PARURES
La parure est l’art d’embellir le corps par des ornements extérieurs ; cet art, comme tous les autres arts, ?st soumis aux règles du bon goût et de la mode ; il Soit favoriser les grâces et servir de tout son pouvoir •es charmes naturels ; il exige un tact exquis, la fiaesse du coup d’œil, une connaissance profonde de harmonie des formes et des couleurs, dans le choix, a disposition et l’arrangement des différentes pièces [ui complètent une mise parfaite.
La parure est à la beauté ce que l’harmonie est à la aélodie, elle doit en relever l’éclat et ne jamais l’éiraser. Le luxe des parures est comme le luxe d’ac- «ompagnement qui masque le chant ou l’étouffe, "lus une mélodie est belle, moins elle exige d’accomagnement ; plus une personne est jolie, et plus sa arure doit être simple.
Lne jolie femme et un diamant brut ont ce point 3 ressemblance que l’un et l’autre exigent le secours 3 l’art pour briller dans tout leur éclat. Mais si l’art “hausse les attraits d’une jolie femme ; si la parure i;tle complément de sa beauté, il faut bien prendre * •rde que l’art lui-même, en voulant trop ajouter à
l’ouvrage de la nature, ne finisse par le ternir, le défigurer.
Sans nul doute, l’art aide la nature, et il est incontestable que la beauté lui emprunte de nouveaux attraits ; la grande difficulté est de savoir distribuer les parures avec goût et ménagement pour obtenir l’effet désiré.
Une toilette riche, simple et gracieuse à la fois, est un prodige de l’art, tandis qu’une parure, lourde et massive dans sa richesse, écrase la personne qui la porte. La profusion des ornements et des bijoux fait oublier l’idée principale; les grâces et la beauté semblent être étouffées sous leur poids. De la gaze, des fleurs et quelques légers rubans, ô femmes! relèvenl plus vos attraits, servent mieux vos charmes que ces somptueuses étoffes et ces éblouissantes pierreries que la richesse étale dans sa vanité superbe. Quelle épithète donneriez-vous à ce riche butor qui acheta une statue représentant Vénus, dont le marbre, heureuse ment choisi, imitait la transparence des chairs, el qui, croyant la rendre plus belle, la fit entièrement dorer? Eh bien! n’en est-il pas de même lorsque vous cachez la fraîcheur de votre peau sous une couche de blanc, et vos ravissants attraits derrière un rempart d’or et de pierreries?
La femme qui entasse parure sur parure, joyaux sur joyaux, cherche plutôt à briller qu'à plaire ; poussée par un mauvais goût, elle oublie qu’elle est sortie
ifraîche, séduisante, des mains de la nature, et elle ensevelit magnifiquement ses charmes sous la soie, 1 or «et les diamants. Telle femme veut surpasser telle autre «qu’elle a vue chargée de parures; aussitôt elle renchérit sur elle; celle-ci se croit surpassée et met tout en œuvre pour éclipser celle-là. Il résulte de cette lutte •d’amour-propre, que les grâces et les attraits de la femme disparaissent complètement sous une surcharge d’ornements, magnifiques par eux-mêmes, mais prodigués sans art ni goût. Cette prodigalité, je dirai ce mauvais goût, naît toujours d’un orgueil ou d’une vanité mal placés.
Dans une société incessamment envahie par le luxe, les objets semblent n’être appréciés que d’après leur rareté et non pour leur utilité; quand l'utilité des choses ne règle plus le goût, alors le goût se pervertit en raison des caprices et de mille extravagantes fantaisies. Nous ne citerons qu’un exemple de cet abus : Un jour, la mode suggéra à une duchesse l’idée bizarre de garnir le bas de sa robe avec les plumes bleues qu’on voit aux ailes du geai. Quelques riches élégantes voulurent aussi avoir une parure semblable ; aussitôt une armée de chasseurs se mit à la poursuite de ces pauvres volatiles et en fit un affreux carnage. Le garniture de chaque robe exigeait la dépouille de trois mille geais! Si cette mode eût seulement duré quelques mois, c’en était fait de tous les geais de nos forêts... Fort heureusement, cette bizarre fautai-
sie s’éteignit aussi vite qu’elle avait pris naissance.
Telle femme vous montre, avec orgueil, ses doigts couverts de diamants ; mais sa main en est-elle plus jolie? Ses bras fatigués, meurtris par un large bracelet d’or, en sont-ils plus potelés, plus beaui ? Sans doute une bague, un collier, un mince bracelet peuvent produire un effet charmant, s’ils sont bien choisis et placés avec goût ; le bon goût est ordinairement délicat et léger, tandis que la vanité est presque toujours lourde et maussade. Voici les réflexions que faisait un ami des femmes, dans son vif désir de ramener aux règles du beau celles qui s’en écartaient :
« Si les femmes entendaient mieux leurs intérêts et les nôtres, elles ne feraient nul cas d’une richesse déplacée qui s’oppose à l’effet de leurs charmes et au plaisir que nous avons à les trouver belles.
« Ce qui met à un si haut prix les parures dans l’esprit des femmes, c’est l’invincible désir qu’elles ont d’attirer les yeux de la foule. Quand une fois celte manie est entrée dans une tête, elle en exclut toute autre pensée ; on aime l’étalage et la pompe, et l’on ne vit plus que pour être regardée. C’est ce qui arrive à une multitude de jolies femmes, assises sur une longue file de chaises, aux promenades publiques, et qui n’ont d'autre plaisir que celui d’être lorgnées, et d’autre mouvement que celui de sourire à quelques froides salutations.
« Le désir de plaire et d'être admirées occupe lo
premier rang dans l’esprit des femmes ; ce désir les Dromène de cercle en cercle, et comme elles craignent [u’une parure uniforme et constante n’attire plus les regards sur elles, les modes sont venues à leur se- •ours, et elles les acceptent sans réflexion, sans songer qu une mode qui va bien à telle physionomie, détruit complètement les charmes de telle mtre.
;« Que les femmes aient donc plus de confiance dans eur beauté et moins dans les ornements et parures, outes les grâces prises chez la modiste ne valent janais celles que la nature a versé à pleines mains sur îles ; tous ces ornements dont elles sont si ambi- •euses ne suppléent point aux attraits et leur nuisent «en souvent. Les diamants, les fourrures, les riches ■offes n’ajoutent rien à la beauté, ils ne font, ainsi Je nous l’avons déjà dit, que distraire les regards de objet principal. »
Loin de professer un tel rigorisme contre les paires, nous avons, au contraire, notre faible pour -ur variété, parce qu’en toutes choses la variété est parfum du plaisir; mais au nom de cette beauté n vous attire nos hommages et nos adorations, ^oisissez, ménagez les parures et n’adoptez que dles qui relèvent vos charmes.
Enfin, Mesdames, retenez bien ce dernier axiome : La parure est au corps ce que l’encadrement est au iileau ; l’encadrement n’étant que l’accessoire, il ne
doit jamais empiéter sur l’objet principal et au grand i jamais l’écraser.
Plus une femme est jolie et bien faite, moins elle a besoin d’ornements et plus sa parure doit être simple. ! En partant de ce principe, on admettra facilement que l’art de la parure existe dans la simplicité, la grâce et l’élégance, qui forment une adorable trinité, et non dans la richesse des vêtements et le luxe ruineux des bijoux. Mais cet art est difficile; il exige une longue étude sous la direction du bon goût ; ceti art devrait être pour toutes les femmes l’objet d’unej étude spéciale, car elles n’ignorent pas que ses résultats sont immenses. En effet, lorsque la femme sort] en toilette et parée de son boudoir, ce n’est plus une] simple mortelle, c’est une beauté ravissante, une enchanteresse qui séduit le cœur et les yeux ; c’est une reine qui donne des ordres absolus, une déesse qui vient recevoir l’encens et les adorations des mortels.
Une foule d’objections ont été lancées contre la parure : on a prétendu d'abord que c’était un art; futile et que le temps employé à se parer était un temps perdu pour un meilleur usage ; ensuite, qu’il n’y avait aucune nécessité de changer si souvent de joyaux et d’ornements. D’ailleurs, l’amour de la parure est dispendieux , ruineux, il n’aboutit qu’à satisfaire l’amour-propre des femmes, à exciter leur vanité et «à leur faire oublier leurs devoirs. Donc» l’art de la parure étant plutôt nuisible qu’utile, cer-
tains philosophes ont voté sa suppression. Erreur! double, triple erreur! Pauvres sages, qui vous érigez en réformateurs, ignorez-vous qu’il est aussi impossible d’effacer du cœur de la femme, le désir de se parer que celui de plaire ? Parce que ces deux manifestations du caractère des femmes sont deux instincts inhérents à leur organisation , et ces instincts sont plus puissants , chez elles , que l’ambition des honneurs et de la fortune chez les hommes d’Etat ; plus puissants que la passion de la célébrité chez les littérateurs et les artistes ; que la passion de la gloire chez les héros ! ! !
En admettant que l’art de la parure soit instinct chez la femme, il faut ajouter aussi que cet art serait négligé d’elle, si les hommes y restaient indifférents. C’est exclusivement , nous le répétons, pour plaire aux hommes que la femme se pare, se fait belle; c’est pour attirer et ne jamais rassasier leurs yeux quelle varie incessamment les modes du vêtement et des parures : les hommes auraient donc bien tort de lui reprocher ce qu’elle fait pour eux. On trouve une piquante tirade à ce sujet , dans un vieux livre intitulé Y Apologie des Femmes; la voici :
« Comment , Messieurs les hommes, osez - vous blâmer les femmes de faire ce qu’elles font précisément pour vous ? Oubliez-vous que le désir de vous plaire est le ressort qui fait jouer toutes leurs machines ? Une femme se pare-t-elle pour les autres
femmes? qui l’a jamais pensé.. . C’est vous, Messieurs les dégoûtes, qui répondez de l’extravagance des modes et de la ruine des familles. La preuve que toutes ces parures de femmes sont uniquement pour attraire les hommes , c’est que si vous mettiez les femmes en un lieu où elles ne puissent voir que des personnes de leur sexe , vous les verriez bientôt se laisser aller à un négligé affreux : — Une cornette au niveau du front, point de corset, de bons gros souliers de peau, un grand tablier de ménagère, etc. Voilà comment se trouvait à la campagne cette belle que vous avez vue hier aux Tuileries, dont les jupes éblouissaient d’or et de soie, le cou et les bras de pierreries; qu’une coiffure à triple étage rendait gigantesque ; qui ne peut mettre ses pieds dans ses mules tant elles sont étroites et petites. Et pourquoi cela ? Parce qu’elle n’avait aucun intérêt de plaire aux dindons de sa basse-cour et qu’elle voudrait bien donner dans l’oeil à quelques poulets d’inde des Tuileries. Si les hommes étaient aveugles , les femmes ne feraient aucune dépense de parures. Ainsi, pour couper court à celte dépense , ils n'ont qu’à se crever les yeux. »
Cette tirado prouve clairement qu'autrefois , comme aujourd’hui , la parure a toujours été un moyen pour arriver à un but. Ainsi que l’appât, sous lequel se cache l’hameçon, doit être au goût du poisson qu'on cherche à prendre , de même les
parures féminines sont adroitement combinées pour hameçonner les cœurs ; et , si les femmes se montrent si inconstantes en modes et en parures , c’est que rien ne plaît aux hommes autant que la variété. Lorsque les hommes seront plus sérieux, plus constants dans leurs goûts, les femmes deviendront beaucoup moins légères dans les leurs.