SEPTIEME SERIE
Combattre l'essoufflement et les pal
pitalions.
Apprendre à respirer.
Le Manuel insiste sur la nécessité de faire exécuter des mouvements respiratoires à la suite de tout exercice violent ; néanmoins il est tellement important d'apprendre à l'enfant à bien respirer, qu'il conviendrait de leur réserver une place plus large. On pourrait les inscrire, utilement, après la mise en train des élèves, réalisée par les exercices préparatoires de la première série.
La gymnastique française comporte diverses méthodes qui tiennent plus ou moins compte des principes fondamentaux exposés cidessus. Nous nous contenterons d'indiquer les grandes lignes des principales d'entre elles. Elles ne conviennent d'ailleurs pas toutes également aux enfants.
La méthode de JorxviLLE ', en vigueur à Y Ecole normale de gym-
i. Lielte>-a>t-colo:sel Boblet, Sur la gymnastique post scolaire et gymnastique de la préparation militaire, Paris médical, 22 mars iqi3, n° 16, p. 388.
nastîque et d'escrime, a été fixée par le règlement d'éducation physique du ministre de la guerre, daté du 21 janvier 1910. Elle comprend :
a. Des exercices éducatifs, qui activent les grandes fonctions organiques, éduquent le système nerveux, assouplissent et développent rationnellement toutes les parties du corps, corrigent ou atténuent .certaines altitudes défectueuses.
h. Des exercices d'application, qui sont des exercices militaires, utilitaires et sportifs. A l'inverse des précédents qui reposent sur le principe du plus grand travail utile, ils sont régis par la loi de l'économie des forces.
c. Des exercices de sélection, qui comprennent des mouvements spéciaux aux agrès et certains sports exigeant des altitudes particulières. Ces exercices développent la hardiesse, l'agilité, le sangfroid et l'amour-propre ; ils perfectionnent le moral, la puissance musculaire et le système nerveux. Ils ne conviennent qu'à une élite.
L'Ecole de Joinville a surtout été instituée en vue de l'éducation physique de l'armée ; cependant, elle prépare également les instituteurs sous les drapeaux à leur rôle d'éducateurs physiques de la jeunesse, ainsi que les élèves des écoles normales supérieures. Elle enseigne que l'éducation physique doit s'adapter aux différents âges et aux sexes ; néanmoins la gymnastique qu'elle préconise convient plutôt à l'adolescent et à l'adulte qu'à l'enfant ; elle est surtout post scolaire et militaire.
Avec les modifications qui lui ont été apportées, la gymnastique constitue un bon entraînement physique. Mais il ne faut pas oublier que les exercices qui nécessitent l'effort. — c'est-à-dire une inspiration forcée préalable, suivie de l'immobilisation du thorax dans l'altitude de l'expiration forcée, la glotte fermée — sont essentiellement congestifs, car ils suspendent la respiration et ralentissent la circulation sanguine.
k° La méthode naturelle d'Hébert [ part de ce principe que l'être humain, par sa nature même, est organisé pour vivre à l'air libre, avec sa seule enveloppe naturelle qui est la peau, et est bâti pour pratiquer certains exercices essentiellement utiles à ses besoins. Ces exercices, qu'on peut dénommer utilitaires, indispensables, forment huit groupes distincts qui sont : la marche, la course, le saut, le grimper, le lever, le lancer, la défense et la natation.
1. Lieutenant de vaisseau G. Hébert, L'éducation physique ou l'entraînement complet parla méthode naturelle, Paris médical, 23 mars 19 13, n" 16, p. 385.
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La séance de travail quotidien comporte, outre la pratique des exercices précédents, un bain d'air, d'une durée variable suivant les circonstances atmosphériques, et des soins de la peau (frictions,
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Fig, 63. — Le Collège athlétique de Reims. — Aspect des bâtiments avant et après la guerre.
ablutions, etc.), pendant ou après le travail. Elle a lieu au grand air ou, à défaut, dans un endroit aussi aéré que possible. Les exercices sont faits le corps presque nu, soumis à l'influence de la lumière et du soleil ; ils réalisent une véritable mise en œuvre de l' héliothérapie (Armand Del il le *).
Avant la guerre, la gymnastique naturelle était pratiquée au Collège athlétique de Reims, spécialement construit à cet effet (fig. 65).
« La méthode d'éducation physique dite naturelle, écrit Hébert, n'est qu'un retour à la nature, raisonné et adapté aux conditions
1. Armand Delille, La gymnastique naturelle du lieutenant de vaisseau Hébert dans les rapports avec l'iiéliotlicrapie. Pédiatrie. 3o novembre 191 3, II, n" 22, p. 367. — L'Héliothérapie, 1 9 r i .
Fig. 66. — Exercices d'assouplissement exécutés par les enfants des écoles au Collège athlétique de Reims.
de la vie sociale actuelle (fig. 66). Elle consiste à faire exécuter à l'homme « ce pour quoi il est fait ». Elle convient, par suite, à tous les sujets normaux, sans exception, à l'enfant comme à l'adulte déjà formé, à l'homme comme à la femme. Mais la façon de l'appliquer ou de l'envisager diffère totalement dans chaque cas. Avec l'enfant, elle doit conserver un caractère éducatif, afin de ménager
Fig. 67. — Les enfants des asiles de Reims au Collège d'athlètes (Armand Dclille\
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la croissance ; avec la femme, elle doit viser au développement delà souplesse et de la grâce, bien plus qu'à celui de la force musculaire proprement dite ; avec le jeune homme et en particulier le militaire, elle peut présenter un caractère athlétique ; enfin, avec l'homme d'âge mûr, elle doit être hygiénique. »
Les enfants, même chétifs, supportent bien les exercices en plein air, le corps dévêtu par toutes les températures (fig. 67). Au bout de trois mois, leur caractère s'est heureusement modifié, les reliefs musculaires apparaissent, leur santé s'est fortifiée (Ilenriot ,).
5° La méthode d'assouplissement de Démeny - poursuit
Fig. 68. — La gymnastique d'assouplissement de Démeny.
l'éducation et l'harmonie des mouvements par le mouvement naturel, complet, continu et arrondi (fig. G8). La décomposition des mouvements et les temps d'arrêts entraînent, pour Démeny, un changement total du mécanisme nerveux et musculaire ; on doit apprendre à se mouvoir, comme on le fait dans tous les actes usuels de la vie, et par conséquent exécuter les mouvements en leur conservant la continuité et le moelleux qui en font la qualité.
Les exercices, tout en restant bien définis, doivent être variés, afin d'être attrayants. Pour cela, dit Démeny, on attire l'attention de l'élève sur les formes dilTé rentes des trajectoires décrites dans l'espace, avant d'en faire l'exécution, et par ce procédé mental, on cultive au
1.. Académie de médecine, !\ novembre 191 3. 2. Paris médical, 22 mars 1913, n° 16, p. 706.
plus haut point les facultés motrices et coordinalrices, abandonnées généralement au hasard.
Cette méthode est, d'après Démeny, essentiellement harmonieuse. m Bien que très énergiques, dit-il, les exercices ne provoquent ni courbature locale, ni fatigue exagérée; ils donnent, au contraire, une sensation de délassement et de bien-être général ; leur action sédative diminue l'excitabilité nerveuse ; la grande dépense de travail qu'ils exigent favorise la fonte des surcharges graisseuses, en augmentant la densité du corps. Les défauts d'attitude sont corrigés sans rien forcer et sans rompre l'harmonie dans la forme et dans les fonctions des organes. Cette méthode incomparable pour donner l'adresse, la grâce et la beauté trouve son application dans tous les actes professionnels et amène insensiblement à l'art du geste et delà danse parla seule possession de ses moyens naturels, c'est la véritable gymnastique d'assouplissement. »
6° La méthode rythmique de Jacques Dalroze l s'efforce de perfectionner le sens musculaire en assurant l'aisance et la spon- • tanéité des mouvements corporels. « Au point de vue éducatif, dit son auteur, elle cherche à mettre les enfants à même de voir clair en eux-mêmes, et leur apprend à harmoniser leurs forces corporelles antagonistes, à éliminer leurs contractions musculaires inutiles, à établir des voies de communication rapides entre le cerveau qui ordonne et l'organisme qui réalise. Au point de vue artistique, la plupart de ses exercices ont pour but de mettre l'organisme tout entier à même de vibrer à l'unisson des émotions esthétiques. Educatrice des centres nerveux, elle est en état d'augmenter cette somme de sensations et de sentiments que les philosophes appellent la musique intime de l'être, et par conséquent de provoquer l'éveil de la personnalité. »
Les méthodes françaises que nous venons d'envisager méritent toutes à divers points de vue de retenir l'attention des éducateurs et des hygiénistes ; cependant la méthode de Joinville et celle du lieutenant Hébert sont surtout appropriées aux jeunes gens et aux adultes ; la méthode d'assouplissement de Démeny el la méthode rythmique genevoise de Jacques Dalroze conviennent davantage aux fdles et aux jeunes enfants.
Il serait utile de réaliser une méthode de gymnastique uniforme, empruntant aux divers systèmes ce qu'ils ont de meilleur. D'autre part, il nous semble nécessaire de réserver pour l'enfant une large
i. Jacques Daliioze, Principes de la niélhode de la gymnastique rythmique, Paris médical, 22 mars 19 1 3, p. 71 1 1.
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place aux exercices de gymnastique suédoise, particulièrement adaptée à son organisme. Si on peut demander des efforts au jeune homme, l'activité de la croissance chez l'enfant lui interdit par contre les exercices violents et les exercices de force.
Chacune des méthodes de gymnastique comporte des avantages. Leurs mérites réciproques chez les enfants et leur influence sur la croissance ne pourront être établis qu'après des recherches de contrôle minutieusement poursuivies. A ce titre il convient de mentionner le contrôle de l'éducation physique par la méthode auxanologique de P. Godin *. Cette « méthode d'étude de la croissance suit le même enfant et l'observe périodiquement par de multiples mensurations et une observation aussi complète que possible au triple point de vue anatomo-physiologique, psychologique et clinique ».
Leçon de gymnastique. — Quelle que soit la méthode adoptée, la leçon de gymnastique doit être obligatoire pour les élèves de toutes les divisions. Toute demande de dispense doit être justifiée par un certificat médical.
La leçon de gymnastique devrait être quotidienne ; il est regrettable que, dans un trop grand nombre d'établissements, les séances n'aient lieu que tous les huit jours.
La leçon doit être pratiquée au grand air et, à défaut, dans un local largement aéré. Elle doit avoir lieu loin des repas, non immédiatement après, comme on a coutume de le faire dans certaines écoles. Sa durée sera d'une demi-heure à trois quarts d'heure. Les exercices seront variés, les mouvements de force alternant avec les mouvements calmes.
S'il est impossible de conduire chaque jour tous les élèves au gymnase, on peut, tout au moins, surtout dans les internats, leur faire exécuter chaque matin, pendant une dizaine de minutes, des exercices d'assouplissement et des mouvements respiratoires. « La présence d'un professeur de gymnastique, dit AAeiss, n'est pas indispensable pour cela ; il est certainement possible d'obtenir des maîtres d'étude la surveillance nécessaire à l'exécution de ces mouvements, au moins pour les petits élèves, en leur en montrant l'intérêt et en faisant appel à leur bonne volonté. » Autant que possible, ces mouvements seront exécutés en plein air.
Pour les exercices pratiqués au gymnase, la présence d'un professeur spécialisé et compétent est indispensable. Or, à l'heure
i. P. Godin, lo- . cit., p. 190. — L'auxanologie du grec aù£àvsiv, augmenter, etXô-j'o;, discours) est la science qui poursuit l'étude de la croissance.
actuelle le recrutement des professeurs de gymnastique laisse beaucoup à désirer ; trop souvent ils ne prennent pas leur rôle suffisamment à cœur et ne jouissent que d'un prestige médiocre auprès des autres membres de renseignement. Il importe que l'enseignement delà gymnastique soit confié à des hommes qualifiés à tous égards. L'organisation ^écoles normales d'éducation physique contribuera certainement à atteindre ce résultat.
Pour assurer l'unité de l'enseignement de l'éducation physique et donner aux maîtres et maîtresses des directions pédagogiques conformes aux programmes officiels, le conseil général de la Seine a créé un inspecteur principal de l'éducation physique dans les écoles publiques du département de la Seine ; il exerce ses fonctions depuis le début de igi \.