‹ Hygiène vestimentaireChapitre 3 sur 90 · ÉTOFFES, — TISSUS, — TEINTURES, — BRODERIES · texte numérisé non relu

ÉTOFFES, — TISSUS, — TEINTURES, — BRODERIES

La plupart des historiens de l’antiquité, Homère et Hérodote en tète, ont consigné dans leurs écrits que l’art de tisser et de broder, de même que l’art de teindre, étaient originaires de l’Inde. Les Égyptiens apprirent ces arts des Indiens, et de l’Égypte ils passèrent dans la Grèce. Une circonstance fort remarquable, c’est qu’on trouve, chez tous les peuples, le nom d’une femme associé aux procédés de filature, de tissage et de couture. Moïse nous montre N or ma,

sœur de Tubulcain, filant et tissant la laine. Eu Chine, c’est la femme de l’empereur Yao;en Égypte, c’est Isis; c’est Minerve en Grèce et Arachnè en Lydie, qui, les premières, enseignent à filer, à ourdir et à broder : tradition des plus honorables pour un sexe dont les travaux ont constamment pour but le bien-être et le bonheur de l’homme.

Dans Rome belliqueuse, qui ne connaissait d’autre art que celui de la guerre , qui n’avait d’autre ambition que celle de vaincre et de dépouiller tous les peuples du monde, la fabrication des étoffes et autres tissus était devenue le partage des esclaves ou des étrangers. Mais, comme il ne s’y fabriquait que des tissus communs, les patriciens tiraient leurs belles étoffes de l’Égypte et de l’Asie. On ne connut pendant longtemps, à Rome, que les vêtements de laine ; plus tard, le lin et le coton entrèrent dans la fabrication des robes de femmes, et ce ne fut qu’après les conquêtes d’Asie que parurent les étoffes de soie, qui se vendirent au poids de l’or. Néron et Poppée brillèrent par leurs vêtements de soie brochée d’or. L’empereur Commode et Marlia, sa concubine, se vêtirent d’une étoffe tramée d’or sur chaîne de soie, que leur avait envoyée Attale, roi de Pergame. Déjà Sénèque déclamait contre la richesse et la transparence des robes de son temps; qu’aurait-il donc dit s’il eût vécu à la triste époque d’Héliogabale ! Sous le règne de ce monstre à face humaine, les patriciennes, à

l’exemple de Faustine, portaient des robes d’un tissu si léger, qu’on voyait à travers. Ces sont ces étoffes que le satirique Pétrone désignait du nom de tissu de vent et que Yarron appelait robes de verre. Le luxe des vêtements s’accroissait d’autant plus que l’empire penchait vers sa ruine. Le faste vestimentaire de Dioclétien et des dames de son temps, témoigne de leur passion pour les richesses de la parure : jusqu'au grand Constantin, qui ne put se défendre de ce défaut ; on le voyait se promener, dans Constantinople, avec des chaussures et un manteau couvertsde perles. C’est bien ici le cas de dire que le luxe est un masque à la misère publique ; un État sur son déclin affiche un extérieur brillant pour cacher la plaie qui le ronge au dedans.

La teinture, de même que les autres arts, n’était exploitée à Rome que par des étrangers; néanmoins, on n’y teignait que les étoffes communes, car les belles étoffes arrivaient, toutes teintes, d'Asie, d'Égypte ou de Grèce. Les principales teintures en usage étaient le pourpre, l’écarlate, le ponceau et le jaune. Le bleu, le vert, le violet et autres nuances s’employaient beaucoup moins. La couleur nommée pourpre chez les anciens, fut, dit-on, découverte par un chien qui, ayant mangé des coquillages sur le bord de la mer, revint la gueule ensanglantée vers son maître. Celui-ci, croyant son chien blessé, s'empressa de l’essuyer avec un tampon de laine qui en resta

teinte : de ce moment, la couleur pourpre fut trouvée, et, de toutes les couleurs, reconnue pour la plus solide. Les Indiens connaissaient aussi la cochenille sous le nom de kermès; ils l’employaient à faire l’écarlate en la mélangeant avec le pourpre. Le môme mélange, en d’autres proportions, leur donnait encore le ponceau. Plusieurs plantes tinctoriales, telles que la garance, le safran, les terres ferrugineuses et la décoction de chêne étaient aussi en usage.

Il paraîtrait, d’après Pline et Arrien, que les peuples de l’Inde connaissaient le secret d’imprimer sur étoffes avec toutes les couleurs, le blanc seul excepté. Il était réservé à la chimie moderne de faire cette découverte. Leurs procédés de teinture rendaient certaines couleurs indestructibles, s’il faut en croire ce passage de Plutarque : « Lorsque le trésor du roi de « Perse tomba au pouvoir d’Alexandre, on y trouva a des étoiïes teintes depuis deux cents ans, et qui « n’avaient rien perdu de leur éclat. »

Et ce passage de Pline : « Les prétextes dont Sorte vius Tullius, sixième roi de Rome, fit revêtir la « statue de la Fortune, durèrent jusqu’à la mort do « Séjean, c’est-à-dire cinq cent soixante ans, expo- • « sées à l’air, sans que les couleurs en eussent souf- >c( fert. »

D’après les nombreux documents qui nous restent isur le pourpre, il est certain que les anciens afi’ectioninaient particulièrement cette couleur; les vêtements

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rouges se trouvaient, chez eux, aussi multipliés que les vêtements noirs parmi nous. Le pourpre de Tyr était le plus estimé, le plus cher, et n’avait pour rival que le pourpre d'Jlermioné. Plutarque nous apprend qu’ Alexandre s’étant rendu maître de Suze, trouva, dans les magasins de cette ville, cinq mille quintaux de pourpre amassés depuis cent quatre-vingt-dix ans ; la livre valait 784 francs.

D’après les recherches de nos savants, le pourpre était fourni par plusieurs poissons ou coquillages, entre autres le murex et le buccinum, qui existent encore aujourd’hui sur les rivages de différentes mers. Le réservoir de la liqueur colorante est situé sur le collier de l’animal; cette liqueur a un aspect jaunâtre; ce n’est que peu à peu, au contact de l'air et de la chaleur, qu’elle acquiert une belle couleur rouge. Plusieurs expériences faites par Réaumur sur cette liqueur, lui firent découvrir que le sublimé-corrosif la faisait virer au rouge écarlate. II est donc trèsprobable que les teinturiers de l'antiquité opéraient des mélanges propres à déterminer des réactions chimiques, ainsi que le pratiquent nos teinturiers d'aujourd'hui . Le pourpre, mélangé à d’autres substances, donnait diverses teintes, ou plus sombres ou plus claires: parmi ces teintes, on distinguait l 'améthyste ou pourpre violet, le conchysc ou pourpre clair, le rose, le ponceau, etc.

Pourquoi le pourpre n’est-il plus employé de nos

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jours? Ce précieux coquillage a-t-il disparu de nos mers? Nullement ; son espèce s’est, au contraire, multipliée en raison de la paix dont il jouit depuis que l’industrie teinturière fait usage de la cochenille. Cette industrie ignore les procédés qu’employaient les teinturiers de Tyr et de Sidon ; l’homme dédaigne aujourd’hui et foule aux pieds ce poisson qu’il achetait si chèrement autrefois.

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