Dclrio. Dcsquisit. nia^'ic, page 7S
Les sages-femmes étaient particulièrement redoutées en Allemagne en tant que sorcières. L'exercice de leur ministère leur permettant chaque jour d'ajjprocher des nouvelles accouchées, on croyait que le diable avait grand intérêt à les attirer dans son parti et que la plupart d'entre elles se constituaient à son service pour détruire les nouveau-nés. Une sage-femme, brûlée à Dann, déclara avoir tué plus de quarante enfants. Bodin
ajoute même qu'elle allait la nuit déterrer leurs cadavres pour s'en repaître.
Une autre de Strasbourg convint ({u'elle avait, pendant sa vie, immolé un nombre efTrayant de nouveau-nés.
Il y eut aussi parmi ceux qu'on brûlait des sorciers qui, à l'exemple de S tadelein, avouaient s'être entendus avec le dialile pour soulever des tempêtes; Il y en eut notamment à Bàle et à Ruppel. Ily en eut qui s'imaginèrent parcourir la campagne transformés en loups-garous. Pierre Burgot (15211, après avoir confessé qu'il obéissait à Satan, raconta que frotté par Michel Verdungavec une pommade magique, il avait été transformé on loup et avait sous cette forme dévoré plusieurs enfants. Il disait posséder une poudre capable de donner la mort à ceux qu'une
seule parcelle atteignait. Michel Verdung confirma ces récits et en fit d'à pou près semblables.
Du xii'= auxvn'^ siècle le culte du diable avait fait des progrès rapides, si bien qu'en 1(U)0 il y avait près de cent mille sorcières en France.
Pendant le xvi" siècle le pape Adrien VI ayant autorisé les moines de Saint-Dominique à poursuivre les sorcières et les stryges, les religieux s'acquittèrent de leur mission avec tant, d'ardeur (pi'en un an il y eu eut plus de mille envoyées au bûcher dans le seul district de Côme. Le bref du pape Jules II montre qu'on leur reprochait les mêmes crimes qu'en France. L'idée qu'elles ont mille fois donné la mort domine dans les dépositions des femmes d'Italie. Un certain nombre se vantaient aussi de se métamorphoser en chattes pour approcher plus sûrement les enfants dont elles veulent sucer le sang.
De 1()27 à 1630 la Navarre fut pleine de démoniaques. Cent cinquante femmes furent emprisonnées et fouettées. A Sarragosse, l'inquisiteur en fit brûler un certain nombre.
Les récits de ces démoniaques sont en grande partie certainement des produits de l'imagination. Mais il est sûr, d'autre part, que chez un certain nombre d'entre eux l'hallucination avait pour point de départ un procédé artificiel. On croyait en efîi^t à la vertu magique de certains onguents, de certaines plantes : la douce amère, la belladone, la mandragore. Certaines lamies, en se frottant le corps d'une pommade de leur composition, tombaient pendant plusieurs heures dans un état de raideur et d'immobilité d'origine évidemment suggestive. D'ailleurs certains états nerveux, analogues à ceux que nous connaissons de nos jours, s'étaient souvent montrés chez les démoniaques.
Le moine Delépine parle d'une sorte de léthargie dont étaient parfois atteints certains sorciers qui, bien que demeurés engourdis et comme morts dans leur lit ou dans un coin quelconque de leur maison, croyaient en se n-veillant qu'ils venaient d'assister au sabbat
Certains lycantliropes restaient parfois pendant plusieurs heures en état de mort apparente. Ils sortaient de cette espèce
de torpeur léthargique comme une personne qui s'éveille en sursaut.
Parfois, même pendant la question, les sorciers tombaient en somnanbulisme. Francisque Fellée i^aconta que sur le chevalet elle était demeurée quelque temps insensible et sourde à la voix du juge.
Un des disciples de Jean Huss. mis à la torture, tomba dans une léthargie si profonde que le bourreau le crut mort et l'abandonna. Quelques heures après il revenait à la vie. En 1639, une sorcière de Franconie se mil à parler des langues inconnues et s'endormit ensuite ixMidant qu'on lui broyait les jambes.
En 1511, une fille deSalamanque se fit remarquerpar des hallucinations singulières. Elle se croyait l'épouse du Christ, et se pensait accompagnée sans cesse par la Sainte Vierge. Continuellement elle était en extase; la raideur de ses membres et de ses nerfs était alors si grande que ses mains et son visage perdaient leur couleur naturelle, qu'il semblait que ses doigts n'avaient plus d'articulations et que tout son corps était incapable d'exécuter aucun mouvement.
Au XVII* siècle, la possession démoniaque l'emporta de beaucoup sur la sorcellerie; les 'exorcistes supplantèrent on maintes circonstances les inquisiteurs. La possession produisait des phénomènes nerveux de divers ordres ; mais ils affectaient surtout le caractère de l'hystérie convulsive et de l'hystéronymphomanie. Tel fut le caractère de la démonomanie de Madrid, decelle desUrsulinesde Loudun, des femmes de Chinon, des orphelins de Hoorn. Dans d'autres cas. c'est la chorée qu'on observa chez les choréomanes allemands, dans le Tarentisme de La Fouille, chez les Jumpers ou sauteurs. II y eut encore à regretter bien des malheurs. Quatre-vingt-cinq sorciers et sorcières périrent dans les flammes à Elfalden en Suède; plus de cinq-cents villageois normands furent poursuivis pour magie ; un grand nombre de cas individuels restèrent heureusement ignorés et échappèrent aux mains de l'inquisiteur aussi bien qu'à celles du bourreau.
Dès 1 491 les moinesses de Cambrai entraient dans des accès
d'agitation étranges, p(MHiant lesquels elles clevinaicnt les choses cachées et prédisaient l'avenir.
A Nantes, en 1549, sept individus furent brûlés, qui avaient présenté des phénomènes d'extase, avec immobilité qui durait plusieurs heures. Ils prétendirent avoir la connaissance de tout ce qui se passait dans la ville [lendant la durée de leur accès.
Le don des langues était considéré comme un phénomène surprenant; il se présentait assez frécjuemment.
Ambroise Paré, racontant l'histoire d'un possédé, nous dit : « Le diable parlait par la bouche du malade du grec et du latin à foison, encore que le dit malade ne sceust rien en grec. »
Leloyer raconte que les démons muets causent la léthargie, rendent les hommes insensibles et qu'il est fréquent de voiries stryges passer plusieurs heures dans le sommeil léthargique.
NicoUe Aubry, la possédée de Vervins (1566), tombait en léthargie à la suite de ses crises. Elle prédisait l'heure du retour de ses accès futurs.
L'évêque de Ghâlons remarqua qu'une des religieuses d'Auxonne avait, pendant l'exorcisme, la tête renversée, les yeux ouverts, la prunelle absolument retirée ^sous la paupière supérieure.
La sœur de la Purification tomba à l'heure du sabbat dans une espèce d'assoiipissement et d'insensibilité merveilleuse qui dura cinq quarts d'heure et plus, aliénée de tous les sens, sans mouvement, sans parole, sans connaissance , les bras Ci'oisés sur la poitrine et si raides qu'il fût impossible de les ouvrir et les yeux fermés puis ouverts, mais fixes et arrêtés sans rien voir (1).
La maladie des Ursulines de Loudun s'annonça d'abord par des hallucinations. Dès le printemps de 1632, plusieurs sœurs se plaignirent d'être obsédées la nuit par des spectres. Il leur arrivait de quitter leur lit, de parcourir les corridors et les chambres, et même de monter sur les toits. Elles accusaient leur prieur récemment décédé d'apitaraitre la nuit dans leurs cel-