‹ Hygiene sociale. La prostitution clandestine à ParisChapitre 57 sur 78 · L HOSPITALITE DU TRAVAIL POUR LES FEMMES · texte numérisé non relu

L HOSPITALITE DU TRAVAIL POUR LES FEMMES

Xù' Hospitalité du travail pour les femmes a pour but d'assurer aux femmes, sans ressources et sans ouvrage, un travail provisoire (pii leur permette de vivre en attendant le moment où elles trouv(»ront à se placer. Tel est l'article l®"^ du règlement de cette maison, (pii donne une définition exacte de rentreprise que Ton s'est proposée.

Cette œuvre qui, au début, était installée à Auteuil, Grande Hue dWuteuil, n*" 39, a pris un grand essor dans ces dernières années et se trouve établie maintenant au n** 52 de l'avenue de Versailles.

Son organisation remonte à l'année 1880, et c'est le 19 novembre 1880 «ju'elle a commencé à fonctionner.

Un certain nombre d'insoumises sont entré«»s directement à l'Hospitalité du travail en quittant Tinlirmerie de Saint-Lazare; d'autres n'ont frappé à cette porte qu'après un séjour plus ou moins prolongé au Bon Pasteur. Il est donc néc(»ssaire de savoir dans quelles conditions elles se sont trouvées, et de révél(»r, par suite, l'organisation de cet établissement.

Avant de faire connaître l'état actuel de THospitalité du travail, depuis son installation avenue de Versailles, il convient de jeter un regard en arriére pour examiner ce qu'elle était à son origine. Dans un article très documenté, et qui avait pour titre « la charité privée* à Paris — l'Hospitalité du travail — la maison de la rue d'Auteuil », Maxime du Camp a donné, dans la Revue des Deu.v-Mondes (n» du l**^ avril 1884), des détails très intéressants qui ont signalé cette institution à l'attention du public. Je lui emprunterai quelqu<»s renseignements. « Pour sauver, dit Maxime du Camp, une femme qui se perd, qui va disparaître dans le marécage de la misère et de» la démoralisation, il suffit, parfois, de lui tendre la main, de la mettre à l'abri, de lui donner le temps de reprendre haleine et d(» ratF(»rmir .son courage épuisé par une lutte trop longue. De cette idée très

simple est née V Hospitalité du travail^ qui est un refuge temporaire où les forces renaissent et où l'avenir s'éclaircit. »

La direction de la maison a été confiée aux religieuses de Notre-Dame du Calvaire, congrégation qui n'a rien de contemplatif, mais est très active et se dévoue aux faibles et aux malheureux. La supérieure, la sœur Saint-Antoine, femme très intelligente, très instruite et très énergique, a neuf religieuses pour la seconder.

Dés qu'une femme est admise dans la maison, on lui fait prendre un bain et ses vêtements sont passés à Tétuve de désinfection. On accueille les femmes, môme lorsqu'elles ont un enfant, et il y a pour elles un dortoir spécial avec des petits lits pour les bébés. Une précaution est prise en faveur des femmes qui ont un enfant : dés qu'elles sont admises dans la maison, quel que soit leur âge et leur état civil, on les appelle madame et on ne prononce jamais le nom de famille ; c'est ainsi que l'on dit M™® Jeanne ou M™** Berthe, quel que soit Tàge de la personne reçue ; par un raffinement de délicatesse, la supérieure remet à la femme qui n'est pas mariée une alliance, de façon à faire supposer que la situation est régulière et qu'elle a légitimement le droit à la maternité. On enseigne à ces femmes le travail qui leur permettra, plus tard, de vivre et de faire vivre leur enfant. Le séjour dans la maison, qui était autrefois de trois mois, a pu se prolonger au delà, jusqu'au jour où on a trouvé un placement convenable.

Une autre catégorie d'hospitalisées est constituée par des femmes convalescentes, sortant de l'hôpital et qui, même après un séjour au Vésinet, sont dans l'impossibilité de travailler. La maison d'Auteuil les recevait et les gardait jusqu'au moment où, les forces étant revenues, elles pouvaient se livrer à un travail rémunérateur.

(( Dans les trois dernières années, dit Maxime du Camp, 1,813 femmes, sortant des hôpitaux ou de l'hospice du Vésinet, ont achevé de se guérir sous la surveillance et par les soins des religieuses de Notre-Dame du Calvaire. » Pendant les années 1881 , 1882, 1883, le nombre des femmes reçues en hospitalité a été de 7,534, sur lesquelles 3,653, c'est-à-dire près de la moitié, ont été placées. Le travail est donné en proportion des forces de la femme. Dans chaque ouvroir se trouvent une trentaine de femmes qui travaillent sous la surveillance d'une religieuse; c'est surtout le travail à l'aiguille qui occupait la plupart des femmes. Pendant celle pre-

mière époque, Thospitalisée ne recevait aucune rémunération et le produit du travail servait à la nourrir et à Tentretenir. Cette manière de procéder a été complètement modifiée, ainsi que nous le dirons plus loin.

c( En 1884 (I) la maison contenait 115 femmes, ce qui est à peu près le chiffre normal. 115 femmes à héberger, à nourrir, à vêtir pendant les trois cent soixante-cinq jours de Tannée, cela coûte cher. Elles ont beau travailler courageusement au profit de Tœuvre, Tœuvre ne pourrait pas subsister si elle n'avait d'autres ressources que le produit de Touvroir. J'ai entre les mains les comptes de 1883 ; ils sont intéressants à faire connaître et permettront de surprendre la charité privée sur le fait.

« Les dépenses se sont élevées au chiffre de 59,628 fr. 40, ce qui est bien peu, car le loyer compte déjà pour 8,500 francs, et les dons en Hnge et en vêtements pour 3,300 francs. Le produit du travail représente 19,000 francs. L'écart est considérable; pour faire face aux exigences de l'hospitalité, il faut ajouter 40,000 francs : où les trouver? Le ministère de l'Intérieur accorde une subvention de 2,000 francs, et la Préfecture de police lui donne 1,000 francs; une quête produit 720 francs et une vente 6,450 francs, et enfin 30,768 francs par souscription ou de la main à la main. De sorte qu'au 31 décembre, toutes dépenses payées, on reste avec 115 pensionnaires dans la maison et 310 francs en caisse. » Et plus loin : « La nourriture est bonne, substantielle et supérieure à celle de bien des ménages d'ouvriers. Régulièrement et chaque jour, les pensionnaires font quatre repas : au déjeuner, la soupe et du pain de la veille ; au diner, la soupe, un plat de viande et un plat de légumes; au goûter, du pain; au souper, la soupe et des légumes. La provende est donc abondante; pour Tannée 1883, elle n'a coûté que 36,440 francs, ce qui représente une dépense quotidienne de

0 fr. 86 1/2 pour la table de chaque pensionnaire; une femme hospitalisée rapporte 0 fr. 45 par jour et son entretien revient à

1 fr. 42. Le déficit entraînerait immédiatement la perte de l'œuvre si la charité privée se ménageait et ne fouillait dans sa bourse. »

En énumérant les difficultés rencontrées pour le développement de THospitalité du travail, Maxime du Camp fait remarquer que le

(1) Maxime du Camp, loco cilato.

Conseil municipal do Paris et le Conseil général de la Seine sont venus au secours de l'œuvre en accordant, en 1883, deux subventions de 1,000 francs; il signale, en même temps, l'opinion du directeur do l'Assistance publique, développée au Cimseil municipal où il s"est exprimé de la façon suivante sur cette institution : « Le grand avantage de cette œuvre, cest qu'eUe place les jeunes (illes, et les empêche ainsi de tomber dans la mauvaise voie. Elle est très méritante et je déclare que, pour ma part, j'en suis jaloux. »

Cet éloge n'a pas besoin de commentaires.

Parmi les femmes qui entraient à Auteuil, beaucoup étaient des journalières, incapables d'exercer un métier déterminé, demandant un apprentissage un peu long. Ce fait, qui avait frappé IVspril de la supérieure, lui avait donné le désir de créer une blanchisserie. Les femmes hospitalisées, sans profession déterminée, pourraient être facilement employées à la buanderie : avec les lessiveuses et les laveuses mécaniques, une femme peut, sans apprentissage préalable, blanchir le linge convenablement et produire un gain dont protiterait l'œuvre commune. La sœur Saint-Antoine était convaincue qu'elle pourrait se passer des offrandes et des souscriptions, le jour où son projet serait exécuté. Son idée a été réalisée et l'IIospitaUté du travail a été installée sur un vaste terrain, 52, avenue de Versailles. Elle est aménagée de telle façon qu'elle peut employer plus de 3,000 femmes par an, aux travaux de blanchisserie. CVst la seconde phase du développement de cette œuvre. Dans cette nouvelle période, des transformations importantes se sont produites.

En parlant de la première manière de faire, Maxime du Camp avait dit : « Non contente de s'ouviir devant les malheureuses, de les hospitaliser, de les nourrir et bien souvent de les vêtir, de leur offrir un re[)Os de trois mois, cette institution ne s'en sépare qu'en leur donnant une condition où la vie est assurée. »

La sœur Saint-Antoine a cru indispensable de donner aux hospitahsées du travail les habitudes des ouvrières libres. Aussi îi-l-clh» substitué à la méthode première qui consistait à défrayer lesfemiin'S, sans tenir compte du travail plus ou moins important qu'elles produisaient et sans leur accorder une rémunération quelconque, un autre procédé.

La nouvelle manière est plus intéressante puisqu'elle habitue les ouvrières à disposer d'une façon intelligente et réfléchie, du gain

qu'elles ont fait. Voici, du reste, les articles du règlement qui font connaître la façon de procéder actuellement. Je ne reproduis pas l'article 1*'' donné en tète de cette étude :

Art. 2. — La durée du séjour à l'Œuvre de Thospitalité du travail ne doit pas dépasser quarante jours.

Art. 3. — L'obéissance et la déférence sont dues à M"« la supérieure, aux religieuses et aux employées.

Art. 4. — Les ateliers sont fermés les dimanches et fêtes.

Art. 5. — La journée de travail est de dix heures et le salaire de 1 fr. 50 par jour.

Art. 6. — Les femmes qui n*ont pas de domicile sont logées et blanchies gratuitement dans la maison, mais alors elles seront tenues d'aider à tous les nettoyages, tels que ateliers, dortoirs, réfectoires, vaisselle et autres.

Art. 7. — Les femmes ne pourront sortir pendant la journée, une pension alimentaire, où elles peuvent se nourrir h bon marché, est annexée à rétablissement.

Art. 8. — 6ien que TCEuvre s'occupe très attentivement du placement des hospitalisées, un jour par semaine leur sera accordé pour se chercher ellesmêmes du travail et ce jour-là, elles ne reçoivent de salaire que celui qui leur sera dû pour le travail qu'elles auront fait à raison de 0 fr. 15 l'heure.

Art. 9. — Toutes conversations, lectures et entretiens malsains sont défendus.

Art. 10. — Toute personne qui se conduira mal ou qui ne se conformera pas au règlement sera renvoyée immédiatement et toute personne qui aura été expulsée de l'établissement ne pourra plus y être admise.

Il ressort de ces différents articles que la durée du séjour à Tavenue de Versailles est de quarante jours, au lieu des trois mois accordés antérieurement. La journée de travail est de dix heures et le gain de 1 fr. 50.

Avec celte somme l'ouvrière achète à la cantine, dans des conditions excellentes, la nourriture qui lui est nécessaire, le paiement d€f sa journée de travail ayant lieu tous les jours; avec la somme de I fr. 50, Touvrière peut choisir et payer elle-même la nourriture qu'elle consomme et qui varie suivant Tappétit de chacune ; mais, en général, la nourriture achetée au fourneau spécial, nourriture de bonne quahté et substantielle, n'absorbe pas plus de 0 fr. 75 ou 0 fr. 80 par jour ; il reste donc à chaque femme hospitalisée 0 fr. 70 par jour. Si Touvriere, avant de trouver une place ou du travail suffisamment rénuinérateur fait un séjour dans la maison, de trente ou quarante jours, elh» aura pu ramasser un petit pécule de 21 francs

OU (lo 28 francs; c'ost pou cortainomcnt, mais c'est uno pelilo avance qui semble d'autant plus précieuse, qu'elle a été économisée sur lo gain quotidien et qui peut servir de réserve dans un cas imprévu ; cVst aussi un encouragement et un excitant salutaire pour continuer à économiser, si possible, de fa^on à grossir la réserve qui peut être si utile dans Tavenir. Pendant la période de Tbospitalisation, Touvriére sort une fois par semaine, afin de chercber une place ou du travail en rapport avec ses aptitudes, ce qui nVmpêcbe pas h»s religieuses de faire elles-mêmes les investigations nécessaires pour arriver au même résultat. En laissant une journée de lib(»rlé, par semaine, à l'hospitalisée, qui peut ainsi chercher une place ou du travail, on lui fait comprendre qu'avant de compter sur les autres il est nécessaire de compter sur soi-même; c'est un mojen de maintenir l'initiative personnelle et défaire ressortir la responsabilité que Ton a de ses propres actes. — Lorsque Fouvrière a trouvé une plcice, soit spontanément, soit par l'intermédiaire des religieuses, la supérieure, qui seule connaît sa vie antérieure, instruit la famille où elle va entrer de ses antécédents. Il y a, en effet, pour elle un devoir d(» délicatesse et de conscience de ne rien taire du passé, de façon <jue les maîtres ou les patrons puissent, en connaissance de cause et en toute liberté, prendre une décision raisonnée, en acceptant ou en n*fusant la jeune fille qui veut entrer en condition ou qui demande du travail. On s'abstient, avec soin, de façon à éviter toute indiscréti(m, de réA éler aux autres fenunes l'adresse de la maison où elle va entrer; il ne peut y avoir, par suite, ni échange de lettres, ni échange de \isites. La sœur Saint-Antoine m'a dit n'avoir jamais ou à regretter la confiance qu'elle avait témoignée à certaines (illes, dont la conduite avait été fort désordonnée autrefois et n'avoir jamais reçu de plaintes sur leur existence ultérieure. U semble (pie le milieu sain où elles ont vécu, pendant (|uelques semaines, a modifié radicalement leur vie et transformé leurs idées et leurs aspirations. J'ai cité plus haut les résultats obtenus à lllospitalité du travail en 1884, épocpie étudiée par Maxime du Camp ; il est bon de montrer ce qui a été réalisé, dix ans plus tard, en 1894. Dans un compte rendu spécial, du à la plume de M. Léon Lefébure, je trouve que la n)aison de l'avenue de Versailles a recueilli, en 1894, trois mille deux cent deux femm(»s qui ont été occupées à des travaux do blanchissage et de couture représentant 39,807 journées de travail, ce

qui donne une moyenne de séjour de 12 journées et demie. Sur ce nombre de femmes, il y en a 79 pour 100 qui ont été placées sur la recommandation de la maison, où se sont placées elles-mêmes; 2 pour 100 ont quitté Paris et ont été rapatriées; 14 pour 100 sont des clientes habituelles des œuvres de charité; 5 pour 100 ont disparu sans qu'on sache ce qu'elles sont devenues. Dans les quatre premiers mois île 1895, neuf cent soixante-dix-sept femmes ont été hospitalisées et ont fourni 13,322 journées de travail et une moyenne de 13 journées de séjour. En ce qui concerne le placement, la moyenne a été de 80 pour 100. Ces résultats sont très remarquables, à tous les points de vue, et font ressortir les grands services rendus par TŒuvre de l'Hospitalité du travail. J'ai visité la maison de l'avenue de Versailles, le 9 août 1894, sous la direction de la sœur Saint-Antoine qui a bien voulu m'en faire connaître tous les détails. 11 m'est resté de cette excursion une impression d'admiration pour la femme qui est à la tète de cette œuvre et pour les résultats qu^elle a obtenus; il est impossible de ne pas reconnaître qu'elle a les idées les plus larges et les plus généreuses, jointes à un esprit remarquable de tolérance. Le vêtement religieux qu'elle porte n'a pas fait d'elle une fanatique. Dans l'œuvre qu'elle dirige, elle n'a pas subordonné ses déterminations au développement du côté religieux; elle estime, en effet, qu'il ne faut pas imposer des pratiques pieuses à des gens qui ne les accomplissent qu'avec hypocrisie, lorsque ces pratiques ne sont pas spontanées ou quand elles sont dictées par l'intérêt. A THospitalité du travail, on n'accorde pas plus de bienveillance à une personne qui accomplit tous ses devoirs religieux qu'à celle qui s'abstient de toute démonstration pieuse, parce que ses sentiments ou ses convictions ne l'y poussent pas. A quelque culte qu'on appartienne, on est reçu dans la maison, sans que jamais on soit interrogé sur la religion que l'on professe : catholiques, protestantes, israélites ou libres penseuses trouvent toujours le même accueil. Le règlement dit bien que les ateliers sont fermés les dimanches et les jours de fête, mais il ne renferme aucun article spécial concernant les devoirs religieux à accomplir. Cette rare tolérance n'est pas le côté le moins intéressant de cette œuvre, remarquable à tant d'autres points de vue.

Au moment où j'écris ces lignes, je viens d'observer deux faits qui démontrent, d'une façon brutale, la justesse des idées déve-

loppées par la sœur Saint-Antoine, en ce qui concerne Thypocrisie de certaines filles et le peu d'influence des pratiques religieuses obligatoires, sur le moral et la conduite de certaines personnes.

Le 4 février 1896, deux jeunes filles, arrêtées pour actes de prostitution, ont été visitées au dispensaire de salubrité, trouvées malades et envoyées à l'infirmerie de Saint-Lazare. Toutes deux avaient quitté, depuis fort peu de temps, les couvents de religieuses où elles avaient été élevées. Leur histoire mérite d'être mentionnée.

B... Anne est âgée de vingt ans. Elle a été élevée au couvent du Bon Pasteur d'Angers où elle est restée pendant onze ans. Au mois de juin 1895, elle a quitté Angers pour se rendre au couvent de Conflens, près Paris, où elle a séjourné pendant quatre mois ; à la fin de septembre 1895, elle est placée, par les soins d'une congrégation religieuse de la rue de Vaugirard, dans une maison bourgeoise de Rosny-sous-Bois. Elle était dans cette place depuis quelques jours à peine, lorsqu'elle s'est livrée à un garçon laitier du même âge qu'elle. Le 22 décembre 1895, elle a quitté Rosny, s'est placée à Paris, dans un restaurant du faubourg Saint-Martin, pendant quinze jours, puis elle s'est livrée à la prostitution. Arrêtée rue du Louvre, le 3 février 1896, dans son exercice de prostituée clandestine, elle a été conduite au dispensaire et trouvée atteinte d'accidents syphilitiques.

Y... Berthe, âgée de dix-huit ans, est orpheline. Pendant quatre ans, elle a séjourné dans un couvent d'Alençon, dirigé par des religieuses de la corporation de Marie-Joseph. Rappelée par sa grandinère à M.... dans le département de la Manche, elle est entrée en place et a bientôt des relations avec des hommes. Dix-huit mois après, elle se rend à Paris et trouve une place de domestique dans une maison bourgeoise où elle demeure seulement pendant un mois, puis se livre à la prostitution. Elle est également arrêtée le 3 février 1896, rue Saint-Denis, reconnue malade au dispensaire et envoyée à Tinfirmerie de Saint-Lazare.

N'est-il pas intéressant de constater la facilité avec laquelle ces deux jeunes filles, après avoir fait un séjour prolongé dans des couvents où les exercices religieux étaient obligatoires et fréquents, avaient oublié, dès qu'elles avaient été libres de leurs actes, les enseignements qui leur avaient été donnés et s'étaient rapidement lancées dans le dévergondage et la prostitution? — Ces deux

exemples corroborent la thèse soutenue par la sœur Saint-Antoine et démontrent combien, dans beaucoup de cas, les pratiques religieuses forcées laissent une empreinte superficielle et passagère. Ils expliquent, je ne dis pas Tindifférence, mais la tolérance religieuse mise en pratique à THospitalité du travail.

La prostituée clandestine, abandonnée sans ressources par sa famille, peut trouver, à l'avenue de Versailles, un asile qui lui permettra, pendant une période déterminée, de reprendre des habitudes de travail réguHer et de faire quelques économies. Si elle n'est pas foncièrement pervertie, elle subira l'influence salutaire de ce milieu d'honnêteté, d'activité et d'initiative. Dans le salaire qui lui sera remis quotidiennement et dont elle pourra disposer librement, elle verra, non une aumône qu'on lui fait, mais bien la rémunération du labeur accompli. Elle comprendra qu'en agissant ainsi, on a voulu relever sa dignité de femme en Tencourageant à bien faire. Relever la femme, relever l'ouvrière à ses propres yeux, n'est-ce pas avoir déjà résolu un des points importants de ce difficile problème de la régénération de la fdle tombée? C'est pour cela que la méthode employée à l'Hospitalité du travail me semble pouvoir rendre les plus grands services à tant de malheureuses qui, ne voulant pas du régime du Bon Pasteur, pourraient accepter la règle de l'Œuvre de l'avenue de Versailles, où elles gardent une certaine indépendance et où elles sont pécuniairement intéressées au travail qu'elles font. Bien des jeunes filles se sont livrées accidentellement à la prostitution parce quelles se trouvaient sans argent, sans travail ou sans place, tout en conservant cependant des sentiments honnêtes ; celles-là ne sont pas à jamais perdues et il y a bon espoir de pouvoir les ramener à une vie régulière ; il suffit qu'on leur trouve l'occasion de travailler en les dirigeant vers l'Hospitalité du travail. J'ai montré, dans un chapitre spécial, combien étaient nombreuses les domestiques qui se livraient à la prostitution; beaucoup sont foncièrement vicieuses, mais il s'en trouve, dans le nombre, qui sont tombées, parce que la misère a été une mauvaise conseillère. Ce serait, pour celles-ci, une bonne fortune de connaître TŒuvre de l'Hospitalité du travail, puisque cette maison leur fournirait l'occasion de trouver une place qui leur permettrait de vivre honnêtement. Il serait à souhaiter qu'il pût s'établir des rapports réguliers entre la Préfecture de police et l'établissement de l'avenue de Versailles. En faisant une sélection

intelligente parmi les insoumises que les familles abandonnent et que la Préfecture de police est obligée de rendre à la liberté, on pourrait organiser un recrutement intéressant pour l'Hospitalité du travail et rendre au labeur honnête et à la vie régulière beaucoup de celles qui sont entraînées à la débauche par la misère ou l'influence pernicieuse des camarades.

A côté du Bon Pasteur et de rilospilalilé du travail, je pourrais citer l'asile de la Madeleine, 81, boulevard Montparnasse, le patronage des libérées, rue de Lourmol, 49 bis ; mais ces asiles, qui rendent de très grands services, n'ont pas une organisation spéciale qui mérite d'être signalée d'une façon particulière.

Je dois également faire connaître les asiles municipaux, qui ont été organisés, dans ces dernières années, pour les femmes ; ils pourront rendre des services à certaines des insoumises qui quitteront Saint-Lazare.

Ces maisons sont :

V Asile George Sand, rue de Stendhal, où les femmes peuvent être hospitalisées, sans conditions, pendant trois jours.

V Asile Pauline Roland^ installé rue Fessard, 37 ; c'est ime création du Conseil municipal ; il est désigné sous le nom de Vhospitalitè du travail pour les femmes enceintes.

Lorsque j'ai visité cette maison intéressante, au mois d'août 1 894, elle donnait l'hospitalité à 150 femmes enceintes et à 40 enfants.

Les femmes peuvent ne pas travailler et elles ont la liberté de sortir tous les jours. — Elles sont logées et nourries. La nourriture consiste, le matin, dans un plat de viande et un plat de légumes; le soir, il y a un plat de légumes. On donne, en outre, du pain et du vin aux deux repas.

Les femmes enceintes qui travaillent peuvent gagner de 0 fr. 20 à 0 fr. 40 par jour.

Les femmes enceintes peuvent rester dans cet asile jusqu'au huitième mois de la grossesse ; à partir du huitième mois, elles vont à V Asile Michelet où on les garde jusqu'au moment de Taccouchement.

L'Asile Michelet est situé rue de Tolbiac.

Il y a, enfin, V Asile Ledru-Rollin^ à Fontenay, où on reçoit, pour quinze jours, les femmes relevant de couches, qui ont ainsi une période salutaire de convalescence.

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