‹ Hypnotisme et croyances anciennesChapitre 20 sur 38 · Cyrille. Calech. X p · texte numérisé non relu

Cyrille. Calech. X p

« Ouvrez la bouche et que toute parole prononcée par vous soit désormais une prophétie.

A ce moment, hors d'elle-même, l'imagination exaltée et cédant pour ainsi dire à l'impulsion d'un esprit supérieur, la femme prononce à haute voix toutes les ])aroles folles, incohérentes, impudentes même qui lui vieuneut à la bouche (1). »

GiM-i-oire de Nazianze assure (|ue de[iuis le ii" siècle on attribuait aux martyrs et à leurs reli([ues,r(unme le siècle précédent aux apôtres, le don particulier de guérirlesmaladies. SaintCome et saint Damicu passaient, eu efï'et, pour avoir miraculeusement (hdivré Justiniea d'une affection réputée incurable.

Il existait cependant encore dans ces premiers siècles des magiciens païens, car souvent les évéques rivalisaient de miracles avec eux afin de les confondre et de montrer leur imposture. Ainsi Mai-uthas, évêquc de Mésopotamie, guérit par des prières et des charmes lezdegerd, roi de Perse, atteint d'une céphalalgie que les mages avaient déclarée incurable.

Mais le christianisme n'épargna rien pour détruire à jamais tout ce qui ne lui avait pas paru bon à être assimilé à son profit dans la magie. Les chrétiens exploitèrent en ce sens la haine i|ue certains em[)ereurs avaient pour les magiciens. Plusieurs fois des lois furent promulguées contre eux, notamment sous le règne de Valons et sous celui de Justinien. Ces deux empereurs poursuivirent les magiciens et les sorciers avec la dernière rigueur et avec une ardeur infatigable. Théodose paracheva leur œuvi'c destructive en livrant au feu les bibliothèques, perte, hélas 1 irréparable et qui retarda de plusieurs siècles la marche de la science.

Telle fut l'influence funeste de Tintolérance chrétienne devenue la plus forte ; elle ne voulut rien laisser subsister de ce qui existait avant elle. Peu s'en fallut qu'elle ne réussit. L'essor des sciences qui commençait faillit être totalement paralysé, par cette religion qui apportait pourtant en elle les notions d'égalité et de fr.aternité qui devaient faire plus tard la force du monde

i. C'est là incontestablement un exemple de suggestion à l'état de veille. Mais il est proba'nle que celui-là môme qui l'employait n'en connaissait pas le mécanisme.

qu'elle subjuguait, mais dontj'autocratisme devait pour le moment entraîner tout d'abord le règne de l'ignorance et de la superstition auxquelles bien des esprits étaient encore trop disposés.

C'en était fait de l'ancienne magie orientale, car le cbristianisme avait pris les pratiques capables de frapperTimagination des foules, mais non le système pbilosopbique qui en était la raison d'être. On voit, en effet, par l'étude des anciens livres, que la magie répondait à la tendance innée qu'a l'homme de s'expliquer à lui-même les phénomènes physiques qui se passent sous ses yeux et qui agissent surluietmalgré lui. La science n'étant pas assez avancée pour rendre compte de ces phénomènes, c'est par des hypothèses, par des procédés empiriques non susceptibles de contrôle, qu'on crut pouvoir lire dans le livre de la nature. Au lieu d'étudier d'abord les phénomènes pour tâcher d'en saisir les lois, l'homme, trcip pressé de s'expliquer les cliuses, inventa les esprits et s'imagina pouvoir àl'aide de formules sacramentelles et de pratiques particulières, les contraindre à obéir et àlui soumettre leséléments. L'expérience de longs siècles suffit à peine à le tirer de son erreur et à lui révéler quelques-unes de ces lois immuables et nécessaires, toujours actives mais t(jujours calculables, dont les phénomènes de la nature ne sont que les conséquences.

Au moyen âge, l'enlisement des intelligences a atteint son maximum. On croit plus que jamais aux maléfices du diable et à l'action des espritsbons ou mauvais. Dans les cloîtres, les pratiques extatiques sont soigneusement entretenues. La prière, la vie extatique et la renonciation à toutes les jouissances terrestres sont recommandées comme les moyens les plus sûrs à cenx qui veulent acquérir le don de dompter les démons et de guérir les maladies.

Les moines ont peu à peu succédé aux prêtres des temples et ont accaparé presque exclusivement le monopole de la médecine. Mais ce ne sont pas des observateurs comme les Asklépiades. Ignorants, pleins de préjugés, professant la plus complète aversion pour la méditation et la science, les moines à Dartir du vi" siècle au moins n'avaient recours qu'aux prati-

ques superstitieuses: les prières, les reliques des martyrs et l'eau bénite constituaient tout leur arsenal thérapeutique. Il serait d'ailleurs aussi fastidieux qu'inutile de citer leurs cures merveilleuses, puisque les moyens employés pour les produire n'ont rien qui les rappi^oche de l'hypnotisme. Nous en citerons cependant quelques-unes pour duniu'r une idée de ce qu'était la crédulité des fidèles : les guérisons obtenues au tombeau de sainte Ida au xi* siècle ; les secours infaillibles procurés par les cendres de saint Deusdédit contre les fièvres intermittentes, les cures du pape Paul III dans le couvent de saint Denis, la guérison de plusieurs empereurs et notamment d'Othon le Grand par saint Guy, sont autant de preuves de la grossière superstition et de la piété fanatique de ces siècles de ténèbres.

Les moyens employés par les moines rappelaient ceux dont se servaient les prêtres d'Asklépios, à cela près qu'on en avait banni le traitement hygiénique, si souvent efficace, de bains et de frictions et que les prières et les exorcismes ainsi que quelques recettes aussi stupides qu'extraordinaires faisaient tous les frais de la thérapeutique des monastères.

Tout ce que le christianisme repoussa comme trop décidément païen, comme impur et impie, devint le partage des sorciers dont les démons furent alors considérés comme les auxiliaires directs.

Il y eut au moyen âge deux espèces de sorciers.

Sous le régime féodal, un certain nombre de serfs et surtout de femmes persécutées ou violées par les gens d'armes, se retiraient dans les bois ou dans les solitudes où, sous l'influence de l'isolement, sous l'excitation du besoin physique et des douleurs morales, elles contractaient une sensibilit(' nerveuse exagérée, qui les conduisait à l'hallucination de la possession d'un pouvoir surnaturel. Ces sorcières, s'il faut en croire Fabart, jouèrent un nMe politi([ue important et ne furent pas sans exercer une certaine influence sur l'esprit di' ces grandes assises de soufl'ranls et de di'sespérés d'où sortirent les Jacqueries. Des pratiques de ces sorcières nous ne savons pas grand'chose. Croyaient-elles à l'efficacité des philtres et de l'incantation? Aucun document ne nous l'apprend. A quelles

sources avaient-elles emprunté la science des prestiges et des sortilèges ? mystère encore. Peut-être l'avaient-elles apprise des derniers druides dispersés par le catholicisme grandissant et finalement réduits à vivre cachés au fond des bois où ils conquirent la vogue du mystère et devinrent les enchanteurs ? Ce sont là des points insolubles, car il n'existe pas sur ces sorcières de documents particuliers ; elles sont confondues par les auteurs contemporains avec des milliers de malheureuses qu'on brûla sur les bûchers, et qui étaient beaucoup plus des malades que des sorcières.

Quoi qu'il en soit, parmi les sorciers ou gens réputés tels, deux ou trois sur cent tout au plus étaient assez instruits pour épeler le grimoire fatidique, la Kabbale. Les autres avaient recours à des pratiques bizarres indignes du nom de magie.

Le procédé habituel de ces derniers consistait en un accouplement bizarre et incompréhensible de mots baroques et de gestes où le ridicule s'alliait au monstrueux. Les sorciers espéraient ainsi provoquer l'aide de Satan.

Voici, par exemple, la formule d'un produit merveilleux aussi propre à guérir n'importe quelle maladie qu'à donner la malemort à votre ennemi :

« Prenez crapauds, couleuvres, lézards et insectes les plus l^ids qui soient dans la contrée. Ecorchez crapauds, couleuvres et lézards avec vos dents ; puis placez-les de compagnie avec les vilains insectes dans un pot do terre tout neuf, sur lequel vous aurez préalablement peint avec votre sang une tète de bouc image de Satan.

« Joignez-y des membres d'enfant nouveau-né et point baptisé, et de la cervelle de cadavre recueillie dans la sépulture chrétienne. Faites bouillir le tout avec de 1 eau bénite, et répétez au cours de l'opération les blasphèmes les plus virulents que vous saurez contre Christ, Vierge et Saints, Allumez grand l'eu, d'abord, puis continuez à petit feu, jusqu'à complète évaporation des parties aqueuses. Broyez le résidu en vous servant d'une tète de mort, celle d'un ecclésiastique de préférence, en guise de mortier et d un tibia comme pilon. Humectez finalement pour obtenir consistance d'onguent, avec du jus de mandragore et tenez l'amalgame jusqu'à l'occasion de vous en servir dans un lieu secret, entre deux feuilles arrachées subrepticement au missel de la paroisse, endroit |du caQon de laMesse.»

Tout le monde au moyen c^ge croyait aux divinités malfaisantes, aux conjurations, aux évocations de démons.

Cette croyance, encore exagérée par la superstition^ fut l'origine d'un délire spécial, dont les causes adjuvantes furent probablement la misère et l'inquiétude continuelles chez les vilains; l'ignorance et les sentiments contrariés chez les gens d'église et les nobles filles que des parents barbares enfer-

Ci;

maient dans les cloîtres. Ce fut le délire de la possession démoniaque, la démonomanie.

Le diable jouait un rôle important dans les préoccupations des gens d'église. « Chaque semaine alors, dit Calmeil, si ce n'est chaque jour, on devait se résigner à entendre que quelqu'abbé ou quelque pieux moine avait eu maille à partir avec des diables ou avec quelques fantômes acharnés contre sa personne. Des visionnaires crurent sérieusement assister à des réunions d'anges, contempler sous leurspieds l'abîme de feu où se trouvent renfermés les esprits rebelles, distinguer dans les régions de l'air des troupes d'anges luttant contre des bandes de démons pourravir àleurs redoutables adversaires quelquesâmcs

1. Celte figure et les suivantes sont Urées d'un ouvrage extrêmement intéressant Le Sabbat des sorciers, par Bourneville et Leteinturier.

damnées. Les témoignages de ces visionnaires furent cités avec autant de respect que d'admiration. Chaque fois que par la suite il fut question de résoudre quelque doute sur la forme, sur les différents modes d'apparition des êtres surnaturels l'on ne manqua pas d'en référera l'infaillibilité de pareils personnages. » Du moment qu'on admit l'existence des diables, l'idée qu'ils pouvaient entrer dans le corps d'un être humain et en faire leur résidence n'était pas loin. De là l'admission de la possession.

De là aussi la persuasion qu'il fallait par divers moyens chasser le diable du corps, l'exorciser. En un mot le diable était partout dans les imaginations, en assaut contre Dieu.

On le voyait notamment, on l'affirmait du moins^ rôder à l'heure du crépuscule dans les environs des cimetières, autour des fontaines, aux abords dos forêts, dans les lieux déserts ou marqués par des événements sinistres.

Le sorcier fut alors considéré comme l'acolyte du diable, comme son sujet, ayant conclu un pacte avec lui à l'efl'et de produire des maléfices et d'aller au sabliat.

Il ne fut au moyen âge d'extravagances qu'on ne mit sur le compte des sorciers. On affirma que les dial>les avaient des conciliabules, des assemblées où, dans des orgies infernales, ils

décrétaient la perdition des humains. Les sorciers passai(Mit pour avoir commerce avec ces diables, dont ils devenaient les émissaires sur la terre pour commettre toutes espèces d'abominations et couvrir le monde d'opprobres et de malheurs qu'ils organisaient au sabbat.

Si véritablement^ à l'origine, le sabbat fut une assemblée secrète où les Vilains conspiraient à l'instigation des sorcières contre le Noble et TEglise, il devint plus tard, dans la cervelle affaiblie des démoniaques, une sorte de conte fantastique, que les prêtres du haut de la chaire se plaisaient à répandre parmi les fidèles, évidemment dans l'intention de les détourner de

Satan. ^Mais ils manquaient leur but et ne faisaient que mieux préciser dans des cerveaux ébranlés par la crainte des exigences du Seigneur et la peur des convoitises du clergé, un sujet d'hallucinations auxquelles ils n'étaient que trop disposés.

Le sabliat devint à travers la légende l'assemblée solennelle tenue à minuit parles sorciers elles sorcières, sous la présidence du diable, leur seigneur et maître. Le jour et b' lieu de cette assemblée varient avec la nationalité des conteurs. Dans le noi'd de l'Allemagne on dit que le sabbat se tient dans la nuit du 30 avril au l'^'" mai sur le Brockcn ou Blocksberg. la plus haute montagne du Hartz. Au [)remier coup de Iheure de minuit,

Satan tire ses esclaves de leur sommeil par un signe qu'eux seuls peuvent entendre et comprendre. Des boucs, des ânes, des manches à balai, des pelles à feu leur servent de monture et, au moyen de quelques paroles magiques, ils traversent les airs avec la rapidité du vent. Les murs les plus épais, les chaînes les plus lourdes ne sauraient les arrêter. Lorsque la société est rassemblée, le diable paraît; généra-

lement sous la forme d'un grand bouc avec des cornes énormes; sa longue queue cache des fesses humaines, particulièrement destinées à recevoir les témoignages d'honneur et de respect de l'assemblée. Après le salut de bienvenue, Satan monte sur son trône, passe en revue son armée assemblée, se fait présenter les néophytes, imprime à une partie secrète de leur corps l'empreinte de leur admission dans celte association et leur assigne le cercle où ils doivent agir. Il y a aussi de l'avancement pour les plus anciens de l'ordre et, suivant les circonstances, des dégradations et des peines.

Cette solennité est suivie d'un banquet, dont un pain noir de millet, des crapauds et la cliair de malfaiteurs supplicies ou d'enfants assassinés avant d'avoir reçu le baptême, font les honneurs et les délices.

A lu lin de ce banquet, Satan reçoit l'hommage de ses hôtes. Ils lui baisent la figure et les fesses, lui font toutes sortes d'ofîrandes dans les postules les plus indécentes. Ils lui offrent, des libations dégoûtantes, font le signe de la croix mais à rebours et de la main gauche. Ils terminent cette ignoble fête par des danses, des chansons ordurières, de lascifs embrassements, des sauts grotesques et de honteuses voluptés de

toute espèce. L'orgie satanesque dure jusqu'à ce que le chant du cocj, annonçantle point dujour, sépare la réunion infernale. On pourrait croire ce tableau du sabbat fait à plaisir par quelque romancier cherchant à accumuler les horreurs. Il n'en est rien cependant; ce sont les sorciers et les sorcières eux-mêmes qui ont fait ces étranges descriptions en présence des juges chargés d'instruire leurs procès. Les livres de Jean Wiérus, de Bodin, de Boguet, sont pleins de ces déclarations. Kt on ne sait, à notre époque, si on doit s'étonner davantage de l'étrange état d'esprit des hommes qui prétendaient avoir assisté à ces scènes^ ou du degré d'ignorance et de l'inqualifiable superstition, qui permettait à desgens, passant pour sérieux et sensés, de croire de bonne foi à de pareilles absurdités. Car beaucoup des juges étaient debonne foi, de même que les témoins qui venaient déposer contre les prévenus.

Les livres de ceux qui ont écrit à cette époque, contre les sorciers prouvent d'une manière évidente. « qu'ils les considé raient véritablement comme esclaves du diable et dignes du feu éternel, comme du feu temporel ».

Ces superstitions eussent été excusables parmi les paysans grossiers, trop courbés sous le joug pour concevoir une idée personnelle, différente de celle que leur inculquait leur curé. Mais ce qui est extraordinaire, c'est qu'elles régnaient aussi

dans le clergé qui pourtant était le seul dépositaire des connaissances humaines d'ordre un peu élevé. Tout le monde regardait les comètes et les éclipses comme le présage de grandes calamités, les météores passaient pour des signes de la colère céleste; les ouragans elles tempêtes pour l'œuvre des mauvais esprits déchaînés par les sorciers. De là l'horreur et la crainte qu'ils inspiraient. Dans les Capitulaires de Charlemagne (805) il est parlé des sorciers, des enchanteurs qui excitent^les tempêtes. Grégoire de Tours, Guibert de Nogcnt ont rempli leurs œuvres de récits d'opérations magiques.

La croyance aux revenants n'était pas moins généi-ale. Les loups-garous, les lutins, les vampires fournirent matière à mille légendes, et, ce qui est plus grave et plus regrettable, à des millions de crimes.

Jeanne d'Arc fut brûlée à Rouen bii^-n moins par la haine des Anglais qu'à cause des soupçons de sorcellerie qui planaient sur elle, Elle fut condamnée comme « menteresse, pernicieuse, abuseresse, blasphémeressc de Diou, invocateresse dos diables, schisnuiti(|uc,h(''rétiquo, etc., »

Et il st' trouva une université pour discuter gravement et approuver le reproche de sorcellerie qu'on lui imputait.

D'ailleurs la fureur qu'on déployait contre les sorciers ne faisait (|u"accroitre le nombre de ceux-ci. Dans ces époques de piété fanatique, les visionnaires n'étaient pas rares, etleretentissr'ment des procès de sorcellerie, la crainte que les gens pieux avaient eux-mêmes du diable et de ses entreprises les faisaient précisément tomber dans l'écueil qu'ils redoutaient. Dans leurs visions, les anges avaient été remplacés par les démons, le paradis par le sabbat.

Ainsi , peu de temps après l'exécution de la Pucelle, deux jeunes fdles des environs de Paris se déclarèrent à leur tour inspirées. On les arrête aussitôt et l'autorité ecclésiastique instruit leur procès. Une docte faculté consultée délibère longuement sur le cas et décide que leur inspiration provient d'esprits déchus logeant dans leur cervelle. L'une d'elles s'étant rétractée échappa au supplice, mais l'autre ayant persisté dans ses idées fut livrée aux flammes comme sorcière.

On sait que les enfants de Philippe le Bel firent entre eux une association par écrit où ils se promirent un mutuel secours contre ceux qui voudraient les faire périr avec le secours de la sorcellerie.

La maladie de Charles VI fut attribuée à un sortilège. C'est pourquoi on manda [)our le guérir cinq magiciens célèbres dont les noms ont heureusement été conservés, ce sont : Armault Guillem, Pi(Tre, Lancelot, Poinson et Briquet. Le premier seul sortit sain et sauf de l'épreuve, mais les quatre autres périrent à la potence ou sur le bûcher (4 .

Cela nous prouve ([u'à ce moment encore il existait en réalité des gens se livi'aiit aux pratiques occultes. Lés croisades

<. A. Glioi-eiiii. La inaladic dn Cliarlos VI. Union médic. i862. N»'' 22, 24, 27, 30.

du reste, avaient certainement contribué à entretenir la croyance aux idées magiques. Nombre de chevaliers avaient affermi en Orient leur foi dans les merveilles de la sorcellerie. Plus d'un vassal avait dû rapporter des i)ïiys lointains le souvenir de formules d'incantations et d'ingrédients de philtres.

Ces sorciers, d'ailleurs, évitaient évidemment de se faire connaître, n'ayant pas envie d'affronter le bûcher ; ce qui les distingue de la plupart de ceux qu'on voit dans les siècles suivants courir pour ainsi dire d'eux-mêmes au devant de la murt et raconter avec détails aux juges les actes qui devaient le plus sûrement entraîner leur condamnation.

Vers 1436, on crut découvrir dans le pays de Vaud toute une classe d'hommes habitués à adorer les démons et à se repaître de chair humaine. Le bruit s'était également accrédité dans toutes les classes de la société que les environs de Berne et de Lausanne regorgeaient de sorciers n'aspirant qu'à commettre des forfaits, à outrager la morale et la nature. Treize victimes, assurait-on, avaient été dévorées en fort peu de temps. L'autorité s'émut : Pierre, juge à BoUingen, et l'inquisiteur d'Eudes, commis pour examiner les Vaudois, soumirent des centaines de malheureux à lia torture et les envoyèrent presque tous au bûcher expier leur alliance avec Satan.

Parmi ces insensés, une femme, exécutée à Berne, formula ses aveux en ces termes : « Jefais partie d'une secte qui jure obéissance au diable. Les enfants qui n'ont pas reçu le baptême attirent surtout notre attention ; nous savons les atteindre par la puissance de nos invocations, les faire périr par le prestige de nos cérémonies dans les bras mêmes de leurs parents qui croient que leur enfant succombe à une maladie naturelle. Lorsque le cadavre a été enseveli nous Talions chercher. On le jette alors dans une marmite remplie d'eau bouillante où les os sont séparés de la chair; avec les parties qui conservent un peu de consistance nous faisons un onguent magique qui donne à celui qui en est enduit le pouvoir de se transporter par l'air là où- il désire se rendre. Les sucs liquides conservés dans des flacons servent à initier les novices aux secrets de l'art. Celui qui en a bu est pour le savoir à la hauteur des

maîtres. Un magicien loiiglciiips reilouté, Stadelein, avoua être affilié anx ennemis de Dien. H se croyait le pouvoir de contraindie les esprits à faii'f tomber la foudre et la grêle sur les propriétés d'antrui, et connaître la recette pour tuer les petits dans le ventre des femelles. Il prétendait avoir fait périr sept enfants dans le soin de leur n^ère à l'aide d'un maléfice composé avec le cadavre d'un lézard.

En i453, Edeline, docteur en Sorbonne, bien qu'ayant enseigné lui-même que le culte des esprits infernaux était une pure imagination du cerveau de ceux qui y croyaient, fut à son tour atteint de démouomanie et avoua obéir au diable et prostituer son corps à un incube.

En 1459, nui! épid(!'mie démoniaque envahit l'Artois. D'après le r(''cit de Monstrelet, les Artésiens passaient pour aller au sabbat entendie les commandements du diable et se livrer à des orgies sans nom. Un certain nombre d'habitants confessèrent, en effet, eu justice, ([u'ils assistaient à des réunions prohibées où ils étaient amenés par les démons, qu'ils engageaient leur foi à Satan et se livraient à la copulation avec des esprits impurs (1).

i. Monsti'clcl, Clii-oirufiic île l-^raiice.

En 1491, tout un couvent de filles à Cambriii est en proie aux malins esprits qui torturent les religieuses pendant quatre ans. Ces malheureuses errent dans la campagne, s'élancent en l'air comme des oiseaux, grimpent sur les toits et aux troncs des arbres comme des chats, imitent le cri de divers animaux. Il y en a (pii devinent les choses cachées et prédisent l'avenir. On les exorcise, et le démon ayant rt'pondu qu'il avait été introduit chez ces moinesses par une religieuse nommée Jane

Fothière, la quelle avait eu commerce avec lui quali'c cent trente-quatre fois, celle-ci fut arrêtée, s'avoua coupable et mourut dans les prisons.

En 1544, Madeleine de laCroix^, abbesse de Cordoue, tombe malade. En voulant lui administrer les derniers sacrements, le confesseur du couvent la voit trembler et tomber en convulsions. On l'exorcise alors et elle avoue qu'elle est en relations avec les diables depuis l'âge de cinq ans. Son plus grand crime est d'avoir longtemps servi d'épouse à nn chérubin déchu, nommé Balban. Elle dit aussi avoir fait des voyages rapides à travers l'air.

En 1578, Barbe Doré coupe avec une serpe le tête de sa fille et celle d'un enfant appartenant à sa voisine. Elle déclara que

le diable l'aviiit fait agir ainsi, lui promettant de satisfaire ensuite ses moindres désirs.

Selon Pierre de l'Estoile, le nombre »ies sorciers qui peuplaient la France était considérable, car il n'y avait pas moins de trente mille personnes adonnées àlaprati([ue des sortilèges.

L'exemple d'ailleurs partait de haut. La reine-mère, Catherine de Médicis, s'occupait de magie sous la haute direction du prêtre florentin Cûme Ruggieri, devenu le plus expert de son •.omps en l'art d'inventer et de composer des philtres. DeL484à

1500, la démonolàtrie Ht de grands ravages en Allemagne, surtout à Cologne, Maycnce, Trêves, Salzburg et Brème. Ceux qu'on arrêtaits'empressaient la plupart du tempsde confirmer par leurs aveux et leurs révélations les charges qu'on relevait d'ordinaire contre les disciples de Satan. Quaranteetune femmes prévenues d'avoir dévoré des enfants périrent sur le bûcher eu moins d'une; année. Spriinger rapporte que toutes confessèrent entre autres choses qu'elles se livraient à la copulation avec les diables.

Quarante-huit autres femmes brûlées soit à Constance, soi à Ravensburg, avouèrent s'être prostituées à des incubes (1).

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