‹ Hygiene sociale. La prostitution clandestine à ParisChapitre 48 sur 78 · INSOUMISES MAJEURES ORIGINAIRES DE PARIS ET DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE · texte numérisé non relu

INSOUMISES MAJEURES ORIGINAIRES DE PARIS ET DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE

Nous avons montré précédemment les différents points intéressants en ce qui concerne les insoumises mineures nées à Paris ou dans les communes suburbaines; pour compléter cette étude, il est nécessaire d'examiner ce qui concerne les insoumises majeures qui ont la même origine. Nous aurons ainsi un ensemble complet des insoumises nées à Paris ou dans la banlieue, avec les différentes manifestations morbides qui ont été observées. Comme pour les mineures, nous allons les classer par années successives.

L'ensemble des unités insoumises trouvées malades en 1878 est de 762. Sur ce nombre, il y avait 438 insoumises mineures et 324 majeures.

Les mineures originaires du déparlement de la Seine figurent dans ce nombre pour le chiffre 186 dont 164 sont nées à Paris.

Les majeures nées dans le département de la Seine sont au nombre de 68, sur lesquelles 57 appartiennent à Paris.

Ces insoumises majeures n'étant venues qu'une fois au dispensaire, dans le courant de l'année, il y a autant d'accidents morbides qu'il y a dunités malades.

Les accidents observés sont :

Accidents syphilitiques 24

Accidents vénériens 4i } 08

Gale 3

Le groupe des 57 majeures originaires de Paris compte les manifestations suivantes :

Accidents syphilitiques 19

Accidents vénériens 34

Gale 4

Dans les autres communes du département de la Seine, il reste 1 1 malades ayant :

Accidents syphilitiques 5 ^ . .

Accidents vénériens 6 \

Pendant Tannée 1879, sur 648 insoumises malades dont 254 majeures, il y a eu 34 insoumises majeures malades nées à Paris ou dans les autres communes du département de la Seine. Comme ces femmes n'ont été arrêtées qu^une fois dans le courant de cette année, il y a autant de manifestations morbides que d'unités malades. Ces accidents sont :

Accidents syphilitiques M \

Accidents vénériens il|34

Gale 1 )

Les majeures originaires de Paris sont au nombre de 31, avec les manifestations suivantes :

Accidents syphilitiques 21 j

Accidents vénériens 9 1 31

Gale i )

Il n'y a que 3 femmes originaires des autres communes du département de la Seine, une avec des manifestations syphilitiques et 2 avec des accidents vénériens.

Le nombre des insoumises majeures et mineures trouvées malades en 1880 est de 1,017, sur lesquelles il y a 403 majeures. Dans le groupe des majeures il y en a 80 qui appartiennent à Paris ou à la banlieue. Comme une de ces majeures a été arrêtée trois fois en 1880 et trouvée trois fois malade, et qu'une autre arrêtée deux fois

ORIGINE DBS INSOUMISES 319

a également été trouvée deux fois malade, nous avons des manifestations morbides plus fortes de trois unités que les unités malades. Les accidents sont reportés de la façon suivante, pour Tensemble du département de la Seine :

Accidents syphilitiques 52 J

Les majeures originaires de Paris, au nombre de 71, fournissent les manifestations suivantes :

Accidents syphilitiques 47 J

Accidents vénériens 21 > 74

Gale 6 )

Dans les autres communes du département de la Seine, il y a 9 majeures, avec cinq fois des accidents syphilitiques et quatre fois des accidents vénériens.

Les 778 insoumises trouvées malades en 1881 se composaient de 302 majeures et 476 mineures. Parmi les insoumises majeures, il y en avait 61 originaires du département de la Seine ; sur ce chiffre 57 appartenaient à Paris et 4 aux communes suburbaines. Les manifestations morbides, pour l'ensemble du département de la Seine, se composent de :

Accidents syphilitiques 37 J

Accidents vénériens 22 > 64

Gale 5 )

11 est à remarquer qu'il y a 2 femmes de Paris et une des communes suburbaines qui ont été arrêtées deux fois et trouvées malades deux fois, ce qui donne trois unités de plus pour les manifestations morbides que pour les unités de malades. Les 57 insoumises majeures de Paris ont :

Accidents syphilitiques 33 J

Accidents vénériens 21 > 59

Gale 5 )

Pour les 4 majeures des communes suburbaines, on trouve quatre fois des accidents syphilitiques et une fois des accidents vénériens.

Sur les 946 insoumises trouvées malades en 1882, il y a 365 majeures et 581 mineures. Parmi les insoumises majeures, il y en a 74 qui sont originaires de Paris ou des communes suburbaines. •3 de ces femmes, arrêtées deux fois dans le courant de Tannée, ont été trouvées deux fois malades; il s'ensuit qu'il y a 77 manifestations morbides et seulement 74 unités malades. Le nombre des majeures originaires de Paris est de 68, tandis qu'il y en a 6 qui sont nées dans la banlieue. L'ensemble des manifestations morbides observées consistent en :

Accidents syphilitiques 52 j

Accidents vénéricfns 20. | 77

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Les 68 majeures originaires de Paris, ont à leur actif : Accidents syphilitiques 49

Accidents vénériens 19

Gale 3

Les 6 majeures do la banlieue ont trois fois des accidents syphilitiques, une fois des accidents vénérions et deux fois la gale.

En 1883, il y a eu 826 insoumises malades, parmi lesquelles il y avait 347 majeures et 479 mineures. Le nombre des insoumises majeures originaires du département de la Seine est de 83, sur lesquelles Paris en compte 68 et les communes suburbaines 15. Les manifestations morbides observées sont les suivantes :

Accidents syphilitiques 55 j

Accidents vénériens 25 | 83

Gale 3 )

Les 68 majeures originaires de Paris ont présenté les accidents suivants :

Accidents syphilitiques 44 ]

Accidents vénériens 21 | 68

Gale 3 )

Les 15 majeures nées dans les communes suburbaines comptent

onze fois des accidents syphilitiques et quatre fois des accidents vénériens.

Les 732 insoumises trouvées malades en 1884 se composaient do 294 majeures et de 438 mineures. Les majeures originaires du département de la Seine, au nombre de 49, comptent 43 femmes nées à Paris et 6 nées dans les communes suburbaines. 2 des femmes de Paris, ayant été arrêtées deux fois en 1884, sont trouvées deux fois malades; par suite, les manifestations morbides sont plus élevées de deux unités que les unités malades. Nous trouvons :

Accidents syphilitiques 36 )

Accidents vénériens 12 > 51

Gale 3 )

Les accidents observés sur les 43 majeures nées à Paris sont :

Accidents syphilitiques 31 j

Les 6 majeures originaires des communes suburbaines sont atteintes cinq fois d'accidents syphilitiques et une fois d'accidents vénériens.

Parmi les 833 insoumises malades de 1885, il y a 346 majeures et 487 mineures. Les majeures comptent 73 malades originaires du département de la Seine, sur lesquelles 59 sont de Paris. 3 de ces femmes ont été arrêtées deux fois en 1885 et trouvées malades deux fois, il y a, par suite, trois unités en plus, pour les manifestations morbides que pour les unités malades. Ces manifestations sont les suivantes :

Accidents syphilitiques 32 j

Accidents vénériens 40 | 76

Gale 4 )

Les majeures originaires de Paris, au nombre de 59, donnent :

Accidents syphilitiques 27 J

Accidents vénériens 34 | 62

Gale 1 )

Les 14 majeures de la banlieue ont fourni :

Accidents syphilitiques 5 ]

Accidents vénériens 6 | 14

Gale 3 )

Les insoumises trouvées malades en 1880 sont au nombre de 724, sur lesquelles il y a 308 majeures et 416 mineures. Dans le groupe des 308 majeures il y en a 57 qui appartiennent au département de la Seine; une d'entre elles, de la région suburbaine, a été arrêtée deux fois, et trouvée deux fois malade, ce qui nous donne une unité de maladies en plus des unités malades. L'ensemble des accidents observés se divise de la façon suivante :

Accidents syphilitiques 25 ]

Accidents vénériens 29 > 58

Gale 4 )

Les majeures originaires de Paris, au nomt)re de 52, donnent les manifestations morbides suivantes :

Accidents syphilitiques 21 ]

Accidents vénériens 27 ! 52

Gale 4 )

Dans les conununes suburbaines il y a 5 malades qui fournissent quatre fois des accidents syphilitiques et deux fois des accidents vénériens.

Parmi les 678 insoumises trouvées malades en 1887, il y a 289 majeures et 389 mineures. Dans le groupe des nuijeures, il y en a 52 qui sont originaires du département de la Seine; sur ce nombre, 40 sont nées à Paris et 0 sont nées dans la banlieue. Une des majeures de Paris a été arrêtée deux fois en 1887 et trouvée deux fois malade ; une des majeures des communes suburbaines a été arrêtée trois fois et trouvée trois fois malade ; nous avons, par suite, trois unités morbides en plus des unités malades.

Les 52 majeures malades ont fourni les accidents suivants :

Accidents syphilitiques H J

Parmi les 46 majeures originaires de Paris, nous trouvons les manifestations morbides snivantes :

Accidents syphilitiques 8

Accidents vénériens 37

Gale 2

Les 6 majeures originaires de la banlieue ont fourni trois accidents syphilitiques et cinq accidents vénériens.

L'ensemble des dix années donne, pour Paris, 552 unités majeures malades, avec 566 manifestations morbides, un très petit nombre d'insoumises ayant été malades deux fois dans la même année. Les communes de la Seine, en dehors de Paris, comptent 79 majeures et 83 manifestations morbides. Nous devons remarquer que nous n'avons pas dans ces chiffres les unités absolues puisque nous n'avons pas retranché celles qui, après avoir été arrêtées plusieurs fois dans la même année, ont pu, en outre, être arrêtées et reconnues malades plusieurs fois dans la période décennale; le véritable chiffre des unités majeures est alors de 603. En réunissant les insoumises majeures de Paris à celles des communes suburbaines nous avons :

Unités majeures 603

Manifestations morbides 649

La syphiHs est constatée 305 fois chez les insoumises majeures nées à Paris et 47 fois chez les insoumises majeures des communes suburbaines; il y a donc 352 fois des accidents syphilitiques observés chez les majeures originaires du département de la Seine. Cet ensemble étant de 603, il s'ensuit que plus de la moitié de ces malades majeures ont eu des manifestations syphilitiques, la proportion est de 58,37 pour 100. La proportion des syphilitiques chez les insoumises majeures est inférieure à ce que nous avons observé précédemment pour les insoumises mineures.

Si nous réunissons les insoumises mineures du département de la Seine aux insoumises majeures du même département, nous obtenons 2,317 unités malades avec 2,853 manifestations morbides. Les accidents syphilitiques sont, pour l'ensemble de ces insoumises, au nombre de 1,450, ce qui donne 62,58 pour 100.

Pour les insoumises originaires de Paris, les manifestations syphilitiques sont au nombre de 1,282. Ce chiffre considérable com-

prend 28,95 pour 100 des accidents syphilitiques observés chez toutes les insoumises de tout âge arrêtées dans une période de dix ans, et venues à Paris des autres départements de France, et môme de Tétranger.

Comme pour les insoumises mineures, je résume par année, dans un tableau spécial, le nombre des majeures de Paris trouvées malades suivant Tarrondissement où elles sont nées. Voici ce tableau :

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L'examen de ce tableau montre que ce sont les arrondissements les plus populeux qui fournissent le plus d'insoumises majeures à la prostitution clandestine. Comme pour les mineures, c'est le onzième arrondissement qui figure en première ligne; ce sont les premier et neuvième arrondissements qui figurent en dernière ligne. Pour les autres arrondissements, à quelques rangs près, la classification est la même que pour les insoumises mineures.

Il est une remarque très importante à faire, c'est que le chiffre des unités malades qui figurent dans ce tableau représente les unités majeures malades, déduction faite de celles qui ont été malades plusieurs fois dans une même année ; mais en opérant la réduction, pour les majeures trouvées plusieurs fois malades, soit dans une môme année, soit dans la période décennale, nous trouvons que les unités malades de Paris sont au nombre de 527 au lieu de 552 et celles des autres communes du département de la Seine au nombre de 76 au lieu de 79. Le total général des unités malades est réduit à 603 au lieu de 631.

La question de l'habitation a une importance particulière en ce qui regarde spécialement les mineures.

Fin étudiant les habitudes des insoumises mineures, on constate qu'elles logent, presque toutes, dans des hôtels garnis, lesquels sont, pour la plupart, sous la dépendance d*un marchand de vin. C'est dans ces garnis, groupés dans certaines rues ou dans certains quartiers spéciaux, que la mineure, qui loge encore chez ses parents, peut trouver une hospitalité facile pour conduire le client qu'elle a recruté dans la rue. L'amateur est obligé de payer une rétribution, variable suivant les quartiers, au marchand de vin ou maître de garni, qui lui donne asile pour quelques instants et qui n'a souci ni de sa personnalité, ni de son âge, ni de l'âge de la mineure qui le guide. Beaucoup de jeunes filles, que leurs parents croient à l'atelier, trouvent, tantôt dans un arrondissement, tantôt dans un autre, les portes des garnis largement ouvertes; dès l'heure la plus matinale ou la plus tardive, elles sont certaines de pouvoir s'y rendre, sans

autre prooccupation que de demander aux amateurs qui les accompagnent, d'abord, d'ouvrir leur bourse pour la chambre dans laquelle ils reçoivent Thospitalité, ensuite, pour les boissons qu'elles se font offrir. Il est évident que la mineure sera d'autant plus facilement accueillie, qu'elle sera plus habile à faire dépenser de l'argent aux individus qu'elle conduit dans ces refuges. — Un grand nombre de mineures liabifent dans des garnis où elles ne conduisent jamais leurs recrues; elles préfèrent se rendre dans d'autres quartiers, qui deviennent le champ de bataille où elles dressent leurs batteries ; elles font choix de cinq ou six garnis spéciaux où elles se rendent alternativemcMit, suivant la fantaisie du moment. Leur journée terminée, elles rentrent dans leur garni habituel, où elles peuvent faire croire quelles ne vivent pas de la prostitution, mais bien d'un travail honnête et régulier. Quelques-unes, vivant en concubinage avec un amant qui travaille ou avec un souteneur qui les exploite, préfèrent exercer leur industrie dans les garnis qui ne leur servent pas de domicile régulier. Dans des régions spéciales, notamment du côté de l'École mihtaire, certains marchands de vin logeurs autorisent les insoumises mineures à se tenir sur le seuil de leur porte et à faire publiquement de la prostitution, en appelant et provoquant les passants. Que leur importe? Ils font payer la location de leur chambre chaque fois qu'un passant se laisse entraîner et ils vendent leurs boissons plus ou moins frelatées. N'y a-t-il pas un double bénéfice? Lorsque les mineures ont fait choix d'un quartier pour se livrer à la prostitution, elles se réunissent souvent par groupes, se mêlant fréquemment aux femmes majeures et aux filles inscrites qui guident leur inexpérience; elles font de la déambulation, autour de trois ou quatre rues, ne s'éloignant pas des garnis qui ont leur prédilection, mais tournant dans leur voisinage, comme les abeilles tourbillonnent autour de leur ruche. — Dans tous les arrondissements de Paris se trouvent de très nombreux garnis, tout disposés à prêter leur concours à la prostitution des insoumises, quel que soit leur âge. On rencontre dans ces garnis, plus ou moins coupe-gorge, depuis Tenfant de onze et douze ans jusqu'à la femme de cinquante^ ans. Les spéculat(»urs ne se préoccupent guère de Tage que peut avoir la fille (|ui se présente ch(*z eux, pourvu qu'elle paye la rétribution habituelle, chaque fois qu^elle fait monter un client. — Ce sont ces garnis qui donnent asile à toutes les mineures et qui sont

cause, en raison de la liberté qu'on leur accorde, de leur peu d'hésitation à abandonner le domicile paternel; elles savent qu\*lles trouveront un refuge facile dans une habitation tolérante où il n'y a aucune contrainte à subir. C'est en raison de la liberté qui leur est octroyée que les mineures peuvent facilement voyager d'un quartier dans un autre et se soustraire ainsi aux recherches de leurs parents. Il y a donc bien là une cause principale du développement de la prostitution, plus ou moins clandestine, des mineures. — Un certain nombre de mineures sont sans logement fixe; elles errent un peu au hasard, dormant sous les ponts, autour des Halles, sous les portes cocheres ou sous les porches des églises et ne passent la nuit sous un toit que lorsqu'elles ont la bonne fortune de rencontrer un individu qui les conduit (hms un garni quelconque.

Ce qui existe à Paris se produit également en province; mais là on trouve souvent des municipalités vigilantes qui agissent avec fermeté et interdisent aux logeurs de recevoir des mineures et môme de donner l'hospitalité à des femmes, quel que soit leur âge, qui se livrent notoirement à la prostitution.

Pour le moment, il ne s'agit que de Paris, et de ce qui s'est passé pendant les dix années que j'examine. Dans cette recherche, j'ai noté le domicile de la mineure, chaque fois qu'elle a été arrêtée, quelques-unes ajant des domiciles variables suivant les différentes périodes de leurs arrestations. Nous ne prenons donc pas, pour unité, la mineure, mais bien Tunité d'arrestations.

De 1878 à 1887, il y a eu 5,136 arrestations, parmi les mineures trouvées malades. Sur ce nombre, il en est qui logent en garni, chez leurs parents ou dans leurs meubles ; quelques-unes vivent en concubinagcî et en garni ; d'autres sont sans logement fixe.

Partant du chiffre des arrestations, 5,136, nous trouvons que les mineures, au moment de leur arrestation, logeaient :

1° 4,513 en garni 2** 202 chez leurs parents

3** 39 dans leurs meubles \ r joc

4** 283 sans logement fixe ' '

5** 99 vivant en concubinage et logeant en garni

Eli divisant h»s chiffres ndatifs au logement, suivant l'année des arrestations, nous avons \o tableau suivant :

nESIDENCE DES INSOUMISES

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