‹ Hypnotisme et croyances anciennesChapitre 23 sur 38 · Deleclœ disputationes théologien-. i64i · texte numérisé non relu

Deleclœ disputationes théologien-. i64i

louanges à ceux qui, sans crainte, remontèrent le courant du fanatisme pour tenter de faire comprendre à tous que ces phénomènes, soi-disant surnaturels, étaient du ressort de la pathologie. C'est avec A'énération qu'il faut prononcer les noms de ces savants hommes de co:'ur qui s'appelaient Pon/.ibinius, Alciat, Wicrus^ Pigray. •!• B- Porta, Montaigne, etc.

.Après la chute de l'empire rcmiain et le partage de ses vastes dépendances entre les Germains et les Scandinaves, les guerriers vainqueurs devenus souverains s'étaient fait les zélés protec-^ tours des productions de l'intelligence qui échappèrent ainsi au naufrage total dont elles étaient menacées. En Italie, en Gaule, vn Irlande, on Angleterre, on Germanie, les écoles impériales subsistèrent jusqu'en l'an 050. Pendant- le vi* et le vu" siècles de nombreuses traductions des fragments recueillis de littérature antique furent faites. Des missionnaires envoyés par le pape Grégoire le Grand en Grande-Bretagne fondèrent ces écoles très fréquentées d'où sortit Alcuin qui institua, sous. la protection de Charlemagnc, des écoles, des cathédrales et des nn)nastéres où on onseignait les arts libéraux. La médecine ne fut pas oubliée, car dès l'an 846 il est question des médecins salernitains et au x'' siècle l'école de Salerne était déjà célèbre. On y trouvait des médecins ecclésiastiques, des laïques, des femmes médecins munies de diplômes. Les Salernitains se livrèrent à la pratique, à l'enseignement, dirigèrent les hôpitaux, s'attachèrent aux arnii-es ; mais malgré leur activité, malgré les ressources qu'ils auraient pu trouver dans les livres ou dans leur pratique, les médecins ne purent pendant longtemps échapper aux intluences extérieures de cette période si. tourmentée et leur science se réduisit à un nn'lange confus de dogmatisme, d'empirisme, de mysticisme sans originalité. Au xni" siècle, sous l'intluonco de la protection des Papes et des rois de France et d'Angleterre, des écoles furent fondées en Italie, en Angleterre, en Allemagne; celle de Montpellier était, déjà célèbre, celle de Paris reçut de plus grands privilèges et un certain accroissement.

A partir de cette époque, la personnalité des médecins devint plus marquée en môme temps que pâlissait l'auréole de Galion.

Au xv** siècle, une certaine indépendance so manifeste, on discute les opinions des maîtres anciens et l'observation acquiert de plus en plus de valeur.

Dès le commencement du xvi" siècle, quelques savants affirmaient déjà qu'aucun fait ne doit avoir une origine surnaturelle.

Pierre Pomponnazi de Mantùue (1462- 1521) écrit que tout fait merveilleux doit s'expliquer naturellement par l'influence des astres les uns sur les autres et de l'homme sur l'homme. C'était là, on peut le dire, une ébauche de théorie magnétique. « Si les extraits d'herbes, de minéraux et d'animaux, dit Pomponnazi, peuvent produire des effets si admirables, combien plus admirable doit être l'action de l'âme humaine... II n'est pas plus difficile de croire à l'action curativede l'âme humaine, qu'à celle des herbes et des emplâtres. Elle opère en modifiant les corps « per vapores trausmissos » qui sont imprégnées de ses qualités bonnes et mauvaises.

Mais ce qui préoccupait le plus son esprit, c'était de prouver que les actes de la magie ne sont pas l'œuvre du démon et que c'est dans l'imagination prévenue ou malade qu'on doit aller chercher la source des miracles. « On conçoit facilement, ditil, les effets merveilleux que peuvent produire la confiance et l'imagination, surtout quand elles sont réciproques entre les malades et celui qui agit sur eux. Les guérisons attribuées à certaines reliques sont l'effet de cette imagination, de cette confiance. Les médecins et les philosophes savent que si on mettait à la place des ossements d'un saint ceux de tout autre squelette, les malades n'en seraient pas moins rendus à la santé, s'ils croyaient approcher de véritables reliques.

Cette théorie fut reproduite dans plusieurs des ouvrages des médecins et des philosophes des xvi« et xvii" siècles (Erasme, Bacon, Servet,Bekker). Mais pour qu'elle pilt dessiller les yeux il fallait apporter une explication des faits plus matérielle plus capable de satisfaire l'esprit.

A Paracelse revint le mérite de cette explication.

Reprenant les idées de Geber, il admit un fluide magnétique universellement répandu et susceptible de déterminer sur tous

Sîiiiil l*na(-e guérissant les possédés. Fac-siintlp de la gravure de .Vlarltius. d'après le tableau de Hubeus, qui se trouve au musée de Vienne. Figure empruntée aux démoniaques dans Varl.)

les corps les changements les plus varié?. 11 affirma même que si, par un effort sublime de volonté, on pouvait se figurer être une autre personne que soi-même, on connaîtrait incontinent la pensée la plus cachée de cette autre personne et on s'approprierait ses souvenirs les plus intimes, et ses plus profonds secrets. Paracelse explique les effets de sympathie et d'antipathie involontaires par les réactions des esprits animaux, qui ' ne sont autre chose pour lui qu'un fluide impondérable émané du corps. Il admet l'action réciproque d'un individu sur un autre, et la réalité de l'envoûtement. -< La volonté d'un individu,dit-il, peut par l'énergie de son effort agir sur l'être spirituel d'un autre individu, entrer en lutte avec lui et le soumettre à sa puissance. » Et plus loin : « Vous souffrirez tout ce qu'on fera subir à une figure de cire fabriquée à votre intention. Et ici, ce n'est pas votre corps qui sera affecté, c'est votre être spirituel : aussi tous les remèdes qui s'adresseraient à votre corps sont inutiles. Telle est la force de la malédiction. Ne te moque pas de tout cela, ô médecin, tu ne sais pas quelle est la puissance de la volonté. »

Mais s'il admet la réalité de l'envoûtement c'est en dehors de toute opération surnaturelle et comme un phénomène subordonné aux lois générales.

Paracelse préconisa l'usage de l'onguent armaire et de l'onguent vulnéraire, composés étranges où entraient les substances les plus diverses: miel, mousse de crâne de pendu, graisse d'ours, bol d'Arménie et cœtera. Mais il est certain qu'en les administrant, il comptait beaucoup plus sur l'imagination du malade que sur l'activité propre du médicament.

Otez, disait-il, l'imagination et la confiance, vous n'obtiendrez rien. Mais que l'objet de votre foi soit réel ou imaginaire, vous n'en obtiendrez pas moins les mêmes effets, et c'est là la cause de la superstition. »

Les sorciers avaient encore des défenseurs plus militants. Jean-François Pon/.inibius examine et détruit une à une toutes les raisons qui servent de piédestal à la justice de son temps. Il ose écrire que la démonolâtrie est une maladie causée par

la dépravation des sens et des sensations, qu'il est atroce autant qu'injuste de brûler des visionnaires.

André Alciat (1492-1550) prend à partie un inquisiteur qui vient de faire de nombreuses victimes dans le Piémont et rappelle, entre autres raisons, que l'absurdité de la sorcellerie a été démontrée au concile d'Ancyre. Il attribue à une disposition mélancolique les hallucinations des paysannes et dit qu'on pourrait les guérir pour la plupart, si on leur permettait de se faire soigner. Il admet que les démonolâtres sont sujets à des ravissements extatiques qui devraient être leur excuse, plutôt que de leur être imputés à crime.

Lemmus Levinius dit que les expressions inconnues dont se servent quelques possédés, soi-disant pourvus du don des langues, appartiennent à des idiomes qu'ils ont su autrefois, oublié depuis, mais que leur remet en mémoire une violente stimulation cérébrale. Les génies et les démons n'y ont aucune part. L'épilepsie est aussi, selon lui, une maladie naturelle dont il faut rechercher les causes dans l'encéphale et les humeurs.

Wierus, tout eu admettant l'existence des démons, et envisageant comme possible la présence de Satan dans l'organisme des gens atteints de troubles de l'esprit, essaie cependant de déterminer les causes naturelles de la folie. On api>rend par les faits qu'il cite que les aliénés du xvi® siècle attentaient souvent à leurs jours, qu'ils avalaient des fragments d'os, des plumes, du fer^ que les convulsions compliquées de' délire régnaient souvent dans les communautés de nonnes et dans les écoles de garçons; qu'on surprenait quelquefois des misérables simulant la démonopathie, qu'on connaissait aussi beaucoup d'agents toxiques capables de déterminer l'explosion subite d'un délire momentané. Il demeure convaincu que les lycanthropes, les stryges et en général tous les sorciers sont des aliénés que Satan a frappés de folie à leur insu.

Wierus s'attache encore à démontrer les affreux mensonges que contiennentles livres des inquisiteurs et dénonce les cruautés auxquelles ces récits ont donné lieu. Il refuse toute créance aux cures opérées par les saints ou leurs reliqueSi

Les possédées ne sont, suivant lui, que des femmes hystériques ou mélancoliques dont l'esprit est aliéné. Il démontre que les philties et les moyens magiques ne sont que des moyens narcotiques stupéliants ou enivrants qui dérangent l'imagination. 11 condamne comme inutile et honteuse la méthode superstitieuse dont on use pour guérir les possédés. H attribue le cauchemar non à l'action des démons, mais à celle d'un sang trop épais.

Leloyer admet que les maladies démoniaques peuvent bien tenir à des dérangements du système nerveux. Nicolas Lepois (1580) rapporte la catalepsie, la frénésie, le coma, l'amnésie, la paralysie, l'apoplexie, le cauchemar, les convulsions, la manie, la mélancolie et l'épilepsie à des dérangements de l'encéphale. Il cherche à faire ressortir le diagnostic différentiel de ces maladies, à en apprécier la nature et la gravité à en indiquer le traitement.

Il ne croit pas qu'il soit permis aux médecins de nier l'existence de la folie démoniaque, admet comme Hippocrate, une espèce de manie surnaturelle « qu'il ne faut pourtant pas se hâter dans la pratique d'attribuer à l'influence des esprits ».

On trouve dans Montaigne le passage suivant :

« Les sorcières de mon vosinage courent hazard de la vie sur l'advis de chaque nouvel auteur qui vient donner corps à leurs songes. Je suis lourd et je me tiens un peu passif au vraisemblable. Je vois bien qu'on se courouce et me deffend-on d'en douter sous peines d'injures exécrables. Nouvelle façon de persuader ! Pour Dieu merci, ma créance ne se manie pas à coups de poing... A tuer les gens il faut une clarté lumineuse et nette et est notre vie trop réelle et essentielle pour garantir ces effets supernaturels et fantastiques. Quant aux drogues et poisons, je les mets hors de mon compte; ce sont homicides de la pire espèce. Toutefois en cela même on dit qu'il ne faut pas toujours s'arrêter à la propre confession de cpr* gens icy, car on les a vus parfois s'accuser d'avoir tué des personnes qu'on trouvait saines et vivantes... Combien plus naturel que notre entendement soit emporté par la volubilité de notre esprit détraqué, que cela qu'un de nous soit envolé sur un balcon, au long du tuyau de sa cheminée, en chair et en os, par un esprit étranger ! Ne cherchons pas des illusions de dehors et incognues, nous qui sommes perpétuellement agités d'illusions do-

mesliques et nostres. Il me semble qu'on est pardonnable de mescroire une merveille autant au moins qu'on peut en détourner et élider la vérification par voye non merveilleuse. Il y a quelques années que je passay par les terres d'un prince souverain lequel, en ma faveur et pour rabattre mon incrédulité, me fit cette grâce de me faire voir en sa présence, en lieu particulier dix ou douze prisonniers de ce genre et une vieille entre autres, vrayment sorcière en laideur et difformité, très fameuse de longue main en cette profession. Je vis et preuves et libre confessions et je ne sais quelle marque insensible sur cette misérable vieille et m'enquis et parlay tout mon saoul, y apportant la plus parfaite attention que jepeusse,et ne suis pas homme qui me laisse guère garroler le jugement par préoccupation. Enfin et en conscience je leur eusse plus tôst ordonné de l'élébore que de la cigiie, car ils me parurent fous plus tôst que coupables... Après tout c'est mettre ses conjectures à un bien hautprix que d'en faire cuire un homme tout vif (1,\»

Pierre Charron écrivait quinze ans plus tard

«L'imagination est une puissante chose... Ses effets sont merveilleux et étranges... Elle fait perdre le sens, la cognaissance, le jugement, fait devenir fol et insensé... fait deviner les choses secrètes et à venir, et cause les prédictions et merveilleuses intentions, et ravit en extase et réellement tue et fait mourir. Bref, c'est d'elle que viennent la pluspart des choses que le vulgaire appelle miracles, visions, enchantements. Ce n'est pas le diable ni l'esprit; mais «'est l'effet de l'imagination ; ou de celle de l'agent qui fait telles choses ou de celle du patient et spectateur qui peut voir ce qu'il ne voit pas (2). »

Paul Zacchias enseigna que lespossédésnesont, à proprement parler, que des hommes mélancoliques, mais il a malheureusement ajouté que leur maladie engage le Malin Esprità seservir d'eux. Il rappelle que beaucoup d'insensés et de femmes dont l'écoulement menstruel est supprimé, sont accusées d'être possédées, quoique ne l'étant réellement pas.

Porta contribua par l'Académie qu'il fonda à bannir les préjugés, à dévoiler les subterfuges et les artifices dont les impos-

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