CHAPITRE IX
LES MODES VESTIMENTAIRES BIZARRES OD DISGRACIEUSES , CACHANT LES BEAUTÉS DU CORPS,
SONT TOUJOURS INVENTÉES PAR DES PERSONNES QUI ONT INTÉRÊT A DISSIMULER UNE INFIRMITÉ, UNE IMPERFECTION. PREUVES HISTORIQUES A L’APPUI .
Les filles de Louis IX firent adopter les robes longues, parce qu’elles avaient de gros pieds et des jambes mal faites.
Marie, seconde femme de Philippe III, introduisit la mode du froc et de la guimpe, afin de cacher un cou trop long et une poitrine parfaitement plate.
Marguerite, première femme de Louis X, célèbre par ses mœurs déréglées, rejeta la guimpe et donna la mode des robes décolletées outre mesure ; elle avait une belle poitrine.
Catherine de Médicis, qui fit de la cour de France une cour d’amour, échancra les robes autant par devant que par derrière, de façon à laisser voir à nu le sein et les épaules. Mais il faut ajouter que cette reine était aussi célèbre par la beauté de sa poitrine cl de ses épaules que par sa coquetterie.
Les vertugaclins furent inventés par des dames de qualité qui avaient intérêt à cacher leur grossesse.
Un prince , dont les épaules péchaient par leur étroitesse, mit en vogue les maheutres ou fausses épaules.
Sous Henri II, quelques princesses affligées de goitre et des seigneurs écrouelleux , imposèrent la mode de ces énormes fraises tuyautées qui cachaient complètement leur cou et leurs infirmités.
Sous François II, la cour était peuplée de seigneurs obèses; ces messieurs parvinrent à faire croire aux badauds que les ventres plats provenaient d’un vice physique et du peu de développement du moral. Aussitôt on adopta la mode des gros ventres postiches.— A la môme époque, deux grandes duchesses,
envers qui la nature s’était montrée ingrate postérieurement, inventèrent les gros derrières.
Les hautes coiffures et les hauts talons furent mis à \ la mode par des femmes hautes en titres de noblesse, mais courtes de taille.
Sous Louis XIII, une jeune marquise, à bras en fuseaux , donna la mode de ces énormes manches i bouillonnées qui égalaient la grosseur du corps.
Dans le môme but que les vertugadins, les paniers se montrèrent, sous Louis XIY, pour dissimuler bon nombre de grossesses illégitimes.
Les prétentieux grisonnants du dix-huitième siècle ne trouvèrent rien de mieux, pour cacher leur âge, que de s’enfariner les cheveux , et forcèrent la jeunesse à se poudrer à blanc.
Nous n’avons pas besoin de dire que la mode des perruques est venue directement des têtes chauves.
Le fard servit à donner de la fraîcheur aux personnes que l’âge ou l’abus des plaisirs avait jaunies. — Le rouge servit encore à dissimuler la teinte empourprée du visage due aux excès bachiques.
Sous l’Empire, les robes à tailles courtes furent l’invention d’une princesse gibbeuse et à bassin contrefait.
Diverses formes de chapeaux de femmes ont été i mises à profit pour diminuer certains vices dans la grosseur de la tête et l’ovale du visage. Ainsi, les chapeaux en marteaux , c’est-à-dire à calotte allongée,
ont servi à dissimuler certains vices de forme et à loger les têtes en melon. — Les chapeaux baptisés du nom de tocsons par les dames de la halle, modifient les visages plats et les mentons saillants. — Les énormes bavolets servent à couvrir les disgrâces de la nuque et les coutures du cou. — La mode du chapeau tromblon , chapeau demi-monstrueux, dont la circonférence est entièrement ronde et évasée, a été donnée par Mrae la baronne *'*, femme prétentieuse, dont l’ovale, s’éloignant des proportions grecques, s’élargit en pleine lune. Ce genre de chapeau modifie, en effet, la large rondeur de certains visages ; mais, pour les figures mignonnes, pour les visages à ovale allongé, cette forme de chapeau est un véritable assassinat commis sur la beauté.
Aujourd’hui, comme au temps de saint Louis, les robes longues sont venues au secours des jambes et des pieds mal faits.