L'HYPNOTISME
Bon nombre des auteurs qui se sont occupés des origines de l'hypnotisme font remonter la connaissance des divers étals du sommeil provoqué aux temps les plus reculés. On trouve, à les en croire, la preuve de l'existence de pratiques hypnotiques dans les débris de monuments ou d'écrits qui, résistant à l'action destructive du temps, nous ont conservé quelques vestiges des civilisations anciennes.
Cette assertion n'est pas, à notre avis, rigoureusement exacte et il y a lieu de distinguer entre les états spontanés de sommeil et l'hypnotisme proprement dit. Le somnambulisme naturel a pu exister de toute antiquité, l'homme étant alors peu différent sous le rapport physiologique de ce qu'il est aujourd'hui. Le fanatisme religieux ou philosophique, l'ignorance qui prédispose à la créance au merveilleux, étaient des causes suffisantes à l'éclosion de certains états d'inconscience qu'on retrouve encore de nos jours chez certains ascètes. Que de tous temps il y ait eu des gens auxquels la crédulité et l'ignorance populaireattribuaient un pouvoir surnaturel, cela n'est pas douteux. Toujours, en effets les illusions et les hallucinations qui n'ont pas été rectifiées par un jugement sain ont été le point de départ de supers-
titions bientôt habilement exploitées par les plus savants ou les plus hardis.
Ces illusions, ces hallucinations ne sont pas rares, même à à l'état de veille, chez les personnes craintives ou extrêmement crédules aussi bien que chez celles dont on a développé par un entraînement spécial les facultés névropathiques- C'est parmi ces derniers qu'on trouve les visionnaires, les prophètes, les producteur* de miracles, merveilleux en apparence, pathologiques au fond.
Mais cela ne ressemble en rien à l'hypnotisme, tel qu'on le comprend de nos jours et on ne saurait sans exagération ou parti pris assimiler ces illuminés aux hypnotiques d'aujourd'hui.
Il nous a paru intéressant cependant de suivre dès l'origine la marche de l'esprit humain à travers cette question, à peine sortie de l'obscurité ; de montrer comment la découverte de l'hypnotisme se rattache aux pratiques antérieures, quels rapports elles ont avec le sommeil artificiel et comment peu à peu, une notion exacte de cet état s'est substituée aux ombres de la superstition et aux erreurs de théories physiologiques dénuées des bases solides de l'expérimentation.
Il faut tout d'abord se bien pénétrer de cette idée que les premiers hommes qualifiés du nom de mages ou magiciens n'étaient pas, à proprement parler, des faiseurs de miracles. L'homme primitif, ignorant et crédule est tout disposé à mettre sur le compte de la divinité les biens et les maux qui lui arrivent; il peuple îe monde d'esprits bien ou malfaisants et peu à peu se fait à l'idée de les invoquer^ pour se les concilier ou fléchirlcur couroux. De là à inventer des formules consacrées, des pratiques mystérieuses, il n'y a qu'un pas. C'est l'ensemble de ces pratiques qui constitue les premières magies. Ceux qui les ont inventées ou qui les ont reçues par tradition de leurs ancêtres seront les magiciens, eux seuls possédant le secret de fléchir les esprits; comme cette propriété leur assure une prépondérance, une autorité considérables sur ceux qui les entourent, les premiers magiciens ne divulguent leurs pratiques qu'à quelques privilégiés destinés à leur succéder. Ainsi la magie se conserve par tradition depuis une époque immémo-
riale jusqu'au jour où, dans des civilisations plus avancées, on consigne par écrit, pour ne les point oublier, ces documents confiés à lann'moii'e Cidèle de générations antérieures, nombreuses peut-être.
Où naquit la magie? il est difQcile de le dire, car on la rencontre avec des modifications nombreuses sur tous les continents, dans toutes les races, chez le Peau rouge de l'Amérique du Sud et chez le nègre africain. Elle semble inconnue en Chine et au Japon; on n'en trouve en ellet aucune trace dans les anciens écrits sacrés ou médicaux provenant de ces deux pays. Pour nous, nous laisserons de côté les pratiques plus ou moins superstitieuses des sauvages américains ou africains et nous ne nous occuperons que des pratiques magiques nées en Asie, qui se sont transmises à l'Europe avec les idées et la civilisation aryenne dont elles ont suivi la marche.
Il est impossible de déterminer en quel point exact de l'Asie centrale se di'veloppa la magie; on avait d<gà oublié son berceau quand l'écriture fixa les premiers éléments de cette science. Les plus anciens monuments historiques qui traitent de l'art magique nous viennent de deux sources : tle l'Hindoustan d'une part; des pays Ouralcaspiens d'autre part. Quels sont les plus anciens de ces documents ceux de l'Inde ou ceux du Touran? Qui du Brahmane ou du Chaldéen transmit à l'autre sa science? Les historiens sont loin d'être d'accord sur ce sujet et ce n'est pas à nous qu'il appartient de trancher la question.
Ce qu'il va de bien certain, disent quelques auteurs, c'est que les pratiques du magnétisme ou hyi)notisme étaient connues des premiers peuples de l'Asie. C'est là ce que nous allons rechercher à l'aide des renseignements fournis par les livres ou les monuments de ces époques reculées» et aussi à l'aide de la connaissance plus exacte qu'on a des pratiques de certaines sectes existant encore aujourd'hui, dont les rites sont contem^ porains des vieux livres sacrés^
Pour mettre plus d'ordre et de clarté dans la description nous étudierons tour à tour la question de l'hypnotisme chet les Hindous, en Chaldée, en Egypte, puis en Grèce et à Rome. Parvenus à notre ère nous suivrons le magnétisme à travers les
premiers siècles chrétiens pendant le moyen âge, la renaissance et les siècles suivants et nous terminerons par l'exposé des diverses phases et des discussions que la question de l'hypnotisme a subie de nos jours.
Mais c'est là, il faut bien le dire, un ordre un peu fictif, au moins pour ce qui concerne l'histoire de l'hypnotisme dans l'antiquité, car plusieurs des phases de la question avaient lieu simultanément aux Indes, en Chaldée, en Egypte, suivant le déplacement des peuples et les changements des empires.