‹ Hygiène sociale de l'enfanceChapitre 25 sur 212 · FONCTIONNEMENT · texte numérisé non relu

FONCTIONNEMENT

Il en existe deux sortes : le babeurre de lait frais et le babeurre de lait acide.

Le babeurre frais s'obtient par barattage très prolongé du lait sitôt après la traite ; c'est en somme un lait écrémé.

Le babeurre acide, qui donne de meilleurs résultats, est plus habituellement employé. On peut le préparer à la biberonnerie.

On abandonne du lait cru pendant i!\ heures dans un vase couvert à la température de 18-200. Sous l'influence des ferments lactiques ordinaires ou de ferments sélectionnés, le lait s'aigrit et la crème monte à la surface.

On procède alors au barattage à l'aide d'une baralteuse en verre munie d'un piston en bois ou mieux en métal portant plusieurs ailettes, actionnée par une roue facile à manœuvrer. Le barattage poursuivi pendant une demi-heure environ donne du beurre qui surnage et un liquide qui est le babeurre. Ce dernier est versé dans une passoire munie d'une gaze stérile et recueilli dans un pot bien propre pour être conservé au frais.

Le babeurre se sépare par le repos en deux couches ; l'une inférieure constituée par la caséine coagulée en grumeaux ; l'autre supérieure formée par le petit-lait. Il faut avoir soin, en conséquence, d'agiter le babeurre avant de l'administrer.

Aux nourrissons de moins de !\ mois, le babeurre est généralement donné pur ou sucré à 10 pour 100. Il est progressivement remplacé par du lait en pratiquant des mélanges lorsque l'état digestif de l'enfant s'améliore.

Chez les nourrissons de plus de [\ mois et même chez les plus jeunes, on utilise la bouillie ou soupe de babeurre. Pour la préparer, on ajoute à un litre de babeurre 20 grammes de farine ou de fécule de pommes de terre et 80 grammes de sucre. On cuit le mélange à feu doux pendant une heure dans une grande bassine. On porte à l'ébullition pendant quelques minutes. On laisse' refroidir et l'on met en bouteilles. Un point essentiel de cette préparation consiste à brasser continuellement le mélange, avec un fouet à crème par exemple, pour obtenir des grumeaux très fins de caséine et un mélange homogène. La bouillie ainsi 'préparée est très fluide ; elle peut être administrée au biberon et à la tétine comme le lait ordidaire.

Cette bouillie de babeurre peut également être maltosée de la même façon que les bouillies de lait dont il nous reste à parler.

Les bouillies maltosées rendent de grands services chez les nourrissons atteints de troubles gastro-intestinaux et d'affections diverses entretenues par le lait ordinaire.

La soupe de malt de Terrien { se préparc d'après la formule su i va nie :

• Crème de riz 80 grammes.

Lait i/3 de litre.

Eau a/3 de litre.

Sucre ' 5o grammes.

Extrait de malt cristallisé 10 grammes.

On délaye la farine de riz avec précaution ; on fail cuire la bouillie jusqu'à consistance épaisse, puis on retire du feu ; lorsque la température est descendue à 8o°, on ajoute l'extrait de malt cristallisé dissous dans un peu d'eau et on mélange soigneusement. La bouillie se liquéfie. Au bout d'une dizaine de minutes, on remonte la température jusqu'à l'ébullition pendant une minute, de manière à empêcher la saccharification de l'amidon qui se produit au-dessous de 700 et rend la bouillie indigeste.

La préparation des bouillies mal tosées peut être simplifiée-, en parti culier lorsqu'elle est destinée aux|nourrissons ayant atteint l'époque du sevrage ou présentant des troubles digestifs peu accentués. On aura souvent bénéfice alors à maltoser des bouillies préparées de la façon ordinaire, en ajoutant, après refroidissement à 8o°, une ou deux cuillerées à café d'extrait de malt et en procédant ensuite de la façon indiquée plus haut.

reste à étudier les conditions du succès des consultations de nourrissonsgouttes de lait, leurs dépenses, les ressources dont elles peuvent disposer, les résultats qu'elles obtiennent.

/" Conditions du succès. — Le succès, comme l'a écrit Jarricot, dépend avant tout d'une bonne direction médicale. Le médecinchef et les médecins adjoints doivent posséder les connaissances techniques nécessaires aux fonctions dont ils assument la charge. Il est juste qu'ils soient honorés pour le travail qu'ils fournissent et les responsabilités qu'ils endossent. La façon d'agir la plus rationnelle consiste à attribuer des honoraires fixes, auxquels on ajoute d'honoraires variables, calculés d'après le nombre d'enfants examinés.

La gérante, qui surveille la bonne tenue des locaux et la préparation du lait, doit être une femme de confiance : il faut qu'elle s cupe exclusivement de l'établissement cl soit rétribuée convenablement pour ce travail.

i. E. Terrien-, Le maltosage des bouillies dans l'alimentation du jeune enfant dyspeptique, Arch. de méd. des enfants, mai 1906.

a. G. Schreiber, Les bouillies maltécs, Paris médical, 16 mars 191a.

Les daines assistantes bénévoles rendent à l'œuvre des services très appréciables; elles aident à la consultation en pesant les enfants et en tenant les registres ; elles entrent en relation avec les mères, auxquelles elles apportent des secours matériels et une assistance morale si utiles dans maintes circonstances.

D'autre part, il est indispensable d'exiger des mères l'assiduité aux visites hebdomadaires ; sans elle la surveillance de l'allaitement est imparfaite et inefficace. Quand une mère, malgré plusieurs avis. persiste à amener irrégulièrement son enfant, il faut rayer son nom de la liste de distribution du lait.

Pour qu'une consultation-goutte de lait réussisse et ait une uti-| lité réelle, il faut, avant de la fonder, s'assurer de son opportunité. Sa1 place est indiquée dans les agglomérations urbaines ou rurales, dans ( les centres populeux. Selon Jarricot, elle ne peut guère recruter des adhérents au delà d'un rayon de i.5oo mètres : d'une part, une dis tance plus grande risque de fatiguer les bébés et les mères; d'autre part, on ne peut guère imposer à ces dernières une absence de plus de deux heures qui peut être préjudiciable à leur travail ou à leur ménage. Il est recommandable d'adjoindre aux crèches, où les mères mettent en garde leurs enfants, et aux cantines maternelles, des consultations de nourrissons-gouttes de lait.

A la campagne, les chances de prospérité sont bien moindres et les avantages discutables. Sans doute, le 3 décembre 1900, le Sénat a réclamé la création de Gouttes de lait et de Consultations de nourrissons pour les enfants protégés et, quelque temps après, le 20 mai 190/i, le ministre de l'intérieur a invité les préfets à remplacer par des consultations de nourrissons les visites prescrites par la loi Roussel. Mais il ne semble pas que la réalisation de ces projets doive être encouragée. Comme l'ont fait remarquer Variot et Jarricot, à la campagne les habitations sont éparses, la perle de temps occasionnée par un long déplacement décourage les mères, l'exposition au froid et à la pluie risquent de compromettrela santé des bébés. Les résultats obtenus sont assez discordants : dans le Rhône, notamment, au dire de Jarricot, l'échec a été complet ; dans l'Yonne, par contre, Marois leur attribue un rôle dans la diminution constatée de la mortalité infantile. I La distribution du lait ne doit avoir lieu que sur prescription du médecin, après examen et pesage de l'enfant. Autrement dit, la Goutte de la il n'est pas un simple dépôt où la première mère venue peut se procurer le lait dont elle a besoin. En principe, la distribution ne doit pas être gratuite, pour ne pas encourager l'allaitement artificiel et parce qu'il est moral que les parents contribuent, suivant leurs moyens, a l'élevage de leurs enfants. Mais la vente des

produils se fera à prix réduit. A la Goutte de lait de Belleville, un litre de lait stérilisé était délivré, avant la guerre, pourofr. 3o au lieu de o fr. 60. A l'Œuvre lyonnaise, le tarif fixé était, quelle que fût la quantité de lait, o fr. o5 par biberon, jusqu'à 3 biberons; o fr. 25 pour 4 ou 5 biberons ; o fr. 3o pour 6 ou 7. A la Goutte de 'lait de Fécamp, Léon Dufour a divisé sa clientèle en trois sections : les membres de la section payante versaient, suivant leur situation de fortune, o fr. 5o, o fr. 76 ou 1 franc pour la ration des i!\ heures ; ceux de la section demi-payante, o fr. 3o ; ceux de la section gratuite enfin, o fr. 10.

2" Budget. — Les dépenses d'installation d'une consultation de nourrissons-goutte de lait varient nécessairement suivant les localités et suivant l'importance. A Lyon, elles ne dépassaient pas. avant la guerre, 1.700 francs ; il va sans dire que dans ce chiffre n'entre pas le prix du local.

Pour couvrir les frais d installation et d'entretien, les œuvres disposent de ressources variées. En raison de leur but humanitaire et social, les municipalités, les conseils généraux leurs accordent souvent des subventions ; des particuliers, souvent aussi des sociétés privées, contribuent à leur établissement et à leur développement.

Des consultations de nourrissons-gouttes de lait enfin sont entretenues par des Œuvres d'assistance maternelle et infantile et par la Mutualité maternelle.

La vente du lait, comprise comme il a été dit plus liant, contribue à l'équilibre du budget. A l'Œuvre lyonnaise, grâce au système adopté, l'élevage d'un enfant, avant la guerre, ne coûtait que 11 fr. 78 par an, alors que la dépense totale s'élevait à ki fr. 72.

3° Résultats. — Bien comprises, les consultations de nourrissons-gouttes de lait jouent un rôle important dans la lutte contre la mortalité infantile. D'une façon générale, la morbidité et la mortalité des enfants du premier âge ont baissé dans les régions où elles fonctionnent ; les affections gastro-intestinales, en particulier, ont diminué dans des proportions notables.

Tout en tenant compte des objections formulées par ^ ariot, que ces institutions s'adressent parfois à une population triée et à des enfants surtout nourris au sein, il est incontestable qu'elles ont une influence nettement favorable.

a. La mortalité des nourrissons surveilles par les consultations de nourrissons-gouttes de lait est généralement faible. Les statistiques suivantes en témoignent.

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