‹ Hypnotisme et croyances anciennesChapitre 17 sur 38 · Sagesse, xvr · texte numérisé non relu

Sagesse, xvr

même temps que la magie chaldéenne un grand nombre de fables et d'opinions mazdéennes.

Du reste tout en adoptant la magie, les devins d'Israël ne lui firent subir aucune modification qui lui imprime un cachet particulier. Comme les Asiatiques, ils employaient les charmes, les philtres, les imprécations, l'évocation des morts et des esprits, l'eavoûtement.

Les Israélites prirent aussi à Babylone l'habitude de la contemplation, les uns pour se mettre en rapports avec les démons, les autres dans l'espoir de jouir de la vue de Dieu et de recevoir ses avis. Gomme dans tous les peuples fanatisés par une idée politique ou religieuse, le nombre des extatiques fut grand. Les prophètes eux-mêmes furent des extatiques dont les idées délirantes guidées par 1 ambition politique et l'ardente foi religieuse furent dans plus d'une occasion utiles au peuple juif, mais qui, en même temps, eurent le désavantage de lui faire souvent changer de ligne de conduite, suivant le tempérament du prophète auquel il confiait ses destinées. Les prophètes ne dédaignèrent ni la contemplation, ni les pratiques magiques. Généralement très versés dans la science des prestiges, ils l'employaient à faire des miracles destinés à confirmer dans l'es- ]mi du peuple leur autorité et l'origine divine de leur mission.

Le mot prophète n'a pas toujours le même sens dans l'Ecriture sainte. 11 désigne également un patriarche aimé de Dieu ; une personne dont les chants sont consacrés au Seigneur, qui les inspire ; un interprète des livres saints; les hommes qui font des miracle.» ; ceux qui, frappés d'un esprit divin, annoncent par les mouvements de leur corps la présence de Dieu et dévoilent l'avenir. Ges deux dernières significations sont les plus ordinaires. Elles nous montrent qu'on considérait comme doués du pouvoir prophétique des individus évidemment hystériques dont les attaques passaient pour l'indice de la présence de l'esprit divin, et en second lieu des hommes à imagination ardente, ambitieux, intelligents, croyant peut-être eux-mêmes à leut mission divine et puisant dans leur genre de vie une tendance aux hallucinations extatiques que favorisait leut tempérament névropa-

thique. La vie extérieure des prophètes est en effet empreinte de tous les caractères de l'indigence et de l'austérité ; leurs habits sont grossiers et les couvrent à peine; ils ne vivent que de quelques fruits et d'un peu de pain et d'eau. Joignez à cela la pratique fréquente de la contemplation. Il devient facile de comprendre pourquoi les prophètes sont des hallucinés. Il est bien entendu qu'il n'est question ici que des prophètes sincères et non de ceux qui vivaient à la cour des rois, attachés au service de la couronne. Ceux-là pour la plupart étaient des imposteurs qui trouvaient dans leur supercherie le moyen de mener une vie large et honorée. Les vrais prophètes ont de véritables hallucinations. Telle est celle-ci, survenue à Ezéchiel : H se trouve au milieu de ses frères captifs, non loin de Babylone. Tout à coup le vent gronde, l'éclair brille, la foudre retentit. Un nuage épais s'entr'ouvre. Sur un char rapide, traîné par des animaux ailés, un trùne étincelle de gloire et de magniticence, un homme y paraissait assis. Ezéchiel croit reconnaître le Seigneur, il se prosterne. Une voix lui parle. Elle lui dit ce qu'il doit dire aux enfants d'Israël pour les ramener à la piété, à la reconnaissance, à la vertu.

Ce simple récit dont on pourrait trouver des analogues dans l'Ecriture, montre des hallucinations d'ordre visuel et d'ordre auditif. Ce n'étaient pas les seules. Dieu fait aussi connaître sa volonté aux prophètes par des songes, des visions, mais aussi par des signes extérieurs ou par un avertissement mental et intérieur: sensation ou pensée. Souvent d'ailleurs les prophètes allaient d'eux-mêmes au devant des hallucinations à l'aide d'un procédé artificiel: la musique. C'est par le son des instruments qu'ils s'excitaient et s'inspii^aient pour leurs prophéties. La musique fut aussi employée par le peuple d'Israël comme moyen thérapeutique. Salonion, d'après Josèphe, avait composé plusieurs airs propres à soulager les infirmités. David essaya de traiter par la musique la démence de son roi (1).

Les Hébreux et leur descendance ont donc connu certains

i .VntiqiiitcH judaïffiice VllI. cli. ii S 5.

états névropathiques à manifestations convulsives et extatiques Quelques-uns ont volontairement recherché l'extase et éprouvé les phénomènes hallucinatoires inhérents à cet état. Ils connurent aussi des affections mentales épidémiques: arrivés non loin d'Oboth, tirant vers la mer Rouge, les Hébreux furent assaillis par une multitude de serpents dont la morsure brûlante et l'aspect repoussant produisirent des convulsions qui devinrent bientôt épidémiques chez ces hommes à l'imagination mobile et surexcitée. « Moïse fit placer à l'extrémité d'une perche l'image en airain d'un de ces serpents et promit leur guérison à ceux des malndes qui le regarderaient longtemps en face. En effet la confiance qu'inspirait sa parole et cette attention soutenue, agirent puissamment sur les esprits et déterminèrent des impressions curatives. Peut-être aussi convient-il de voir dans cette exhibition du serpent d'airain l'utilisation d'une superstition que les Hébreux avaient dû rapporter d'Egypte, comme ils avaient pris aux Chaldéens leurs croyances à propos de la magie et qui reparut malgré les efforts des prophètes chaque fois qu'ils se trouvèrent en contact avec les Chananéens. Cette superstition consistait dans la croyance à l'influence bien ou malfaisante des serpents, qu'on adorait pour cette raison.

La légende de l'arbre et du serpent dont on trouve les premiers vestiges écrits dans les chapitres II et III de la Genèse remonte vraisemblablement à une période beaucoup plus ancienne. Car d'après les recherches de James Fergusson le culte de C arbre et du serpent serait la plus ancienne des formes de religion connues. On la retrouve chez les peuplades les plus barbares, les plus dépourvues de toute apparence de civilisation.

Il est probable que la légende en question prit naissance dans le Touran. En effet, dans les premières pages de l'histoire grecque on voit une ancienne race touranienne de Pelasges, vouée au culte de V arbre et du serpent, s'effacer devant l'invasion d'une race aryenne symbolisée par le retour des Héraclides.

Tous les mythes concordent à établir la réalité de l'existence de ce culte, ainsi que les efforts des Aryens pour le détruire.

Ce qui tend à en confirmer l'origine touranienne c'est qu'il a

(Hé longtemps en honneur chez les Finlandais et h's peuples du Nord de l'Europe.

Nulle part peut-être le culte du serpent ne fut plus florissant que dans THindoustan et Tlndo-Chine où il trouve encore de nombreux adeptes. Les sculptures des monuments bouddhiques montrent en effet que le culte du Naja aux sept têtes Dieuserpent) fut H une certaine période au moins aus>i florissant que le culte de Bouddali lui-même. Il semblait même dominer parmi les tribus aliorigènes de l'Inde avant les prédications de Gautama Bouddah Sakia-Muni) qui mourut vers l'an 543 avant notre ère. Aboli par Bouddah, le culte du serpent reprit plus tard de la prospérité.

11 est également avi't'é que les Egyptiens adoraient les serpents auxquels ils attribuaient la conservation des grains. Aussi les laissaient-ils vivre en liberté au milieu de leurs champs dont ces reptiles détruisaient d'ailleurs tes rats nombreux et voraces, véritables plaies des campagnes, qui souvent faisaient d'elTrayants ravages et causaient quebiuefois de véritaltlcs disettes.

De nombreuses inscriptions témoignent du respect qu'on professait pour l'hage ou urœus variété égyptienne du serpent à lunettes . On voyait leur image suspendue dans les temples. Leurs dépouilles, soigneusement recueillies, étaient embaumées. Leur effigie se trouve sculptée sur un grand nombre de monuments ; on la retrouve encore peinte ou dessinée sur les sarcophages et dans les hiéroglyphes.

La déesse Ramen symbole de l'abondance est représentée avec une tête de serpent. Neh-Ir, le Dieu serpent, figure au rituel parmi les quarante-deux juges. Dans une des cryptes du

i Celte figure et les suivantes sont empruntées à l'oiivrag-e de Bretirh, Les reptiles. — Edit. Sauviit^e.

grand temple de Denderah on voit l'image du serpent Sa-Hator au-dessous de laquelle on lit l'incription suivante :

Urœus est son nom.

Il est le serpent de la maîtresse de Denderah.

A Thèbes.dans les temples, on nourrissait des serpents qu'on regardait comme de bons génies.

Cette tradition se retrouve chez les Phéniciens et chez les Grecs.

En Egypte le serpent fut également considéré comme le symbole de la puissance et de la domination et les Pharaons portaient sur la tète comme insigne de leur royauté une tête d'Urœus. Il figure également sur le diadème d'Horus. vainqueur du mal.

Chez les Grecs le culte du serpent persista malgré les efforts des Aryens devenus du reste plus tolérants après la conquête. Le vieux temple de l'Acropole à Athènes, construit pour abriter l'arbre de Minerve, était confié à la garde du serpent Erechthonios.

Plus tard la légende subit une légère transformation. Ce fut Asklepios qu'on adora sous la forme d'un serpent dans les bosquets d'Epidaure, et ce culte persista jusque près de l'ère chrétienne.

Dans la période mythologique le

La .iéesse Ramen. SCrpeut CSt SOUVCUt aSSOCié aUX dCUli-

dieux, aux héros ou aux grandes divinités. Les récits liomériques y font plusieurs allusions.

Le culte des serpents exista en Italie d'abord à Lanuvium et plus tard à Rome.

<^ Une épidémie, dit Valérius Maximus, désolait la ville de-

puis trois ans sans qu'on y put trouver de remède lorsque les prêtres, interrogeant les livres sibyllins.y virent que l'épidémie cesserait si l'on amenait d'Ej^idaure le serpent consacré à Esculape.

Une ambassade fut aussitôt envoyée. Pendant qu'elle séjour-

Peinture du temple de Deaderah, représentant deux serpents le scarabée sacré et des fleurs de lotus (Marietta).

nait à Epidaure le serpent sacré qu'où avait parfois vu se promener dans la ville et dont l'apparition dans les rues était toujours l'annonce d'une grâce particulière, se montra de nouveau. Il parcourut la ville pendant trois jours, puis il entra dans la galère romaine, pénétra dans la chambre de l'ambassadeur Olgurnius et s'y enroula. Les envoyés, comprenant qu'ils étaient en possession duDieu, rendirent grâcesàEsculape et firent voile

vers l'Italie. Arrivés à Antium après une heureuse'^traverséeils s'arrêtèrent. Le serpent qui, pendant tout le voyage était resté

Têtes (le Najas.

dans la chambre de l'ambassadeur, sortit du vaisseau etsc rendit sur le portique du temple d'Esculape où se trouvait un palmier élevé autour duquel il s'enroula. Il y demeura trois jours puis regagna le vaisseau, et bientôt on débarquait à l'embouchure du Tibre. A ce moment le serpent se dirigea vers une île sur laquelle on construisit un temple et Rome fut délivrée du tlcau qui la désolait depuis si longtemps. »

Une es[%e particulière de serpents fut aussi adorée par les anciens Mexicains qui à cause de cela nommèrent cette espèce Serpent empereur. Mais ce culte, doux et pacifique en Europe et eu Orient, semble avoir été aux Indes Occidentales d'une cruauté sans pareille. Des Ilots de sang humain ont coulé eu l'honneur du Dieu qu'un fanatisme barbare avait inventé, et c'est par monceaux que les Européens ont trouvé autour des temples où le serpent était adoré les crânes et les ossements humains. C'est seulement pour mémoire que

nous citons ce culte barbare, dont les pratiques n'ont rien qui les rapproche de celles dont nous allons nous occuper.

On comprend facilement que la cioyance des peu[)les aux vertus surnaturelles du serpent ne tarda pas à être exploitée ; aussi ti'ouvons-nous dès les temps les plus reculés des charmeurs de serpents.

Aux Indes les plus anciennement connus sont les Sanghis ouTubriwallahs elles Mal. Ceux-ci, qui composent une caste d"ordre inférieur, sont peut-être les plus habiles pour prendre les serpents, mais ils se contentent de les vendre, et ne pratiquent ni la jonglerie, ni la médecine. Il n'en est pas de même des Sanghis dont on trouve l'existence mentionnée par les plus anciens écrivains sanscrits. Il est donc probable que leur art remonte à la plus haute antiquité.

Disiiue ailo accompagné fie deux Urubus.

Les Egyptiens ont iiiissi pratiiiué rapi)rivoisement des serpents. Chez ce peuple, dit ()l<:ilii'u, les aspics sont élevés eu grand honneur aus^i sont-ils sociables. Ils sont habitués à sortir de leur repaire lorsqu'on bal des mains. L'espèce Tliermu-

this est vénérée et sacrée. Ce serpent passe pour immortel, et est placé comme un diadème sur la tète d'Isis.

L'existence des charmeurs de serpents en Egypte est établie d'une manière indiscutable par le passage suivant de la Pharsale :

« Un seul peuple de l'Afrique, dit Lucain, reste affranchi de la morsure des serpents : ce sont les Psylles qui se mêlent aux Marmorides. Ils joignent aux vertus des herbes la puissance des enchantements. Leur sang même est incorruptible au venin, et ils n'hésitent pas à reconnaître la légitimité de leur progéniture en exposant l'enfant au contact et à la morsure des serpents. Si l'enfant se plaît avec les reptiles, joue avec eux, il est bien de race.

« C'est lorsque quelqu'un a reçn l'atteinte mortelle de reptiles venimeux que le Psylle fait éclater les prodiges de son art.

« De sa salive d'abord il trace l'endroit où s'enfermera le venin corrupteur ; il l'enchaine dans l'orifice de la plaie ; puis sa langue avec une incessante volubilité murmure des formules magiques qu'accompagnent des flots d'écume. Le rapide effet du poison ne lui donne pas le temps de respirer : un seul instant de relâche, le malheureux mordu cesserait d'exister. « Souvent le venin qui a déjà infecté les entrailles, fuit au premier appel des enchantements. Mais s'il est sourd, s'il refuse de sortir, alors se couchant sur la victime, le Psylle applique sa bouche sur la plaie livide^ presse le venin entre ses lèvres, l'exprime avec les dents, exhumant ainsi la mort de ce corps glacé. Il rejette le venin mélangé à des flots de salive et reconnaît au goût de quelle espèce de reptile il provient. »

Mais ce n'est pas ce à quoi se borne la puissance des Psylles et Silius Italicus nous apprend encore qu'ils domptent et engourdissent les serpents grâce aux mouvements de la main et aux chants monotones.

C'est probablement sur des indications aussi sommaires que quelques auteurs se sont basés pour avancer que les charmeurs deserpentsseservaient.pour apprivoisercesdangereuxanimaux de procédés magnétiques et affirmer du même coup l'ancienneté des connaissances eu hypnotisme (4 de leur application.

11 convient donc d'examiner ce qu'il y a de bien fondé dans cette opinion et par conséquent de rechercher dans le détail comment opèrent les charmeurs.

Ce travail est de nos jours assez facile, car ces sortes de jongleurs sont encore très nombreux aux Indes. Ils sont très aimés comme sorciers, et consentent volontiers, moyennant rétribution, à montrer leur science et la docilité de leurs élèves.

Plusieurs voyageurs ont fourni la l'elation des séances de danse de serpents auxquelles ils avaient assisté et c'est à leurs récits que nous allons emprunter les détails ci-dessous.

Natalis Rondot raconte ([uil a vu un jongleur procéder de la manière suivante :

Le serpent (cobra capello ou serpent à lunettes) fut placé sur le sol dans une corbeille plate et découverte. Le jongleur s'accroupit quelques pas plus loin et se mit à jouer un air lent et plaintif à l'aide d'une sorte de petite clarinette dont il tirait des sons assez analogues à ceux du biniou breton.

Peu à peu le serpent se remue, s'allonge et redresse la tête et le cou. mais sans quitter sa corbeille. Il commence par se montrer inquiet, puis devient agité, déploie ses ailerons, s'irrite, souffle fortement plutùtqu'il'ne siffle. Il darde d'un mouvement rapide sa langue fourchue et s'élance plusieurs fois pour mordre le jongleur. Celui-ci a constamment les yeux fixés sur le Cobra qui tressaille, fait de fréquents soubresauts et agite ou raidit ses ailerons. Au bout de 10 à 12 minutes, le serpent se calme, puis il se balance, dardant toujours sa langue avec une vivacité extrême. Peu à peu, il semble amené à un certain degré de somnolence, ses yeux sont comme immobilisés par le regard du jongleur. L'Indien profite de cet instant pour s'approcher

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lentement sans cesser de jouer de son instrument et sur la tête du capello pose une fois le nez, puis la langue. Bien que cela dure à peine une seconde, le serpent s'élance aussitôt sur le jongleur qui a juste le temps de se rejeter en arrière pour l'éviter.

Karl von Gortz décrit ainsi le procédé des charmeurs de Madras :

Les najas (autre nom du serpent à lunettes) sont contenus dans une corbeille fermée. Le chef de la troupe prend les animaux par la tête et les dépose sur le sol ; puis il commence à, tirer des sons déchirants d'une sorte de clarinette à l'extrémité inférieure de laquelle est appendue une petite calebasse. Bientôt les najas se dressent et gonflent leur cou. Le charmeur leur présente le poing fermé ; il en saisit un, lui fait faire divers mouvements et le passe ensuite autour de son cou. Mais les serpents n'exécutent aucune espèce de danse. Leurs dents venimeuses étaient arrachées.

Le D"" Schaw, qui a eu l'occasion de voir des serpents apprivoisés, dit avoir constaté qu'un grand nombic de ces animaux uljscrvaient la mesure avec les derviches dans leurs danses circulaires. Les reptiles rampaient sur la lête et les bras des prêtres, tournaient et s'arrêtaient en même temps qu'eux.

Brehm a vu un jongleur capturer un cobra de la manière suivante :

U vint un jour se placer devant le trou habité par le reptile et se mit à jouer d'un instrument fait avec une gourde et auquel pendait un morceau de glace cassée. La lête du cobra se montra bientôt et tandis que ses yeux étaient attirés par léclat du fragment de glace un camarade du jongleur saisit le erpent par le cou et l'enferma dans une corbeille.

En Egypte les charmeurs se servent de l'haje, variété de serpent analogue au cobra capello mais plus dangereux peutêtre. C'est celui-là même qu'on retrouve sur les monuments avec le nom d'IIrœus, Us l'attirent à l'aide d'un instrument discordant nommé Sumara. Le serpent darde ses yeux sur le dompteur et suit tous ses mouvements. A un certain moment, le charmeur saisit le reptile par le cou, le tourne et retourne

cil tous sens puis tout à coup lui comprime avec le pouce uu poiut détermiuL- de la nuque. Aussitôt le serpent s'allonge et devient raide comme un bâton. C'est probablement là le tour qu'exécutèrent successivement devant le roi d'Egypte Aaron, puis les mages et qui est rapporté dans l'Ecriture sous la forme de la léirende de la transformation des verges on serpents.

A première vue les cbarmeurs semblent donc exercer sur leurs reptiles une sorte de fascination qui explique l'opinion émise, ainsi que nous le disions plus haut, par qucNpies auteurs. Aux yeux des indigènes ils passent pour sorciers doués d'un pouvoir surnaturel.

Mais s'il est permis à des naturels ignorants et crédules d'avoir de telles croyances, cela ne l'est pas aux hommes civilisés et instruits qui doivent rechercher une explication naturelle à ces faits en apparence hors de l'ordinaire. En réalité il n'y a rien de merveilleux dans les exercices des cfionnews que leur grandie confiance en eux-mêmes, la connaissance profitude qu'ils ont des mœurs et du caractère du naja et leur extrême atlresse à éviter les morsures.

Kampfer a donné des détails curieux sur la manière dont les jongleurs s'y prennent pour dresser leurs serpents.

Beaucoup commencenf.,pourplus de sûreté, par leur arracher les dents venimeuses. Pour y parvenir ils commencent par exciter le serpent au moyen d'un bâton muni d'un tampon épais d'étoffe molle et élastique qu'ils présentent aux morsures du reptile Celui-ci, très irrité en général, mord violemment : les dents se fixent dans l'étoffe qu'on arrache vivement et avec force de la gueule du reptile pour entraîner en même temps les dents. Cette opération est répétée à certains intervalles car les crochets repoussent et ne tardent pas à redevenir dangereux. Quand le serpent en est privé le charmeur peut l'exciter impunément.

C'est par la crainte des coups que le jongleur finit par obtenir du serpent les mouvements cadencés qui font l'admiration de la foule et donnent au reptile cette apparence de soumission magnétique aux ordres de son maître. L'éducation se fait à l'aide d'un procédé assez ingénieux. Le charmeur, une main introduite dans un pot de terre, frappe de l'autre l'aoimalavec un bâton ; puis profitant du moment où le serpent irrité s'élance pour mordre, il lui tend le poing armé du vase, sur lequel le reptile se jette toujours avec assez de violence pour se blesser ou tout au mois, se meurtrir le museau. Aussi le serpent finit par craindre les gestes du charmeur dont il évite les atteintes à l'aide de flexions et d'extensions du corps qui passent aux yeux du public pour des manifestations d'obéissance. Kampfer, d'après Dumeril et Bibron, a vu desnajas rester un quartd'heure dressés et la tête tournée du côté de leur maître, suivant tous lesmouvementsde son poing, C"est probablement par la méthode que nous venons d'énoncer qu'ils avaient été dressés.

En somme il n'y a rien là qui ressemble à de l'hypnotisme, le seul exemple dans lequel il soit question d'une apparence d'engourdissement n'est rien moins que probant, puisque le

charmeur, en sapprochant de l'animal, ne cesse pas de jouerde son inslrunient et qu'au premier contact le reptile s'élance pour mordre.

Si le charmeur tient ses yeux si bien fixés sur l'animal, c'est pour saisir ses moindres mouvements et se jeter de côté au moment où le serpent s'élance.

Il ne faut pas voir davantage une action magnétique dans la raideur générale provoquée chez le serpent par la compression brusque de la nuque.

Il est beaucoup plus probable que le choc brutal que subit la moelle produit par réflexe ou par inhibition cette contracture spéciale. C'est d'ailleurs un point qui aurait besoin d'être vérifié par des expériences auxquelles malheureusement nous n'avons pu nous livrer.

Ce n'est donc pas sur les pratiques des charmeurs plus que sur celles des magiciens ou des prêtres qu'il faut compter pour établir la réalité de la connaissance de l'hypnotisme et des procédés par lesquels on peut le produire, et nous considérerons, jusqu'à plus ample informé, cette scioiice comme inconnue des premières civilisations que nous avons passées en revue dans les chapitres précédents.

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