Bail et Chambard, ia Dicl. encyclop. de méd
musculaire considérable : un simple sout'lle,un rayon lumineux concentré sur un muscle, l'approche du doigt, à une certaine distance, suffisent pour amener des contractures, ou attirer le membre.
Le somnambule n'est en rapport qu'avec celui qui Fa endormi ou avec les personnes avec qui l'hypnotiseur le met lui-même en contact.
Le somnambule se distingue surtout par son état de délire actif, son aptitude à recevoir des suggestions dont il garde le souvenir et qu'il exécute à l'état de veille, automatiquement, sans se douter qu'il obéit à une volonté autre que la sienne. Quand on lui demande pourquoi il a commis tel ou tel acte, il répond simplement : « Je ne sais pas, quelque chose me poussait. y>
Bien qu'en disent certains auteurs et malgré l'apparence de fondement que lui donnent quelques expériences, l'opinion que les somnambules peuvent prédire l'avenir n'est pas encore fondée sur des faits incontestables qui permettent d'aflirmer la réalité du pouvoir prophétique. Il en est de même de la communication a distance admise par quelques auteurs; M. Charles Richet a consacré à ce côté de l'hypnotisme des recherches très intéressantes, mais qui malgré tout, laissent les esprits impartiaux parfaitement sceptiques quant à la possibilité de ces communications plus rapides encore et plus discrètes assurément que celles du télégraphe et du téléphone.
Enfin, différence essentielle, la léthargie, la catalepsie, le somnambulisme, qui se produisent spontanément, ne disparaissent pas par les moyens qui servent à dissiper l'état hypnotique. Les malades se réveillent d'eux-mêmes, soit naturellement, soit dans une crise convulsive, soit aU moyen de moyens médicaux (sternutatoires, piqûres).
Les accès ont une durée essentiellement variable, de
quelques minutes à plusieurs heures et même plusieurs jours. Ils peuvent être uniques ou multiples.
Le sommeil hypnotique, par cela même qu'on le provoque artificiellement, est soumis à la volonté de celui qui endort, mais seulement dans certaines limites, car, si on abandonne à lui-même un sujet hypnotisé, il se réveille spontanément au bout de quelques heures, au maximum au bout d'un jour.
Mais on peut endormir le sujet, l'éveiller, l'endormir de nouveau dans l'espace de quelques minutes, sans qu'il en soit le moins du monde incommodé. Tout au plus éprouvera-t-il quelque fatigue, si des séances rapides de sommeil et de veille se répètent coup sur coup pendant une heure ou deux. Des répétitions trop fréquentes amènent cependant à la longue et quelquefois assez rapidement l'altération des facultés mentales.
A côté de ces états francs, qui constituent le grand hypnotisme , il existe des états moins francs, comme la facscination dont nous avons parlé un peu plus haut, qui présentent à la fois des caractères empruntés à la léthargie, à la catalepsie, au somnambulisme, et brillent surtout par l'aptitude à la suggestion. Ce sont ces états-là qui sont exploités par les charlatans ; c'est eux aussi qu'on rencontre chez la plupart des malades traités à l'Ecole de Nancy par M. Bernheim et à Paris chez M. Luys. Les sujets sont insensibles aux excitations extérieures, leurs membres sont en complète résolution et ne présentent pas l'hyperexcitabilité neuro-musculaire. Chez quelquesuns, les membres ont au contraire une faible aptitude calaleptoïde et gardent quelques minutes la position qu'on leur donne. Ces malades entendent et répondent soit par signes, soit au moyen de la parole; c'est avec eux que la thérapeutique hypnotique semble donner les meilleurs
résultats. Ces états peuvent se provoquer, comme les grandes phases de l'hypnotisme, par la pression sur les yeux, la fixation du regard, le bruit monotone du diapason, et par l'action de miroirs tournants récemment mis en usage par M. Luys.
Il y a entre eux des nuances multiples qui tiennent précisément à ce qu ils sont mal définis. Si nous avions toujours dû nous en contenter pour l'étude, jamais nous n'aurions rien su de clair sur la question de riiypnotisme. C'est aux recherches de M. le professeur Charcot que nous devons la séparation des trois états classiques; c'est à la clarté qu'il a mise en établissant cette division parfaitement exacte des trois périodes que nous devons de voir aujourd'hui riiypnotisme entré définitivement dans la voie scientifique et sorti des ténèbres où l'enfonçaient à l'envi les charlatans pour s'en servir et les partisans du magnétisme pour donner satisfaction à leurs théories surannées.
Maintenant que nous savons en quoi il consiste, nous pouvons aborder l'étude de son histoire et rechercher ses origines précises ainsi que les din"érentes phases de son évolution. Ainsi que nous l'avons fait pressentir, nous ne ferons pas un panégyrique des merveilles qu'on en peut obtenir. C'est de l'histoire que nous traitons ; nous avons surtout cherché la vérité. On nous pardonnera par conséquent la sécheresse forcée de quelques-unes des pages de cet ouvrage qui n'est pour la plus grande partie qu'un impartial exposé de faits et de doctrines, non une œuvre de combat pour ou contre l'hypnotisme.