CHAPITRE Y II
SOMMAIRE. — /. Historique. — Hospices et asiles pour les enfants idiots. — Education des anormaux psychiques à l'étranger. En France : loi du 15 avril 1909. — Nécessité d'institutions spéciales pour les anormaux psychiques : nombre, conséquences sociales.
II. Définition des anormaux psychiques. — Définition de Rinet et Simon. Anormaux à éliminer : sourds-muets et aveugles, idiots complets ou profonds, faux anormaux psychiques. Anormaux psychiques vrais :
débiles et imbéciles.
III. Examen psychologique des anormal \ psychiques. — 1° Caractères généraux : retard du développement intellectuel, développement inégal des facultés, trouble particulier des facultés mentales. — 2° Types principaux: A. arriérés de l'intelligence, B. instables ou indisciplinés, G. arriérés du type intermédiaire ou du type mixte. — Subnormaux ou anormaux frustes. — Anormaux moraux.
IV. Examen physique des anormaux psychiques. — 1° Examen anthropométrique. Procédé des frontières. — 2° Morphologie du crâne : diamètres crâniens, déformations crâniennes. — 3° Asymétrie faciale.
— i° Stigmates de dégénérescence. — 5° Examen du système nerveux.
— 0° Exploration des glandes endocrines. — 7° Examen îles divers appareils et organes. — 8" Distinction de deux types cliniques.
V. Enquête étiologique. — 1° Antécédents héréditaires : maladies mentales, syjtliilis héréditaire, tuberculose, alcoolisme, saturnisme. — 2° Antécédents personnels : causes obstétricales, maladies infectieuses, alcoolisme, etc.
VI. Désignation des anormaux psychiques pour les écoles. — Commission spéciale. 1° Rôle de l'instituteur. 2" Rôle de l'inspecteur primaire. 3° Rôle du médecin.
Vil. Traitement des anormaux psychiques. — Placement familial à la campagne. Classes de perfectionnement et écoles autonomes. 1° Indications et contre-indications ; 2° Organisation ; 3° Fonctionnement ; i° Résultats de l'enseignement des anormaux.
nïGiL.NE sociale de l'enfance 2i
L'hygiène physique et l'hygiène intellectuelle de tous les écoliers hénéficient de la collaboration des médecins et des maîtres, mais cette collaboration est particulièrement indispensable pour les anormaux psychiques .
Pendant longtemps, en France, seuls les idiots ont été l'objet de soins spéciaux dans les hospices et dans les asiles, sous la direction de psychiatres tels qu'Esquirol, Falret, Voisin, Bourneville. Les grands déficients mentaux ne pouvaient manifestement rester dans les écoles. Mais celles-ci continuèrent àrecevoirles anormaux psychique* et les enfants arriérés et à les soumettre à la même éducation que les sujets normaux, alors qu'ils relèvent de méthodes médico-pédagogiques spéciales. Dans la mise en œuvre de ces dernières, diverses nations ont précédé la France, qui pourtant avait montré la voie pour l'éducation des idiots, des aveugles et des sourds-muets, sous l'impulsion d'Itard, de Séguin, de l'abbé de l'Epée et de 'Salentin Haiiy ».
C'est en Allemagne, h Halle, en 1 863, qu'eut lieu l'inauguration de la première école d'anormaux ; elle fut bientôt suivie de la création de nombreuses Hilfsschulen (écoles spéciales destinées à venir en aide aux anormaux) et Hilfshlassen (classes annexées aux écoles ordinaires). En igo5, 66o classes ou écoles donnaient l'enseignement à i5.ooo anormaux.
Le système allemand des écoles et des classes de perfectionnement a été imité un peu partout ; en Suède dès 186/4, puis eu Norvège, en Suisse, en Russie, en Hollande, en Angleterre, aux Etats-Unis, etc.
En France, la création d'institutions spéciales eu faveur des enfants arriérés a été réclamée depuis longtemps par Bourneville et plus récemment, en igo3, par le Congrès d'assistance publique de Bor deaux. Une commission fut instituée le !\ octobre 190/1 en vue d'étudier les conditions dans lesquelles la loi d'obligation scolaire du 28 mars 1882 pourrait être appliquée aux enfants anormaux. Cette commission, qui eut Léon Bourgeois pour président et Paul Strauss pour vice-président, déposa des conclusions, et cinq ans plus tard, fut votée une loi donnant une existence officielle aux classes de perfectionnement.
1. V. II. Friedel, Les institutions pour anormaux scolaires à l'étranger, in Marcel Nathan et II. Durot ; Les arriérés scolaires, Paris, 1 91 3, p. 3n.
La loi du 15 avril 1909 * déclare que des classes de perfection nemeni annexées aux écoles et des écoles autonomes de perfectionnement pourront être créées à la demande des communes et des départements. Cette loi, d'après Friedel, est une des meilleures ; si elle est convenablement appliquée, elle nous permettra rapidement de regagner l'avance acquise par les pavs étrangers.
En 191 1, la France comptait 21 classes de perfectionnement : 7 à Lyon, 3 à Paris, 3 à Bordeaux, 2 à Levallois-Perret, :>. à Tours, 2 à Poitiers, 1 à Angers. 1 à Rouen.
En 19 12 2, sept nouvelles classes annexes de perfectionnement ont été créées à Paris, et des écoles autonomes organisées dans la Charente-Inférieure et à Roubaix.
Toutefois à cette époque il n'existait au total que 3o classes publiques d'anormaux avec 720 élèves et, devant leur insuffisance, le Conseil général de la Seine, en 191 4, sur la proposition de Louis Puech, émit le vœu « que les pouvoirs publics prennent les mesures nécessaires pour rendre obligatoire l'application de la loi du 10 avril 1909 sur l'éducation des arriérés perfectibles ». A cette même occasion, le Conseil général vota qu'une section de perfectionnement pour les enfants arriérés ou instables serait annexée à l'institut départemental des sourds-muets et sourdes-muettes de la Seine et que, le Ier octobre 191 'a, il serait ouvert une classe de garçons et une classe de filles d'environ vingt élèves chacune.
La nécessité d'institutions spéciales découle du nombre considérable des anormaux psychiques.
Binet 3, rapporteur de la commission de 1904, a établi que, parmi les enfants de 2 à i3 ans, on devait compter 33.279 anormaux psychiques, se décomposant ainsi: 31.791 non hospitalisés, 1.^88 hospitalisés. Ces chiffres sont certainement inférieurs à la réalité, car un grand nombre d'anormaux ont dû échapper à l'enquête. Le nombre total ne doit pas être inférieur à 4o.ooo, et encore cette évaluation est-elle très approximative.
L'enquête poursuivie clans les écoles aboutit, en effet, à des chiffres beaucoup plus élevés. Dans la population des écoles primaires, la proportion des anormaux parait être, en moyenne, de 5 à 6 ° ,
1. Louis Gobron, Législation des établissements spéciaux des enfants arriérés. (Commentaire de la loi du 15 avril 1909, suivi du texte de la réglementation en vigueur.) Paris, 1910, et in Nathab cIDcrot, loc. cit.. p. 297.
2. Pierre B/ldin, Rapport présenté au Sénat sur le budget de 1912 de l'Assistance publique.
3. A. Binet et Th. Simon, Les enfants anormaux. Guide pour l'admission des enfants anormaux dans les classes de perfectionnement. Paris, 1907.
d'après les recherches effectuées à Bordeaux d, à Narbonne -, à Sain t- Omer 3. A Montpellier, elle atteint i4 %, d'après Mairet et Gaujoux, mais leur enquête n'a porté que sur 6So écoliers *. Parmi la population des pupilles de l'Assistance publique, le pourcentage parait être encore plus considérable et atteindre 3o % 5. Il résulte rait de ces chiffres, selon Binet et Simon, que, sur les 5.5oo.ooo écoliers français, le total des anormaux s'élèverait à 270.000.
L'expérience a démontré que les arriérés à caractères difficiles, livrés à eux-mêmes, deviennent des individus antisociaux, nui>i blés et dangereux pour la société. On conçoit donc l'intérêt qui s'attache à leur éducation et à leur amélioration morale et intellectuelle. Un grand nombre de travaux modernes ont d'ailleurs été publiés sur cette question dans tous les pays. Parmi les auteurs français citons : Binet et Simon, Bégis, Dupré, Cruchet, Paul Boncour et Jean Philippe, Boubinovitch, etc.
A l'occasion du XIIe Congrès /nuirais dé médecine, une réunion spéciale s'est tenue à Lyon, en octobre 1911, pour l'étude de l'enfance anormale. Les comptes rendus de cette réunion constituent des documents utiles à consulter, de même que les articles d'une revue de création récente et entièrement spécialisée, intitulée l'Enfance anormale.
Il est difficile de donner une bonne définition des anormaux psychiques et celle-ci varie selon les auteurs °.
L'enfant anormal est celui qui se sépare assez nettement de la moyenne pour qu'on puisse incriminer une anomalie pathologique de sa constitution physique ou intellectuelle.
Au point de vue scolaire, les enfants anormaux forment un groupe hétérogène : « Leur trait commun, disent Binet et Simon, qui est
1. J. Abadie, Recensement des enfants anormaux des écoles publiques de garçons de la ville de Bordeaux. Rapport général de la Commission d'enquête. Annales de l'Alliance d'hygiène sociale, janvier 1907.
a. F. Cambriels, Recensement des enfants anormaux des écoles publiques de la ville de Narbonne. Thèse de Bordeaux, 1909.
3. Gaillard, Recensement des enfants anormaux des écoles publiques de la ville de Saint-Omer. Le Progrès médical, 19 février et j mars 1910.
4. Réunion pour l'étude de l'Enfance anormale, Lvon, octobre 191 1.
5. Caillard, Les pupilles anormaux de l'Assistance publique. La Revue philanthropique ; avril, mai, juin 1909.
6. G. IIelyer, Enfants anormaux et délinquants juvéniles. Thèse de Paris,
un caractère négatif, c'est que, par leur organisation physique et intellectuelle, ces êtres sont rendus incapables de profiter des méthodes ordinaires d'instruction et d'éducation qui sont en usage dans les écoles publiques. »
Mais tous les anormaux psychiques, ainsi réunis, ne sont pas également susceptibles d'être amendés par une éducation spéciale. La loi ne réserve la dénomination d'arriérés qu'à ceux d'entre eux qui relèvent directement de la classe ou de l'école de perfectionnement.
Ces restrictions permettent d'éliminer un certain nombre d'anormaux.
Les aveugles et les sourds-muets doivent être éduqués dans des écoles spéciales.
Les idiots complets ou profonds sont des anormaux d'hospice ou d'asile. Avec Binet et Simon, on doit ranger dans cette catégorie « tout enfant qui n'arrive pas à communiquer par la parole avec ses semblables, c'est-à-dire qui ne peut ni exprimer verbalement sa pensée, ni comprendre la pensée verbalement exprimée par d'autres, alors qu'il n'a aucun trouble de l'audition ou des organes phonateurs et qu'il présente seulement une déficience intellectuelle. La distinction de ces anormaux est facile, car l'enfant normal, à deux ans, comprend la parole et se fait comprendre ».
Les Jaux anormaux psychiques (Audemard ]) ne doivent pas, enfin, être confondus avec les vrais. On les appelle encore anormaux non arriérés (Régis -), faux arriérés ou retardés scolaires. Leur état mental est normal ; s'ils présentent des modifications psychiques, elles ne sont que passagères et superficielles (anormaux temporaires de Le Gendre). Ce sont les mauvais écoliers, dont nous nous sommes occupés dans le chapitre précédent.
Ces différents types étant éliminés, il ne reste plus que les véritables arriérés. Ils rentrent dans le groupe des anormaux psychiques vrais, anormaux arriérés de Régis, [anormaux intellectuels de J. et R. Voisin. Leur arriération présente deux degrés : la débilité et l'imbécillité.
Est débile, disent Binet et Simon, « tout enfant qui sait communiquer avec ses semblables par la parole et par écrit, mais qui montre un retard de deux ou de trois ans dans le cours de ses études sans
i. Audemard, Les anormaux psychiques des écoles : L'Enfance anormale, mars 1912, p. i45, et La Revue philanthropique, 1912.no 179.
2. E. Régis, Esquisse générale de^l'assistance^éducative des anormaux psychiques. Réunion pour l'étude de l'enfance anormale, LyoH, octobre 191 1.
que ce retard soit dû à une insuffisance de scolarité » ou à l'un quelconque des facteurs de fausse arriération, croyons-nous devoir ajouter.
L'imbécile est intermédiaire entre le débile et l'idiot. Il présente parfois un aspect voisin de ce dernier, mais, contrairement à lui, il est remuant et foncièrement instable. « Est imbécile, d'après Binet et "Simon, tout enfant qui n'arrive pas à communiquer par écrit avec ses semblables, c'est-à-dire qui ne peut pas exprimer sa pensée par l'écriture, ni lire l'écriture ou l'imprimé, ou plus exactement comprendre ce qu'il lit, alors qu'aucun trouble de la vision ou aucune paralysie motrice du bras n'expliquent la non-acquisition de cette forme du langage, défaut d'acquisition qui est dû à une déficience intellectuelle. »
Un enfant normal arrive au bout de six mois à lire, en comprenant ce qu'il lit, et à écrire spontanément. Tout enfant qui, au bout de deux ans d'école, ne sait ni lire, ni écrire, a de fortes chances de rester un imbécile.
Les définitions précédentes n'ont qu'une valeur pédagogique, mais leur avantage est de permettre une classification aisée des anormaux intellectuels.
L'examen psychologique des anormaux révèle chez eux des facultés intellectuelles inférieures à celles de leur Age. Cependant des enfants simplement débiles peuvent aller à l'école et mener en apparence la même vie que leurs petits camarades.
i° Caractères généraux. — Trois caractères permettent de dépister assez facilement les anormaux. Ce sont : le retard du développement intellectuel, le développement inégal des facultés, un trouble pathologique des facultés mentales.
Le relard du développement intellectuel est frappant : un enfant de 10 ans, par exemple, aura le niveau intellectuel d'un écolier de G ou 7 ans. Mais à cela ne se bornent pas les particularités du véritable arriéré. « L'anormal, disent Binet et Simon, ne ressemble nullement à un normal ralenti ou arrêté dans un moment de son évolution, il n'est pas inférieur en degré, il est autre. »
Le développement inégal des Jacultés entraîne une rupture d'équilibre entre elles. « Pour certaines facultés, font remarquer Binet et Simon, l'anormal reste à un niveau plus jeune, pour d'autres, il sY-
lève presque au niveau de son âge. » On a même signalé chez quelques imbéciles des talents spéciaux, surtout celui de la musique.
Le trouble particulier des facultés mentales se manifeste par un défaut de coordination de la pensée, par de l'instabilité ou de l'asthénie mentale, parfois par une anomalie d'ordre moral. Il permet de distinguer un certain nombre de types différents d'anormaux psychiques scolaires.
2° Types principaux. — Les trois types principaux isolés par Binet et Simon sont : les arriérés de l'intelligence, les instables ou indisciplinés, les arriérés d'un type intermédiaire aux deux précédents.
A. Les arriérés de F'intetligence ne profitent que peu ou pas de l'enseignement commun. Leur anomalie mentale consiste en une diminution de l'activité cérébrale, à laquelle s'associe souvent une diminution de l'activité physique. Ils présentent une asthénie plus ou moins marquée, de la lenteur corporelle, de la torpeur d'esprit ; souvent on les prend pour des paresseux.
Ces enfants ont un caractère doux et tranquille; ils sont obéissants, dociles, respectueux ; ils sont sensibles aux punitions et aux récompenses, souvent même empressés, affectueux, complaisants. Tout compte fait, ils sont parfois assez sympathiques.
Au point de vue intellectuel, ils manifestent certaines dispositions pour la vie pratique et ils obtiennent, notamment, d'assez bonnes notes en couture, en écriture, en dessin. L'intelligence des sens et des perceptions concrètes, l'aptitude aux mouvements ont souvent, chez eux, un développement normal. Par contre, l'abstraction et tous les travaux intellectuels dont l'abstraction donne la clef leur sont un domaine fermé. Ils ont la mémoire des images, mais leur mémoire des phrases laisse à désirer (Binet et Simon).
B. Les instables ou indisciplinés sont des anormaux de caractère. Ils sont turbulents, inattentifs, bavards ; ils présentent à la fois une instabilité du corps, du langage et de l'attention.
Leur intelligence est retardée, mais elle est supérieure à celle des arriérés du type précédent. D'après Binet et Simon, leur retard intellectuel ne dépasse pas en moyenne une année.
Ce sont des orgueilleux ; leur amour propre est très développé et généralement à faux. Ils sont peu sensibles aux récompenses, mais ils s'insurgent contre les punitions. D'ailleurs, ils peuvent être aussi indisciplinés, méchants, brutaux et menteurs ; ils entrent alors dans la catégorie des anormaux simultanément psychiques et moraux.
C. Les arriérés du type intermédiaire ou du type mixte comportent un mélange d'arriération et d'instabilité. Leur intelligence est
Arriérés.
Instables.
Mixtes.
moindre que celle des instables purs, plus élevée que celle des arriérés purs.
La fréquence relative des trois types esl représentée par les chiffres suivants, fournis par l'examen de 122 anormaux :
Arriérés purs 5~ enfants.
„ Instables purs 4'i —
Mixtes 21 —
L'arriération mentale et l'instabilité mentale se rencontrent donc le plus souvent isolément chez les écoliers (Binet et Simon).
La répartition de ces trois types dans les cours scolaires se fait dans les proportions suivantes. Pour 100 anormaux de chaque catégorie, on trouve (Binet et Simon) :
Cours élémentaire (6 à 9 ans).
— moyen (9 à 11 ans). .
— supérieur (11 à i3 ans).
Ces chiffres démontrent : i° que les arriérés restent surtout dans les cours élémentaires et n'atteignent pas les cours supérieurs ; 20 que les instables se trouvent à peu près en nombre égal dans les cours élémentaires et moyens et qu'ils peuvent atteindre les cours supérieurs ; 3° que les mixtes se comportent à peu près comme les arriérés purs.
Tous les anormaux psychiques ne rentrent pas dans les trois groupes principaux que nous venons de définir et il en est de moins nettement caractérisés.
Certains sujets peuvent être considérés comme de simples subnormaux (Paul Boncour et Jean Philippe) ou anormaux frustes (Audemard). Leur arriération ou leur instabilité, leur asthénie ne se manifestent qu'à l'état de vestiges ; mais, s'ils ne sont pas éduqués de bonne heure, ils tendent vers l'anomalie définitive.
D'autres sont surtout des anormaux muraux, vicieux, menteurs, pervers, souvent essentiellement dangereux dès leur enfance, llelèvent-ils de l'école de perfectionnement et sont-ils susceptibles d'être améliorés par un traitement pédagogique approprié ? C'est là, à l'heure actuelle, une question fort débattue '. Hégis el A igouroux croient que des maîtres spécialisés peuvent avoir une influence favo-
1. Voir la discussion de cette question devant le Congrès </<■ psychiatrie, [unis, 7 avril 1 9 1 2.
rable sur eux; Gilbert Ballet et Dupré font des réserves à cet égard ; il n'est pas douteux que ces anormaux doivent souvent être dirigés sur des maisons de réforme ou des pénitenciers.
L'examen physique des écoliers anormaux psychiques comporte les mêmes investigations que pour les enfants normaux, mais l'étude anthropométrique, la recherche des stigmates de dégénérescence, l'exploration du système nerveux, des glandes endocrines, des différents appareils et organes, voire même des modalités de la nutrition, ont chez eux une importance particulière.
Cet examen ne sert nullement à reconnaître l'anomalie psychique, mais il permet d'apprécier l'état physique de l'enfant et souvent de reconnaître les causes des troubles intellectuels qu'il présente. Il conduit, dans une certaine mesure, au pronostic et, en tout cas, il est indispensable pour instituer le traitement médical à associer au traitement pédagogique.
i° Examen anthropométrique. — L'anthropométrie fournit des résultats variables suivant les sujets. Le développement physique des anormaux psychiques, en effet, peut être avancé, régulier ou relardé. On l'apprécie par les mensurations de la taille, du poids, de la largeur d'épaules, etc.
>»ous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit, dans un chapitre précédent, sur les relations qui existent entre le développement physique et le degré d'intelligence. Le tableau cité (p. 3i5) montre que l'état du développement physique ne fournit guère d'indication sur la capacité intellectuelle.
D'autre part, les moyennes, obtenues parla mensuration des sujets normaux et des sujets anormaux, sont presque identiques et ne conduisent pas à des notions plus précises.
Le procédé des frontières de Binet semble plus intéressant : il existe, en effet, pour chaque âge, une taille limite au-dessous de laquelle les anormaux deviennent nettement plus nombreux. Sur ioo enfants au-dessous de la frontière, 20 sont anormaux, tandis que, sur 100 écoliers ayant un développement physique normal, il n'y a que 10 anormaux.
20 Morphologie du crâne. — L'étude du crâne des anormaux psychiques fournit des renseignements plus intéressants.
Les considérations précédemment exposées au sujet des frontières physiques se rapportent également aux diamètres crâniens (dia-
330 // YGIÈKE E T ÉDUCA TION U1CS A NORMA I X PS YCHIQUEJS
mètre antéro -postérieur et diamètre transversal). « Il existe, dit Binet, des valeurs limites des diamètres céphaliques, de chaque côté desquelles se trouvent des têtes, réduites ou hypertrophiés, qui ne vont pas sans s'accompagner d'une fréquence notablement plus grande de déficience mentale. »
Assez souvent les anormaux présentent des déformations crâniennes. La scaphocéphalie (crâne en carène), et surtout la plagiocéphalie (crâne oblique ovalairc) ont été considérées comme des stigmates de dégénérescence (Bourneville et Sollicr), mais, pour certainauteurs, la plagiocéphalie est une déformation banale due à l'action mécanique du décubitus latéro-dorsal chez le jeune enlant (Eschbach).
3° Asymétrie faciale. — Vasymétrie faciale prête aux mêmes considérations.
Le faciès adénoïdîen, la déformai ion en ogive de la voûte palatine, le prognathisme, sont communs en dehors de toute anomalie psychique ; ils seraient dus à la fréquence des végétations adénoïdes chez les arriérés (Balme).
4° Stigmates de dégénérescence. — Les stigmates de dégénérescence chez les anormaux ont été l'objet de nombreuses recherches. On considère comme tels, en particulier, [es formes bizarres dupavillon de l'oreille, Y implantation vicieuse des cheveux, des dents. le strabisme, etc. Il faut y joindre la déchéance totale de l'organisme, le chétivisme (Apert ').
Parmi les conformations anormales décrites sous le nom de stigmates de dégénérescence, il en est plusieurs qui sont puremenl accidentelles et non transmissibles par L'hérédité. Il convient d'être prudent dans leur interprétation (Apert).
Les stigmates de dégénérescence peuvent se rencontrer chez les sujets normaux, comme ils peuvent faire défaut chez les anormaux. Toutefois la comparaison de plusieurs groupes révèle un total de stigmates plus élevé chez les seconds que chez 1rs premiers et, en tout cas, leur multiplicité chez un même individu est plus grande chez les anormaux.
Sur 58 écoliers pris au hasard, Binet et Simon ont trouvé :
Ecoliers ayant a stigmates an maximum i~
Ecoliers — 4 — •
i E. Apert, Quelques remarques sur les stigmates île dégénérescence. Signification et transmissibilité de certains d'entre cu\, Eugénique, mai ioi3,n° 5, p. 73. — L'hérédité morbide, |QiQ,ch. xvu.
Ce dernier sujet présentait une déformation auriculaire, du strabisme, du prognathisme et une légère scaphocéphalie : c'était un anormal.
Les mêmes auteurs, sur 9 écoliers d'une classe d'anormaux, ont recueilli les chiffres suivants :
1 stigmate chez 1 écolier.
Si les stigmates ne permettent pas de poser le diagnostic d'anomalie psychique, ils peuvent néanmoins faire pencher la balance en sa faveur, en cas de présomption d'un état mental défectueux ; la présomption est d'autant plus forte que les stigmates sont accumulés en plus grand nombre.
Au nombre des stigmates de dégénérescence, il convient de signaler particulièrement la blésité ', en raison de sa fréquence. Elle a été observée par Binet et Simon 3 fois sur 9 anormaux : elle est caractérisée par la déformation ou la substitution d'une ou plusieurs consonnes du fait d'une fausse manœuvre ou de l'inexpérience de la langue (Chervin).
5° Examen du système nerveux. — L'examen du système nerveux décèle un certain nombre de troubles. Les tics, en particulier, sont fréquents, surtout les tics convulsifs, reproduisant les différents mouvements de l'activité musculaire : clignement des yeux, haussement des épaules, etc.
Les enfants idiots présentent souvent des lésions plus ou moins profondes, plus ou moins étendues du système nerveux se manifestant par des raideurs musculaires, des paralysies, des crises d'épilepsie, etc. Chez les sujets simplement débiles, on peut noter une série de petits symptômes, dont l'ensemble constitue le syndrome de débilité motrice de Dupré. Ce sont : de l'exagération des réflexes tendineux ; une perturbation de la réflectivité plantaire (signe de Babinski, abduction des orteils, absence de réflexe) ; de la syncinésie, c'est-à-dire l'association involontaire de certains mouvements ; de la paratonie ou impossibilité d'obtenir la résolution musculaire sur un ordre donné.
1. Le nombre des écoliers bègues est extrêmement élevé. En Allemagne, une statistique du ministère de l'instruction publique a établi que 80.000 enfants bégayent ou zézayent. Celte anomalie disgracieuse nuit souvent à l'avenir de ceux qui en sont affligés. Pour y remédier, des cours spéciaux ont été organisés à Berlin et dans presque toutes les grandes villes d'Allemagne. Ils auraient donné 76 pour 100 de guérisons et 23 pour 100 d'améliorations.
Certains anormaux présentent une affection caractérisée du système nerveux. Les enfants atteints d'hémiplégie ou de diplégie cérébrale sont presque toujours des anormaux psychiques ; leur état mental est généralement altéré. 11 en est de môme dans Yalhétose et dans la chorée doubles.
L'épilepsie, qui se traduit soit par des crises convulsives, soit par le petit mal (absences, vertiges, énurésic nocturne, etc.), indue sur le
Fig. 7'i. — Mongolisme infantile (Coml>\ .
développement de l'intelligence ; le niveau intellectuel de l'enfant jusque-là normal peut ne plus progresser ou même s'abaisser. L'épileptiquc présente souvent une arriération mentale plus ou moins accentuée, qui peut aboutir à la démence. Son caractère est difficile et nettement influencé par les crises : irritable, violent, impulsif, sujet à des colères terribles à la phase prodromique, après leur^éclosion, il devient affaissé, abattu. Sa physionomie reflète une hébétude plus ou moins profonde.
Quelquefois les enfants présentent le faciès mongolien caractéristique de l' idiotie mongolienne (fig. 7/1) ; mais l'arriération en pareil cas est généralement profonde, ne dépasse guère l'imbécillité et, par conséquent, est rarement justiciable des classes de perfectionnement.
6° Exploration des glandes endocrines. — 11 est toujours indispensable de rechercher si on ne se trouve pas en présence d'une affection caractérisée des glandes endocrines.
h' insuffisance de la glande thyroïde peut donner naissance au myxœdème ou nu goitre crélinisme endémique) et s'accompagner
Fig. 76. — Myxœdème précoce chez une fille
de i5 ans (Combe).
Taille : 80 cm. — Poids : 17 k. 260.
d'une atteinte sévère des facultés psychiques. Les idiots myxœdémateux, quoique susceptibles d'une certaine éducation, sont, en réalité, justiciables de l'asile (fig. 70).
Assez souvent on rencontre des myxœdémateux frustes ou simples hypothyroïdiens, ainsi quel' insuffisance des autres glandes endocrines. Nous en avons déjà parlé dans le chapitre précédent (p. 3 16) à propos des mauvais écoliers.
70 Examen des divers appareils et organes. — Il faut passer en revue le système osseux qui, en dehors des malformations crâniennes, présente des anomalies dans le développement des os
longs, les articulations, les muscles, les appareils respiratoire, circulatoire, digestif, les organes des sens. II faut prendre la pression sanguine, étudier les éliminations urinaires, etc. On verra ainsi que les anomalies psychiques s'accompagnent fréquemment de troubles somatiques et sensoriels, réalisant des types cliniques très 0 variés dont la classification est difficile.
Su Distinction de deux types cliniques. — Au point de vue pratique, fixer l'état du système nerveux et des glandes endocrines doit être, comme le fait remarquer Raoul Dupuy ', la préoccupation principale.
Il faut distinguer :
a. Les anormaux présentant des lésions importantes et fixées du système nerveux ou des glandes : encéphalopathies, atrophies ou scléroses des glandes. Ils sont incurables et ne peuvent profiter de l'école.
6. Les anormaux présentant seulement de- troubles dystrophiques du système nerveux ou des glandes : ils sont curables et peuvent être éduqués.
La distinction n'est pas toujours facile à établir. Elle demande souvent une observation prolongée et la mise en œuvre de la polyopothérapie, qui, d'après Raoul Dupuy, servira de pierre de touche.