DUES A. UN ÉTAT MORBIDE
passage du rapport remarquable que M. Mesnet a lu à T Académie de médecine sur le prix Falret.
« La notion du moi^ plus particulièrement atteinte, reste suspendue, et alors même que les autres facultés, se réveillant plus ou moins incomplètes, semblent présider aux actes accomplis par le malade, l'être inconscient n'obéit en réalité qu'à une activité purement mécanique, née de la dissociation violente opérée entre les centres perspectifs supérieurs annihilés et les centres secondaires ou moteurs. C'est l'automatisme, activité inconsciente, souvent brutale, qui échappe à toute action directrice. »
IV. — ALTÉRATIONS DE LA PERSONNALITÉ DUES A DES ÉTATS PARTICULIERS OU A DES NÉVROSES
Les principaux impulsifs sont les épileptiques les hystériques et certains somnambules. Guidés automatiquement par une idée, quelquefois criminelle, ils peuvent commettre des attentats horribles, et trop souvent, hélas I en les frappant, la société n'atteint que des innocents.
Il est de not i on vulgaire que beaucoup d'aliénés croient être ce qu'ils ne sont pas: ils sont des empereurs, des dieux, la sainte Vierge, etc. Chez eux cette fausse notion est plus ou moins solidemçnt enracinée ; la plupart du temps, en discutant avec eux, il est facile de les faire tomber dans des contradictions qui les exaspèrent ; ils arrêtent alors la discussion par cette phrase, toujours la même: Tout ce que vous me dire^
n empêche pas que je suis la sainte Vierge ou l'empereur de la Chine ^ etc.
Le nombre des faits de cet ordre est très considérable : aussi je ne citerai qu'un exemple comme type.
P..., âgée aujourd'hui de trentre-quatre ans, célibataire, est depuis cinq ans internée dans l'asile des aliénés de Bordeaux. En 1874, sans cause connue, elle a perdu subitement la raison. Sa folie est une manie tranquille avec tendance à la tristesse. Dès les premiers temps de sa maladie, elle a cru qu'il existait en elle une autre personne; aujourd'hui, cette aberration s'est caractérisée de plus en plus.
Voici ce que me raconte à ce sujet le médecin en chef de l'asile, M. Taguet :
Il y a quelques mois, elle le prend à part et lui dit :
« J'ai à vous consulter, monsieur, au sujet d'une grosseur qu'elle porte dans le sein droit ; elle en souffre et désirerait savoir ce qu'elle doit faire. »
En effet, P... a dans le sein droit une petite tumeur d'une nature du reste peu dangereuse.
Je l'interroge : d'après ses réponses, elle est convaincue que cette tumeur appartient à une autre personne ; il est impossible de lui faire comprendre que c'est bien elle qui la porte .
« Je n'ai rien, dit-elle, je me porte très bien ; mais elle a une grosseur dans le sein qui la
préoccupe. »
Je dois ajouter que, dans ces derniers temps, l'intelligence de P... a beaucoup baissé; elle marche rapidement à la démence, et il est très difficile de lui faire suivre une idée ; elle divague et tombe rapidement dans l'incohérence. Il est cependant très certain que, dans les premiers temps de sa maladie, elle a cru contenir en elle une autre personne, et qu'elle lui attribue le mal qu'elle porte.
Des malades atteintes d'hystéro-épilepsie ont présenté des phénomènes du même ordre. Je ne parle pas ici de l'automatisme qui suit l'accès caractéristique de cette maladie et qui provoque des actes impulsifs, trop souvent criminels.
Cet automatisme^ altération de la personnalité, ne dure que quelques instants : aussi ne ferai-je que le signaler. Je fais allusion à des
faits OÙ le changement de la personnalité dure un certain temps et donne Papparence de la double conscience.
L'exemple le plus remarquable que possède la science est rapporté par le docteur Camuset (i). En voici l'analyse :
Un jeune homme de dix-sept ans, d'une bonne constitution, est atteint d'hystéro-épilepsie, névrose qui^ pour le dire en passant, est assez mal définie.
Parmi les nombreux phénomènes de sa maladie, convulsifs et autres, il en est un qui est particulièrement intéressant.
Un jour, après une attaque violente, il a oublié tout ce qu'il a fait jusqu'à ce moment et il a comme une personnalité nouvelle; tout en lui est différent : caractère, sens moral, vivacité intellectuelle, aptitudes; il a oublié jusqu'au métier de tailleur qu'on lui avait péniblement enseigné. Il a fallu procéder à sa rééducation.
Cette seconde personnalité a duré environ un an; puis, à la suite d'un accès semblable au
(i) Camuset, Revue philosophique, 1882.
premier, notre malade est rentré dans son état primitif, récupérant tout d'un coup ses habitudes, ses allures^ son sens moral et sa petite instruction d'autrefois. A ce moment, il avait oublié tout ce qui s'était passé pendant Tannée de sa deuxième personnalité (i).
Un traumatisme cérébral a pu, dans une circonstance, devenir Torigine d'une perturbation extraordinaire du sentiment de la personnalité ; je veux parler de l'observation très remarquable que M. Mesneta publiée (2).
C'est l'histoire d'un sergent qui, ayant été blessé à Bazeilles en 1870 d'une balle qui lui a fracturé le pariétal gauche, fut atteint d'une hémiplégie qui dura environ un an ; il était guéri de ces accidents, lorsque, étant à l'hôpital Saint- Antoine, M. Mesnet a pu observer chez lui les phénomènes suivants :
« Depuis quatre années, la vie de F... pré-
(i) Ce malade est le même sur lequel MM.^Bourru et Burot ont fait leurs premières expériences d'action des médicaments à distance. — Voyez Bourru et Burot, La suggeS' tion mentale et l'action des médicaments à distance, Paris, 1887, I vol. in- 16. {Bibliothèque scientifique contemporaine,
(2) Mesnet^ Mémoire sur Vautomatisme de lamémoire et du souvenir dans le somnambulisme pathologique. Paris, 1874.
sente deux phases essentiellement distinctes : Tune normale, l'autre pathologique.
« Dans son état ordinaire, F... est un homme assez intelligent pour pourvoir à ses besoins, pour gagner sa vie ; il a été chanteur dans un café des Champs-Elysées, et ses fonctions de sergent, lorsqu'il était au régiment, révèlent certaines aptitudes qui l'avaient fait remarquer de ses chefs.
« A rhôpital, il est serviable, bienveillant, et n'a donné lieu à aucun reproche pour sa conduite. Sa santé générale ne laisse rien à désirer.
« La phase pathologique peut être caractérisée de la manière suivante :
« La transition de l'état normal à l'état de maladie se fait en un instant d'une manière insensible. Ses sens se ferment aux excitations du dehors ; le monde extérieur cesse d'exister pour lui; il n'agit plus qu'avec le mouvement automatique de son cerveau. Complètement isolé du milieu dans lequel il est placé, on le voit aller^ venir^ faire, agir, comme s'il avait le plein exercice de ses sens et de son intelligence, à tel
point qu'une personne non prévenue de son état se rencontrerait sur son passage sans se douter des singuliers phénomènes qu'il présente. Si Ton veut diriger ses mouvements, il se soumet comme un automate et marche dans la direction qu'on a voulu lui donner.
« Pendant toute la durée de Taccès, les fonctions instinctives et les appétits s'accomplissent comme à Tétat de santé; la sensibilité générale de la peau et des muscles est éteinte ; Touïe, le goût et Todorat n'existent plus ; la vue n'est pas absolument éteinte, car le malade paraît n'être pas insensible aux reflets des objets brillants ; le toucher seul est conservé et paraît même plus développé qu'à l'état normal. »
On le voit : ce malade a comme deux personnalitésy ou du moins sa personnalité normale a subi une telle atteinte sous l'influence d'un état accidentel du cerveau qu'il est impossible de caractériser, que les actes de sa seconde vie n'ont aucun lien ou n'ont qu'un lien très faible avec ceux de sa vie normale. Bien plus, ses sentiments sont différents, car bien que, dans sa vie ordinaire, on n'ait aucun reproche à lui faire au
point de vue de la probité, dans sa phase pathologique, agissant sous Tinfluence d'une sorte de manie du vol, il met dans sa poche, sous les yeux mêmes des personnes qui Tentourent et de la présence desquelles il ne se doute pas, tous les objets de valeur qui sont à sa portée. Ainsi M. Mesnet m'a conté que, Payant un jour conduit chez lui pendant sa crise, le malade se mit à soustraire toutes les pièces d'argenterie et autres objets brillants qui étaient sur les tables.
Un traumatisme cérébral peut donc, aussi bien que nombre de maladies spontanées du cerveau, devenir l'origine d'une altération de la personnalité.
Voici une observation (i) qui présente avec la précédente quelque analogie :
Un agent de police, ayant reçu de nombreux coups à la tête, a vu son intelligence se troubler d'une façon singulière; sans être aliéné, il croit être double, dit toujours nous en parlant de luimême et à table dit volontiers : moi Je suis rassasié, mais l'autre ne Vest pas; enfin il tente de se suicider pour tuer Vautre.
(i) Archtv fur Psychiatrie,
Bientôt, il était aisé de s'y attendre, ce malade est devenu complètement fou, et, tombé plus tard dans la démence, il a succombé.
A l'autopsie, on a trouvé une inégalité considérable entre les deux hémisphères cérébraux -
Cette inégalité peut, dans une certaine mesure, donner Texplication de la croyance qu'avait ce malheureux de la présence en lui de deux personnes différentes. Cette explication s'accorde avec rhypothèse ingénieuse de M. Luys qui croit que les dédoublements de la personnalité sont dus à des fonctionnements alternatifs des deux hémisphères cérébraux.
La chorée a pu devenir aussi Torigine d'une altération considérable de la personnalité; j'ai déjà publié un fait de ce genre (i).
La notion que nous avons de notre personnalité est absolument subordonnée à l'intégrité physiologique de notre système nerveux : les faits précédents le démontrent de la façon la plus nette; je crois cependant y devoir insister.
M, Luys (2) le fait ressortir avec autorité;
(i) Voy. p. 221.
(2) Luys, Traités des maladies mentales.
tel malade anesthésique partiellement n'a plus de bras ; tel autre, poussé par une impulsion maladive, donne des coups de pied ; il n'est plus lui, il est un cheval.
Je ne saurais mieux faire que de citer textuellement notre savant confrère.
« Les éléments qui entrent dans la constitution de la personnalité physique, surexcités, réagissent d'une façon concordante, et leurs manifestations excessives donnent la note en quelque sorte de leur état de surchauffe. »
Le fait suivant donne une idée exacte de Tinfiuence d'un état pathologique du système nerveux sur la notion de la personnalité.
Une femme hystérique me racontait qu'un jour, assistant à une très belle cérémonie religieuse, elle avait perdu la notion de ce qui Tenlouraitet s'était envolée; elle n'était plus elle, mais un ange planant dans les espaces et montant vers les cieux. Or un examen attentif prouvait que toute la partie de son corps en contact avec la chaise sur laquelle elle était assise était anesthésique, si bien que, ne se sentant pas assise, et Texaltation religieuse aidant, elle avait cru
2j4 LES ALTÉRATIONS DE LA PERSONNALITÉ
voler ; comme pour voler il faut des ailes, sa personnalité s'était transformée en celle d'un ange.
Combien de miracles n'ont-ils pas une origine semblable I
M. Krishaber a décrit, en iSyS, sous le nom de Névropathie cérébro-cardiaque, un état pathologique spécial du système nerveux et il a appuyé sa description sur trente-huit observations. Sans discuter si l'ensemble des symptômes décrits constitue une entité morbide, je dirai que presque tous ces malades ont présenté, de la façon la plus accusée, des altérations de la personnalité. Bien qu'aucun ne soit aliéné, ils se croient doubles, autres qu'eux-mêmes, ils contiennent en eux une autre personne, etc.
Ils comprennent parfaitement, ayant toute leur raison, qu'ils ne sont pas dans la vérité; mais ils ne peuvent s'empêcher de croire à cette dualité.
Les somnambules, que leur état soit spontané ou provoqué, perdent aussi la notion de leur personnalité; la séparation entre l'existence ordinaire et la période d'accès, ou condition seconde, peut être complète, absolue ; il en est ainsi la plupart du temps.
En un mot, le malade, à son réveil, a perdu le souvenir de tout ce qui s'est passé, de tout ce quMl a fait pendant son sommeil ; mais il s'en souvient dans Taccès suivant : s'il a commis quelque acte criminel ou délictueux, c'est comme une autre personne qui a commis cet acte, il peut dire en toute conscience qu'il en est innocent.
Bien que les faits de cet ordre soient nombreux, je crois devoir citer, comme type, l'exemple suivant que rapporte M. Dyce (i) :
Une somnambule spontanée , du nom de Maria C..., en fait le sujet.
Une domestique, d'un caractère dépravé, ayant remarqué que cette jeune femme ignorait à son réveil ce qui s'était passé pendant ses accès, introduisit à la dérobée dans la maison un jeune homme qu'elle connaissait et lui procura ainsi l'occasion de traiter Maria de la manière la plus brutale et la plus perfide. Les misérables mirent leur projet à exécution en la bâillonnant avec des draps de lit; par ce moyen
(i) Dyce, Edinburgh philosophical Transactions, d'après Mac Nish, Philosophy ofSleep, i83o, p ii3.
et d'autres, ils vainquirent la résistance qu^elle opposait à leur scélératesse, même dans son état de somnambulisme. A son réveil elle nVvait aucune connaissance de l'outrage subi; mais quelques jours plus tard, étant retombée en somnambulisme, ces événements lui revenaient à la mémoire, et elle en racontait à sa mère tous les odieux détails.
Les faits qui précèdent donnent l'idée d'altérations de la personnalité, soit spontanées, soit d'origine morbide ; d'autres altérations peuvent être en quelque sorte suggérées chez des individus, d'ailleurs sains d'esprit, mais mis accidentellement dans des états particuliers.
J'ai vu, en 1880, dans le service du professeur Charcot, une J2une femme qui, dans le sommeil hypnotique, perdait, avec la plus grande facilité, la notion de sa personnalité; la simple af&rmation de celui qui l'avait endormie sufSsait à la convaincre; ainsi B...., étant hypnotisée par l'interne du service, celui-ci lui disait : tu es M. X... Aussitôt, prenant un air sérieux, elle imitait les gestes qu'elle voyait chaque jour faire à M. X.... pour endormir les malades,
reproduisait ses attitudes et cherchait à imiter sa voix : en un mot, elle donnait les preuves les plus manifestes qu'elle croyait bien véritablement être M. X....
M. Charles Richet (i) a public sur ce sujet un travail important basé sur des observations curieuses. Je ne saurais mieux faire que de les reproduire en entier ; on y voit avec quelle facilité certaines personnes, perdant le souvenir de leur personnalité propre, peuvent prendre une personnalité nouvelle-, en un mot, combien, dans l'état de somnambulisme provoqué, le sentiment de la personnalité est, pour ainsi dire, peu adhérent au moi.
« Endormies et soumises à certaines influences, A... et B... oublient qui elles sont : leur âge, leurs vêtements, leur sexe, leur situation sociale, leur nationalité, le lieu et l'heure oii elles vivent. Tout cela a disparu. Il ne reste plus dans l'intelligence qu'une seule image, qu'une seule conscience : c'est la conscience et l'image de l'être nouveau qui apparaît dans leur imagination.
(i) Charles Richet, La personnalité dans le somnambulis^ me, [Rev. philosophique f mars i883).
ÂZAM. I y
« Elles ont perdu la notion de leur ancienne existence. Elles vivent, parlent, pensent, absolument comme le type qu'on leur a présenté.
Avec quelle prodigieuse intensité de vie se trouvent réalisés ces types, ceux-là seuls qui ont assisté à ces expériences peuvent le savoir. Une description ne saurait en donner qu'une image bien affaiblie et imparfaite.
« Au lieu de concevoir un type, elles le réalisent, l'objectivent. Ce n'est pas à la façon de l'halluciné, qui assiste en spectateur à des images se déroulant devant lui ; c'est comme un acteur, qui, pris de folie, s'imaginerait que le drame qu'il joue est une réalité, non une fiction, et qu'il a été transformé, de corps et d'âme, dans le personnage qu'il est chargé de jouer,
« Pour que cette transformation de la personnalité s'opère, il suffit d'un mot prononcé avec une certaine autorité,
« Je dis à A... :
« Vous voilà une vieille femme. »
a Elle se voit changée en vieille femme, et sa physionomie, sa démarche, ses sentiments sont ceux d'une vieille femme.
« Je dis à B. . • :
« Vous voilà une petite fille. »
« Et elle prend aussitôt le langage, les jeux, les goûts d^une petite fille.
« Encore que le récit de ces scènes soit tout à fait terne et incolore, comparé à ce que donne le spectacle de ces étonnantes et subites transformations, je vais cependant essayer d'en indiquer quelques-unes.
« Voici quelques-unes des objectivât ions de M... :
« En paysanne. Elle se frotte les yeux, s'étire. « Quelle heure est-il ? quatre heures du matin! » (Elle marche comme si elle faisait traîner ses sabots.) « Voyons, il faut que je me lève ! allons à l'étable. Hue I la Rousse! allons, tourne-toi... (Elle fait semblant de traire une vache.) « Laisse-moi tranquille, Gros-Jean.
Voyons, Gros-Jean, laisse-moi tranquille, que je te dis!... Quand j'aurai fini mon ouvrage. Tu sais bien que je n'ai pas fini mon ouvrage. Ah I oui, oui! plus tard... »
« En actrice. Sa figure prend un aspect souriant, au lieu de l'air dur et ennuyé qu'elle
avait tout à Theure. « Vous voyez bien ma jupe. Eh bien, c'est mon directeur qui l'a fait rallonger(i). Ils sont assommants, ces directeurs. Moi, je trouve que plus la jupe est courte, mieux ça vaut. II y en a toujours trop. Simple feuille de vigne. Mon Dieu, c'est assez! Tu trouves aussi, n'est-ce pas, mon petit, qu'il n'y a pas besoin d'autre chose qu'une feuille de vigne. Regarde donc cette grande bringue de Lucie, a-t-elle des jambes, hein !
« Dis donc, mon petit ! (Elle se met à rire.) Tu es bien timide avec les femmes ; tu as tort. Viens donc me voir quelquefois. Tu sais, à trois heures, je suis chez moi tous les jours. Viens donc me faire une petite visite, et apporte-moi quelque chose. »
« En généraL Passez-moi ma longue- vue.
C'est bien ! c'est bien ! Où est le commandant du premier zouave ? Il y a là des Kroumirs ! Je les vois qui montent le ravin... Commandant, prenez une compagnie et chargez-moi ces genslà. Qu'on prenne aussi une batterie de cam-
(i) Cestune femme, très respectable mère de famille, et très religieuse de sentiments, qui parle.
pagne... Ils sont bons, ces zouaves! Comme ils grimpent bienl... Qu'est-ce que vous me voulez, vous?... Comment, pas d'ordre? (^/7ar/) (i). C'est un mauvais officier, celui-là ; il ne sait rien faire. — Vous, tenez... à gauche. Allez vite. — [A part). Celui-là vaut mieux... Ce n'est pas encore tout à fait bien. {Haut.) Voyons, mon cheval, mon épéè ! (Elle fait le geste de boucler son épée à la ceinture.) Avançons ! Ah ! je suis blessé! »
« En prêtre. (Elle s'imagine être Tarchevêque de Paris, sa figUre prend un aspect très sérieux. Sa voix est d'une douceur mielleuse et traînante qui contraste avec le ton rude et cassant qu'elle avait dans Tobjectivation précédente) {A part.) « Il faut pourtant que j'achève mon mandement. (Elle se prend la tête entre les mains et réfléchit.) {Haut.) Ah! c'est vous, monsieur le grand vicaire; que me voulez- vous? Je ne voudrais pas être dérangé... Oui, c'est aujourd'hui le !•' janvier, et il faut aller à la cathédrale...
(i) Les apartés de ces dialogues sont dits à voix très basse, mais distincte, en remuant à peine les lèvres.
Toute cette foule est bien respectueuse, n'est-ce pas, monsieur le grand vicaire ? Il y a beaucoup de religion dans le peuple, quoi qu'on fasse. Ahl un enfant 1 qu'il approche, je vais le bénir. Bien, mon enfant. (Elle lui donne sa bague [imaginaire] à baiser.) (Pendant toute cette scène, avec la main droite, elle fait à droite et à gauche des gestes de bénédiction. . • « Maintenant, j'ai une corvée : il faut que j'aille présenter mes hommages au président de la République... « Monsieur le Président, je viens vous « offrir tous mes vœux. L'Église espère que « vous vivrez de longues années ; elle sait qu'elle (( n'a rien à craindre, malgré de cruelles atta- « ques, tant qu'à la tête du gouvernement de « la République se trouve un parfait honnête
<( homme » (Elle se tait et semble écouter
avec attention.) (A part,) a Oui, de Teau bénite de cour. EniSn!... Prions! » Elle s'agenouille. « En religieuse. Elle se met aussitôt à genoux, et commence à réciter ses prières en faisant force signes de croix ; puis elle se relève : « Allons à rhôpital. Il y a un blessé dans cette salle. Eh bien, mon ami, n'est-ce pas que cela
va mieux ce matin? Voyons I laissez-moi défaire votre bandage. (Elle fait le geste de dérouler une bande). Je vais avec beaucoup de douceur; n'est-ce pas que cela vous soulage ? Voyons ! mon pauvre ami, ayez autant de courage devant la douleur que devant Tennemi. »
« Je pourrais encore citer d'autres objectivations de A... soit en vieille femme, soit en petite fille, soit en jeune homme, soit en cocotte. Mais il me paraît que les exemples donnés cidessus sont suffisants pour qu'on se fasse
quelque idée de cette transformation absolue de la personnalité dans tel ou tel type imaginaire. Ce n'est pas un simple rêve : c'est un rêve vécu.
« Les objectivations de B... sont tout aussi saisissantes que celles de A... En voici quelques-unes :
« En général. Elle fait « hum, hum! » à plusieurs reprises, prend un air dur et parle d'un ton saccadé... « Allons boire ! — Garçon, une absinthe I Qu'est-ce que ce godelureau?
Allons, laissez- moi passer... Qu'est-ce que tu me veux? (On lui remet un papier, qu'elle fait
semblant de lire.) « Qu'est-ce qui est là? > (Rép. C'est un homme de la i** du 3. — f Ah ! bon ! voilà! (Elle griffonne quelque chose d'illisible.) Vous remettrez ça au capitaine adjudant-major. Et filez vite. — Eh bien ! et cette absinthe ? » (On lui demande s'il est décoré.) « Parbleu ! » — C'est qu'il a couru des histoires sur votre compte. — Ah ! quelles histoires ? Ah I mais f Ah I mais I Sacrebleu L Quelles histoires ? Prenez garde de m'échauffer les oreilles. Qu'est-ce qui m'a f... un clampin comme ça ? » (Elle se met dans une violente colère, qui se termine par une crise de nerfs.)
« En matelot. Elle marche en titubant^ comme le matelot qui descend à terre après une longue traversée. « Ah! te voilà, ma vieille branche ! allons vadrouiller !
« En vieille femme. On lui demande :
« Comment allez-vous ? » Elle baisse la tête en disant : « Hein !» — « Comment allez- vous ? » Elle dit de nouveau : « Hein! Parlez plus haut, j'ai Toreille dure. » Elle s'assoit en geignant, tousse, se tâte la poitrine, les genoux,
en se disant à elle-même : « C'est les douleurs ! Aïe ! Aïe I — Ah I vous m'amenez votre fille ! Elle est gentille, cette enfant. Embrassemoi, mignonne, et va jouer. Avez-vous un peu de tabac ? »
« En petite fille (i). Elle parle comme une petite fille de cinq à six ans : « Ze veux ^ouer. Raconte-moi quelque sôse. Jouons à cachecache, etc. » Elle court en riant, se cache, fait Coucou. Ce jeu, très fatigant pour nous, dure près d'un quart d'heure. Il est remplacé par colinmaillard, puis cache-tampon, etc. Ensuite elle veut jouer à la poupée, la berce. On lui fait raconter l'histoire du petit Chaperon rouge, elle dit que c'est très joli, mais triste. On lui demande si c'est moral, et elle répond qu^elle ne sait pas ce que c^est que moral. Elle ne veut pas raconter d'autre histoire, se fâche, tire la langue, pleure, tape du pied, etc.; ne veut pas d^un polichinelle parce que c^est un joujou de petit garçon^ dit qu'elle sera bien
(i) Cette objectivation a duré une heure et demie, sans que B... se soit démentie une seule fois dans son langage enfantin ou dans ses allures.
sage, demande sa poupée ou des confitures.
« En M. X..., pâtissier. — Cette dernière objectivation était particulièrement intéressante, car, il y a plusieurs années, étant au service de M. X..., elle fut brutalisée et frappée par lui, si bien que la justice s'en mêla, je crois. B... s'imagine être ce M. X... • sa figure change et prend un air sérieux. Quand les pratiques arrivent, elle les reçoit très bien. « Parfaitement, ^ monsieur, pour ce soir à huit heures, vous aurez votre glace! Monsieur veut-il me donner son nom ? Excusez-moi s'il n'y a personne ; mais j'ai des employés qui sont si négligents. B... ! B...I Vous verrez que cette sotte-là est partie. Et vous, monsieur, que me voulez-vous? (Réponse : Je suis commissaire de police, et je viens savoir pourquoi vous avez frappé votre domestique?) — « Monsieur, je ne Tai pas frappée. » (Réponse : Cependant elle se plaint.) — Elle prend un air très embarrassé. « Monsieur, elle se plaint à tort. Je Tai peut-être poussée, mais je ne lui ai pas fait de mal. Je vous assure, monsieur le commissaire de police, qu'elle exagère. Elle a fait un es-
clandre devant le magasin... » (Elle prend un air déplus en plus embarrassé.) « Que cette fille s'en aille. Je vous assure qu'elle exagère. Et puis je ne demande qu'à entrer en arrangement avec elle. Je lui donnerai des dédommagements convenables. » (Réponse : Vous avez battu vos enfants.) « Monsieur, je n'ai pas des enfants : j'ai un enfant, et je ne Tai pas battu. »
L'expérience de Braid, celle de nombre d'observateurs, la mienne propre et la pratique journalière de la Salpêtrière permettent de penser que, chez les personnes artificiellement endormies, cette faiblesse du sentiment de la personnalité est en quelque sorte la règle.
Il est sans doute fort singulier de voir qu'il est des gens si faciles à persuader que l'affirmation la plus simple trouve créance en eux; on rencontre cependant, dans la vie ordinaire, nombre de personnes si aisées à persuader, si aptes à se laisser influencer, qu'on a créé pour eux le dicton : Faire poir des vessies pour des lanternes, dicton dont je prie le lecteur d'excuser la vulgarité; mais la facilité de persuasion n'est pas seulement basée sur la
faiblesse d'esprit de celui qu'on persuade, elle Test aussi sur la force ou Tautorité de celui qui persuade. A quoi servirait l'éloquence?... On sait cela depuis les croisades.
Quelle différence avec la réalité? Quel est celui de mes lecteurs qui, si on lui disait : • Vous n'êtes pas M. X..., vous êtes M. Y..., » ne répondrait en levant les épaules : Vous vous moque:{ de moi^je sais bien qui je suis? Notre conscience, en effet, nous dit qui nous sommes, et notre souvenir, qui nous avons été; des états morbides accidentels peuvent seuls ébranler ou nous faire perdre cette notion, laquelle, chez l'homme valide et sain d'esprit, est solidement adhérente au moi.
De toutes les névroses, l'hystérie est, de beaucoup, celle qui provoque le plus souvent les altérations de la personnalité ; elle domine la pathologie de la femme. Aussi est-ce chez les femmes qu'on observe le plus souvent des troubles de cette nature; les principaux faits connus sont des cas dans lesquels la malade, tout en continuant à vivre comme tout le monde, perd, pendant un temps plus ou moins
long, le souvenir d'une période de sa vie ; cette perte de mémoire est plus ou moins complète, elle Ta toujours été assez pour que le moi paraisse atteint dans son unité, et pour que la personne qui en est le sujet semble avoir comme deux existences différentes, séparées par une courte période de transition quelconque.
Au fond, ces altérations de la personnalité ne sont que des maladies de la mémoire. M. Ribot (i) Ta dit excellemment. En effet, si la personne elle-même peut penser qu'elle est double, ou qu'une autre qu'elle a accompli un acte qu'elle a oublié, l'observateur sait bien que cette personne est une, et que, si ses actes sont bizarres et incohérents, la faute en est à l'absence d'un lien qui, chez tout le monde, unit entre eux tous les actes qui se succèdent.
En publiant l'observation de Félida X... (2), j'ai pu engager les observateurs à faire des recherches sur ce sujet difficile ; des faits nouveaux ont été publiés, des faits anciens rappelés, et, sans qu'il soit possible de dire que la science
(i) Ri bot. Maladies de la mémoire* (2) Voy. p. 63 et suiv.
est faite sur ce sujet, il est permis de penser que la question est en bonne voie. Aussi j'ai pensé qu'il était de grand intérêt de réunir ici les principaux faits d^altérations de la personnalité, qu'il est possible de comprendre sous le nom de double conscience^ de dédoublement.
Mitchell et Nott (1) ont publié, en 18 16, une observation qui est devenue célèbre, sous le nom d'Histoire de la dame américaine de MaC'Nish; le docteur Mitchell en tenait les panicularités du major Elliot^ professeur àTAca* demie militaire de West-Point.
Quelques années plus tard, elle a été reproduite par J. Franck (2), et enfin, dans ces der nières années, par Mac-Nish (3) ; c'est à ce dernier auteur qu'elle a été généralement empruntée. Je vais traduire presque textuellement Mac-Nish :
« Une jeune dame instruite, bien élevée et d'une bonne constitution, fut prise tout d'un coup, et sans avertissement préalable, d'un
(i) Mitchell et Nott, Médical repository, janv. 1816.
(2) J. Franck, Pathologie interne, t. III, p. 65 et 124.
(3) Ueic Nish, Philosoph of Sleep. i83o.
sommeil profond, qui se prolongea plusieurs heures au delà du temps ordinaire.
A son réveil, elle avait oublié tout ce qu'elle savait, sa mémoire était comme une Tabula rasa^ et n'avait conservé aucune notion, ni des mots, ni des choses ; il fallut tout lui enseigner à nouveau ; ainsi elle dut réapprendre à lire, à écrire, à compter; peu à peu, elle se familiarisa avec les personnes et avec les objets de son entourage, qui étaient pour elle comme si elle les voyait pour la première fois ; ses progrès furent rapides.
Après un temps assez long, plusieurs mois, elle fut, sans cause connue, atteinte d*un sommeil semblable à celui qui avait précédé sa nouvelle vie.
A son réveil, elle se trouva exactement dans rétat où elle était avant son premier sommeil ; mais elle n'avait aucun souvenir de tout ce qui s'était passé pendant Tintervalle; en un mot, dans Vétat ancien, elle ignorait Vétat nouveau. C'est ainsi qu'elle nommait ses deux vies, lesquelles se continuaient isolément et alternativement par le souvenir.
Pendant plus de quatre ans, cette jeune dame a présenté à peu près périodiquement ces phé nomènes.
Dans un état ou dans Tautre, elle n'a plus de souvenance de son double caractère que deux personnes distinctes n^en ont de leurs natures respectives; par exemple, dans les périodes diétat ancien, elle possède toutes les connaissances qu'elle a acquises dans son enfance et sa jeunesse ; de son état nouveau, elle ne sait que ce qu'elle a appris depuis son premier sommeil. Si une personne lui est présentée dans un de ses états, elle est obligée de l'étudier et de la connaître dans les deux, pour en avoir la notion complète.
Et il en est de même de toute chose.
Dans son état ancien, elle a une très belle écriture, celle qu'elle a toujours eue, tandis que dans son état nouveau, son écriture est mauvaise, gauche, comme enfantine ; c'est qu'elle n'a eu ni le temps ni les moyens de la perfectionner.
Ainsi qu'il a été dit plus haut, cette succession de phénomènes a duré quatre années, et
M'^'X... était arrivée à se tirer très bien d'affaire, sans trop d'embarras» dans ses rapports avec sa famille. »
M. Ribot (i) traite implicitement des altérations de la personnalité, car ces altérations ne sont, la plupart du temps, ainsi que je l'ai dit plus haut, que des amnésies. Le sentiment de notre personnalité n'est-il pas basé sur notre mémoire?... Si nous ignorions notre existence passée, nous ne saurions être nous-mêmes. En un mot, rétat de conscience qui constitue notre personnalité a la mémoire pour base.
M. Ribot, se basant sur des faits, en rapporte un grand nombre qui sont peu connus ; je n'en citerai par extrait que quelques-uns.
Une femme de vingt-six ans fut prise, à la suite d'un excès de travail, d'une attaque d'hystérie de la plus grande violence. Après cette attaque, elle perdit la plus grande partie de ses souvenirs; ainsi, quoique, avant sa maladie, elle gagnât sa vie en donnant des leçons, elle avait oublié ce qui sert à écrire et ne compre-
(i) Ribot, Maladies delà mémoire,
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nait Futilité ni d^une plume ni d'un crayon. Cet état ne dura que quelques semaines, après lesquelles sa personnalité redevint entière.
Une jeune femme, robuste et d'une bonne santé, faillit se noyer dans une rivière. Quand elle reprit connaissance, elle était privée de tous ses sens, sauf la vue et le toucher ; elle était comme un animal privé de cerveau ; sa personnalité était altérée au point qu'il fallut tout lui réapprendre. Cet état du^ra plusieurs mois, pendant lesquels Texpérience de tous les jours et les soins de sa famille avancèrent sa rééducation ; sa santé générale était parfaite. Un jour, sous l'influence d'un violent accès de jalousie, tout le passé lui revint à la mémoire, et elle se réveilla comme d'un long sommeil de douze mois ; mais elle avait perdu le souvenir de tout ce qui s était passé pendant cette longue période de temps. Cependant sa personnalité, Ipngtemp$ altérée, était redevenue complète.
Le professeur Sharpey raconte l'histoire d'une femme de vingt-quatre ans, chez laquelle une tendance irrésistible inaugura une période de sommeil de deux mois. Je dirai, en passant.
que ce phénomène, le sommeil dit léthargique, n'est pas rare chez les hystériques. A son réveil, elle était comme une autre personne; elle avait oublié presque tout ce qu'elle avait appris; tout lui semblait nouveau. Il fallut procéder à sa rééducation, et on a réussi, grâce à de nombreux soins, à en faire une personne suffisamment instruite et vivant de la vie de tout le monde. Cependant il ne faut pas se dissimuler que, bien qu'elle fût toujours la même femme, c^était une autre personnalité, un autre moi qui l'animait.
Le livre de M. Ribot renferme nombre d'autres exemples. Je ne lui ai emprunté que le sommaire des plus saillants.
Il est des exemples beaucoup plus tranchés de dédoublement de la personnalité. L'hystérie est toujours la diathèse dominante chez les personnes qui présentent ces phénomènes singuliers. L^observation la plus curieuse est le fait remarquable publié par M. Dufay, de Blois (i).
Je n'ai pas la pensée de raconter ici à nouveau l'histoire de Félida X... (i). Je n'en dirai .
(i) Voy. p. 63 et suiv.
que ce qui touche plus particulièrement à moD sujet.
Ainsi que la malade de M. Dufay, Félida^ comme elle hystérique, est prise tout à coup d'une perte de connaissance, aujourd'hui d'une durée insaisissable^ et elle devient, pour ainsi* dire, une autre personne. Tout est changé : son* caractère est plus gai, son intelligence plus développée^ ses sens exaltés ; en un mot^ danssa condition seconde, Félida est une personne supérieure à ce qu'elle est dans sa condition première ou vie ordinaire ; de plus, dans cette condition seconde, elle a le parfait souvenir des moindres détails de ses deux vies. Bientôt, après une perte de connaissance semblable à la première, elle redevient la Félida d'avant la maladie, mais elle a oublié tout ce qui s'est passé et tout ce qu'elle a fait pendant son autre existence; Toubli établit ainsi entre ses deux vies une séparation absolue. Félida donne ainsi, comme la dame américaine, comme la somnambule de M. Dufay, le curieux spectacle de deux personnalités séparées coexistant alternativement che^ la même personne.
De ce qui précède, il ressort que la personnalité peut être altérée à des degrés très différents, et aussi pendant des temps qui varient d'un instant à l'existence presque entière.
Pendant ce temps, si Tindividu est bien toujours pour Tobservateur la même personne, ses actes sont différents de ce qu^iis seraient, si sa personnalité n^était pas altérée. Un homme doux de caractère devient méchant ou féroce; son intelligence peut, d'ordinaire qu'elle était, devenir éclatante ; il agit comme poussé par une volonté qui n^est pas la sienne, qui est celle d'un autre, laquelle s'est momentanément incarnée en lui, et, revenu à l'état normal, il n'a aucun souvenir de ce qu'il a fait.
V. — RESPONSABILITÉ LÉGALE DANS LES CAS d'altération de LA PERSONNALITÉ
Ici se pose naturellement le problème redoutable de la responsabilité ; car, intimement liée à rintégrité de la personne intellectuelle, la responsabilité est, dans ces cas, plus ou moins atteinte.
Il est de notion élémentaire que nul ne saurait être responsable d*un acte sHl n'a eu Vintention de l'accomplir. La loi a des circonstances atténuantes, et le magistrat peut accorder l'acquittement à Tinculpé qui a agi sans avoir la conscience de son acte.
Mais, si Tindication est claire, rien de plus douteux et de plus troublé que ^interprétation de ces mots : Avoir la conscience de son acte.