuberculeux qui parle et qui tousse (gouttelettes de Flûgge) et les crachats qui sont les principaux agents de transmission du germe tuberculeux.
D. Contagion* familiale. — La tuberculose provient donc beau coup plus souvent de lajconlagion humaine que de L'alimentation. C'est ce qui explique son caractère familial que nous avons signalé. Très souvent, dans l'entourage immédiat de l'enfant, on constate la présence de "parents, de grands-parents ou même de domestiques tuberculeux.^. Cleveland Floyd et H. Bowditch ' comptent, sur i .000 enfants tuberculeux, 679 sujets en contact avec des parents tuberculeux. Pissavy - trouve que les parents sains ont 8 % d'enfants tuberculeux etoles parents tuberculeux 01 r/c . Charles Leroux et Grunberg 3 constatent la tuberculose chez 27,48 pour 100 des
1. Ci.eyelvnd Floyd et Henri Bowditch, Archiv of Pediatrics, 1909.
2. Pisswy, Fréquence'comparée de la tuberculose chez les descendants de tuberculeux et chez les descendants de non-tuberculeux, Soc.méd.deshôp., 22 oct. IQ
3. Ch. Leroux.^ et W. Giunueug, Enquête sur la descendance île '^a familles ouvrières tuberculeuses, Revue de médecine, 10 novembre 19 12, p. 900.
MALADIES IXFECTiEUSES CHRONIQUES
enfants de tuberculeux et seulement chez 9,58 pour 100 des enfants de parents indemnes.
La préservation des enfants appartenant à des familles tuberculeuses est liée à la question générale de la lutte contre la tuberculose. Elle peut être réalisée par la suppression du taudis, par l'hygiène du logementet par Y hygiène du malade.
Mais, en réalité, la seule ruesure efficace est de sortir l'enfant du milieu tuberculeux, aussitôt que possible après sa naissance, ainsi que l'a montré Grancher.
Dans le but d'éloigner l'enfant du foyer familial tuberculeux, Grancher a fondé, en 1903, VOEuvre de préservation de l'enfance contre la tuberculose. Elle s'adresse aux enfants âgés de plus de trois ans. Elle les place à la campagne chez des paysans ou dans des établissements spéciaux jusqu'à ce qu'ils soient en âge de gagner leur vie. Grancher, en créant son œuvre, se basait sur le principe suivant, établi par Pasteur pour la maladie des vers à soie : « Toutes les fois qu'une race est menacée par une maladie contagieuse, c'est la graine qu'il faut préserver. »
Pour réaliser son programme, 1 Œuvre Grancher, dont le siège central se trouve à Paris, dispose de 13 filiales dans les villes suivantes : Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Tours, Lille. Montpellier, Reims, le Havre, Dijon, etc.
Les foyers de l'œuvre parisienne au nombre d'une vingtaine sont répartis principalement dans les déparlements de l'Indre, de l'Indre-et-Loire, du Loiret, du Cher, du Loir-et-Cher, de l'Eure-et-Loir, de la Haute-Vienne, etc. Les pupilles sont placés chez des pavsans et mis sous la surveillance directe de médecins rattachés à l'œuvre. Leur nombre atteignait en 1910 le chiffre de -5o lîg. 91). Ace chiffre, s'ajoutent les pupilles des douze fdiales de province répartis dans divers foyers régionaux. La plupart des protégés de l'œuvre sont des enfants indigents, qui bénéficient de la gratuité. Les dépenses sont d'ailleurs relativement minimes ; chaque pupille ne coûtait guère plus d'un franc par jour avant la guerre.
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