‹ Hygiène vestimentaireChapitre 16 sur 90 · JO · texte numérisé non relu

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taillades ou crevés. Les pourpoints furent tailladés, les manches plissées; la taille se dessina avec plus de grâce, le haut-de-chausses en soie fut recouvert jusqu’à mi-cuisses par un retroussis d’étoffe plissée, nommé trousse, couvert de larges bandes d'une couleur différente de celle du haut-de-chausses. La s jubre-veste, unie par devant, eut des manches bouffantes et divisées par bandes, comme la trousse ; un riche manteau court, sans manches, doublé d’une étoffe de soie de couleur tranchante, un chapeau i larges bords et à plumes, des souliers de velours à bouts arrondis, avec des crevés, complétaient ce brillant costume. Les gens de qualité et les riches portaient des manteaux garnis de dentelles, ornés de passements d’or et d’argent, et de touffes de rubans.

L’habillement des femmes se composait d'une jupi de dessous, d’une robe à corsage en pointe, largemen ouverte sur le devant dans toute sa longueur, poui laisser voir la jupe de dessous. Les manches, étroite: aux épaules et aux bras, s’élargissaient brusquemem à la saignée, et leurs bords étaient ornés de dentelle: et de fourrures. Le corsage de la robe se trouvait assez décolleté pour laisser apercevoir une collerette d< dentelles ou de toile fine à jour et brodée. Une longue chaîne d'or ou cordelière embrassait la ceintun et descendait presque jusqu’aux pieds. Les cheveux bouclés autour du visage, retombaient en anneaux sui le cou. Un chapeau à plumes, à peu près semblable i

celui des hommes, mais moins large, servait de coiffure aux plus élégantes.

La cour de François Ier fut la plus magnifique de son temps; hommes et femmes rivalisèrent à qui porterait le plus brillant costume; mais on ne respecta pas toujours le bon goût, car ce fut sous ce règne que parurent les premiers vertugadins, mode pour le moins aussi ridicule que les hennins, et qui transformait les femmes en tours pyramidales. Le vertugadin se composait d’une vaste jupe gommée garnie de cerceaux, qui lui donnaient une rotondité monstrueuse. L’on ne saurait mieux comparer le corps d’une femme v ertugadinèe depuis la ceinture jusqu’aux pieds, qu’à une immense ruche.

Sous Henri II (1547), le costume des hommes est toujours le pourpoint serré, les haut-de-chausses et le petit manteau ne dépassant pas la ceinture. Ce fut sous ce règne que l’on commença , en France, ces énormes fraises plissées, tuyautées et amidonnées, qui ensevelissaient jusqu’au menton le cou des hommes.

Catherine de Médicis, reine aussi coquette que fastueuse, importa à Paris le goût du luxe et des parures. A son exemple les dames nobles, puis les bourgeoises, décolletèrent leurs robes et montrèrent à nu leurs épaules, de même que leur poitrine. Le chaperon de velours, porté d’abord par la classe noble, descendit promptement dans les rangs de la bourgeoisie, et toutes les têtes des dames françaises furent, en peu de

temps, chaperonnées. Alors parut une ordonnance royale qui défendit le chaperon de velours à tout autre que les dames de la cour. Les bourgeoises se virent forcées de s’en tenir au chaperon de drap; mais elles s’en dédommagèrent en le chargeant de perles, de pierreries, de broderies d’or et d’argent. On citait, dans cette classe, des chaperons qui avaient coûté mille écus ! Les hommes, moins luxueux que les femmes, se contentaient de porter le petit chapeau plat orné d’une plume.

Catherine de Médicis, persuadée que le meilleur moyen d’affermir sa puissance était d’amollir les grands par les voluptés et de les ruiner par le luxe, fit de sa cour le théâtre des plaisirs et des modes. Brantôme nous apprend, dans le panégyrique de cette reine, qu’elle avait à sa suite trois cents filles ou dames d’honneur, dont la douce occupation était, à l’instar des nymphes d’Armide, de séduire et de fixer, près de leur souveraine , une foule de seigneurs de tous les pays, et elles y réussissaient si bien qu’on disait, dans les cours étrangères, que la cour de France était le paradis terrestre. — Les dames nobles et du haut commerce firent usage du rouge et du blanc de fard; elles rivalisèrent vie luxe et de coquetterie, et celte coquetterie, qui souvent dépassait les bornes, gagna rapidement le beau sexe de France.

On jugera des moyens de séduction qu’employait Catherine de Médicis par l'anecdote suivante : — Le

roi Charles IX, accompagné de sa cour, se promenant un soir sur les rives de la Seine, aperçut une jeune femme de la plus grande beauté, qui folâtrait dans les eaux. Il s’arrêta pour la considérer; mais au moment où tous les yeux dévoraient ses charmes, elle plongea et disparut. Un instant après elle reparut, étalant ses appas aux regards enchantés, et gagna la rive opposée. Après avoir pris terre, elle tordit ses longs cheveux, se couvrit de ses vêtements et s’échappa légèrement, emportant les regrets des spectateurs. Ravis de cette charmante scène, les courtisans en témoignèrent hautement leur émotion; mais le roi, qui en avait deviné le but, garda un profond silence, et cet essai de la mode des syrènes jouant sur les eaux ne se renouvela point.

Les premiers bas de soiejurent portés, en France, par Henri 11, qui s’en para aux noces de sa sœur Marguerite avec Emmanuel de Savoie. Pendant. fort longtemps, la mode voulut que la couleur des bas de soie fût la même que celle des habits, et que leurs coins fussent brodés en soie rouge. Les bas blancs ne commencèrent à se montrer qu’au dix-septième siècle.

Vers la fin du règne de Henri II, les dames portèrent des masques de satin et de velours, pour préserver leur teint de l’action du soleil. Les ombrelles ou parasols n’étaient pas encore connus.

Le règne de François II (1559) vit s’introduire à Paris, une mode des plus bizarres : un gros ventre fut

regardé comme un signe de distinction et de mérite personnel ; tous les hommes s'affublèrent de ventres postiches. Les femmes, voyant cette passion des hommes pour la rotondité abdominale, imaginèrent les fesses postiches, qui donnèrent à cette région du corps des proportions dont les Yénushottentotes eussent été jalouses. Pendant le peu d'années que dura cette mode bizarre, on ne voyait à Paris que des ventrus et des fessues. Et, remarquez jusqu'où va la pénétration des femmes lorsqu’il s’agit d’attirer l’attention sur elles : dans le but de fixer incessamment les regards d' hommes sur leurs postiches, elles se cachèrent le visage sous un loup (masque), et aplatirent leurs seinsous une cuirasse de baleines ; de telle sorte que le: hommes, ne trouvant ni visage, ni poitrine à admirer furent forcés de louanger les postiches.

Sous Charles IX (1561)fles postiches disparurent mais les vertugadins se remontrèrent de plus belle, e à tel point, que le roi se vit dans la nécessité, par um ordonnance datée de Blois, de restreindre à deux aunes d’ampleur le monstrueux vertugadin. La passior du luxe dans les vêtements et parures prit une telh extension sous ce règne, qu’une ordonnance royal» devint nécessaire pour la réprimer. Nous transcrirons en entier ce curieux document :

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