Dom Latasto I
trine une voix autre que la leur et se sentaient obligés de prononcer certaines paroles par l'influence d'une personne supérieure et sans que leur volonté intervînt. A d'autres les paroles étaient dictées intérieurement.
Cette épidémie ne fut pas d'ailleurs confinée à Paris et le bruit des guérisons miraculeuses du diacre s'étant répandu, on l'invoqua même en province et des accès convulsifs éclatèrent dans quelques villes, notamment à Troyes et à Corbeil.
En Angleterre, à la fin du siècle précédent, un prophète guérisseur avait fait grand bruit. II avait nom Greatrakes. Après avoir brillament servi dans l'armée, cet homme qui avait pris de bonne heure l'habitude de la contemplation, en vint à se figurer qu'il tenait de Dieu le pouvoir de guérir les écrouelles par simple attouchement. Il essaya son pouvoir sur quelques scrofuleux du pays, les toucha et les guérit. Quelques années plus tard de nouvelles inspirations l'avertirent qu'il pouvait guérir la fièvre, les plaies, les ulcères, l'hydropisie et un grand nombre d'autres maux. Sa réputation fut bientôt si considérable que le roi d'Angleterre le fit mander à sa cour. Vers 1680 Greatrakes se retira dans ses terres et mourut bientôt.
Par l'application de sa main dit un auteur du temps, Greatrakes faisait fuirla douleur et la chassait aux extrémités. L'efTet était quelquefois très rapide et j'ai vu quelques personnes guéries comme par enchantement. Ces guérisons ne m'induisent point à croire qu'il y ait là quelque chose de surnaturel. Luimême ne le pensait pas et sa manière de guérir prouve qu'il n'y avait ni miracle, ni influencedivine.il parait qu'il s'échappait de son corps une influence balsamique salutaire.
Quand les douleurs, dit un autre, étaient fixées dans la tête ou dans les viscères et qu'il les déplaçait, elles produisaient parfois des crises effrayantes qui faisaient craindre pour la vie du malade.
11 est encore deux exemples ([u'il faut citer l'un parce qu'il fait pour ainsi dire toucher du doigt la filiation de l'illuminisme avec le magnétisme ; l'autre parce qu'il a contribué à faire verser le magnétisme dans un spiritualisme absurde et dangereux.
Le premier est celui de M""^ Guyon, que le mysticisme con duisit au couvent et à la Bastille. Quand cette femme, très hy s térique, se sentait trop imprégnée de la grâce, elle s'en trouvait si accablée, qu'elle tombait en faiblesse. Il la fallait mettre au lit et elle ne revenait à elle qu'après avoir été déchaKgée.de l'excédent des faveurs divines sur d'autres personnes. Beaucoup de- grandes dan>es s'y prêtaient et le duc de Chevreuse déclarsiit que, assis près de M"" Quyon, il sentait distinctement l'effet de cette grâce qui, semblable à des effluves, serépandait sur Jui et semblait l'attirer, . -,
Le second est celui de, .Saint-Martin, /« philosophe inconnur. Disciple de MartinezPasqualis, il adopta l'illuminisme de Boëhm qu'il contribua à propager en France par des commentaires et des traductions. Tout Paris s'entretint bi,enlôtdu« Ternaire Universel », dont Saint- Martin venait de développer la théorie (i). «Le germe et la force réactive ne suffisent pas pour la corporisation ; il y faut encore ajouter un principe actif et intelligent qui n'est pas Dieu, mais qui est comme le bras de Dieu et qui gouverne tous les^êtres. C'est ce principe, qui rattache l'homme à l'être immuable tout puissant et omniscient, et par lequel il peut s'élever à toutes les jouissances et à tous les privilèges de la vie idéale. »
A ce moment, le somnaml?ulisme extatique avait déjà sa place dans le cadre npsologique, grâce aux travaux de Sauvages. .
A la fin du siècle, en Souabe, Gassner enfin produisait des crises, mais par un procédé plus compliqué. Convaincu, que leg maladies sont les unes d'ordre naturel, les autres dues à l'influence des démons, il commençait ses cures par un èxor-^ çisme destiné à constater la présence du diable. Si la maladie était naturelle, .l'exorcisme restait sans effet. Dans le Cas con-i traire, ,jl forçait le diable à révéler sa présence par des convulsions. C'est de ces derniers malades seulement que Gassner. s'occupait. Us étaient d'ailleurs nombreux. Bientôt sa répu" to|,tiQn s'étendit à la Suisse et au Tyrol. Puis il se mit à voyagef