DES ANCIENNES DAMES ROMAINES
Notre première intention était d’esquisser légèrement l’histoire des modes françaises et de ne pas aller au delà, lorsque, cédant aux instances de plusieurs dames, nous nous sommes déterminé à fouiller dans les mœurs de Rome ancienne, afin de pouvoir établir un parallèle entre les modes oubliées de ces lointaines époques et les modes d’aujourd’hui.
Les curieux détails que nous offrons au lecteur sont strictement historiques. Nous nous sommes livré avec d’autant plus d’empressement à ce travail, qu’il pourra, peut-être, avoir deux bons résultats :
Le premier, de justifier nos jolies Françaises du reproche qu’on leur adresse à tout moment d’être passionnées pour les modes, d’être folles de parures , prodigues de toilettes, et surtout très-inconstantes dans leurs goûts, très-légères...
Le second, de démontrer aux maris qu’il y a loin
de la toilelte élégante des darnes d’aujourd’hui aux parures massives d’or, de perles et de pierreries , au faste et à la prodigalité des anciennes matrones; qu’il y a bien loin de l’ameublement coquet d’un boudoir du dix-neuvième siècle, au luxe incroyable qu’affichaient , dans leur intérieur, ces orgueilleuses patriciennes de Rome, sous les Césars. Devant l'immense attirail d’une toilette romaine, les maris comprendront, sans doute, que les moeurs et l’économie domestique ont infiniment gagné depuis cette époque.
MAISON n'ONE RICHE PATRICIENNE.
La maison, nous pourrions dire le palais, d’une riche Romaine, se composait d’appartements pour les maîtres et d un corps de logis pour les esclaves. Dans ce dernier se trouvaient des chambres, cabinets, salles et autres pièces servant de logements et d’ateliers. Pour l’habillement, on comptait les quasillaircs ou ffieuses, les tisseuses, les coupeuses, les sort ires ou tailleuses, les couturières, les brodeuses, les blanchisseuses, les repasseuses, les plisseuses, les presseuses, les vestipices ou habilleuses, etc. Les magasins de nouveautés, si nombreux dans nos capitales, étant inconnus aux anciens, la patricienne élégante et favorisée de la fortune , réunissait dans sa maison, avec le secours de ses esclaves, tous les arts et métiers ayant quelques rapports avec l’hygiène, la cosmé-
tique et l’habillement ; de telle sorte que la plupart des tissus ordinaires se fabriquaient chez elle.
La Romaine choisissait, parmi ses nombreux esclaves , deux ou trois femmes qui lui paraissaient avoir le plus de goût pour la coupe, la pose des vêtements et la parure, pour en faire ses modistes. Le rôle de ces modistes était de venir chaque matin, au lever delà matrone, rendre compte de ce que leur imagination avait pu inventer de nouveau, pendant la nuit, en vêtements et parures. Souvent les modistes remplissaient le rôle d’habilleuses, passaient les vêtements à leur maîtresse, disposaient et variaient les couleurs, donnaient aux plis de la robe une élégance artistique ; enfin, elles savaient habilement cacher, sous une draperie bien jetée, les imperfections physiques, et faisaient ressortir les beautés du corps.
L’appartement habité par la matrone se composait d’une chambre à coucher, d’un boudoir, avec une antichambre où se trouvaient les esclaves attentives aux ordres qu’on pouvait leur donner, et d’un salon ou lieu de réception.
Une esclave gardait jour et nuit la porte de la chambre à coucher de sa maîtresse et en défendait l’entrée à tout profane. Au petit lever, on laissait entrer les bijoutiers , les marchands de parures , les bouquetières, les porteuses de lettres, etc. ; mais pendant le mystérieux travail de la toilette, défense expresse 5 quiconque de franchir le seuil du sanctuaire
où so façonnaient les charmes. La coquette de ces lointaines époques, plus prévoyante que celle de nos jours, n’aurait point reçu, pour tout au monde, une visite avant que sa toilette fût complètement terminée, Ovide nous a transmis ce conseil, que la mère donnait à sa fille : « Que la boite où est enfermée ta beauté ne paraisse jamais aux yeux de celui qui t’aime; l’art ne plaît que lorsqu’il imite la nature. Les hommes ne doivent point assistera ta toilette, car ils se refroidiraient bientôt de leur admiration, s’ils en voyaient les apprêts. »
L’ameublement de l’appartement correspondait au luxe d’esclaves et de parures. Les lits, chaises, tables, sophas, fauteuils, guéridons, etc., se fabriquaient avec un bois de citronnier ( orbis citreus) , très-précieux à cause de ses veines couleur de feu qui formaient des dessins variés. Les coupes, aiguières, amphores et autres vases, étaient d’or, d’argent ou de murrhinite, espèce de porcelaine plus estimée que l’or même. Les lampes et candélabres se faisaient remarquer autant par la richesse de la matière que par l’élégance de leur forme et la beauté du travail. Le luxe des patriciennes se montrait jusque dans les vases de nuit : il y en avait d’or, d’argent ciselés et incrustés de pierreries ; mais les plus estimés étaient de murrhinite, fabriqués avec une terre alumineuse et siliceuse se rapprochant de nos plus fines porcelaines ; leur prix s’élevait très-haut , s'il faut en ju-
— loger par lo vase nocturne de Lollia Paulina, qui coûtait trente mille francs ! Une ou deux esclaves avaient pour unique occupation la garde et l’entretien de ces vases. Saint Clément d’Alexandrie fulmina souvent contre les vases de nuit et le fol orgueil qu’ils inspiraient à leurs propriétaires. La profusion des peintures, sculptures, dorures et autres décorations ; la richesse des buffets chargés de vases précieux, la foule des esclaves revêtus d’ éclatantes livrées, tout, dans les appartements de la fastueuse patricienne , annonçait l’apogée du luxe et de la vanité.
C’était surtout dans les bijoux, parures, objets et ustensiles de toilette, que régnait une immense profusion, un raffinement de luxe qu’il est difficile d’atteindre. L’historien Julius Pollux, donne ainsi qu’il suit, le détail des nombreuses pièces qui trouvaient leur emploi dans une toilette féminine.
« Les ciseaux, le rasoir, les pinces, lo grattoir, le poinçon, diverses espèces de brosses pour les dents, les ongles et les cheveux ; les peignes de différentes formes, les bouchons brûlés et préparés à l’huile parfumée pour noircir et faire chatoyer les cheveux; les savons gaulois pour les blondir ouïes rougir ; les pâtes et eaux cosmétiques, les flacons d’essences, les parfums naturels et composés ; les extraits de senteur, les aiguières, les lavabos et plusieurs autres meubles de propreté d’une grande richesse; les Slrigdles , espèce de petites étrilles en ivoire pour gratter et nettoyer la
peau au sortir du bain ; les tours de tête, les nattes, les perruques, les fausses dents, les tournures, les demiglobes ouatés, pour simuler des formes ravissantes; et les bandelettes en cuir doux pour comprimer le trop grand développement de ces formes ; la pierre ponce oléagineuse pour poncer le cou, les bras, les épaules et donnera la peau la finesse du satin, la douceur du velours; les rouges et blancs defard ; les pommades adoucissantes et astringentes; les colliers et pendants d’oreilles; les épingles de mille formes variées pour la coiffure ; les chaînes d’or, les agrafes, les bracelets, les bagues, les camées; les fleurs artificielles, les couronnes enrichies de perles et de pierres précieuses ; les papillons, les cigales, les mouches et autres bijoux artistement travaillés; les robes, les mantes brodéeset frangées ; les mitres, les écharpes brochées d’or et d’argent ; les ceintures étincelantes de pierreries ; les bandelettes de pourpre, les rubans, les voiles, les chaussures de toutes formes et d'un luxe sans égal; enfin, une foule d autres objets qu il serait trop long d’énumérer. »
Pénétrons dans le boudoir d une de ces luxueuses Romaines dont la réputation de coquetterie et de beauté est parvenue jusqu’à nous, la célèbre Poppée. par exemple, et initions le lecteur aux mystérieux détails de sa toilette.
La grande dame romaine sortait de sa chambre à coucher pour passerai! bnlncarium , ou salle de bains.
Après s’être baignée, elle se livrait aux mains d’une troupes d’esclaves portant les noms de* fonctions de propreté qu’ils remplissaient; au nombre de ces esclaves étaient :
Les Strigillislcs ou femmes chargées de masser, de frictionner le corps, de brosser, de gratter la peau avec des strigilles en ivoire, pour enlever toutes les impuretés épidermiques.
Les Paratillres ou nettoyeuses des diverses ouvertures.
Les Ponceuses, ayant fonction de poncer le cou, les épaules, le haut de la poitrine, les bras, les mains et les pieds avec une ponce préparée à cet effet.
Les Onctoristes et Par flâneuses, chargées d’oncdonner la peau avec des huiles parfumées, afin de l’assouplir et de l’adoucir. Les onctions se faisaient particulièrement autour des articulations pour faciliter le jeu des membres.
Lorsque la patricienne avait été nettoyée poncée et parfumée, on l’enveloppait de draps passés à la vapeur du benjoin, dutolu et autres baumes, puis on l’emportait dans son boudoir et on la déposait sur un lit de repos. Là, elle s’abandonnait mollement à un doux sommeil pour réparer les fatigues du bain. A son réveil, elle ordonnait qu’on commençât le travail compliqué de sa toilette. Aussitôt, les esclaves Cosmèles s’empressaient de préparer les instruments, objets et substances dont chacune d’elles était gardienne. Ces
esclaves portaient également le nom de la fonction qu’elles remplissaient; leur nombre se trouvait toujours en rapport avec la fortune et la coquetterie de la dame romaine.
On distinguait les cosmètes ou cosmétistes en :
Dépitaristes ou épileuses, chargées du soin d’arracher les indiscrets cheveux blancs.
Cimflones et Cicatrices, ayant fonction de peigner et de brosser les cheveux.
Psecasies, dont l’emploi était de pommader les cheveux et d’insuffler des essences.
Ponceuses et Onctoristes , dont nous avons déjà parlé.
P/tialiges, celles qui appliquaient le blanc et le rouge de fard.
Stimmiges, chargées de peindre les cils, sourcils, bords des paupières, et de teindre les têtes grisonnantes.
Dropécistes, coupeuses d’ongles, de cors, de durillons, etc.
Venaient ensuite :
Les Vestipices ou habilleuses.
Les Ornatnces ou artistes en parures et ornements.
Les Catoplristes ou teneuses de miroirs.
Les Flambaries ou porteuses d’éventails.
Les Appréciatrices, pour donner leur avis sur la toilette de la patricienne.
Les Parasites ou faiseuses de compliments.
Les Cubiculaires , femmes de chambre.
Les Janitrices ou gardiennes de portes.
Enfin, les Loraries, armées d’un fouet, ayant fonction de correcteurs.
Cette troupe d’esclaves se plaçaient autour de 1 appartement et gardaient un profond silence. Chacune d’elles tenait en main les flacons et vases contenant les huiles, essences, pommades, eaux parfumées, lait d'ànesse, etc., ainsi que les divers instruments que Part d'embellir offrait à la coquetterie la plus raffinée. Ces esclaves devaient être attentives à exécuter les ordres au moindre signe, car la plus légère distraction était sévèrement punie.
Trois esclaves cosmètes ouvraient le travail de la toilette: la première trempait l’éponge la plus fine dans du lait d’ànesse parfumé, et en lavait le visage, la poitrine et les bras de sa maîtresse ; la seconde essuyait la peau avec un linge dont le lin avait été battu avant d’être tissé ; une troisième la séchait avec du duvet de cygne.
Cette première opération terminée, les phiahges s'avancaient avec des pots de blanc et de rouge. Le blanc était, comme aujourd’hui, du carbonate de plomb qu’on délayait avec la salive d’une jeune fille. Mais l'haleine de cette jeune fille devait être d’une grande pureté ; pour l’éprouver, on la faisait soufllci sur une éponge qui, explorée par l’odorat, ne devait offrir aucune odeur. — Une couche de blanc
— 2lx —
était d’abord étendue sur la peau ; on en donnait une seconde si la première paraissait insuffisante, puis on appliquait le rouge par dessus avec un édredon.
Les anciens possédaient deux sortes de rouge : l’un métallique, l’autre végétal. Le premier se fabriquait avec du plomb ou du mercure et se délavait dans l’urine d’un adolescent; on tirait le second d'une espèce de lichen nommé orseille, de Yanchusa finelona et du carthame. Le noir se faisait avec le plomb et l’antimoine. Cette dernière préparation se vend encore aujourd’hui, en Orient, sous le nom à' a/qui fou. Lorsque le visage, les épaules et les bras avaient été passés au blanc et au rouge, les stimmiges venaient avec leurs pinceaux pour peindre les cils et les sourcils de leur maîtresse. Juvénal, en parlant de cette coutume , dit plaisamment : « Nos dames prennent dans un petit pot leurs cils et leurs sourcils. » On donnait le nom de calliblépharon à tout ce qui concernait la cosmétique des sourcils et des paupières.
Les crim floues et les psâcasies s’emparaient ensuite de la chevelure de la praticienne, la peignaient, la brossaient, 1 arrangeaient ainsi que nous le décrirons, plus bas, à l’article coiffure.
A cette toilette, succédait celle des ongles, qui était longue et minutieuse, car les dames romaines prenaient un soin tout particulier de leurs ongles et de leurs doigts. C’était parmi les esclaves les plus
adroites que se choisissaient les dropécistes ou soigneuses d’ongles. Ces esclaves sc servaient d’un petit couteau pour tailler les ongles, d’une petite pince pour arracher les pellicules épidermiques appelées envies-, d’une poudre onyxocale pour polir l’ongle et lui donner une teinte rosée.
Ovide n’oublie point de donner une instruction sur l’entretien des ongles; il dit que les ongles réguliers, polis et couleur de rose sont le complément de la beauté des mains. Nonus dans son Épitomé, et Pline dans son Histoire naturelle, indiquaient un grand nombre de recettes pour redresser les ongles déviés, pour les polir, les rougir et faire disparaître les taches, les inégalités qui nuisent à leur transparence. — On estimait tellement alors les beaux ongles, que Properce, amoureux des ongles de Cynthie, désirait être égratigné par eux.
On trouve la raison pour laquelle on soignait si minutieusement les ongles, dans l’usage des gestes multipliés que les Grecs et les Romains faisaient en parlant. Ces gestes, soumis à des règles, constituaient la chéironomie ou art de s’exprimer, de se faire comprendre avec les mains; il devenait donc indispensable que la main qui jouait un rôle si fréquent dans la conversation et le discours, fût armée de beaux ongles.
Un préjugé existait alors et subsiste encore dans certaines contrées, c’était de croire que les rognures d’ongles, enfermées dans un sachet et portées dans
une maison étrangère, pouvaient vous débarrasser d’une infirmité en la transmettant à une autre personne. Aussi, les femmes romaines de toutes les classes, affectées de quelques défauts ou maladies, ne manquaient pas de faire porter secrètement leurs rognures d’ongles dans la maison de leurs ennemis. — Les rognures d’ongles trouvaient un emploi fréquent dans la bassemédecine et la sorcellerie ; elles passaient pour avoir la vertu d’opérer des guérisons sympathiques et d'inspirer de l’amour aux plus indifférents.
Après la toilette des mains venait celle des pieds. Les dropécistes taillaient les ongles des orteils, enlevaient, avec le burin, toutes les impuretés qui s'étaient logées sous l'ongle on dans ses angles; elles enlevaient les cors, les durillons; ponçaient l'épiderme durci des talons ; promenaient entre les orteils et sur la plante des pieds de légères embrocations d’huile parfumée. Cette opération terminée, on demandait à la dame quelle chaussure elle voulait prendre? Aussitôt après sa réponse, deux esclaves se mettaient à genoux et la chaussaient. Le nombre, la dénomination et l’usage des diverses chaussures seront relatés plus loin.
Nous suspendrons un instant le cours de notre narration sur la toilette, pour entrer dans le vestiaire d’une Romaine de qualité; là, nous examinerons, en détail, chaque pièce du costume, et nous en décrirons la forme et la richesse. — La garde-robe de la grande
dame se composait d’une quantité de pièces vestimentaires dont voici les principales :
Subparum. — Tissu de lin, de coton ou de soie, faisant office de chemise.
Castula. — Espèce de corset sans baleines, pour soutenir la gorge.
Slrophia. — Bandelettes pour comprimer le volume des seins.
Intusiata. — Robe de chambre servant de peignoir.
Impluviata. — Robe large et carrée.
Mendicula. — Robe de cérémonie, taillée sur le modèle des toges magistrales.
Patagiala. — Tunique parsemée de fleurs, d’or et d'argent.
Tiinica ou Patagium. — Tunique proprement dite bordée de franges.
Tunicula. — Demi-tunique ne descendant que jusqu’au genou et ornée de broderies.
Caltha. — Mantelet violet ayant à peu près la forme de nos pèlerines.
Balta et Spissa. — Deux espèces de tuniques, ne différant entre elles que par la couleur et le tissu. L’une avait les mailles très-serrées, l’autre claires et légères.
Crocula. — Robe courte, couleur de safran.
Œnomides. — Robe serrant étroitement la taille et laissant les épaules à découvert.
Linteolum cœsicum. — Robe très-ouverte sur la poitrine. L’épithète cœsicum lui avait été donnée
parceque, laissant à découvert une partie de la gorge, on supposait qu’elle blessait le cœur des hommes et les rendait amoureux.
Lidos. — Vêtement de dessous commun aux deux sexes.
Epômis. — Manteau court que les femmes portaient sur les épaules.
Rica. — Écharpe qui passait sur la tète et retombait sur les épaules.
Mit/ira. — Voile clair et léger avec lequel on composait une coiffure.
Cumatilc et Plumatile. — Deux sortes de manteaux dont l’étoffe peinte imitait le plumage du paon. Cette peinture était faite avec tant d’art que les yeux s’y laissaient tromper.
Klanis. — Robe fine qui retombait à terre et balayait le sol.
Laconica. — Robe transparente empruntée aux femmes de Laconie.
Penula. — Habit sans manches, propre à garantir du froid et de la pluie.
Corinum. — Voile couleur de cire.
Melinum. — Autre voile couleur de miel.
Exotica. — Robe étrangère ou asiatique.
Régilla. — Robe très-ample à longue queue et garnie de fourrures fines.
Basilica. — Robe dite royale, encore plus riche que la précédente.
Toga. — Toge . — Vêtement demi-circulaire, en forme de manteau, commun aux deux sexes. Quelques écrivains ont prétendu que les mots toge, pu lia, mante, désignaient le même vêtement; d’autres, au contraire, pensent que ces mots spécifiaient trois vêtements différents.
Pallium. — Manteau commun aux deux sexes.
Péplum. — Sorte de pallium, laissant une épaule à découvert. Il y avait des péplum ornés d’agrafes d’or et dè pierres précieuses.
Stola. — La stole, ou robe traînante, se mettait par dessus la tunique ; elle était souvent de couleur pourpre et ornée de franges ou de broderies en or. Elle s’ouvrait au-dessus de la ceinture pour qu’on pût apercevoir la richesse du corset. Lorsque la mode de la stole commença à paraître, toutes les femmes veulurent la porter; mais le Sénat, par un décret, en réserva le privilège aux patriciennes. Plus tard, lorsque de nouvelles modes vinrent changer l'ancien costume, la stole ou robe nationale, se portait toujours dans les solennités.
Enfin, par dessus leurs vêtements, les grandes dames portaient une Mante en gaze, fixée sur l’épaule droite par une agrafe de prix. La queue de cette mante, d’une longueur démesurée, se détachait du corps et traînait par derrière. Plusieurs esclaves étaient préposées à la surveillance de cette queue et devaient en régler les mouvements, selon que la
dame marchait à droite ou à gauche. La mode de cette mante s’introduisit dans les théâtres, et les comédiennes purent balayer majestueusement la scène avec leurs longues queues.
De toutes les pièces de l'habillement, il n"y en avait point de plus riche, de plus magnifique, de plus éblouissante que le corset. Mais ce corset n’offrait aucune ressemblance avec le corset moderne; c’était une sorte de spincer, sans manches, ne dépassant pas la ceinture et ne montant sur la poitrine qu autant qu’il fallait pour soutenir les seins, sans toutefois les comprimer. Le corset des patriciennes était fait de drap d’or ou d’argent, relevé de perles et de pierreries; rien n’était plus riche que ce vêtement, aussi les coquettes avaient soin déménager une échappée à travers la robe afin qu’on pût admirer leur corset.
Yoici maintenant de quelle manière s’appliquaient les différentes pièces du costume : — Les esclaves gardiennes du vestiaire apportaient les vêtements et les présentaient au fur et à mesure aux Vestipices ou habilleuses, qui les ajustaient au corps de leur maîtresse.
On passait d’abord la tunique de dessous, faite en tissu de lin, de coton ou de soie, très-fin ; la tunique de dessous tenait lieu de chemise et s’attachait à la taille au moyen d’une ceinture. La castula , ou corset, se plaçait immédiatement après. Les dames à gorge surabondante, se faisaient appliquer, avant la
pose du corset, la slroj'hia, large bande en peau qui comprimait les organes mammaires et en diminuait le volume- On passait ensuite la tunique de dessus, ou robe proprement dite. Cette seconde tunique était ordinairement taillée dans une étoffe de laine ou de soie, tantôt ornée de franges et tantôt de broderies. Les manches de la robe ne couvraient que le haut du bras et se divisaient en deux larges bandes retombant de chaque côté, et qu’on relevait avec des agrafes d’or. A l’échancrure, au-dessus du sein, une frange de pourpre, à double teinture, tranchait, par sa couleur éclatante, avec la robe toujours blanche. Le bas de la robe était, le plus souvent, garni d’une frange semblable. Nous ferons observer qu’il y avait une distinction à faire entre passer et jeter un vêtement; le mot passer signifiait entrer dans le vêtement ; le mot jeter indiquait l’action de le placer, de le draper. On passait la robe et la tunique, on jetait la toge et la mante.
La longueur de la tunique annonçait l’âge et le caractère de la personne qui la portait ; ainsi la tunique des adolescentes et des jeunes filles ne descendait qu’à mi-jambe ; celle des femmes mariées ou matrones descendait jusqu'aux pieds et se faisait remarquer autant par l’ampleur que par les ornements. Outre la frange de pourpre, les patriciennes ajoutaient une autre frange à broderies d’or, entrelacées de perles et de pierreries. Les femmes coquettes ou
de mœurs moins sévères, portaient une tunique écourtée, afin de laisser admirer la finesse de leur jambe, la délicatesse de leurs jolis pieds chaussés de magnifiques brodequins étoilés d’or ou de charmants cupido parsemés de pierreries. Lorsque le luxe eut amené à Rome la profusion des ornements en or, en pierres précieuses, et en passementeries, les tuniques s’échancrèrent davantage; les femmes commencèrent à montrer leurs épaules et leur poitrine. Souvent les manches n’étaient pas cousues depuis le haut de l’épaule jusqu’au poignet ; on les attachait négligemment avec une agrafe d’or ou un camée.
La tunique se fixait à la taille par une riche ceinture. L’esclave qui attachait cette ceinture devait être fort habile, afin de disposer artistement à la base des seins une quantité de petits plis symétriques, d’un gracieux effet. Selon les circonstances, on passait sur la robe une demi-tunique, tunicula , dont la couleur était différente de celle de la robe, mais en harmonie avec elle.
L’habillement se complétait avec la palla ou mante ; la loge remplaçait la mante en certaines circonstances. 11 était très-diflicile de draper élégamment la palla et la toge, car on n’employait, pour les maintenir, ni épingles, ni agrafes, ni rubans, ni aucune espèce de liens. Il fallait que, sans le secours de ces moyens, la toge ou la mante, passant sous le sein droit, laissât libre et à découvert le bras ainsi que
l’épaule droite, tandis que le bras gauche, tantôt recouvert en entier et tantôt jusqu’au poignet seulement, devait la relever avec grâce. Voici de quelle manière se drapaient la palla et la toge :
On commençait par les jeter sur les deux épaules ; on prenait ensuite une de leurs extrémités qu’on faisait passer sur l’épaule gauche et retomber sur la poitrine. L’autre extrémité ceignait les reins, passait sous le bras droit, revenait sur la poitrine, croisait l’extrémité gauche, remontait sur l’épaule du môme côté et allait flotter librement par derrière. Ces deux vêtements enveloppaient ainsi tout le corps, à l’exception de l’épaule et du bras droits, qui restaient en pleine liberté. Il y avait de l’art à bien les draper et à former des plis d’un effet agréable. Les dames s’exercaient incessamment à draper ce vêtement avec élégance ; elles mettaient, sans nul doute, autant de coquetterie à bien porter la mante, la toge ou la stole, que les élégantes de nos jours en mettent à se pincer la taille. Il y avait plusieurs manières de draper la mante, soit en la relevant un peu pour laisser apercevoir la bordure ou la frange de la tunique, soit en la laissant retomber plus bas ; mais la mante ne devait jamais traîner par terre. Les statues antiques nous fournissent beaucoup de modèles à cet égard.
Les diverses pièces du costume, dont le nom a été donné plus haut, se substituaient, pour la plupart, les unes aux autres, et se portaient, selon les saisons, les
jours el les circonstances. Ainsi, la matrone se drapait aujourd'hui avec la loge et demain avec la palla; tantôt elle se coiffait avec la mithre ou le mélinum, tantôt elle portait le lentéolum ou la régilla ; de même qu’aujourd'hui nos dames choisissent entre le châle, le manlelet ou le talma , entre la robe montante et la robe décolletée.
Les ornatric.es donnaient le dernier coup de main à la toilette de la dame romaine; leurs fonctions exigeaient du goût et une longue habitude, car elles devaient ajuster, reconstruire et régulariser tout ce qui leur paraissait défectueux. Elles plaçaient les pendants d’oreilles, les colliers, les couronnes, les diadèmes, les épingles, bracelets, agrafes et autres bijoux qui entraient dans la composition d’une toilette. Les ornatrices avaient souvent à supporter la mauvaise humeur et les brutalités de leur maîtresse.
Les cubiculaires ou femmes de chambre, et les janitrices, esclaves commises à la garde des portes, veillaient à ce que personne n’entrât sans l’ordre de la maîtresse ; elles avaient aussi charge de joncher l’appartement de fleurs, de faire brûler, dans des cassolettes, la cassia,le cinnamome, l’aloès et la myrrhe.
A ce nombreux entourage la dame romaine ajoutait encore plusieurs autres femmes qualifiées d'oisive» et jouant le rôle d'appréciatrices. Assises dans un angle de l’appartement, ces femmes formaient une espèce d’aréopage et donnaient leur avis sur les côtés
brillants ou défectueux de la toilette. La chose se traitait aussi sérieusement, dit Juvénal, que s’il se fût agi de l’honneur ou de la vie.
Enfin, les princesses et les dames de haute naissance réunissaient autour d’elles un cercle de femmes surnommées parasites, dont le rôle se bornait à les complimenter sur leurs grâces et leur beauté, sur la richesse de leur parure et le luxe de leur ameublement.
Pendant l’important travail de sa toilette, la patricienne, entourée de ses esclaves, ne perdait pas de vue son miroir, soit qu’elle dirigeât elle-même l’ouvrage des coiffeuses et des ornatrices qui relevaient ses charmes ; soit qu’elle essayât la puissance de ses regards, de son sourire, et qu’elle apprît à régler ses mouvements ou qu’elle étudiât des poses gracieuses, le miroir restait toujours devant elle. Malheur à l’esclave qui le tenait ! le plus faible mouvement, la moindre distraction lui attirait un châtiment barbare; aussi ces pauvres teneuses de miroirs étaient de vraies martyres.
Jean Chrysostôme condamne et flétrit, dans ses Homélies, les hideux emportements des matrones romaines contre leurs esclaves. Habituées aux jeux sanglants du cirque, les dames de Rome restaient impassibles aux cris qu’arrachait la douleur. La moindre contrariété excitait leur colère et les portait à des actes de cruauté indignes d’une femme; pour la plus légère faute, poifr une simple étourderie, elles en-
traient en fureur et leur plongeaient de longues épingles dans les chairs, elles les frappaient ou les faisaient fouetter jusqu’au sang; puis, après avoir été violemment piquées ou flagellées, ces malheureuses esclaves étaient forcées d’accompagner leurs maîtresses à l'extérieur, le corps à demi nu, afin qu’on pût voir leur dos ensanglanté. Galenus rapporte, à celte occasion, que sa mère ne se contentait pas débattre ses esclaves, souvent il lui arrivait de se jeter dessus et de les mordre à belles dents. — Ovide fait l’éloge de Corinne en disant que jamais elle ne rougît ses mains du sang de ses esclaves. Dans toutes les riches maisons, il y avait des lorarii ou correcteurs, et des carnifices ou bourreaux. Martial disait que certaines patriciennes à l’air doucereux donnaient une rude besogne à leurs lorarii et ne leur laissaient pas un moment de repos.