CHAUSSURES
Les chaussures des dames romaines se faisaient remarquer autant par la variété des formes que par la richesse des matières qui les composaient et l’élégance du travail. Selon leur fantaisie, les patriciennes pouvaient chausser la sandale, le soulier, la mule, la bottine simple et le cothurne. Les souliers et les mules étaient chargés de broderies ou de joyaux, tels que boucles et boutons d’or, mouches, cigales, scarabés, serpents entrelacés, etc. Sur le cothurne, on voyait briller les perles et les métaux les plus précieux ; on y admirait aussi la tête d’un lion, d’un léopard ou d’un aigle, artistement brodés. Le devant de la tige était quelquefois orné d’un superbe camée ou d’une perle
d’un très-grand prix. Enfin, les princesses, ne sachant comment éclipser les riches plébéiennes qui portaient des bottines surchargées de broderies et de perles, eurent l’idée de paraître en public avec des semelles d’or massif, dont les ciselures étincelaient comme des diamants.
Chaque chaussure avait son nom propre et sa destination; les unes se portaient dans 1 intérieur de la maison, les autres au dehors. Une patricienne élégante changeait de chaussure chaque fois qu elle sortait. Si des circonstances imprévues l’eussent forcée de sortir vingt fois dans la même journée, vingt fois elle aurait changé sa chaussure.
Voici les noms des chaussures les plus en usage
chez Mesdames les Romaines :
Diabalres, souliers communs aux deux sexes.
Sandales, il y en avait de simples et de très-riches, également portées par les hommes et les femmes.
Lancia, espèces de pantoufles pour la maison.
Laconica, sandales de forme particulière, pour voyager.
Campodes, chaussures légères, également pour le voyage.
Psaltidcs, souliers fins pour la danse.
Crepidès, bottines communes aux deux sexes.
Cothurne , bottines riches dont on se servait au théâtre, et que les dames chaussaient dans les jours! de cérémonie.
Konipodes, pantoufles ayant le bout pointu et relevé.
Enèmides, petites bottines à tiges molles, ne dépassant point la malléole.
Calceus, soulier ordinaire en peau de chèvre.
Millions, soulier d’étoiïe brochée d'or.
Peribarides, chaussures spécialement réservées aux dames nobles.
Persiques, souliers de peau blanche ornés de tilets d’or et de rubans.
Embatùs, chaussure imitant celle du théâtre.
Bacca, cupido, phccasium, souliers sicyoniens, remarquables par l’élégance de leur forme et la richesse de leurs ornements; ils étaient particuliers aux femmes galantes.
La chaussure servait de marque de distinction. Ainsi, les bottines appelées peribarides annonçaient une dame appartenant aux premières familles de l’Etat. — La chaussure nommée cupido n’était généralement portée que par les femmes galantes et les courtisanes. — Les femmes du peuple chaussaient les çampodos ou les simples sandales.
IllJOUX. — par u r es.
Les orfèvres grecs et romains avaient tellement multiplié le nombre et la forme des bijoux, que, d’après les recherches de plusieurs archéologues, nosbi-
joutiers modernes les plus habiles ne sont que des copistes ou des imitateurs. Les ouvrages qui traitent de la joaillerie des temps anciens sont, en effet, des mines inépuisables, dont cependant nous respecterons les obscures profondeurs pour ne point fatiguer l’attention de nos aimables lectrices. Il leur suffira d'apprendre que les diadèmes, colliers, pendants d’oreilles, bracelets, bagues, épingles, agrafes de toutes formes, de toutes dimensions, surmontées de bustes, de statues en pied, d’animaux, d’oiseaux, d’insectes, de fleurs, etc., etc., étaient des ornements indispensables aux dames romaines, et qu’on estimait le travail artistique de ces bijoux bien au-dessus de leur matière première. Les épingles à cheveux avaient une grande valeur; leurs têtes étaient ordinairement ornées de figures délicatement ciselées. On cite des épingles qui coûtaient jusqu’à cent mille francs ! Une des épingles à cheveux de l’impératrice Sabine, conservée au musée de Portici, représente la déesse de l’abondance tenant d’une main la corne d’Achéloüs et de l’autre caressant un dauphin. ’NVinkelman en a donné la description dans sa lettre sur les antiquités d’Herculanum.
Les colliers, partie obligée d’une toilette, embrassaient le cou par un ou plusieurs tours ; 1 une de ces branches redescendait sur la poitrine; un magnifique camée leur servait de fermoir. On peut juger de la i finesse du travail et de la pureté d execution de 1 ar- j
tiste, par les camées antiques et les pierres gravées qui existent dans nos musées.
Les bracelets de perles à trois et cinq branches , les bracelets d’or incrustés de pierreries, chargeaient les bras et les poignets des dames romaines. Les bagues, les anneaux étincelaient à leurs doigts, et les plus riches ceintures entouraient leur taille. Plusieurs de ces bijoux sont devenus historiques. Ainsi, l’anneau de Faustine coûtait un million ; celui de Domitia, un million et demi. — Le bracelet de Césonie coûtait deux millions. — Les pendants d’oreilles de Poppée valaient trois millions, et l'on prétendait que ceux de Calpurnie, femme de J. César, en avaient coûté le double. — Le diadème de Sabine , tant pour le travail que pour la matière, était estimé à six millions.— Lollia Paulina, épouse de Caligula, montra une véritable fureur pour les bijoux et les parures. Elle se montrait en public toute couverte de joyaux d’or et de pierreries que leur disposition, habilement combinée, rendait encore plus éblouissants ; elle en avait la tête surchargée; sa poitrine, ses bras, ses mains et ses pieds en étaient couverts, de telle sorte 'qu’elle rayonnait comme un astre et fatiguait la vue. Pline évaluait les bijoux de cette impératrice à quarante millions ; et elle ne les devait pas à la prodigalité de l’empereur, ajoute l’historien, c’était l’héritage de son aïeul, c’est-à-dire les dépouilles des provinces romaines, le fruit des concussions de Lollius, diffamé
dans tout l’Orient, pour les sommes immenses qu’il
avait extorquées aux peuples.
On doit aussi compter, parmi les joyaux historiques, les deux perles que Cléopâtre portait à scs oreilles et qui, n’ayant point de pareilles dans le monde entier, se trouvaient hors de toute évaluation. Cette reine superbe, taxant de mesquines les énormes dépenses que faisait Antoine pour lui donner des fêtes, lui proposa un jour la gageure de dépenser plus en un souper qu'il n’avait dépensé en dix fêtes. — Le défi accepté, Cléopâtre se fit apporter une coupe remplie de fort vinaigre, et, ayant détaché une perle de son oreille, la jeta dans la coupe. Après que la perle eut été dissoute par l’acide, elle approcha la coupe de ses lèvres et, d’un seul trait, en avala le contenu. Cette perle pouvait représenter vingt millions ! Déjà Cléopâtre s’apprêtait à faire subir le même sort à l’autre perle, lorsque Plancüs, juge et témoin du pari , s’y opposa en prononçant qu’ Antoine avait perdu. Plus tard, cette perle, devenue la propriété de l’État romain, fut sciée en deux et servit à faire des pendants d’oreilles à la Minerve du Panthéon de Rome.
Au temps de Pline, les perles et les pierres précieuses étaient si communes dans la classe riche, et si nécessaires à la parure, que la patricienne la plus modeste aurait cru déroger à sou rang si elle eût paru en public sans ses bijoux. Juvénal disait à ce sujet
qu'il serait plus facile de faire sortir un consul sans ses faisceaux, qu’une dame sans ses parures.
Les bagues et anneaux furent toujours de mode chez les Romaines ; elles commencèrent d’abord par en porter au petit doigt, puis à l’annulaire, et successivement à tous les doigts des deux mains ; ensuite on en multiplia le nombre à chaque doigt, de telle sorte que certaines dames avaient les doigts cachés sous l’or et les pierreries comme un guerrier sous son armure. On poussa la coquetterie jusqu’à changer de bagues selon les saisons et les jours. Les bagues d été brillaient surtout par leur délicatesse et leur légèreté; les bagues d'hiver étaient beaucoup plus larges et plus massives. Les pierres gravées qu’on enchâssait dans les bagues avaient une haute valeur, à cause de 1a beauté du travail microscopique. J’ai vu à Florence une onyx antique, de la largeur de l’ongle, sur laquelle était gravée une catagogie ou fête à Vénus lybienne, représentant dix-sept personnages parfaitement distincts et d’une pureté d’exécution qu’il serait difficile d’égaler. Du reste, plusieurs savants archéologues pensent que la glyptique des anciens surpassait la nôtre, par la vivacité du trait et le fini de l’ouvrage.
Pendants d'oreilles.-— L’orgueil, on pourrait dire la folie des patriciennes, éclatait surtout dans le luxe des pendants d’oreilles. La matière et le travail de ces bijoux les portaient à des prix incroyables. Les pendants d’oreilles à trois et quatre branches étaient les
plus estimés ; on les nommait crotales ; à leur extrémité inférieure pendait un petit grelot, dont le son argentin attirait l’attention publique et flattait l’orgueil de celles qui les portaient. Les crotales annonçaient une toilette distinguée et une grande fortune. Le prix des crotales était si élevé, que Sénèque indigné s’écriait : Ce n’est plus avec une perle à chaque oreille que les femmes sont parées, il leur en faut trois dont le poids devrait leur être insupportable. Ces femmes, dans leur folie, pensent que leurs maris ne seraient pas assez tourmentés si elles n’avaient à chaque oreille que la valeur de trois héritages.
Déjà du temps de César la passion des perles, des pierres précieuses et autres joyaux se montrait si violente parmi les Romaines de haute et moyenne condition, que cet empereur la mit à profit contre le célibat, en défendant à toute femme non mariée de s’en parer. On rapporte qu’après cet édit, les mariages se multiplièrent considérablement dans toutes les villes de l’empire ; les femmes qui n’avaient pu trouver un mari allaient s’accuser devant les juges d'avoir donné le jour à un enfant illégitime, préférant cette honte à la douleur de marcher dépouillées de toute parure.
Jarretières. — Les jarretières des dames romaines se faisaient remarquer par le luxe de leurs ornements ; l’or, l’argent et les pierreries entraient dans leur fabrication. Sabine la Jeune, possédait une paire de jarretières évaluée à près d’un million, à cause des
riches camées qui leur servaient de fermoir. On vit <des patriciennes dépenser follement une partie de leur fortune pour surpasser leurs rivales dans ce genre de parure. Nous ferons observer que les jarretières n’étaient pas employées, comme aujourd’hui, à maintenir les bas, puisque les anciens ne connaissaient point cette pièce du vêtement ; mais elles servaient à fixer une espèce de caleçon de toile fine. On voyait aussi des dames qui portaient les jarretières sur la jambe nue, comme les bracelets aux bras.
Mais ce luxe de v'êtements, de joyaux et de parures n’était rien comparativement au luxe d’esclaves dont se prévalait toute dame de haute naissance. Une patricienne possédait au moins vingt esclaves femelles spécialement attachées au service de sa personne. Les princesses et les dames appartenant aux premières familles de Rome, en possédaient cinquante, cent et quelquefois plus. Ainsi que, dans les temps modernes, les grands seigneurs cherchent à briller par le nombre de leurs chevaux et le luxe de leurs équipages, de même les dames romaines cherchaient à se surpasser par le nombre des esclaves composant le train de leurs maisons.
Plusieurs lois somptuaires furent promulguées à Rome, sous les consuls et les empereurs, pour mettre un frein au luxe et aux folles dépenses des femmes. La première porta le nom de loi,Oppia, parce que Caius Oppius, tribun du peuple, en fut l’instigateur.
L’histoire rapporte que les daines romaines conspirèrent entre elles de ne plus faire d’enfants, jusqu'à ce quelles eussent obtenu la révocation de cette loi, et cIIps l’obtinrent, malgré le grave discours de Caton à tous les sénateurs réunis.