‹ Hyperthermie et Système Neuro-VégétatifChapitre 7 sur 27 · ORNE · texte numérisé non relu

ORNE

Au cours de « l'hyperthermie passive » obtenue par la diathermie, il met en évidence une hypotonie vagale indiscutable : élévation du seuil d’excitabilité, moindre intensité des réponses pour une même excitation.

Les modifications constatées au cours de l’hyperthermie obtenue par la béta-tétrahydronaphtylamine sont les mêmes, mais à un moindre degré.

Au cours de l’hyperthermie provoquée par l'injection intra-veineuse d’une infusion de foin, les réponses sont beaucoup moins précises, le tonus vagal étant tantôt accru, tantôt diminué. Schmid attribue cette hyperexcitabilité à une action directe du produit injecté ; de fait, empêchant artificiellement — par un courant d'air froid — l’élévation thermique après l'injection, il obtient toujours une hyperragotonie, celle-ci disparaissant dès qu'il laisse la température s'élever. À

Ces expériences permirent à Schmid d'affirmer l'existence d'une hypovagotonie au cours de la fièvre.

Experimentant également chez l'animal, MM. Richet, Garrelon et Santenoise constatent la disparition du réflexe laryngo-cardiaque dès que la température dépasse 41,7. La signification et les modifications de ce réflexe étant les mêmes que celles du réflexe oculo-cardiaque, sa disparition prouve l'existence d'une hypersympathicotonie au cours de la fièvre.

Pinkston établit lui aussi l'existence de cette hypersympathicotonie par l'étude des réactions vaso-constrictives au cours de l’hyperthermie. Sectionnant le sympathique d'un côté, il constate, dès le début de la fièvre, et persistant jusqu’à l’acmé de celle-ci, une vaso-constriction des vaisseaux de l'oreille saine, témoignage certain du rôle actif du système sympathique au cours de la fièvre.

Chez l'homme, par contre, le comportement du système végétatif au cours de la fièvre fut peu étudié. Comme test du fonctionnement végétatif, les phénomènes de vaso-constriction furent les plus utilisés.

C'est ainsi que Langlois, dans le Dictionnaire de Physio-

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logie de 190%, confrontant ses constatations avec celles de Traube, Marey, Senator, Maragliano, Lussana, montra que la vaso-constriction allait de pair avec lélévation de la température et persistait jusqu'au maximum de celle-ci ; qu'à ce moment, l'apparition de la vaso dilatation préludait à la chute de température ; que, pendant la fièvre, les réactions vaso-constrictives l’'emportaient sur les réactions vaso-dilatatrices.

MM. Dausset, Dognon et Piffault, par contre, tout récemment, constatent au cours de la fièvre déclanchée par les ondes courtes, une vaso-dilatation ne disparaissant pas après injection d'adrénaline, ainsi que l'avait montré Pflomm : ils concluent à un bloquage de l’excitabilité sympathique avec hypervagotonie. La majorité des auteurs, cependant, s'accorde à reconnaître la constance, au cours de la fièvrs, d'une vaso-constriction, témoin de la sympathicotonie.

Celle-ci fut également mise en évidence par d’autres tests du fonctionnement sympathique.

MM. Richet et Facquet, étudiant sur quatre sujets, par la méthode de Danielopolu (injection intra-veineuse d'atropine), le fonctionnement du pneumogastrique et du sympathique avant et après pyrétothérapie, observent de façon constante l’hypersympathicotonie avec hypovagotonie.

Cordier recherche dans quelle mesure les épreuves de neurotonie sont modifiées par la fièvre. Explorant le système végétatif par différents procédés — réflexe oculo-cardiaque, tests chimiques — il aurait constaté de nettes modifications pendant l’hyperthermie, bien plus importantes que les variations habituelles d'un jour à l’autre chez le même sujet. Il y aurait toujours évolution vers la sympathicotonie, les sujets vagotoniques devenant sympathicotoniques, les sympathicotoniques voyant leurs troubles s’exagérer.

Salmon met en évidence le syndrome sympathicotonique de la fièvre : élévation de la pression, tachycardie, phénomènes vaso-constricteurs ; la fièvre est augmentée par les sympathicotoniques, et atténuée par l’ergotamine.

Citons evcore l'intéressante thèse de Laurent, inspirée par

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Tinel. Etudiant, par le réflexe oculo-cardiaque, les modifications de l'équilibre vago-sympathique au cours de divers érythèmes (sériques et toxiques, érythème de la rougeole, de la scarlatine, de la syphilis secondaire), il constate que l'érythème s'accompagne toujours de sympathicotonie, que tous deux disparaissent en cas de complication grave (broncho-pneumonie morbilleuse par exemple), si bien qu’on peut les interpréter comme des réactions de défense de l’organisme.

Il était alors tentant de faire du degré de sympathicotonie un élément de pronostic au cours des affections fébriles, mais les données ainsi obtenues s'avérèrent des plus discutables. à

C'est ainsi qu’au cours de la tuberculose, Bezançon et Jacquelin font de la sympathicotonie un élément de mauvais pronostic, la vagotonie étant le plus souvent l’apanage des formes frustes. Par contre, pour Yovanovitch, c'est la vagotonie qui se voit dans les formes graves, la sympathicotonie témoigrant au contraire de la défense de l’organisme. Sterling et Okuniewski, expérimentant chez l'animal, constatent que l'excitation du pneumogastrique favorise l'infection bacillaire. En réalité, il faut, ainsi que le conseille Bovet, renoncer à classer les tuberculeux en vagotonique et sympathicotoniques.

Des nombreux travaux que nous venons de citer, retenons seulement les conclusions suivantes : il est établi de façon certaine que l'hypersympathicotonie est une condition à peu près indispensable à l'apparition de la fièvre.

Il semble, d'autre part, que, au cours de l'hyperthermie, le système végétatif s'oriente nettement vers la sympathicotonie. Mais actuellement, chez l'homme, en dehors des quatre malades étudiés par Richet et Facquet, nous avons peu de données précises à l'appui de cette hypothèse.

Le but que nous nous sommes proposés dans nos recherches est d'établir de façon aussi précise que possible, les modifications végétatives au cours de la fièvre.

Les épreuves vegétatives au cours de J'hyperthermie.

Il est maints procédés d'exploration du système nerveux

végétalif :

— Observation des réflexes vaso-moteurs des petits vaisseaux cutanés .et des gros vaisseaux des membres ;

— Observation des modifications obtenues par les produits pharmacologiques ;

— Observalion des modifications obtenues à distance par la mise en jeu des réflexes agissant dans les territoires végétatifs, tels que le réflexe oculo cardiaque.

Nombreux sont, en conséquence, les tests d'exploration du système végétatif, aucun d'eux n'ayant malheureusement de valeur ni de précision absolue. On trouvera dans les remarquables rapports de G. Soderbergh et de A. Thomas une étude complète et une critique minutieuse de ces multiples tests.

Les réflexes sympathiques cutanés furent longuement étudiés par le Professeur Laignel-Lavastine. Quand on dessine une raie sur les téguments à l’aide d’une pointe mousse, on oblient, selon qu'on appuie faiblement ou fortement, des réactions vaso-motrices différentes : une raie blanche dont la largeur est celle de la pointe utilisée (raie vaso-motrice de Vulpian), ou une raie rouge encadrée de deux raies

D, CNE

blanches; cette seconde réaction pouvant succéder à la première pour une faible excitation.

Une raie rouge d'apparition rapide et de forte intensité, signe d’une vaso-dilatation exagérée, traduirait la vagotonie; on la rencontre cependant très marquée chez cerlains sympathicotoniques, ainsi qu’en témoigne la raie rouge préthyroïdienne des basedowiens. En réalité, M. Laïgnel- Lavastine voit dans la raie rouge, avec dermographisme, un signe de « faiblesse irritable vaso-motrice liée à une perturbation du sympathique, faiblesse distincte de lhyposympathicotonie des Addisoniens ou de l’hyperorthosympathie des hyperépinéphriques ». La raie blanche est, elle aussi, de constatation fréquente. Son intensité dépend, comme l’a montré notre maitre, M. le Professeur agrégé À. Sézary, du tonus des fibres musculaires lisses et du sympathique. Mais il n'existe pas de rapports élroits entre l’un et l'autre, et la raie blanche ne peut être utilisée comme test du tonus sympathique. ;

La raie vaso motrice, et nous sommes en cela d'accord avec les conclusions de Bard et Barbier, ne nous semble donc pas permettre une étude suffisamment précise du fonctionnement du système végétatif.

MM. Laignel-Lavastine et Hallion, comprimant fortement avec le pouce la face dorsale du premier espace interosseux pendant trois secondes, à une température ambiante de 200 environ, voient dans la rapidité de disparition de la tache blanche ainsi obtenue un test de la vaso-motricité artériolaire. Mais la durée de la réaction dépend également, aux dires de ces auteurs, du taux de la tension artérielle: et surtout il est difficile d'apprécier avec certitude l'instant exact de la disparition de la tache blanche.

Aucune de ces épreuves ne permet donc une étude précise de la vaso-motricité des petits vaisseaux cutanés Aussi, avons-nous utilisé pour cet effet, non la capillaroscopie, mais les injections intradermiques de substances telles que histamine, acécoline, adrénaline, dont l’action sur les capillaires et les artérioles est actuellement très étudiée.

L'étude de la vaso-motricité artérielle est un des procédés classiques d'exploration du système végétatif. Nous n'avons pas eu recours à l'observation des variations de la « courbe auscultatoire » préconisée par Barbier et dont nous n'avons pas l'expérience. Nous avons utilisé, par contre, les variations des courbes oscillométriques obtenues, selon la technique de Babinski, Froment et Heitz, après épreuves des bains chauds et froids; l'intensité des vaso-constrictions et vaso-dilatations ainsiobtenues témoignantdu tonus végétatif.

L'exploration pharmaco-dynamique du système végétatif fut l’objet de nombreux travaux ; on préconisa successivement les épreuves à la pilocarpine (Eppinger et Hess), à l’ésérine, à l'adrénaline (Goetsch), au nitrite d’amyle (Richard), à l'extrait thyroïdien. Aucune ne donna de résultats satisfaisants, les réponses étant complexes. faites d'une série de réactions successives et d'interprétation difficile. Notre maître, le Professeur agrégé Pasteur Vallery-Radot, étudiant, en 1923, avec J. Haguenau, la valeur de certaines de ces épreuves (pilocarpine, adrénaline et atropine, en injections sous-cutanées), concluait déjà en ces termes : « Les divergences dans les résultats fournis par les trois tests font douter de la valeur de ces tests pour explorer l'équilibre du système organo-végétatif. »

C'est ainsi que la pilocarpine, excitant du vague, entraîne souvent une accélération du rythme cardiaque (Danielopolu); que l'ésérine a une action amphotrope à prédominance para-sympathique pour les petites doses, et sympathique pour les doses moyennes, la dose à injecter pour obtenir chacune de ces actions différant d’un sujet à l’autre. L’adrénaline, malgré son action sympathicotrope, excite également le para-sympathique, cetté action secondaire subsistant seule pour les petites doses. Les deux autres épreuves, nitrite d'amyle et extrait thyroïdien, sont d'interprétation encore plus discutée.

De ces différentes épreuves, seul le test à l’adrénaline est actuellemeut utilisé, mais sa valeur est très discutée par Danielopolu. Cet auteur préconise l'emploi d'un autre alca-

J: Pemant.. 5

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loïde, l’atropine, qui semble en effet permettre une étude précise du système végétatif. L'atropine a sur le sympathique une action minime dont on peut ne pas tenir compte ; par contre, à doses suffisantes, elle paralyse le vague (celte paralysie étant réalisée au moment où le passage du clinostatisme à l'orthostatisme entraine l'accélération cardiaque la plus marquée, le retour au clinostatisme faisant réapparaitre rapidement le rythme initial). À ce moment, la tachycardie maxima obtenue en orthostatisme représente le tonus sympathique; l'accélération obtenue par le passage du clinostatisme à l’orthostatisme représente le tonus para-sympathique, dont dépend également la dose d'atropine à injecter.

Il semble qu’on ait, en l’atropine, le test le plus précis du fonctionnement végétatif. Mais cette épreuve nécessite l’injection d'assez fortes doses (1 mgr. 5 au moins); devant, ainsi que nous le dirons plus loin, répéter nos expériences cinq à six fois chez le même sujet, dont deux fois en pleine hyperthermie, le tout en un breflaps de temps, nous aurions été amenés à injecter des doses massives-d'atropine. Aussi, tout en reconnaissant l’indiscutable valeur de cette épreuve, n'avons-nous pas osé y recourir, si bien que nous n'avons pas étudié le système végétatif par les épreuves pharmacodynamiques.

Enfin, des nombreuses épreuves physiologiques mettant en jeu des réflexes agissant à distance dans les territoires végétatifs, nous n'avons retenu que les deux plus importantes : le Réflexe oculo-cardiaque (R. O. C.) et le Réflexe solaire (R. S.). Les autres épreuves nous ont semblé, ou plus délicates à rechercher, ou d'interprétation plus malaisée : réflexe oculo-vasculaire (vaso-consiriction périphérique suivie de vaso-dilatätion, par la compression oculaire), excitation du sinus carotidien, compression du testicule qui entraine une bradycardie avec vaso-constriction suivie de tachycardie avec vaso-dilatation. Nous n'avons pas recherché enfin certains réflexes qui sont plus du domaine du laboratoire que de la clinique : réflexe oculo-æsophasien, oculo-gastrique, oculo-colique, oculo-vésical.

Ainsi, obligés de faire un choix parmi ces différents tests, nous sommes-nous limités à quelques épreuves : R. O. C. et R.S., étude des réactions vaso-motrices vasculaires que nous avons fait porter sur les gros vaisseaux des membres ainsi que sur les petits vaisseaux cutanés, toutes épreuves qui nous ont paru, sinon d'interprétation toujours aisée, en tous cas susceptibles de mesures précises. Nous ne pensons certes pas que l'étude du système végétatif soit, par ces différents procédés, dégagée de toutes obscurités et incertitudes. Ainsi que l’expose M. Tinel dans une communication que nous aimerions à citer tout entière : « Nos procédés d'exploration sont vraiment rudimentaires. En ce qui concerne, par exemple, l'analyse des systèmes sympathique et para-sympathique, nous n'arrivons même pas à distinguer nettement le rôle de deux facteurs en partie différents, le tonus et l’excitabilité ».

L'imprécision de nos résultats « provient en grande partie d'une conception un peu trop simpliste du système végétatif … A côté des deux grands systèmes régulateurs centraux, il existe toute la foule des différents systèmes végétatifs périphériques... et l'état de ces différents systèmes parallèles n’est pas forcément identique...

« À ces différents systèmes périphériques, l’ortho- et le para-sympathique ne font qu'apporter une influence régulatrice générale qui se superpose à l'activité propre de ces centres sans toutefois la supprimer...

« On se rend compile que la détermination du tonus général ortho-sympathique et para-sympathique ne peut nous fournir autre chose que la notion d’une {endance générale dans l’activité des systèmes régulateurs. Elle se réduit, si l’on peut dire, à l'étude de l'atmosphère d'excitation ou d'inhibition relative dans laquelle sont appelés à fonctionner ces divers systèmes autonomes périphériques ».

Désireux de connaître le comportement du systéme végétatif au cours de la fièvre, il nous suffit de savoir si cette

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tendance générale de l’activité du système régulateur évolue vers la sympathicotonie ou la vagotonie, notion encore fort discutée actuellement ; il nous est impossible, nous en convenons, de préciser les modifications de chacun de ses multiples constituants, ni même le tonus absolu du sympathique et du para-sympathique.

Nos recherches ont porté sur 27 adultes, de 20 à 56 ans, choisis au hasard parmi les malades du service. Aucun d'eux ne présentait de lésion cardiaque ou rénale susceptible de modifier les réactions vasculaires, ni de lésion nerveuse ou endocrinienne susceptible de retentir sur le système végétatif.

Chez 18 de ces sujets, l'hyperthermie fut réalisée par une injection intra-musculaire d’une suspension d'huile soufrée à 1%, selon la technique de Schræder-Knud. Nous avons ainsi obtenu une hyperthermie débutant assez régulièrement après neuf ou dix heures et atteignant son maximum au bout d’une quinzaine d'heures : ainsi l'injection étant pratiquée à minuit, nous avons examiné tous nos sujets entre 14 et 17 heures.

Le taux de l'élévation thermique fut aisé à régler. Avec une injection de 2 cmc., la température s'élève en général au-dessus de 388, atteignant même 40° ; le plus souvent nous avons obtenu une fièvre de 390, 3995. Dans les rares cas où l'injection fut inopérante, une seconde, pratiquée trois jours plus tard, déclancha toujours l’hyperthermie. Dans 2 cas enfin, où cette élévation thermique fut insuftisante, une dose de 3 cmc. d'huile soufrée permit d'obtenir une fièvre de plus de 39,5.

Les résultats de ces expériences se sont montrés, ainsi que nous le verrons, assez concordants ; craignant alors que les modifications ainsi constatées ne puissent être imputables au produit même que nous injections, nous avons, chez 6.de nos malades, déclanché la fièvre par des procédés différents : injection intraveineuse de dmelcos, ondes

courtes, abcès de fixation, malaria. Trois autres malades furent étudiés au cours d’une hyperthermie spontanée.

Chacun de nos sujets fut étudié à plusieurs réprises et chaque fois dans les mêmes conditions : à la même heure, à jeun, dans le même local. Voulant éliminer les instables végétatifs, chez lesquels les variations spontanées du tonus végétalif ne permettraient pas de tenir compte des modifications observées pendant l'hyperthermie, nous avons examiné chacun de nos sujets à deux reprises avant l'injection d'huile soufrée, et nous n'avons retenu que ceux qui réagissaient de façon à peu près identique au cours de ces deux examens.

Chaque sujet fut étudié ensuite en pleine hyperthermie. Au début de nos recherches, nous n'avons pratiqué cet examen qu'une seule fois ; ultérieurement, nous avons chaque fois provoqué deux poussées fébriles, à huit jours d'intervalle.

Nos examens furent pratiqués à la fin de l’ascension thermique ou à peine l’acmé atteinte ; attendant plus longtemps, nous aurions pu voir survenir des modifications végétatives de sens inverse, prélude de la chute thermique (rappelons ici les travaux de Langlois qui constata une vasoconstriction pendant l'ascension thermique, et une vasodilatation une fois l’acmé atteinte). Dans ce but, nous avons : fait prendre la température de nos sujets toutes les trois heures pendant les douze premières heures, puis toutes les heures ; dès que l’ascension thermique se ralentissait nettement, nous commencions notre examen ; procédant de la sorte, nous n'avons jamais vu dans les heures suivantes la température dépasser de plus de 004 celle à laquelle nous avions étudié le malade.

Dans la critique de nos résultats, nous n'avons tenu comme démonstratifs, ainsi que nous le verrons par la suite, que les cas où l'intensité des modifications au cours de l'hyperthermie fut hors de proportion avec les minimes et inévitables différences enregistrées d’un jour à l’autre.

Enfin, chaque sujet fut examiné à nouveau deux autres fois : trois et six jours après la fièvre.

Le réflexe oculo-cardiaque et le réflexe solaire au cours de l’hyperthermie provoquée par l'huile soufrée.

Le R. O. C.et le R.S. sont les tests les plus utilisés en clinique pour l'exploration du système nerveux végétatif : le premier permettant d'interroger le pneumogastrique, le second explorant avec prédilection le sympathique.

En réalité, ce n’est pas tant le tonus et l'excitabilité de chacun des deux éléments du système végétatif que nous explorons par ces méthodes ; c'est plutôt l'ensemble de ce système, chacun de ses états d'équilibre successifs que nous étudions par nos tests. Aussi dans nos recherches, nous ne tiendrons compte que du sens des modifications de ces deux épreuves ; et nous n'attacherons, au contraire, qu'une moindre importance à la valeur absolue de chacune des réponses considérées isolément.

Le R. O. C. fut découvert à peu près simultanément par Dagnini, puis par Aschner en 1908. Parmi les multiples effets que provoque la compression oculaire, ces deux auteurs étudièrent spécialement les modifications du rythme cardiaque ; encore que Aschner ait également constaté les modifications respiratoires. Achard et Binet, en 1918, insistent sur les modifications tensionnelles provoquées par la compression oculaire ; ils constatent le plus souvent une légère baisse de la T. À. ; celle-ci est également notée par Danielopolu et ses élèves qui l’attribuent, non à la bradycardie provoquée par le R. O. C., mais à une cause

réflexe ; Schiff et Mile Werthemer, au contraire, constatent une légère élévation de la maxima au cours du R. O. C.

Nous n'avons, dans notre travail, étudié que les modifications du rythme cardiaque obtenues par la compression oculaire : le R. O. C. est en effet un des meilleurs tests du fonctionnement végétatif, l'intensité de la bradycardie qu’il entraine est fonction du tonus du vague. Quoique le plus souvent douloureux, le R. O. C. n'est pas, en effet, un réflexe à la douleur consciente. M. Barré montre qu’une compression forte, douloureuse ou non, entraîne une bradycardie, tandis que la douleur sans compression oculaire entraine une tachycardie.

Les voies de conduction de ce réflexe végétatif ont été très discutées. Il est classique de faire du trijumeau la voie centripèle (la compression du globe oculaire excitant certaines terminaisons du nerf ophtalmique), le vague étant la voie centrifuge. Par contre, Laignel-Lavastine considère également le sympathique comme voie centripète ; MM. Barré et Crusem pensent même que le sympathique serait la seule voie centripète, et le R. O. C. serait ainsi, non point un réflexe trijémino-sympathico-vagal, mais un réflexe sympathico-vagal. |

Quelque mécanisme qu’on invoque, le R. O. C. est indiscutablement un test du fonctionnement végétatif, la bradycardie qu'il provoque est fonction du tonus du vague. Pour Barré, un ralentissement de moins de 16 pulsations par minute n'aurait aucune valeur, certains sujets présentant des modifications spontanées du rythme cardiaque de 14 à 15 pulsations par minute. Seul un ralentissement de plus de 16 serait normal ; ce n’est qu’au-dessus de 30 qu'il parle d'un R. O. C. exagéré.

Il semble cependant que des variations physiologiques de cette importance sont rares, et nous n'avons utilisé dans nos recherches que des sujets à rythme cardiaque relativement stable. Aussi, comme le conseille Laignel-Lavastine, avonsnous considéré comme R. O. C. normal un ralentissement de 4 à 12 pulsations par minute.

Au reste, le fait de préciser les limites exactes d'un

R. O. C. normai est pour nous d’un intérêt secondaire : nous ne nous préoccupons pas d’étiqueter tel ou tel sujet vagotonique, sympathicotonique ou amphotonique ; mais bien d'étudier les modifications de son tonus végétatif au cours de l'hyperthermie, en comparant le R. O. C. obtenu à 400 à celui que nous avons constaté en apyrexie, et qui est le R. O. C. normal pour ce sujet.

Bien moins important que l'intensité du ralentissement est son mode d'apparition. Le temps perdu entre le début de la compression et le ralentissement est variable : 1”,5 à 25” pour Barré qui montre les divers modes de ralentissement :

— lent et progressif;

— première phase de rythme inchangé ; deuxième phase de chute avec oscillations ; troisième phase de ralentissement simple ;

— première phase inchangée, puis ralentissement stable.

Ces diverses modalités n'ont pu être rapportées à des troubles végétatifs particuliers.

Parfois enfin. le ralentissement cardiaque est précédé d'une phase plus où moins longue de tachycardie. Ainsi que le montra, il y a longtemps, notre maitre le Professeur Ch. Laubry, il ne faut pas tenir compte de cette tachycardie initiale, d'origine probablement émotive, à laquelle succède la bradycardie. Il est, par contre, des sujets, rares en réalité, chez lesquels le R. O. C. n'entraîne qu'une lachycardie sans ralentissement secondaire : la signification de cette réponse anormale fut longtemps discutée, mais on admet actuellement qu'elle traduit une sympathicotonie.

Pour l'étude du R. O. C., nous nous sommes servis de l'oscillomètre enregistreur de Boulitte. Il nous a paru insuffisant de compter le pouls de dix secondes en dix secondes ; parfois en effet, quelques pulsations seules sont ralenties sans que la main les perçoive. L'enregistrement graphique du pouls radial nous semble ainsi qu'à tous ceux qui étudièrent ie R. O. C. indispensable pour accorder aux résul-

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tats obtenus leur entière valeur. Par contre, nous n'avons pas tenté de contrôler les modifications du rythme cardiaque par un tracé électrocardiographique ainsi que le conseille P. Meyer, afin de préciser les causes de ce ralentissement: bradycardie sinusale, blocage auriculo-ventriculaire.

Avant de commencer notre enregistrement, nous comptons le pouls radial pendant une ou deux minutes afin de nous assurer de sa régularité; puis nous déclenchons notre enregistrement et laissons les battements s'inscrire pendant quarante secondes; à ce moment seulement, nous procédons à la compression oculaire que nous exerçons pendant quinze secondes, après quoi nous continuons notre enregistrement pendant plus de deux minutes. Il est indispensable de suivre les modifications du pouls pendant un certain temps après cessation de la compression oculaire, le réflexe pouvant, ainsi que le montra notre maitre Ch. Laubry, se prolonger assez longtemps.

Selon la technique de Laignel-Lavastine, nous comprimons le globe oculaire avec la pulpe des deux pouces, les ongles tournés l'un vers l’autre; on peut de cette façon réaliser sans trop de douleur une compression appropriée à la tension intra-oculaire de chaque individu. Nous ne nous sommes jamais servis d'oculo compresseur malgré la précision plus grande qu’ils permettent; il nous a semblé, en effet, comme l’a signalé le Professeur Laignel-Lavastine, que l’oculo-compresseur de Roubinovitch risque d’effrayer le malade, que l'appareil de Barré présente des oscillations latérales des ressorts en cas de mouvements de défense.

On pourrait évidemment nous objecter que, procédant de cette façon, nous risquons d'exercer une compression inévale d'un examen à l’autre, tandis que l’oculo-compresseur permet une compression toujours la même (500 à 800 gr. pour Barré). En réalité, lorsqu'on a acquis une certaine pratique du R. O. C., on arrive à exercer une pression à peu près identique. Répétant plusieurs jours de suite nos examens chez des sujets apyrétiques, nous avons obtenus des résultats très voisins, les faibles différences constatées d’un jour à l’autre étant toujours beaucoup moins importantes

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