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C. Influence nuisible d'un mauvais mobilier scolaire

L'influence nuisible d'un mobilier scolaire défectueux n'est pas douteuse, bien qu'on l'ait exagérée. Parmi les nombreux méfaits qui ont été attribués à ce mobilier, nous retiendrons les troubles delà respiration, les déformations du thorax et de la colonne vertébrale (cyphose, scoliose), la myopie.

La table et le banc sont mal compris lorsque leurs dimensions s'écartent de celles que nous avons précédemment énumérées. lien est ainsi, par exemple, lorsque la distance positive entre le rebord postérieur de la taille et le bord antérieur du banc est trop considérable ; lorsque la hauteur du pupitre par rapport au siège est trop grande ou trop petite ; lorsque le banc est trop élevé ou trop bas par rapport à la table.

Dans tous ces cas, l'enfant est forcé de prendre une mauvaise

attitude. L'inclinaison du tronc en avant, le refoulement des organes abdominaux et du diaphragme gênent la respiration, qui devient superficielle ; la compression du thorax par la table, l'inclinaison de la colonne vertébrale en avant ou latéralement peuvent entraîner des déformations squelettiques ; l'habitude de pencher la tête en avant, de lire de trop près, peut favoriser la production de la myopie.

i° Gêne respiratoire. — Le gène respiratoire dans la position penchée est indéniable, mais les modifications qu'elle apporte dans les tracés pneumographiques ne se produisent pas toujours dans le même sens.

2° Déviations de la colonne vertébrale. — Les déviations de la colonne vertébrale sont fréquentes chez les écoliers. Elles reconnaissent, sinon comme cause déterminante, du moins comme cause occasionnelle, les attitudes vicieuses prises par les enfants sur les bancs de la classe.

La cyphose pure et la cypho-scoliose sont peu fréquentes, comme nous l'avons vu (p. 218). L'hérédité semble jouer un rôle dans leur apparition, mais l'habitude de se pencher en avant sur le pupitre, la myopie, y prédisposent certainement.

La scoliose, beaucoup plus commune, atteint surtout les filles, entre 8eti8ans(p. 218).

Pour expliquer son développement, on a surtout incriminé les alliludes scolaires qui impriment à la colonne vertébrale une incurvation défectueuse. La station assise prolongée fatiguerait les enfants, et ceux-ci, pour se reposer, seraient amenés à incliner leur tronc.

L'habitude de croiser les jambes en écrivant, de s'asseoir sur les jupes tassées sous l'une des fesses, l'appui unifessier sur le siège, l'appui total de l'avant-bras sur la table, peuvent également intervenir pour provoquer une déviation du rachis. D'après Kirmisson, si les élèves appuient exclusivement le bras gauche sur la table, le bras droit ne prenant aucun point d'appui, la colonne lombaire prend l'attitude de la scoliose à convexité gauche ; inversement, si c'est le bras droit qui prend point d'appui sur la table, le bras gauche restant pendant le long du corps, la colonne dorsale prend à son tour l'attitude de la scoliose à convexité droite.

Les différents facteurs que nous venons d'envisager déterminent l'incurvation de la colonne et font subir une rotation aux vertèbres, mais, pour que ces attitudes soient fixées, pour qu'elles provoquent des déformations osseuses, il faut qu'elles soient répétées et prolongées.

Ces conditions d'ailleurs ne suffisent pas à elles seules pour en-

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traîner la scoliose. Dans une école, nombre d'enfants se tiennent mal et quelques-uns seulement acquièrent des déformations. Il faut des prédispositions ; le terrain individuel est la cause véritable de la déformation. Il faut un trouble de la nutrition, une dystrophie du tissu osseux, qui peut être héréditaire ou acquise à la suite d'une mauvaise hygiène générale, d'une alimentation insuffisante ou mal comprise. La scoliose est la manifestation d'un rachitisme tardif ; souvent elle s'accompagne de troubles digestifs, d'anémie, de troubles circulatoires, d'albuminurie intermittente.

À propos de l'albuminurie intermittente, il convient de rappeler l'influence bien connue de la station debout (albuminurie orlhostatique) et celle de la lordose (albuminurie lordolique).

L'influence de l'école sur son apparition a été mise en évidence par Weith et Scholder '. Sur 1.208 élèves (1.047 garçons et 106 filles) ils ont provoqué 209 fois l'albuminurie (i64 garçons et 45 filles), soit dans 17,37 % des cas, par l'attitude lordolique, obtenue l'enfant étant assis, les reins cambrés, les mains derrière le dos. D'après ces auteurs, il faut recommander aux maîtres de ne pas ordonner cette altitude.

Même recommandation sera faite au professeurde gymnastique de ne pas maintenir les élèves dans la position du garde à vous militaire, car elle a provoqué l'albuminurie dans 87,78 0/° des cas. Cette albuminurie apparaît surtout chez les débilités et les enfants de grande taille.

Le rôle de la lordose ne parait pas aussi important que l'avancent Weith et Scholder. L'influence de la station debout est bien plus manifeste. L'un de nous - n'a jamais observé d'albuminurie dans le décubitus dorsal, soit chez des enfants présentant une ensellure lombaire importante, soit en provoquant une lordose artificielle, suivant la méthode de Jehle. Brûch avait fait une constatation analogue pour l'ensellure provoquée.

3° Myopie. — La myopie, nous l'avons vu (p. 2 23), est très fréquente chez les écoliers et elle augmente avec l'âge.

L'œil myope est un œil allongé et il en résulte que les rayons lumineux, arrivant parallèlement sur le cristallin et réfractés, se croisent en avant de la rétine. Or « l'immense majorité des myopes est atteinte de myopie dite fonctionnelle, dépendant du travail de

1. Weith et Scholder, Société médicale de la Suisse romande, 3i octobre

2. Schreiber, Critique de la théorie lordotique de l'albuminurie orthoslatique, La Presse médicale, 20 octobre 1909,

près et se développant pendant la jeunesse ». (A. Du four ].) La cause déterminante de la myopie est L'obligation de regarder longtemps de près, c'est-à-dire à moins de 35 centimètres. Il en résulte un travail exagéré des principaux muscles de l'œil et des modifications de la circulation sanguine qui, par un mécanisme mal connu, entraînent un allongement de la moitié postérieure de , l'œil.

Mais, de même que pour la scoliose, il faut généralement une cause prédisposante. Certains enfants deviennent plus facilement myopes que d'autres ; ils sont souvent eux-mêmes des fds de myopes. L'hérédité est cause de la faible résistance des membranes de l'œil et de leur amincissement qui les rend plus extensibles. La croissance, d'autre part, intervient dans une large mesure ; l'enfant est moins en état de lutter contre les mauvais effets du

Position défectueuse Position correcte

dans l'écriture droite. dans l'écriture penchée.

Fig. 60. — Rôle de l'écriture, d'après Pécbin et Ducrocpiet.

travail rapproché, surtout s'il est débile, affaibli, si la nutrition de ses tissus laisse à désirer. Notons, enfin, que les affections oculaires peuvent se compliquer de myopie.

Le mode d'éclairage a aussi une influence sur la vision ; nous avons déjà insisté sur son importance (p. 200).

Il nous reste à exposer quel peut être à cet égard le rôle de l'écriture et des livres scolaires. La question intéresse également la production de la scoliose.

/j° Rôle de l'écriture et des livres scolaires. — L'inûuence de l'écriture, au point de vue ophtalmologique comme au point de vue orthopédique, a été maintes fois discutée. Un assez grand nom-

1. Auguste Dlfour, La myopie scolaire, ///' Congrès d'hygiène scolaire, Paris, iqio, I, p. 618.

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bre d'auteurs, convaincus que l'écriture penchée favorise la myopie et la scoliose, sont partisans de l'écriture droite.

Péchin et Ducroquet ' ont émis une opinion contraire. Après avoir étudié avec soin le mécanisme des deux , écritures, droite et penchée, ils aboutissent aux conclusions suivantes : l'écriture penchée est moins fatigante que l'écriture droite, elle s'allie à une attitude normale de repos et ne donne pas lieu, comme celle-ci, à une attitude légèrement vicieuse ; elle est donc préférable (fig. 60).

En réalité, cette discussion ne présente guère d'intérêt au point de vue de la myopie : dans l'écriture penchée comme dans l'écriture droite, l'éloignement de la tête peut être suffisant, et c'est ce qui importe le plus.

Ce qu'il faut, avant tout, c'est veiller à la bonne tenue des élèves.

Les livres scolaires, s'ils ne remplissent pas certaines conditions, peuvent être une cause de fatigue pour les enfants. Ces conditions ont été étudiées par Cohn - en Allemagne, par Javal 3 en France.

Le papier doit être de bonne qualité, non glacé, légèrement jaune (Javal). L'encre noire est la plus lisible.

Les lignes, d'une longueur de S cm., devront être composées de caractères suffisamment hauts et épais. Les lignes plus longues provoquent des mouvements saccadés des yeux trop étendus et trop fatigants ; la lisibilité dépend de la grosseur des caractères. On devra adopter par exemple le corps 8 de l'Imprimerie nationale hauteur de o mm. 32) ou mieux encore le corps 9 (Cohn, Javal, Truc) avec 7 lettres au centimètre.

Les tableaux et les cartes murales doivent pouvoir être lus au moins à 4 mètres.

1. A Péchix et C. Dlcroql et, Rôle de l'écriture au point de vue ophtalmologique et orthopédique, Archives d'ophtalmologie t octobre 1908.

2. Coh>', Lntersuchungen der Augen von 10.000 Schulkindern, u. s. w. Leipzig, 1867.

3. Javal, Phvsiologie de la lecture et de l'écriture, Paris, Alcan, 1906.

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