‹ Hygiène sociale de l'enfanceChapitre 28 sur 212 · POUPONNIÈRES · texte numérisé non relu

POUPONNIÈRES

SOMMAIRE. — Danger des garderies d'enfants. Chambres d'allaitement.

Crèches. Pouponnières. Leurs buis.

I. Chambres d'allaitement. — 1° Historique. Premières crèches d'usines en France. Chambres d'allaitement industrielles obligatoires au Portugal, en Italie. Loi française du 5 août i'dtl . — 2° Organisation. A. Locaux et mobilier: a. salle d'allaitement ; salle de change ; b. vestiaire : c. cuisine ; cantines maternelles. B. Personnel. Médecin. Gardiennes ou berceuses. — 3° Fonctionnement : a. admission ; b. soins et alimentation ; c. registres; d. budget ; frais d'installation ; frais d'entretien ; — i° Résultats.

//.Crèches. — Définition et but. — 1° Historique. Premières crèches . Société des Crèches ( (869). (Lucre nouvelle des Crèches parisiennes ( i896). Crèches municipales . Législation. — 2° Organisation : a. Locaux et mobilier, h. Personnel. Médecin. Directrice. Gardiennes ou berceuses. Dames patronnesses. — 3° Fonctionnement, a. Admission, b. Soins et alimentation, c. Registres, cl. Médecins inspecteurs, e. Budget. — t° Critiques. — 5° Lacunes et améliorations nécessaires : a. Crèches-infirmeries ; b. Pensionnaires ; c. Cantine maternelle : d. Consultation de nourrissons-goutte de luit. — 6° Résultats.

III. Pouponnières. — Internats de nourrissons. Pouponnières pour enfants malades ou débiles ; pouponnières pour enfants normaux. Pouponnières en France; comité central des Pouponnières. Pouponnières a l'étranger. — 1" Organisation ; a. Locaux ; b. Personnel. — 2° Fonction'. nement. Isolement à l'entrée. Visites des parents. Budget : dépenses, ressources. — 3° Résultais. — t° Critiques.— 5" Œuvres annexes. Centre d'élevage. Consultation de nourrissons-goutte de lait. Centre d'enseignement de la puériculture

Beaucoup de femmes ne peuvent conserver leurs bébés avec elles; employées de bureau ou de magasin, ouvrières de l'usine ou de l'atelier, elles sont obligées, plus ou moins loi après L'accouchement, de quitter leur logis pour gagner leur vie. Les mesures, actuel!''-

ment en vigueur, destinées à éviter cette éventualité, ne peuvent que la retarder mais non pas la supprimer. Les conséquences en sont déplorables et nous avons vu (p. 47) combien grande était l'influence du travail des mères sur la mortalité infantile.

Quand une mère ne peut garder son enfant, elle le place souvent en nourrice chez une femme de campagne (p. i53). C'est là une éventualité redoutable, car la morbidité et la mortalité de ces enfants est considérable (p. 29). Malgré les efforts des administrateurs et des médecins pour appliquer la loi du 23 décembre 187 4, relative a la protection des enfants du premier âge ou loi Roussel, cette loi ne donne pas tous les résultats qu'on est en droit d'en attendre. Bien des nourrissons reviennent de la campagne souffrant d'affections gastro-intestinales, athrepsiques, hypotrophiques ou rachi tiques. Beaucoup ne reviennent pas : comme l'a écrit Emile Zola, dans Fécondité, les tombes des petits Parisiens pavent les cimetières de campagne. Certes il y a d'excellentes nourrices à la campagne, mais l'ignorance et la cupidité rendent beaucoup d'entrés elles rebelles à l'hygiène infantile ; malgré toutes les dispositions, les soins mercenaires ne remplaceront jamais la sollicitude d'une mère.

Il faut avant tout encourager l'allaitement maternel et laisser l'enfanta sa mère. L'allaitement maternel exclusif ou l'allaitement mixte sont les meilleurs modes d'alimentation des nourrissons : à leur défaut, bien que certaines statistiques semblent prouver le contraire, l'allaitement artificiel, pratiqué dans la famille, vaut encore mieux que l'allaitement mercenaire à distance et à plus forte raison que l'élevage au biberon par une femme de la campagne.

Certaines femmes, pendant les heures de travail, peuvent laisser leurs bébés à la maison, sous la surveillance d'une grand'mère ou d'une fille aînée ; mais la plupart sont obligées de confier l'enfant à des mains étrangères ; elles ont recours le plus souvent aux garderies d'enfants.

Ces garderies sont presque toutes installées dans des conditions défectueuses. Elles sont tenues par des femmes âgées ou infirmes, ignorant tout de l'hygiène. Les chambres, exiguës, insuffisamment aérées et malpropres, donnent asile à un trop grand nombre d'enfants. L'alimentation laisse à désirer. Les nourrissons se développent mal ou deviennent malades.

Tel est aujourd'hui encore malheureusement le sort réservé à un grand nombre d'enfants des villes ouvrières : s'ils échappent à la nourrice de campagne, ils sont livrés à la gardienne de ville. Pour eux ces deux éventualités sont également redoutables.

Depuis longtemps, on s'est occupé des moyens qui permettent de

les éviter et actuellement trois sortes d'institutions contribuent à réaliser ce but :

I. Les Chambres d'allaitement installées clans les usines et les magasins pour permettre aux mères qui travaillent de conserver et d'allaiter au sein leur enfaut.

II. Les Crèches, appelées à remplacer les garderies d'enfants et destinées à exercer une surveillance hygiénique sur les nourrissons pendant les heures d'absence de la mère obligée de travailler.

III. Les Pouponnières, dontle but est de recueillir les bébés que les mères ne peuvent coftserver même avec l'aide des crèches l.

La chambre d'allaitement est une salle spéciale installée dans une usine ou dans un magasin pour permettre aux mères qui travaillent d'allaiter leurs enfants sous la surveillance du médecin de l'établissement.

1. Historique- — Dès la création des premières crèches par Firmiu Marbeau (p. 122), quelques industriels installaient dans leurs établissements des crèches industrielles réservées aux enfants des femmes de leur personnel et autorisaient ces dernières à s'y rendre plusieurs fois par jour pour donner le sein.

Les premières crèches de ce genre ont été fondées en i846, par la fabrique de brosses Dupont et G'", à Beauvais (Oise) ; en 1802, parla fabrique de velours Moritz et C10, à Ourscamp (Oise) ; en i8G5. parla société du familistère de Guise (Aisne) ; en 1867, par la faïencerie Boulenger et C'% à Choisy-le-Roi, près de Paris ; en 1870, par la filature Thiriez à Loos, près de Lille, etc., etc.

Plus récemment, les administrations de L'Etat ont organisé des crèches ou des chambres d'allaitement dans les ateliers de la guerre et de la marine, dans les manufactures d'allumettes et de tabac {Arrêté ministériel du 10 mai IDU'i.)

Mais jusqu'en ces dernièresannées. les chambres d'allaitement ont constitué une exception. Felhoen2, en 1 9 1 3 , ne comptaitqu'unc vingtaine de crèches ou de salles d'allaitement créées par les manufactures de l'Etat, une cinquantaine par les entreprises privées ; ces dernières étaient établies en majorité dans le département du .Nord.

1. XouiicoL'KT, Crèches et Pouponnières, Arch. de médecine des enfants, septembre iQia. — Les Crèches et leur rôle en hygiène infantile. Conlérencc faite à la réunion de Œuvre nouvelle îles Crèches parisiennes. 1912.

2. R. Felhoen, De l'élevage du nourrisson dont la mère travaille à l'usine, Rapport au Conr/rcs national de la protection du premier âge, Bordeaux, mai ioio.

Dans plusieurs pays, en Espagne, au Portugal, en Italie, les crèches et les chambres d'allaitement industrielles ont été rendues obligatoires avant de l'être en France '.

Au Portugal, depuis 1891, toute fabrique employant plus de cinquante femmes doit avoir une crèche à moins de 3oo mètres ; plusieurs établissements peuvent s'unir dans ce but (loi du i4 avril 1891).

En Italie, depuis 1907, les fabricants doivent autoriser l'allaitement maternel au domicile des ouvrières ou dans une chambre spéciale qui est obligatoire quand le nombre des femmes employées dépasse 5o 2 (loi du 10 novembre 1907 et règlement du i!\ juin 1909).

En France, diverses propositions de lois relatives aux facilités à accorder pour l'allaitement de leurs nourrissons aux femmes occupées dans l'industrie ont été successivement déposées, en 1906, par le député Durand; en 1910, par les députés Engerand, Laniel, Bonnevay, et Flandin (p. 1 5 1).

En mai 1918, sur la proposition de Felhoen, le 1er Congres national de la protection de l'enfance, tenu à Bordeaux, a émis le vœu «que tout employeur, quelle que soit la nature de l'industrie, du commerce ou du travail qu'il dirige, soit tenu d'annexer à son établissement une chambre d'allaitement, s'il emploie plus de cent femmes Agées de plus de j8 ans, et qu'il ne soit tenu de recevoir dans la chambre d'allaitement que les enfants nourris au sein de un à treize mois ».

Ce vœu a été réalisé par la loi du 5 août 1917, qui réglemente l'allaitement maternel dans les établissements industriels ou commerciaux et impose l'installation d'une chambre d'allaitement aux chefs d'établissement occupant plus décent femmes de plus de quinze ans (p. i5i).

2. Organisation. — a. Locaux et mobilier. — Faute de mieux, on établira provisoirement la chambre d'allaitement dans un local inoccupé de la fabrique, aménagé en conséquence ; c'est ce qui avait été fait aux établissements Wibaux-Florin à Roubaix (fig. 3i).

Lorsqu'il est possible de construire spécialement une chambre d'allaitement, on doit observer les règles que nous allons exposer.

La chambre d'allaitement sera placée à proximité des ateliers ou des magasins, de manière que la mère puisse, sans perte de temps,

1. Mornet, La protection de la maternité en France, Thèse de Paris, 1909.

2. D'après les rapports des inspecteurs de Brescia et de Milan, le chifTre de cinquante femmes est trop peu élevé. Sur cent établissements, 86 possèdent des chambres d'allaitement, mais 10 pour 100 de ces dernières sont seules utilisées, car les femmes qui nourrissent cessent souvent de se rendre à l'usine.

HYClÈXE SOCIALE DE l'eNFANCE 8

CHAMBRES D'ALLAITEMENT. CRÈCHES venjr alla] . Ses dimensions seront eu rapport avec le

Fig. 3i. — Chambre d'allaitement de fortune. Etablissements Wiljaux-Florin, à Roubaix.

nombre de femmes employées dans l'établissement ; mais, de toute a, la construction et l'aménagement en seront simples. La chambre d'allaitement (fig. 02) comprendra, autant que

Fig. oa. — Plan d'une chambre d'allaitement.

a. Salle de change. 3. Cuisine. '1. Vestibule, vestiaire. 5 et 6. Boxes -- a. armoire, /■. berceau, . chaise, 1 vier, /. fourneau, /. s. linge sale, <'■'. baignoire, /' tapis, V. vestiaire.

1 une salle d'allaitement, b) une salle de ebange, c) un :uisine, e) des boxes d'isolement.

a) Salle (V allaitement . — Elle aura le cube d'air exigé par le règlement du 20 décembre 1897 sur ^es crèches (p. 128). sauf dérogation autorisée par le préfet (hauteur de salle : 3 mètres ; surface par enfant : 3 mètres ; cubage d'air : 9 mètres cubes par enfant).

Les murs seront enduits de couleur blanche pour être facilement lavés. L'air sera renouvelé par un système de ventilation continue qu'il est facile de réaliser avec des carreaux perforés. La pièce sera chauffée en hiver et fraîche en été.

Le mobilier sera réduit au strict minimum et facile à nettoyer. Il

Fig. 33. — Salle d'allaitement des usines André Citroën, à Paris.

comprendra des berceaux, dont le nombre variera suivant le cube d'air de la salle. Ils seront d'un modèle simple : moïse en osier reposant sur une table ou sur un tréteau en X ou berceau en fer. La literie comprendra : un matelas en balle d'avoine, un traversin, une toile cirée, etc. (p. 81).

Des sièges bas de o m. 35 à o m. 'jo de hauteur permettront aux mères d'allaiter commodément ; sur une table sera placé le pèse-bébé, indispensable pour suivre le développement des enfants et apprécier les quantités de lait qu'ils ingèrent aux tétées.

Si l'établissement est suffisamment important, on divise la salle d'allaitement en deux compartiments : 1. le dortoir pour les nourrissons ; 2. la salle d'allaitement proprement dite où les mères donnent le sein (fig. 33).

b. Salle de change. — Elle doit communiquer avec la précédente, être bien aérée et bien chauffée. On y installe une armoire à linge

pour ranger les draps, les layettes et les couches nécessaires, à savoir dix par enfant, et des cases numérotées où sont disposés les objets individuels de toilette : brosse à cheveux, peigne, etc.

Les autres objets nécessaires à la toilette de reniant sont des cuvettes, de seaux, du coton hydrophile, de la poudre de talc.

S'il est possible, on place dans cette salle une ou plusieurs baignoires avec eau chaude et eau froide ;le bain quotidien constitue en effet une excellente mesure d'hygiène (p. 8:>).

Une boite à linge sale, hermétiquement fermée, reçoit le linge qui sera lavé au dehors, si on ne dispose pas, comme il serait désirable, d'une buanderie avec séchoir et repassage. Le linge sale et surtout les couches, en attendant le blanchissage, pourront être arrosés d'un liquide désinfectant.

c. Vestiaire. — Il peut être installé dans le vestibule. Il se composera de grandes cases numérotées où seront déposés les vêlements extérieurs que les enfants quittent à leur arrivée. Ces vêlements sont désinfectés aussi souvent qu'il est nécessaire dans une étuve s[ éciale, facile à établir (p. 12^).

d. Cuisine. — Elle doit être organisée pour permettre le chauffage de l'eau destinée au lavage des enfants et la préparation des bouillies que prennent les nourrissons arrivés à la période du sevrage. Les mères doivent également pouvoir y réchauffer leur repas de midi.

Il est d'ailleurs très utile d'annexer à la chambre d'allaitement une cantine maternelle qui distribue aux mères des soupes chaudes gratuites ou des aliments à prix réduit.

e. Boxes d'isolement. — Comme nous le dirons pour des crèches (p. 127), il est nécessaire d'annexer à la salle d'allaitement deux ou trois boxes destinés à isoler les enfants maladesou douteux en attendant la visite du médecin.

b. Personnel. — Dans les établissements importants, le personnel sera le même que dans les crèches (p. 120) ; dans les au très il pourra être réduit, car la grande majorité sinon la totalité des enfants son mt alimentés au sein.

Un médecin assurera la direction hygiénique de la chambre d'allaitement * il procédera à des visites régulières des mères et des enfants. Toutefois, si à proximité de L'établissement existe une consultation de nourrissons, il pourra suffire d'autoriser les mères à - \ présenter tous les huit jours ou même tous les quinze jours, si leur bébé progresse régulièrement.

Une ou plusieurs gardiennes ou berceuses, suivant le nombre d'enfants, surveilleront les bébés pendant le travail des mères. Dans les petits établissements on pourra avoir recours, dans un but de

simplification et d'économie, soit à une ancienne ouvrière, soit à une ouvrière en exercice susceptible d'effectuer un travail facile à côté des berceaux dont elle a la garde (fig. 3 \). Dans ce cas, chaque mère procédera au change de son enfant aux heures des tétées. Des dames patronnesses, dont nous verrons le rôle en étudiant le

Fig. 3^. — Chambre d'allaitement de la filature du Nord, à Wasquehal, iqi 4. Surveillance par une faiseuse de sacs.

fonctionnement des crèches (p. i3o), seront recrutées dans l'entourage immédiat du chef de l'entreprise et de ses principaux collaborateurs.

3. Fonctionnement. — a) Admission. — La chambre d'allaitement est réservée aux enfants nourris exclusivement au sein par leurs mères. Les enfants élevés au biberon ne doivent pas y être admis ; leur place est dans une crèche du type Marbeau,qui peut soit appartenir à l'usine ou au magasin, soit être située à proximité.

Les mères qui ne remplissent pas les conditions voulues ne doivent pas bénéficier des avantages de la chambre d'allaitement. La mère qui, pour une raison ou une autre, cesse d'allaiter, n'y a plus droit.

Si le bébé est à l'allaitement mixte on se comporte de façons différentes suivant les cas.

Quand la mère a suffisamment de lait pour nourrir dans la journée, mais doit avoir recours au biberon pendant la nuit, la place de l'enfant esta la chambre d'allaitement.

Quand la mère ne peut donner le sein que le matin et le soir, l'enfant ne doit pas être admis, mais placé à la crèche.

Quand la mère peut donner le sein durant la journée, mais n'a pas

assez de lait et est obligée de compléter chaque tétée par du lait de vache, les avis sont partagés.

Certains auteurs estiment qu'il y a lieu de refuser l'entrée delà chambre d'allaitement à l'enfant, pour ne pas aller à l'encontre de son but qui est de lutter contre l'allaitement artificiel en encourageant l'allaitement maternel. La présence du biberon dans une chambre d'allaitement risquerait de transformer celle-ci en une crèche ordinaire.

D'autres auteurs autorisent l'admission du nourrisson. Ils estiment qu'en plaçant l'enfant à la crèche, on lui ferait perdre le bénéfice du lait maternel qui, même en quantité insuffisante, lui est éminemment profitable.

Il est à craindre, somme toute, que trop de rigueur empêche l'utilisation de la chambre d'allaitement. On devra donc se baser sur l'expérience et faire pour le mieux. Toutefois, si on autorise l'adjonction du lait de complément, on doit organiser une hiberonnerie répondant aux exigences de l'hygiène (p. 127).

b) Soins et alimentation. — Les soins à donner aux bébés dans la chambre d'allaitement sont les mêmes qu'à la crèche (p. i3i).

Les tétées seront réparties conformément aux règles précédemment exposées (p. 70), à intervalles fixes, de trois heures généralement. Aux heures indiquées, les mères quitteront leur travail pour se rendre à la chambre d'allaitement.

La loi du 5 août 1917 prescrit que, dans les établissements industriels et. commerciaux, pendant une année à compter du jour de la naissance, les mères allaitant leur enfant devront disposer d'une heure par jour durant les heures de travail. Cette heure, indépendante des autres repos prévus par la loi, doit être répartie en deux périodes de trente minutes, l'une pendant le travail du matin, l'autre pendant l'après-midi. Cette période est réduite à vingt minutes lorsqu'il existe une chambre d allaitement k l'intérieur ou à proximité des locaux affectés au travail.

En se conformant aux prescriptions de la loi, on pourra fixer les heures de tétées suivantes : 9 heures, midi, 10 heures. Pour faciliter la tétée de midi il importe que la mère ne soit pas obligée de quitter l'usine pour déjeuner et qu'elle puisse prendre ses repas à une cantine (p. 169) installée dans l'établissement.

c) Registres. — Ils sont les mêmes que ceux prévus à l'article l'i du règlement des crèches (p. i3j).

d) Budget. — La chambre d'allaitement, d'après la loi du ô août 1U17, est à la charge de I employeur ; il doit supporter les frais d'ins- •allation et d'entretien.

Frais d'installation. — Ils sont variables suivant le type adopté.

Installation bon marché. — Comme l'a fait remarquer Potelet !, avant d'être obligatoires les chambres d'allaitement sont restées peu nombreuses, en grande partie par la faute des médecins hygiénistes qui réclamaient la création d'établissements trop coûteux. La plupart des employeurs ne sont pas en état d'en supporter les frais. Aussi faut-il souvent savoir se contenter du minimum. Dans une fabrique, un local suffisamment aéré, éclairé et chauflé, où les mères pourront venir allaiter leurs bébés, vaudra toujours mieux que le taudis des gardiennes, où ils sont mal soignés et mal alimentés. Une installation de ce genre est d'un prix modéré.

Les établissements de filature, teinture et tissage Wibaux-Florin à Roubaix avaient ouvert, le Ie' juin 1908, une chambre d'allaitement dans une salle inoccupée de leur usine (fig. 3i) ; les frais d'installation avaient été de 264 francs pour 12 berceaux.

La filature Etienne Motte à Roubaix avait ouvert une chambre d'allaitement en février 1908 ; le coût avait été de 3/jo francs pour 20 berceaux.

Installation modèle. — Elle est beaucoup plus coûteuse et ne peut être réalisée que par les établissements importants.

La cartoucherie de Survilliers, qui emploie 200 femmes, a une installation de i5 berceaux, qui lui est revenue à 11.000 francs.

La fabrique de chaussures Chabrat à Bordeaux, qui emploie 200 ouvrières, a dépensé 2.000 francs pour une installation qui comporte 6 berceaux.

L'usine des lampes électriques d'ivry, qui emploie 1.200 femmes, possède 5o berceaux dont l'installation est revenue à 1.200 francs par unité.

Frais d'extretien. — Dans les chambres d'allaitement modestes, ils peuvent être réduits au minimum. Le gardiennage peut en effet être confié à une ou deux ouvrières qui exercent leur métier en surveillant les enfants.

Dans les chambres d'allaitement plus importantes, les frais comportent, outre le loyer éventuel et les dépenses pour le chauffage et l'éclairage, les honoraires du médecin ainsi que les appointements de la directrice et des gardiennes. Avant la guerre, d'après Môrnet, une journée d'enfant revenait à o fr. 82 aux papeteries Laroche-

1. Potelet, Revue pratique d'hygiène municipale, urbaine et rurale, janvier 191a. — Jean Amichen, Allaitement au sein des ouvrières ; la chambre d'allaitement, Thèse de Lyon, ioi3.

120 CHAMBRES D'ALLAITEMENT. CRECHES

Joubert d'Angoulème, à o fr. 3y à Baccarat et à ofr. \'i dans les fabriques de Lille.

Pour couvrir la responsabilité du patron dans le cas où un enfant serait victime d'un accident, Poteleta fait établir une police d'assurance de 10.000 francs, moyennant un versement de o fr. ôo par enfant et par an.

Signalons enfin que certains chefs d'entreprise distribuent des primes d'encouragement aux mères nourrices, sous forme de secours en nature (vêtements, layettes, bons de viande, de lait, etc.) ou de secours en espèces (versement ou livret de caisse d'épargne de ioo fr. après un an d'allaitement).

4. Résultats. — La chambre d'allaitement constitue un des moyens aptes à diminuer le mortalité infantile si élevée dans la population ouvrière ; elle est le correctif indispensable de l'usine dans la lutte contre la dépopulation. Les résultats qu'elle a donnés jusqu'ici sont d'ailleurs satisfaisants.

Les patrons sont unanimes à les reconnaître Decherb 1). Quant aux ouvrières, elles sont pour la plupart très heureuses d'en bénéficier. A la suite d'un référendum, G2 industriels, sur 70 ayant organisé des chambres d'allaitement, ont répondu qu'ils ne rencontraient aucune hostilité à leur égard delà part du personnel (Felhœn). On le conçoit, car la chambre d'allaitement offre des avantages appréciables.

Elle a une action moralisatrice, car elle évite la séparation de la mère et de l'enfant.

Elle réalise une économie pour les mères qui, sans elle, seraient obligées de payer le mois de la nourrice ou de la gardeuse.

Elle favorise l'allaitement maternel et diminue la mortalité infantile dans des proportions notables. A la filature Claude (jiiillemand de Seclin (Nord), citée par Decherf, sur 05 enfants admis, il n'y eut aucun décès ; à Seclin. d'ailleurs, la mortalité infantile a diminué de 5o pour 100 depuis l'établissement des chambres d'allaitement. A la filature Badin, de Barentin (Seine-Inférieure), la mortalité est tombée de 20 pour 100 à 2,6 pour 100; dans les établissements Blin et Blin, d'Elbeuf, de 26 pour 100 à 10 pour 100. Autrefois, dans ces derniers, tous les enfants des ouvrières étaient élevés au biberon ; depuis la création de la chambre d'allaitement, '1 1 femmes sur 100 nourrissent au sein.

On a critiqué l'institution des chambres d'allaitement, parce

1 . Eue Decherf. Etude des Crèches industrielles. Rapport au Congres national de la protection du premier âge, Bordeaux, mai iqi3.

CRECHES 121

qu'elles obligent les mères à transporter leurs enfants par tous les temps.

D'autre part on a constaté qu'un certain nombre de femmes ne pouvaient supporter les fatigues combinées du travail d'usine et de l'allaitement. Aussi la Société de la natalité lyonnaise (p. 170) a-t-elle préféré retenir la mère à la maison en lui allouant une indemnité journalière suffisante pour vivre.

La chambre d'allaitement a été imposée néanmoins à juste titre aux établissements d'une certaine importance. Il est désirable que des mesures soient également prises pour protéger les enfants des ouvrières et employées élevés au biberon et pour assurer la garde des enfants en bas âge qui ne peuvent être encore admis dans les écoles publiques. Il est nécessaire de demander aux employeurs d'installer des crèches et des garderies d'enfants, ou tout au moins de participer à leur fonctionnement au moyen d'associations patronales du genre de celle créée récemment dans la région parisienne d pour étudier et réaliser en commun les diverses institutions susceptibles d'assurer la protection des ouvrières d'usines (p. i52).

Page 1