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LA FEMME LA PLUS PAUVRE EN BEAUTÉ PEUT S’ATTIRER DES ADMIRATEURS

Il n’est point de femmes, aussi maltraitée qu’elle ;soit de la nature, qui n’ait sur sa personne un charme, une grâce; il n’est point de femme qui ne puisse, au moyen d’une toilette habilement composée, tirer bon .parti des quelques attraits quelle possède. Mais, pour arriver à ce but, il est évident qu’il faut rejeter les

modes qui exposent aux yeux les disgrâces du corps, et n’accepter que celles qui en font ressortir les attraits. Le trilogue suivant, qui eut lieu dernière- g ment, dans une splendide soirée, entre trois femmes d’esprit, servira de preuve à cette assertion.

L’une de ces trois dames avait de beaux cheveux, de grands yeux pleins d’expression , un nez bien fait, une jolie bouche, enfin un visage charmant. Le reste du corps ne répondait probablement pas à la tête, car cette dame portait une robe montant jusqu’au cou et descendant jusqu’à terre.

L’autre dame , peu favorisée du côté du visage, offrait de magnifiques épaules et une poitrine admirable. Aussi sa robe était entièrement décolletée, mais, de môme que la première dame, elle cachait ses pieds sous les plis d’une longue jupe.

La troisième dame n’avait ni une jolie figure ni une belle poitrine; mais, en revanche, elle montrait aux regards séduits, une jambe fine, bien tournée, ravissante; un petit pied dont la délicatesse et la forme toute mignonne faisait plaisir à voir; cette dame portait une robe courte, et tous les frais de sa toilette avaient été faits pour la chaussure.

Nos trois dames furent les déesses de la soirée et l’objet des hommages empressés des connaisseurs, qui ne se lassèrent point d’admirer la perfection locale que chacune d'elle offrait , et dont elle tirait si bon parti.

Par une circonstance fortuite, vers la fin de la soirée, ces trois dames s’étant trouvées assises l’une près de l’autre, en petit comité, la conversation suivante s’engagea :

— Selon moi, dit la première, la mode de la robe courte ne saurait prendre, pas plus que la robe décolletée; c’est anti-hygiénique.

— Je suis de votre avis, répondit la seconde, quant à la robe écourtée ; mais vous conviendrez avec moi, que si un corsage, montant jusqu’au cou, est un préservatif contre la bise de la rue, il doit devenir ici, dans ce salon, un véritable sudorifique.

La troisième dame émit ainsi son opinion : nous avons toutes les trois raison , Mesdames , d’avoir choisi le vêtement que nous portons; car, si l’une de nous eût pris le costume qui sied aux deux autres, il est très-probable que nous eussions été reléguées toutes les trois dans les figures insignifiantes qui font tapisserie ; tandis qu’au contraire nous avons ttiré autour de nous une foule d’adorateurs , au grand dépit de beaucoup de jeunes femmes qui sont intimement convaincues d’être bien supérieures à nous en toilette et en beauté.

Les deux dames avouèrent en riant que c’était l’exacte vérité ; de plus, elles renchérirent sur le raisonnement de la dame à jupe courte, en disant que si la même mode était strictement suivie par toutes les femmes, il y aurait une uniformité, une monotonie à

fatiguer les yeux ; ce serait exactement comme si toutes les peintures exposées au Musée offraient la même teinte et représentaient le même sujet.

Après quelques autres considérations, nos trois dames arrivèrent à cette conclusion : vouloir soutenir que la même mode peut être suivie par tout le monde, est une aberration de l’esprit, une absurdité; et, s'il est vrai qu’il existe une variété dans les formes et les ; physionomies, il doit aussi y en avoir une dans le costume et la parure. Enfin, l’art de la toilette consiste à savoir choisir, disposer les vêtements et parures de manière à cacher les imperfections du corps, s’il en existe, et à rendre ses beautés plus frappautes.

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