Mocqlot, Tribune médicale, 1907, n
du maire, par l'officier de santé qui donnait des conseils. Cette innovation n'eut pas de succès.
C'est seulement en 1890 qu'à Nancy Hergott ouvre, à côté de son service d'accouchement, des consultations hebdomadaires. Son but était d'encourager l'allaitement maternel. Les nourrissons étaient examinés et pesés. Des primes étaient attribuées aux mères les plus méritantes.
Grâce à Budin, les consultations de nourrissons ont pris un grand développement, à Paris d'abord, puis en province. En 1892, il annexe à son service de la Charité une consultation pour les enfants qui y sont nés ; plus tard, il en crée à la Maternité, puis à la clinique Tarnier.
Dans la suite, les maternités, les bureaux de bienfaisance, maintes oeuvres privées out, dans beaucoup d'endroits, fondé des consultations de nourrissons du type Budin. Elles se proposent principalement de favoriser l'allaitement maternel et, à titre accessoire, de distribuer un lait de bonne qualité.
Parallèlement aux consultations de nourrissons, on a créé des Gouttes de lait. En 1894, Léon Dufour institue à Fécamp, sous cette dénomination, une œuvre autonome, destinée à surveiller l'élevage des enfants et plus spécialement de ceux qui étaient nourris au biberon ; on y distribuait le lait nécessaire à leur alimentation. Déjà Comby, en 1890, Yariot, en 1892, avaient, l'un au dispensaire de la Société philanthropique de la Villette, [l'autre au dispensaire de Belleville, réalisé des distributions de lait stérilisé.
Les Gouttes de lait ne se bornent pas à la distribution du lait J comme les milk-depols des Etats-Unis et d'Angleterre. Des méde- Icins y examinent les enfants, prescrivent les rations alimentaires et 'dirigent les mères ; ils donnent, en un mot, des consultations.
Gouttes de lait et consultations de nourrissons ne sont donc pas des rivales; ce sont des œuvres sœurs qui visent au même but : l'élevage des petits enfants. Elles ne peuvent obtenir de bons résultats, qu'à la condition d'associer le contrôle médical, l'encouragement à l'allaitement maternel et la distribution d'un lait de bonne qualité,., en quantités appropriées à l'état de santé et à l'âge de l'enfant. Elles ne doivent délivrer de lait que si l'allaitement maternel est insuffisant ou impossible. En un mot, elles ont à s'occuper simultanément desnourrissons élevés au sein et de ceux élevés au biberon. Tout au plus, pourrait-on dire, avec Variot, que les Gouttes de lait visent plus spécialement l'allaitement artificiel et les Consultations de nourrissons l'allaitement maternel.
Les Consultations de nourrissons-Gouttes de lait se sont mul-
tipliées, aussi bien en France qu'à l'étranger !. Elles doivent être connues de tous les médecins, car beaucoup d'entre eux sont appelés à en diriger -.
II. Organisation. — L'organisation d'une consultation d^ nourrissons -goutte de lait comporte le choix des locaux et du matériel, ainsi que le recrutement d'un personnel capable d'en assurer le bon fonctionnement.
i° Locaux. — Les locaux ne sont souvent que des locaux de
Fig. 20. — Œuvre lyonnaise des consultations Badin. Plan du local de la rue Sébastien Gryphe (J.uiricot).
fortune. Toutes les fois qu'il est possible, on les construit spécialement pour les approprier à leur but.
La disposition des locaux d'une consultation de nourrissons de VŒuvre lyonnaise des consultations Badin, décrite par Jarricot. peut servir de type simple, qui peut être réalisé partout (fig. 20 et 126).
1. Léon DcFoun, la Goutte de lait à Fécamp, i8q4-iqoo. La Normandie médicale, i'1»' et i5 mars igoo. — Résultats de 18 années de Goutte de lait à Fécamp. Inilucuce sur le mouvement graphique urbain, 1" congrès national des Gouttes de lait, Fécamp, 1912. — Ch. Matgrier, les Gonsultations de nourrissons, Monographie de l'Œuvre médico-chirurgicale, Masson et C'e, octobre ioo3. — Budih, les Consultalions de nourrissons. Revue d'hygiène et de médecine infantile, IV, 190J, p. 117. — A.USSET, le Bilan des (Consultations de nourrissons et des Gouttes de lait, Académie de médecine, 1908, et Revue philanthropique, 1909. — Variot, Traité d'hygiène infantile, Paris, 1910. — J. Jarricot, Rôle social et pratique du fonctionnement des (Consultations de nourrissons et des Gouttes de lait. Paris, 191a. — M.vrois, le Rôle des Gonsultations de nourrissons. Conférence nationale de la Ligue contre la mortalité infantile, Paris, mai 1920.
2. Durant la guerre, le Service de santé a été amené à créer et à diriger des Consultations-gouttes de lait dans certains pays de la zone îles opérations militaires, en Roumanie entre autres. (Jourdkan, les Gouttes de lait en Roumanie. La Presse médicale, a5 septembre 1919.)
ORGANISATION
La consultation occupe un rez-de-chaussée, pour faciliter le vaet-vient des mères. Elle comprend cinq pièces : une vaste salle d'attente, destinée à recevoir les enfants et leurs mères ; une pièce plus petite pour isoler les malades et les suspects de maladie ou douteux; un vestiaire, pour les effets du personnel ; un cabinet médical; enfin la bibèronnerie, où s'effectuent la manutention et la stérilisation du lait (fig. 25).
La salle d'attente commune et la pièce des douteux communiquent
Fig. 26. — Œuvre lyonnaise des consultations Dudin. Façade du local de la rue Sébastien Gryphe (Jarricot).
directement d'une part avec l'extérieur et d'autre part avec le cabinet du médecin. La salle d'attente est séparée de l'extérieur par un tambour à deux portes, afin d'éviter, surtout en hiver, la perte de chaleur et les courants d'air.
Le cabinet médical est indépendant de la salle d'attente. Cette séparation s'impose, en raison des difficultés que présentent l'interrogatoire et l'examen au milieu des cris des enfants et des conversations des mères.
La bibèronnerie, s'il est possible, s'ouvre également sur la rue ; mais cette disposition n'est point indispensable. Elle communique, en tout cas, avec la salle d'attente par une porte et par un guichet, utilisé pour la distribution du lait.
Ce type de consultation de nourrissons ne donne pas des garanties suffisantes contre les contagions que peut entraîner toute agglomération d'enfants. Certes les nourrissons y sont moins exposés que les enfants plus âgés, mais on ne doit pas cependant les considérer comme négligeables.
CONSULTATIONS DE XOURRISSONS
Pour réduire les risques de contagion, certaines consultations de nourrissons, entre autres la fondation Budin1 à Paris, disposent d'une splle d'attente supplémentaire où les mères pénètrent quatre par
~jk
Fig. 27. — Plan d'une consultation de nourrissons, avec isolement individuel.
a. boxe d attente ; 6. boxe de déshabillage ; c. porte d entrée ; </. couloir central ; e. couloir latéral;/, couloir de sortie; çj. porte de sortie; h. salle de visite: i. balance; /. table : 1(. lit d'examen ; /. cabinet du médecin ; m. salle de distribution de lait avec cuisine de lait au sous-sol ; n. guichet ; 0. couloir vitr» .
quatre : les enfants ne sont admis dans la salle de pesage qu'après y avoir été examinés soigneusement.
Cette précaution paraît encore insuffisante à certains médecins. Lesage 2 préconise un système d'isolement en boxes dès l'arrivée de la mère et de son enfant. Le plan ci-dessus (fig. 27) emprunté à la
i.H. Lecucq. La fondation Budin, Thèse de Paris, iÇ)i3.
2. A. Lesage, Conférence faite à Yalencicnnes le 8 juin 1 < j 1 3 .
ORGANISATION 93
thèse de son élève Rivet1, indique la disposition des locaux qu'il convient d'adopter pour le réaliser.
Ce système de boxes individuels a l'inconvénient d'être coûteux. Il n'est d'ailleurs pas indispensable. Si on recule devant la dépense, il vaut mieux une consultation sans boxes que pas de consultation.
Quel que soit le type de consultation adopté, les locaux doivent être vastes, hauts de plafond, munis de larges fenêtres. A la Fondation Badin, le sol est carrelé de grès lustré, facile à entretenir ; les soubassements sont en faïence et les angles arrondis ; les murs sont peints au ripolin. Le tout peut être lavé à grande eau.
Il est utile d'annexer à la consultation une cour abritée pour remiser les voitures d'enfants. On peut, comme il est d'usage dans quelques consultations, distribuer à chaque mère, lorsqu'elle arrive, une chaîne et un cadenas, dont elle conserve la clef, pour attacher la voiture à une tringle de fer.
2° Matériel. — Le matériel comprend le mobilier, les appareils et accessoires destinés soit à la stérilisation et à la distribution du lait, soit à l'examen des enfants.
Le mobilier est simple et lavable. Les bancs, les chaises, les tables peuvent être des meubles de jardin en métal verni. Les tables sont recouvertes d'une alèze de toile blanche.
Dans la salle d'attente on place des bancs et des chaises en nombre suffisant, ainsi que deux tables. Sur l'une, on dispose un pèse-bébé et une toise ; l'autre est réservée à l'aidequi inscrit dans le livret individuel le poids et la taille du nourrisson. On doit également mettre un seau hygiénique pour les enfants.
Dans cette même salle, on installe des placards où sont enfermés
H lin -
les objets de layette distribués aux mères, lés imprimés et divers accessoires, thermomètres, ouate hydrophile, feuilles de papier de soie qui servent à recouvrir le berceau du pèse-bébé, etc.
Le long des murs, on peut afficher des conseils d'hygiène infan- \ tile et des devises en faveur de l'allaitement maternel ; en \ attendant leur tour, les mères auront le loisir de les lire et de les méditer.
Enfin, un bon appareil de chauffage doit maintenir, pendant l'hiver, une température douce et constante.
La pièce des douteux contient simplement un banc et des chaises.
Le vestiaire est muni d'une glace et des accessoires destinés à recevoir les chapeaux, les vêtements du personnel, etc. On y accroche
i. Eugène Rivet, Puériculture ; étude critique. Thèse de Paris, Iyi3.
les sarreaux de loile que le médecin et les assistants endossent pardessus les vêlements de ville.
Le cabinet médical (lig. 28), bien éclairé, est meublé d'une table et de quelques chaises. Pendant la consultation, au fur et à mesure que
Fig. 28. — Consultation de nourrissons de la Mutualité maternelle de Paris. (Section Parmenticr). Le cabinet médical.
le médecin poursuit l'examen de l'enfant, un aide inscrit les renseignements et les prescriptions qui lui sont dictés.
La pièce doit être pourvue d'un lavabo et d'un appareil de chauffage. Divers accessoires médicaux doivent être placés à la portée du médecin : abaisse-langues en bois, jetés après usage, stéthoscope, serviettes d'auscultation, etc.
La biberonnerie ou cuisine de lait lig. 29) est plus ou moins importante, suivant le lait adopté pour l'alimentation des nourrissons. Si l'on utilise du lait stérilisé industriellement, elle n'esl qu'un simple entrepôt; si, au contraire, le lait est stérilisé sur place et modifié suivant des méthodes particulières, elle devient un véritable laboratoire.
La pièce doit èlrc vaste cl d'une propreté méticuleuse. Son accès sera interdit à toute personne étrangère au service.
Le matériel de la biberonnerie doit assurer aux manipulations la sécurité et la simplicité. Ces manipulations comprennent le nettoyage, la préparation et la stérilisation dc> biberons.
Les modèles de biberons sont nombreux. Il importe que les pièces en soient faciles à nettoyer et à remplacer ' . La Gole, graduer en
1. A la Goutte de lait de Fécamp, axant la guerre, tout Qacon perdu était payé1 o fr. 00 par les mères. Si le flacon seul était lirisé, si le bouchon et la monture étaient rapportés, l'indemnité perçue n'était que de o i'r. 10.
ORGAXISATIOX
centimètres cubes, doit avoir des parois lisses ; le bouchon doit être amovible et assurer une fermeture hermétique.
"S" 39- — La biberonnerie de la consultation de nourrissons de la Maternité, à Paris. (Cliché H. Manuel.
Le nettoyage des biberons constitue une opération importante ; ils doivent être tenus avec une propreté minutieuse ; sinon peuvent
survenir des accidents très graves. Faute de mieux, on peut se contenter de laver les flacons, au-dessus d'un évier spacieux, avec de l'eau chaude additionnée de carbonate de soude, et de les écouvilîonner . Cette manœuvre, exécutée à la main, demande beaucoup de tcm | >-. Il est préférable de se servir d'appareils laveurs, à rotation énergique et rapide, munis d'un balai de fil de fer rude et projetant avec force l'eau dans la bouteille.
Une fois lavés, les biberons sont disposés sur des égoultoirs. .
Les tétines sont également nettoyées à l'eau bouillie, brossées extérieurement et intérieurement, puis enfermées dans un flacon propre et bouché, contenant de l'eau bouillie. Le plus souvent, d'ailleurs, ce lavage est fait par les mères, à leur domicile, et il convient de leur apprendre à l'exécuter convenablement.
Pour préparer les biberons, on les dispose sur une table et on verse dans chacun d'eux la quantité de lait voulue. Puis on les recouvre de leurs obturateurs et on les répartit dans des paniers en fil de fer galvanisé, à huit cases, faciles à transporter grâce à une anse métallique. Les paniers, après la stérilisation, sont placés sur des rayons disposés au pourtour de la cuisine.
La stérilisation des biberons est généralement réalisée par le chauffage au bain-marie à ioo°.
Si le nombre de biberons n'est pas trop grand, on utilise un appareil Soxhlet-Budin, semblable à celui employé dans les ménages, mais de dimensions plus considérables.
S'il faut préparer de nombreuses rations, ce procédé demande trop de temps.
On a recours alors à des appareils permettant la stérilisation en grand. A. l'œuvre lyonnaise des consultations Budin. on se sert de Yétave Bauby (fig. 3o).
Cette étuve est une caisse métallique de i mètre cube environ, fermée, à l'aide de crochets, par un couvercle muni de soupapes. Elle est formée d'une double paroi, dans L'épaisseur de laquelle circulent L'air chaud et les gaz de combustion qui s'échappent par une che minée. La chauffage s'opère par une rampe à gaz située audessous.
L'intérieur de la caisse est séparé en deux compartiments horizontaux par une grille à larges mailles : l'étage inférieur contient l'eau qui sera vaporisée ; l'étage supérieur reçoit les paniers de biberons qui peuvent être disposés sur trois rangs de seize paniers chacun.
Pour compléter l'installation de la biberonneiïe, on place, dans un endroit facilement accessible. Le tableau des régimes, sur lequel sont inscrites les rations de chaque enfant. Le tableau dont se sert
ORGANISATION
Dufour à Fécamp est ingénieux ; il simplifie beaucoup la tâche de la surveillante.
La biberonnerie que nous venons de décrire est celle d'une consul-
Fig. 3o. — Coupe de l'étuve Baubv employée à l'Œuvre lyonnaise des consultations Badin (Jarricot).
tation qui prépare elle-même son lait. Bien entendu la pièce peut être plus petite et son installation plus sommaire, si on se contente de rcmettreaux mères du lait préalablement stérilisé industriellement, ce qui supprime les manipulations nécessitées par la stérilisation sur place. Nous en aurons fini avec le matériel de la consultation de nourrissons, lorsque nous aurons signalé certains objets indispensables pour exercer un contrôle médical sur l'alimentation et le développement des enfants et pour établir les statistiques utiles. Tels sont le registre d'immatriculation, le livret individuel et les fiches.
QYG1LNE SOCIALE DE L ENFANCE
Le registre d'immatriculation, sut lequel sont inscrits les enfants qui suivent la consultation, sert à consigner divers renseignements, tels que des indications sur la situation matérielle des parents, obtenues directement ou mieux après enquête, et les observations intéressantes. Il convient d'y noter également le résultat des visites de contrôle effectuées régulièrement au domicile des parents par une dame surveillante. L'attention du médecin se trouve ainsi éveillée sur l'insuffisance d'aération, sur le manque de propreté, sur la conservation défectueuse du lait, etc. ; lors de la consultation, il peut montrer aux mères les fautes qu'elles commettent.
Le livret individuel peut être établi suivant plusieurs types. On y consigne les antécédents personnels et les antécédents héréditaires de l'enfant ; mais il importe de garder sous ce rapport la discrétion nécessaire.
Lorsque l'enfant est élevé au biberon, on note les raisons qui ont amené la mère à abandonner l'allaitement au sein et, s'il en est encore temps, on l'engage à pratiquer, tout au moins, l'allaitement mixte.
Les autres feuilles du livret sont composées de manière à permettre l'inscription des pesées hebdomadaires ; on peut y annexer un (jraphique des poids, sur lequel figure la courbe schématique del'ac croissement normal, comme élément de comparaison.
Les dernières pages servent à noter les affections qui peuvent frapper éventuellement l'enfant, le traitement prescrit ainsi que les faits particuliers relevés au cours de l'élevage.
Les fiches permettent d'inscrire chaque semaine le poids du bébé et les rations alimentaires. Le modèle suivant donne toute satisfaction :
Dom
Allai
cile
tement