‹ Hygiène vestimentaireChapitre 15 sur 90 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SECTION PREMIÈRE

DES MODES FRANÇAISES RELATIVES AU VÊTBMENT, DEPUIS L’ÉTABLISSEMENT DE LA MONARCHIE JUSQU’A NOS JOURS.

Sous Pharamond et ses quatre premiers successeurs, c’est-à-dire pendant le cinquième siècle, le costume des Francs se ressentait de la rigidité de leurs mœurs : il se composait de la Braye , espèce de culotte de peau ou de toile grossière, s’arrêtant audessus du genou, et du Sayon ou manteau. La plupart des Francs allaient jambes et bras nus ; la sandale leur servait de chaussure, ils portaient la chevelure et la barbe entières. Les chefs et les nobles endossaient la cuirasse et jetaient par dessus un lé-

ger manteau ouvert sur les côtés, semblable à la chlamyde grecque ou romaine. Le peuple se couvrait le corps de peaux d’animaux tués à la chasse.

Le vêtement des femmes se composait tout simplement d’une large robe sans manches, serrée à la taille par une ceinture, et entr’ouverte sur le devant de manière à laisser voir une partie de la poitrine.

Sous les successeurs de Clovis ( sixième siècle Français, désormais établis solidement dans les Gaules, adoptèrent les costumes des peuples qu’ils avaient vaincus ou avec lesquels ils avaient fait alliance. Ces peuples eux-mêmes, vivant sous la domination romaine, avaient adopté en partie le vêtement de leurs vainqueurs ; il en résulta une grande variété de costumes. Aussi voyait-on dans les diverses classes de la société française, le caleçon gaulois porté avec la tunique romaine ; la chlamyde grecque avec la braye franke ; les manteaux simples ou ornés de franges, brodés ou garnis d’hermine, selon le rang et la fortune. Une large ceinture serrait la tunique à la taille, une collerette rabattue entourait le cou et descendait, de quelques doigts, sur la poitrine. Les souliers ou sandales, s’attachaient aux pieds par des courroies s’enroulant autour de la jambe.

Le costume des femmes gagne considérablement pendant le sixième siècle. Les cheveux sont mieux arrangés, la coiffure est plus coquette ; la robe n'a plus la même simplicité qu’autrefois, elle est gaufrée

■et surmontée d'une large fraise plaie que les nobles :se plaisent à enrichir d’or et de pierreries ; les robes •de dessous ont des manches arrêtées au poignet par un bracelet. Une ceinture embrasse la taille et fait ressortir son élégance. A la ceinture est suspendue d'escarcelle ou petit sac servant à contenir les pièces •de monnaie, pour les besoins et aumônes. Enfin, un large manteau, entièrement ouvert sur le devant et fixé sur les épaules, donnait à la femme une certaine •dignité. Les Phocéens, qui avaient fondé Marseille, •contribuèrent beaucoup à répandre dans les Gaules les arts de luxe et le bon goût.

Le costume français, pendant les septième et huitième siècles, n’éprouva que des variations quant à la forme ; mais il s’enrichit de broderies, de fourrures, •d’or, d’argent et de pierres précieuses. La tunique, simple d’abord, fut ensuite ornée d’une large frange, •d’une broderie ou d’une passementerie ; les manches amples, évasées, offrirent également une riche bordure. Le manteau se portait à la romaine, c’est-àdire attaché sur l’épaule droite par une agrafe d’or •ou de pierreries, laissant le bras et l’épaule gauches •entièrement à découvert. La chaussure avait la forme d’un soulier à quartier relevé sur le talon et entièrement découvert sur le dos du pied.

Le costume des femmes offre plus de variété : un voile placé sur la tète accompagne le contour du visage et va se perdre dans une large fraise plate re-

tombant sur la tunique ou robe. Celte dernière, bordée de franges ou de fourrures, formait le vêtement de dessous ; une deuxième tunique à manches larges, ornée de broderies et ne descendant qu'à mi-jambe, composait le vêtement de dessous. Une large ceinture embrassait la taille, et ses deux extrémités, ornées de glands d’or ou de soie, retombaient sur les'jambes.

Les anciens auteurs rapportent que le costume des rois de la première race se composait d‘une large tunique à manches diversement ornées, et d’un manteau en forme de dalmatique, mi-partie blanc et bleu, très-court sur les côtés et fort long par derrière.

Les habits des neuvième et dixième siècles, sont toujours la tunique et le manteau, mais beaucoup plus riches que précédemment. La cour des rois de la seconde race offrait des costumes analogues à ceux des patriciens romains. Les jambes étaient entourées de laçures pour fixer la sandale ou le soulier.

Les femmes portaient une robe de dessous fort ample, et passaient sur la robe une tunique courte ne descendant qu’à mi-jambe. Cette, tunique, élégamment frangée ou brodée, disparaissait, aux environs du cou, sous une vaste fraise plate dont le luxe répondait ordinairement au rang de la personne et à sa richesse. Comme au siècle précédent, l'escarcelle pendait à la ceinture. Un grand manteau à queue complétait le costume et donnait à la démarche une certaine majesté. La coiffure se composait de deux

longues nattes de cheveux qu’on rejetait sur les côtés de la poitrine ; plus ces nattes offraient de longueur, plus la femme en était glorieuse.

Le costume du onzième siècle peut se comparer à l’habillement des moines et des religieuses de nos jours; une large et très-longue robe flottante, sans ceinture ; un manteau attaché sur le devant de la poitrine.

Les femmes se couvraient la tête d’un grand voile qui entourait le cou et descendait sur les épaules ; leur tunique, semblable à celle des hommes, n’avait point de ceinture, c’était un véritable sac à deux ouvertures. A voir promener les hommes et les femme s ainsi vêtus, on eût dit une procession de ces pénitents gris ou blancs dont la Restauration nous donna une réminiscence. La France se courbait alors sous la verge du fanatisme religieux qui devait bientôt prêcher les croisades et arroser la terre de flots de sang humain.

Au douzième siècle, sous Louis Vil, le costume français s’organisa complètement et prit un caractère national. Il se composait d’un juste-au-corps, d’une tunique courte, d’un manteau et d’une large ceinture. Les chevaliers, barons et autres seigneurs portaient des cottes d'armes fort longues sur lesquelles ils étalaient un grand luxe d’ornements d’or et d’argent ; les plus riches chamarraient leurs cottes d’armes de perles fines et de pierreries; l’hermine, la zibeline et

le vair servaient également à les orner. Ce luxe devin, si ruineux pour les familles, que Philippe-Auguste lança une ordonnance par laquelle il défendait aux nobles ces sortes de vêtements, et n’en permettait l'usage qu'aux grands dignitaires du royaume.

Les femmes avaient des robes à longue queue, à collet renversé et à manches très-étroites. La ceinture était toujours une des pièces les plus riches de l’habillement.

Les règnes de Philippe- Auguste (1180) et de Louis YII (1223) furent remarquables par la richesse et la beauté du costume. Le pourpoint devint le vêtement à la mode ; on en voyait de plusieurs façons, les uns à larges manches tombantes, les autres à manches courtes. Le pourpoint, serré à la taille par une ceinture dorée, ne descendait guère qu’à micuisse ; le bas était orné de broderies, franges ou passementeries, de même que le bord des manches, l'n haut-de-chausses, ou pantalon de soie collant et à pieds, dessinait parfaitement les formes de la jambe ; des souliers de maroquin semblables aux pantoufles de nos élégants modernes, servaient de chaussure.

Le costume des femmes se distinguait aussi par son élégance et sa beauté. Deux nattes de cheveux tombaient sur leur poitrine et dépassaient la ceinture; un voile attaché au sommet de la tête flottait sur les épaules; une robe d'étoffe légère, ouverte sur la poitrine afin de laisser voir une espèce de collerette bro-

lée ; une ceinture de rubans de soie ou d’étoffe do- -ée , à laquelle s’attachait une jolie escarcelle, romplétaient le costume féminin de cette époque, qui offrait quelque ressemblance avec celui des prê-

resses grecques et romaines.

La coiffure des hommes consistait en un bonnet de drap ou de velours. La classe moyenne et le peuple sortaient le bonnet de drap ; le bonnet de velours, appelé Mortier, était le privilège de la classe noble. Le roi portait un mortier galonné, enrichi de perles at de diamants. Les riches bourgeois ornaient leurs bonnets de fourrures et de galons d’or ou d’argent. Pour garantir celte coiffure du mauvais temps, on la couvrait d’une espèce de chapeau ou petit capuchon à bourrelet ayant une queue pendant sur les épaules. Cet ornement était commun aux deux sexes; il y avait des dames a chaperon de velours et des femmes à chaperon de drap. Les chaperons de l’aristocratie se faisaient remarquer par leurs fourrures fines; ceux •du peuple, faits d 'étoffe grossière, avaient la forme .d’un pain de sucre. Plus une personne était élevée .en dignité, plus elle donnait d’ampleur à son chaperon, plus elle le surchargeait d’ornements et de fourrures. Au chaperon s’assujettissait une cornette servant à le fixer.

Vers les dernières années du règne de Louis VI II, de luxe dans les vêtements devint une aflaire d amourpropre, de rivalité. Les bourgeois s’efforcèrent d é-

galer la magnificence des seigneurs, et ceux-ci eurei à cœur d’éclipser ceux-là. Saint Louis fut forcé, e 1230, de lancer une ordonnance dans laquelle était formellement dit que la soie et le velours seraiei désormais réservés aux princes et aux classes noblt du royaume, que les ceintures dorées ne pourrais être portées que par les femmes de condilior Cette ordonnance fit éclore des haines qui ne de vaient plus s’éteindre entre la bourgeoisie et la no blesse.

Sous Louis IX, le costume, devenu plus sévère, pr un caractère religieux ; une longue tunique descen dant jusqu’à terre et le manteau court surmonté d’u capuce , composaient l’habillement. Le coquet chape ron fut remplacé par Yaumuce et la barrette. L'ai muce était une espèce de bonnet d’étoffe brodée o galonnée qui se terminait en une queue tombant su les talons. La queue de 1 aumuce se relevait et se poi tait sur le bras gauche. Mais cette coiffure incom mode n’eut que peu de durée; on lui substitua le chapets qui couvrirent bientôt toutes les têtes. Vei celte époque, les filles de saint Louis, affligées d jambes et de pieds mal faits, introduisirent la mod des robes longues pour cacher leur difformité.

Sous Philippe III (1270), le vêtement masculin surmonté d’un capuchon, se rapprochait beaucoup d celui des moines, à la couleur près. Les femmes ca chaient leur poitrine sous une guimpe semblable

«elle que portent aujourd’hui les sœurs de charité, ./esprit religieux dominait tout....

Philippe— le— Bul (1285) adopta l’habit et le manteau courts. Sous son règne, le goût des parures et es broderies reparut en France. Le luxe des vêtements gagna toutes les classes et devint général. Au commencement du quatorzième siècle, Philippe— le— Sel ayant décrété des lois somptuaires, les nobles et .os riches, jaloux de se faire remarquer par la magnifi- •ence de l’habillement, se mirent l’esprit à la torture œur inventer de nouvelles modes. Alors, tout chanea de face, et le luxe dans les habits, les meubles, les rmes et les chevaux devint la passion dominante de a noblesse française. Les chevaliers, les écuyers et □us les gens de bel air portèrent la barbe en pointe t ornèrent leur coiffure de panaches. Les manteaux •ourls brodés, les pourpoints frangés et garnis de gajns d’or, les pantalons de soie collants devinrent le «ostume national. La mode la plus bizarre que ce iiècle vit éclore fut celle des souliers à la poulaine, insi nommés de Poulain, leur inventeur. Cette haussure singulière s'allongeait en pointe d’une lonueur démesurée , et la mode voulut qu’on jugeât du îang et de la qualité des personnes à la longueur de :eur poulaine : elle était de deux pieds pour les princes ■t les grands seigneurs, d’un pied pour les nobles et œs riches, enfin, d’un demi-pied pour la bourgeoiiie, De là vint le proverbe : se mettre sur un bon

pied. Cette chaussure gênante et ridicule fut abolit par Charles Y, qui frappa d’une amende de dix florins ceux qui s’obstinèrent à la porter .

L’habillement des femmes subit quelques modifications : une grande robe, nommée surcot, se passai: par dessus la cotte ; mais les femmes, pour laisser admirer la richesse de leur cotte, fendirent le surcot audessus des hanches, à droite et à gauche. Les prédicateurs de ces temps appelaient ces fentes des féru ire. d'enfer par où se montrent les démons de la coquetterie.

Louis X (1314) proscrivit l’habit court et ramen; l’habit long ; mais cette mode n’eut que peu de durée

Philippe de Valois (1328) remit à la mode l’habi court à peu près semblable à celui qu'on portait sou Philippe— le-Bel. Le pourpoint fut modifié et ne dé passa point la ceinture; le pantalon ouhaut-de-chaus ses n'éprouva de modifications que dans les orne ments ; on lui ajouta un retroussis qui descendait jus qu’à mi-jambe. Les seigneurs et chevaliers chargèrer leurs chapels de plumes énormes, et portèrent, e guise de colliers, de larges chaînes d'or qui leur des cendaient sur la poitrine. Le froc, la souquenille et 1 guimpe furent abandonnés aux ordres monastiques Les évêques, jaloux devoir le chapel rouge être l apa nage des cardinaux, s’en dédommagèrent en adoplar la couleur verte, alors à la mode. Bientôt la contagio gagna tout le clergé de France, qui se coiffa de chapel

*erts. Mais les foudres papales furent lancées contre îette mode, et le clergé se vit forcé, malgré sa résis— ance, de quitter le chapel vert, qui ne figure aujourd’hui que dans les armoiries épiscopales.

Sous Charles Y (1364) et Charles VI (1380), la coiffure était un chapel à bec bordé d’un galon d’or ou d’argent, et enrichi de plumes, de perles et de pierreries, selon la fortune et le rang des personnes. Les perles étant devenues plus communes depuis les Croisades, on les répandit avec profusion sur les vêtements. Les nobles firent armorier leurs habits et leurs manteaux de toutes les pièces de leur écu. Les seigneurs et leurs hommes d’armes vêtirent l’habit mipartie ou bicolore; ce qui veut dire que tout un côté du corps, de la tête aux pieds, était d’une couleur, écarlate, par exemple, tandis que le côté opposé était jaune ou blanc. La bigarrure de ce vêtement produisait un effet des plus bizarres. Les dames nobles portaient aussi sur leurs robes le blason de leur famille.

Charles YI introduisit, en 1385, la mode des camisoles étroites, ornées de maheutres ou fausses épaules; il modifia aussi le retroussis du haut-de-chausses et mit en vogue les souliers à bouts ronds et larges. Vers cette époque, les femmes commencèrent à porter de hauts bonnets en forme de cœur, qui prirent, en peu de temps, de si gigantesques proportions, qu il devint impossible à une élégante de passer par une porte ordinaire. Ces monstrueuses coiffures se com-

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posaient de deux larges ailes semblables à celles d'un moulin à vent, qu’on fixait à volonté, soit au sommet de la tête, soit sur les côtés, au moyen de fils de fer. Le prédicateur Cénare tonna vainement contre l'abus de ces coiffures; on ne l’écouta point ; c’était la mode. A quelque temps de là, le père Richard, devenu fameux par son pèlerinage à Jérusalem, fut plus heureux. A la suite d'une prédication véhémente contre les chaperons et les coiffures, contre les amusements et le luxe, une foule de Parisiennes jetèrent aufeu les objets d’agrément et de parure. On vit, dans les rues de Paris, plus de cent de ces feux, au milieu desquels les hommes mêmes jetaient billes et billards, nurelis et chaperons, et tout objet que le prédicateur avait signalé comme invention de Satan. Le même jour, les femmes brûlèrent aussi tous les atours de leur tête, truffaux, bourreaux, pièces de cuir et de baleine qu’elles mettaient en leurs chaperons pour les rendre plus raides. Les demoiselles abandonnèrent leurs cornes, leurs queues et grand' foison de leurs pompes. — Nous ferons observer au lecteur que c’est la chronique ecclésiastique de ces temps qui rapporte les merveilleux effets de l’éloquence du père Richard ; les historiens laies disent simplement et véridiquement qu on vit des dévots et des dévotes se priver, pendant quelque temps, du superflu dans leurs parures.

La mode des corsages rembourrés fut adoptée par

«es femmes de Paris, afin de rendre leur poitrine plus jombée.

Au commencement du quinzième siècle, le bonnet

cœur changea sa forme contre celle du pain de ucre ; au sommet de ce cône on attachait un voile jui retombait sur les épaules et dont la longueur va- -iait selon les degrés de noblesse. Les hommes portè- *ent toujours le bonnet de soie sous le chapel.

Isabeau de Bavière donna la mode des robes échangées sur la poitrine et les épaules, de manière à laisser apercevoir à nu ces parties. Les manches, découpées ou déchiquetées à la saignée du bras, tombaient usqu’à terre. Les hauts bonnets furent encore une ‘ois vainement attaqués par le frère prêcheur Thomas Donecte, qui voua à l’enfer toutes celles qui en portaient.

Le corset, ce vêtement si meurtrier, fut porté, pour La première fois, par Isabeau et les dames de sa cour, pour cacher des difformités et soutenir leurs corps affaiblis par les excès. Plus tard, Catherine de Médicis en généralisa la mode en France. (Voyez au chapitre iv de cet ouvrage, l’excellente monographie du ■corset.

Jouvenel des Ursins rapporte qu’à la cour d’Isabeau de Bavière, en 1417, malgré les guerres et les tempêtes politiques, les dames et demoiselles menaient un excessif estât ; que leur coiffure se composait de cornes merveilleuses , hautes et larges; qu’el-

— no-

ies avaient, de chaque côté, au lieu de bourreletsdeux grandes oreilles si larges que, si elles voulaien passer par une porte, elles étaient forcées de se baisser et de se tourner de côté.

Sous Charles Vil (1422), le costume des hommes se composait d'une soubre-veste ample et plissée qui s’arrêtait au-dessus du bassin, et dont les manches, serrées au poignet, laissaient sortir une petit! manchette ornée de dentelles. Une ceinture fixait h soubre-veste et servait à suspendre l’épée de ceux qu avaient le droit de la porter. Charles VII, dont le; jambes étaient trop courtes, proportionnellement i son corps, voulut cacher cette imperfection en remettant à la mode l’habit long; mais ce changement fu éphémère.

Le premier chapeau rond fut, dit-on, porté pai Charles VII ; les courtisans s’empressèrent de l'imiter, mais la plupart des seigneurs continuèrent à coiffer l’ancien chapel à bec ; ceux qui adoptèrent le chapeau rond cherchèrent à modifier sa triste forme pai les galons et les plumes dont ils l’ornèrent. Sous h chapeau ou chapel, on portait une calotte de soie ou d< velours qui recouvrait le sommet de la tête. La chaussure avait beaucoup de ressemblance avec nos pantoufles d’appartement. Sous ce règne, se généralisa le mode des bracelets, des colliers et des pendants d’o-j reilles. Les seigneurs chargeaient leur cou d’énorme^ colliers tombant sur la poitrine; leur ceinture et leuj

isoubre-veste étaient des vêtements de luxe et de igrande dépense. Agnès Sorel mit à la mode les parures de perles et de pierreries ; on dit qu’elle fut la première femme, en France, qui porta des diamants.

À l’avénement de Louis XI (1401), les modes furent changées; les hommes revêtirent de petits pourpoints s’attachant par des aiguillettes à des haut-dechausses bouffants ou tailladés sur les cuisses et trèsserrés du bas. Les bonnets et mortiers, qui existaient en petit nombre, disparurent tout à fait pour faire place au chapeau rond à petits bords, semblable à notre chapeau moderne. Les souliers à la poulaine reparurent. Voici le portrait que Brantôme fait d’un élégant de cette époque :

« Un petit pourpoint attaché à la hauteur des lombes par des aiguillettes; des haut-de-chausses bouffants à mi-cuisse et collants sur le reste de la jambe, de façon à bien dessiner le mollet ; des souliers à bouts allongés et armés de pointes de fer d’un pied de longueur ; un petit chapeau pointu orné d’une plume, et d’énormes maheutres ou fausses épaules.

Le costume des femmes subit de notables changements; les robes devinrent collantes, à corsage ouvert sur le devant et orné de laçures, à peu près comme les corsages à la Suissesse. Les dames nobles, pour se différencier des bourgeoises, portèrent des robes à queues, et ces queues acquirent, en peu de temps, une longueur si démesurée, qu'une noble dame ne

pouvait marcher sans une suivante chargée de porter sa queue. En 1467, les robes à queue, le blanc et le rouge de fard furent l’objet de déclamations véhémentes de la part de plusieurs prédicateurs, qui les qualifiaient d 'inventions diaboliques. On trouve, à ce sujet, dans les sermons du père Maillard, cette singulière apostrophe :

(( vous, mesdames les fardées, qui portez

queue longue et retroussée ; et vous, messieurs les hommes, qui permettez à vos femmes et à vos filles d’user de la queue »

Les bonnets à haute forme redevinrent de mode sous le nom de hennins. Le bas du bonnet était formé d’un bourrelet très-large, couvrant le cou; du bourrelet, partait un long bonnet pointu, en forme de pain de sucre, au sommet duquel était attaché un voile de quatre à cinq pieds de longueur, que les élégantes drapaient sur l’avant-bras gauche. Les plus grands bonnets de nos Cauchoises d’aujourd'hui ne sont que des miniatures en comparaison des hennins. Ces immenses bonnets acquirent, en quelques années, des proportions si gigantesques, que les architectes se virent obligés d’asservir leur art à la coiffure des femmes, et de rehausser toutes les portes par où devait passer un hennin. Cette mode offusqua tellement les gens d’église, que plusieurs prédicateurs tonnèrent contre elle et la rangèrent au nombre des

sept péchés capitaux; les foudres de Rome furent aussi lancées ; mais, loin d’être foudroyés, les hennins grandirent plus que jamais.

Sous Charles Vil I (1483), les hennins tombèrent, et la coiffure en cheveux leur succéda. Les femmes adoptèrent les robes blanches à franges de diverses couleurs, et le voile noir. Les hommes conservèrent les mêmes habits que sous le règne précédent.

Sous Louis \1I (1498), le costume masculin resta le même, à quelques modifications près ; on vit cependant paraître la mode d’une coiffure ornée de galons et de plumes, qui tenait à la fois du chapeau et du mortier. Le costume féminin, au contraire, éprouva de notables changements. La reine Anne de Bretagne, femme somptueuse et coquette, attira un grand nombre de dames de qualité à sa cour, et fit naître le luxe, la coquetterie, les rivalités. 11 en résulta une grande variété dans la mise ; les robes furent largement échancrées sur la poitrine et écourtées du bas, de manière à laisser voir la naissance du mollet; c’était, parmi les dames, à qui montrerait son pied fin, sa jambe mignonne et bien tournée. Il faut dire aussi que la reine Anne de Bretagne brillait par la beauté de sa jambe et la délicatesse de son pied.

Le règne de François 1er (1515) se fit remarquer par le luxe des vêtements et des parures. Ce roi chevaleresque emprunta aux costumes espagnol et italien ce qu’ils avaient de plus riche, et remit à la mode les

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