ï)eâ erreufs cl de la véritcj
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semant les giiérisons sur sa route et se fixa enfin à Ratisbonne.
L'une de ses cures les plus célèbres fut celle de la fille d'un seigneur allemand, jeune hystérique qui, bien que soulagée par son médecin, voulut voir Gassner. Ce dernier l'exorcisa tout d'abord, ce qui jeta la malade dans d'épouvantables convulsions que Gassner interrompait à volonté en prononçant le mot : Cesset. Le diable qui possédait cette jeune fille obéissait immédiatement à tous les ordres qu'on lui donnait eu latin : Agitentur hrachia, disait Gassner, et les deux bras s'agitaient. Paroxy s mus veniat ! et la. crise survenait violente. Cesset paroxys~ mus in momenlo! elle se relevait le sDurire aux lèvres. Habeat ««(^î/s/ias ciVca cor / la malade roulait les yeux d'une manière effrayante. Sit quasi mortuaf La face devenait livide, le nez s'étirait, la bouche s'ouvrait démesurément, la tête et le cou se raidissaient, le pouls cessait presque de battre. Au formida ble « Cesset * tout s'apaisait subitement.
Vers 1040, tout Paris fut intrigué et émerveillé par le comte de Saint-Germain, espèce d'aventurier que le maréchal de Belle-Isle avait ramené d'Allemagne à la cour de Louis XV. Il plut à M""* de Pompadour et au Roi qui l'admit dans son intimité. 11 jouissait d'une grande fortune et vivait avec splendeur. Après un long séjour en France, le comte de Saint-Germain visita l'Angleterre, puis l'Italie, et finalement se retira à Ham^ burg, puis dans la Hesse et il mourut à Schlewig en 178t. Cet homme mystérieux prétendait avoir vécu plusieurs centaines d'années et parlait de Charles-Quint, de François l" et même de Jésus-Christ comme de gens avec lesquels il avait vécu. Il prétendait aussi posséder toutes sortes de secrets. Et il ne manqua pas de gens pour ajouter foi à tous ces racontars.
D'ailleurs le tour d'esprit^de la société n'avait guère changé à la fin du siècle; le cimetière de Saint-Médard était formé/ mais il y avait encore des convulsionnaires. Le mysticisme, la croyance aux esprits, aux influences occultes hantaient encore bien des têtes et on conçoit sans peine le prodigieux succès que devait avoir Mesmer au moment où il applarut à Paris.
De Mesmer à Braid.
L'état des esprits était alors assez différent en France et en Allemagne où les doctrines de l'émanation reprenaient faveur. En 1743 Swedenborg, sous l'influence de visions, s'était mis en tête de réformer le christianisme et il venait de résigner ses fonctions pour se livrer tout entier à sa mission et propager la nouvelle doctrine par la parole et par les écrits. Bientôt sa doctrine couvrait l'Allemagne entière, toute préparée d'ailleurs par les exorcismes récents de Gassner et les ardentes prédications de Lavater qui défendait éloquemment les miracles contemporains contre l'incrédulité et le scepticisme de la philosophie. En France, au contraire, on se targuait de n'accorder créance qu'à l'expérience et à la raison; c'est au nom de l'expérience qu'on allait accepter le magnétisme. Cela n'est du reste pas bien étonnant ; car l'expérimentation ne met pas l'esprit en garde contre le merveilleux. L'expérience est une arme à deux tranchants, difficile à manier et qui peut conduire aux plus grandes erreurs ceux qui se laissent trop facile • ment aller à accepter les résultats de recherches insuffisamment contrôlées.
Mesmer s'était nourri des idées de Paracelse. Dans son livre De planeiarum inflvxu, il ressuscitait la théorie du fluide universel. La santé et la maladie dépendent, d'après lui, de la quantité de fluide répandue dans le corps. Il s'agit donc pour guérir de régulariser l'afflux du fluide.
Dans les premiers temps de son séjour, Mesmer se servit des plaques aimantées du Père Hell, qui jouissaient alors d'une grande réputation. Il les considérait comme des condensateurs du fluide qu'on peut faire passer par leur entremise dans tous les corps, organisés ou non. Mais l'emploi des plaques suscita à Mesmer une polémique avec le Père Hell, dans laquelle le médecin viennois ne paraît pas avoir eu le beau rôle- Aussi renonça-t-il à s'en servir. Il n'était pas embarrassé pour trouver
mieux. L'homme étant imprégné de fluide magnétique peut le répandre autour de lui et rendre magnétiques, rien qu'on les touchant, du papier, du pain, de la laine, delà soie, du bois, des hommes, des chiens, etc. C'était du moins ce que Mesmer écrivait dans une lettre adressée à M. Hunser que publia le « Mercure savant » d'Altona en 1775.
La théorie du magnétisme animal était fondée, et c'est elle qu'annonçait Mesmer lorsqu'il s'établit à Paris.
Dès son arrivée, il se posa comme un homme qui tient en mains un agent presque ignoré, un puissant modificateur de l'organisme, à l'aide duquel il jn'ut efl'ectuer les guérisons les plus inattendues. Pour prouver qu'il ne trompe personne, le savant ouvre sa maison aux malades. Bientôt ceux-ci affluent alléchés par l'espoir d'un prompt soulagement, sinon d'une guérison complète. Il s'était tout d'abord installé dans un quartier obscur, sur la place qui portait déjà le nom de Vendôme. Mesmer à ce moment semblait dédaigner les sociétés savantes qui, d'ailleurs, n'avaient pas répondu à ses communications antérieures. Il voulait surtout séduire le grand public, seul capable de l'enrichir, ce qui était son vœu le plus cher.
Cependant il ne tarda pas à se trouver en rapport avec l'Académie des sciences et la Société royale de médecine. Mais ce n'était pas un examen de ses doctrines et de ses procédés que Mesmer voulait, il tenait au contraire à ne les point divulguer.
Ce qu'il désirait c'était l'appui du gouvernement. Aussi montra-t-il de telles prétentions que les deux sociétés savantes refusèrent de s'occuper davantage de lui.
A la Faculté l'accueil fut encore moins favorable. Un des docteurs régents, Deslon, qui était devenu l'un des plus fervents adeptes de Mesmer se chargea de proposer à la Faculté deux séries d'expériences où on examinerait sur douze malades l'efTet comparatif du traitement ordinaire et des moyens magnétiques. Cela lui valut d'être suspendu de voix délibérative pendant un an.
Mesmer fit mine de quitter la France et annonça publiquement son départ. L'efl'et qu'il désirait ne se fit pas attendre, ses amis se mirent en campagne pour décider le gouvernement à
entrer en arrangement avec lui. Mais là encore ses exigences perdirent tout, et Mesmer dépité partit pour la Belgique. Un incident qu'il ne prévoyait pas le rappela à Paris.
Les rigueurs de la Faculté n'avaient pas désarmé Deslon qui, tout au contraire, continuait ses opérations. A la troisième délibération, qui devait décider de son sort, il eut la hardiesse, de se présenter comme magnétiseur émérite, initié à tous les secrets du maître et opérant les mêmes merveilles. Cela lui valut d'être rayé du registre des docteurs régents. La Faculté profita même de cette circonstance pour faire comparaître une trentaine de docteurs suspects et les obliger à signer une déclaration par laquelle ils s'engageaient à ne jamais adhérer au magnétisme animal ni parleurs écrits, ni par leur pratique.
Le magnétisme faisait donc des progrès à Paris, mais cela ne faisait pas le compte de Mesmer. Il revint en hâte et promit à ses fidèles de leur enseigner le grand secret moyennant une somme fixée d'abord à 240.000 livres, mais qui monta dansune souscription organisée par les clients et les amis du magnétiseur à 340.000 livres, que Mesmer encaissa tranquille-, ment. Ceux qui avaient payé crurent qu'ils pourraient librement disposer du secret, mais Mesmer s'y opposa par un acte en bonne forme. Plus tard Deslon ayant divulgué le secret, Mesmer réclama 150.000 francs de dommages-intérêts. II adressa aussi d'âpres réclamations à ses élèves qui, formés en société dite de rHarmonie, avaient fondé en province de nombreuses succursales. Puységur lui répondit en plein comité par de dures paroles. Mais cela n'empêclia pas Mesmer d'accepter comme une aumône 125.000 francs que lui donnèrent encore ses élèves.
Voyons maintenant en quoi consistait le fameux secret si cher vendu par son auteur. Ce n'est qu'en 1779 qu'il fut formulé en corps de doctrine et condensé en 27 propositions que nous allons reproduire :
i°]\ existe une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés.
2» Un fluide universellement répandu et continu de manière à
ne laisser aurtiin vide, dont la subtilité ne permet aucune comparai-son, et qui, par sa nature, est susceptible de recevoir, propager et communiquer toutes les expressions du mouvement est le moyen de cette intluence.
3° Cette action réciproque est soumise à des lois mécaniques inconnues jusqu'à présent.
4" Il résulte de cette action des elTcts alternatifs qui peuvent être' considérés comme un flux et un reflux.
'^" Ce reflux est plus ou moins général, plus ou moins particulier, plus ou moins composé, selon la nature des causes qui le déterminent. '
6" C'est par cette opération, la plus universelle de celles que ' la nature nous olTre, que les relations d'activité s'exercent entre les corps célestes, la terre et ses'parties constitutives. " ;
7° Les propriétés de la matière et du corps organisé dépendent' de cf'tte opération. ;
8° Le corps animal éprouvo les efl'els alternatifs de l'agent, etc'est' en s'rnsinuant dans la substance des nerfs qu'il les affecte immédià- ' toment.
9° Il se manifeste, particulièrement dans le corps humain, des propriétés analogues à celles de l'aimant; on y distingue des pôles également divers et opposés, qui peuvent être communiqués, changés, détruits et renforcés; le phénomène même de l'inclinaison y est' observé.
10° La propriété du corps animal qui le rend susceptible 'de l'influence des corps célestes et de l'action réciproque de ceux qut' l'environnent, manifestée par son analogie avec laimant, m'a déterminé à le nommer « magnétisme animal » • i '
il» L'action cl la vertu du magnétisme animal, ainsi caractérisées
]>euvent être communiquées à d'autres corps animés ou inanimés.
Les uns et les autres en sont cependant plus ou moins susceptibles.
■ 12° Cette action et cette vertu peuvent être renforcées et propagées
par ces mêmes corps. '-
13" On observe à l'expérience l'écoulement d'une matière dont la subtilité pénètre tous les corps, sans perdre notablement deson activité .
14" Son action a lieu aune distance éloignée, sans le secours d'aucun corps intermédiaire.
Ib" Elle est augmenté et réfléchie pai^ les glaces' comme ' la ' lumière. "
16° Elle est communiquée, propagée ot augmentée par le son.
17" Cette vertu magnétique iieut être accumulée, concentrée et transportée. > , . . ■.'.'.' ::. .. /
IS" J'ai dit que les cdrps animés n'en étaien^pasé^aleipenl suscqp tibles ; il en est même, quoique 'très rares, qui ont une propriété^
si opposée, que leur seule présence détruit tous les effets du magnétisme dans les autres corps.
19° Cette vertu opposée pénètre aussi tous les corps. Elle peut être également propagée, communiquée, accumulée, concentrée et transportée, réfléchie par les glaces et propagée par le son ; ce qui constitue non seulement une privation mais une vertu opposée positive.
20» L'aimant, soit naturel, soit artificiel, est, ainsi que tous les corps, susceptible du magnétisme animal et même de la vertu opposée, sans que, ni dans Tun ni dans l'autre cas, son action sur le fer et l'aiguille souffre aucune altération, ce qui prouve'que le principe du magnétisme diffère essentiellement de celui du minerai.
21 "Ce système fournira de nouveaux éclaircissements sur la natvre du feu et de la lumière, ainsi]que dans la théorie de l'attraction, du flux et du reflux, de l'aimant et de l'électricité.
22° 11 fera connaître que l'aimant et l'électricité artificielle, n'ont, à l'égard des maladies, que des propriétés communes avec une foule d'autres agents que la nature nous offre, et que, s'il est résulté quelques effets utiles de l'administration de ceux-là, ils sont dus au magnétisme animal.
23" On reconnaîtra par les faits, d'après les règles pratiques que j'établirai, que le principe peut guérir immédiatement les maladies des nerfs et médiateraent les autres.
24» Q'uavec son secours le médecin est éclairé sur l'usage des médicaments, qu'il perfectionne leur action, et qu'il provoque et dirige les crises salutaires, de manière à s'en rendre le maître.
2o° En communiquant ma méthode, je démontrerai par une théorie nouvelle des maladies, l'utilité universelle du principe que je leur oppose.
26" Avec cette connaissance le médecin jugera sûrement l'origine, la nature et les progrès des maladies, même les plus compliquées ; il en empêchera l'accroissement et parviendra à leur guérison sans jamais exposer le malade à des effets dangereux ou à des suites fâcheuses, quelles que soient l'âge, le tempérament et le sexe. Les femmes, mêmo^Ûans l'état de grossesse et lors des accouchements jouiront du même avantage.
27" Cette doctrine enlin mettra le médecin en état de bien juger du degré de santé de chaque individu, de le préserver des maladies auxquelles il pourrait être exposé. L'art de guérir parviendra ainsi sa dernière perfection.
Voilà pour la théorie. La pratique a un peu varié. Dans les premiers temps Mesmer opère lui-même sans l'intervention d'aucun appareil. Le magnétiseur, le dos tourné au
Nord, s'assied en face du sujettes genoux touchant les genoux, les yeux attachés aux yeux. Tantôt il applique les mains sur les hypocondres, les pouces placés vers l'ombilic, tant<H il dirige le pouce ou l'index vers l'épigastre. On reste immobile dans cette position, ou bien, le pouce restant en place, on df'crit avec les doigts à gauche et à droite un demi-cercle. En dernier lieu, le magnétiseur pose les mains sur la région lombaire, principalement, ont dit les commissaires de la Société de médecine, lorsqu'on agit sur des femmes. On peut aussi présenter le doigt ou divers conducteurs magnétiques à diverses parties du corps successivement. La magnétisation doit se pratiquer à pôles opposés ; lorsqu'on fait les passes à p('iles directs, elle disparaît.
Suivant la théoi'ie, les objets les plus divers pouvaient servir de conducteurs magnétiques. Cependant Mesmer employait de préférence une baguette de verre ou une tige de fer. BienhM cependant la clientèle devint si nombreuse que le fameux magnétiseur ne put plus suffire : c'est alors qu'il imagina le baquet. C'était une caisse circulaire en chêne recouverte d'un couvercle percé de trous. Le fond de la caisse était chargé d'une couche assez épaisse de limaille de fer et de verre pilé sur laquelle reposait une double rangée de bouteilles disposées en rayons, le goulot tourné vers le centre du baquet. Ces bouteilles et le baquet étaient remplis d'eau magnétisée. Par les trous du couvercle passaient de longues tiges de fer recourbées et terminées en pointe mousse que les malades s'appliquaient sur le corps. La tige qui plongeait par son autre extrémité dans l'eau magnétisée servait de conducteur au fluide. Enfin une corde, partant de la cuve, servait à relier entre eux tous les magnétisés qui se tenaient en outre par les pouces pour favoriser le courant.
Voici comment Mesmer explique l'action du baquet:
On touche médiatement chacune des bouteilles du réservoir et on leur communique par cela même une impulsion électrique animale ; on charge de même L'eau qui recouvre les bouteilles et on (b'termine ainsi des « courants de mouvement ».
Si on veut, au moyen d'une baguette de fer terminée en
pointe et située au milieu du baquet, qu'on peut « toucher >> de temps en temps, on entretient le mouvement dans une direction donnée et, par l'intermédiaire de la corde, il arrive un combat dans chaque individu pour le rétablissement de l'équilibre du tluide ou « mouvement électrique animal».
On comprend dès lors pourquoi l'appareil ne produisait ses grands efTets que quand le réservoir du fluide, lé Maître'.lui-*même était là, et que lui-même entrait dans la chaîne.
Il lui suffisait pour cela de toucher les malades, de diriger sur eux sa baguette, ses doigts, ses regards.
L'effet du baquet était augmenté par celui de la musique. La pièce dans laquelle on magnétisait était sombre ; de temps en temps les sons d'un piano se faisaient entendre tantôt seuls, tantôt mêlés à ceux d'autres instruments et au chant de voix humaines.
Voyons niaintenant quels étaient les signes de la magnétisation.
11 faut dire tout d'abord que les personnes que Mesmer se propose de soumettre à l'action de son agent appartiennent en majorité au sexe féminin ; beaucoup sont sujettes à des accès de vapeur, à des convulsions hystériques. Elles arrivent là^ toutes frémissantes de l'inconnu, l'imagination troublée par les récits merveilleux, plus impressionnées encore par la mise en scène du baquet. Les consultants éprouvent d'abord des bâillements, des pandiculations, des malaises, des douleurs vagues et un sentiment de chaleur sur divers points du corps. Il y en a qui tombent dans une sorte d'assoupissement. Quand le Maître est là, les effets sont plus intenses; les yeux s'égarent^ les gorges se soulèvent, les têtes se renversent. On gémit, on pleure, on rit, on suffoque. Puis viennent les cris, les étranglements, les mouvements convulsifs qui constituent ces « crises » que Mesmer considère comme critiques et favorables à la guérison. Quand la crise commence chez une femme, c'est comme l'étincelle qui met le feu aux poudres, et bientôt presque toutes sont en convulsion. Chez les hommes, les crises, sont beaucoup plus rares.
« Il règne dans la salle où l'on expérimente, dit un contem-
porain, du calme, de l'ennui, de l'abattement, des soupirs, des pleurs, de l'agitation, des ^ans sympathiques inexprimables. Les malades o])éissent à la voix du magnétiseur qui calme les plus frénétiques en les pénétrant de son regard profond pendant quUl leur prend les mains ou passe les siennes sur les parties les plus agitées.
« Une heure ou deux suffisent à la production de ces signes. Dans les traitements particuliers ils sont bien moins accentués. Souvent, après plusieurs séances, les maux dont on souffrait sont nuls ou plus légers. »
Le succès de Mesmer fut immense pendant un certain temps. Les femmes surtout étaient passionnées. Le père Hervier en magnétisant une femme tombée en crise pendant la messe, avait fait au mesmerisme une immense réclame. De tous côtés on-accourait aux chambres d'expérience, les uns pour y chercher de bonne foi la guérison, d'autres pour observer; quelques-uns dans l'espoir d'y trouver des émotions qu'on disait puissantes. Dans la seule année 1784, Mesmer et Deslon magnétisèrent environ 8.000 personnes.
, Le gouvernement s'émut alors et nomma pour étudier la question une commission d'abord de quatre membres de la Faculté : Borie, Sallin, d'Arcet et Guillotin, auxquels on adjoignit sur leur demande cinq membres de l'Acaiémie des sciences.: Le Roy, Franklin, Bailly, Lavoisier et de Borie que remplaça quelque temps après Majauit.
Une autre commission, choisie au sein de la Société Royale de médecine, devait faire de son côté un examen du magnétisme et un rapport distinct. Elle était composéede Poissonnier, Caille, Mauduyt, Audry et L. de Jussieu.
Ni l'une ni l'autre de ces commissions ne furent directement en rapport avec Mesmer. La première, après avoir reçu les explications de Deslon, commença par s'assurer au moyen d'un électromèti'c et d'une aiguille de fer non aimantée (juc le ba(iuet no contient rien d'électrique ou d'aimanté. Rien non plus qui pût rend le palpable l'existence du fluide.
Passant alors à l'étude des effets produits sur les corps animés, les commissaires remarquèrent tout d'abord qu'ils se produi-
saient surtout chez les femmes et semblaient se propager de l'une à l'autre par imitation. Ils décidèrent alors, malgré l'opposition de Deslon. qu'ils n'opéreraient désormais que sur des individus isolés et, pour plus de sécurité, ils se soumirent d'abord eux-mêmes aux expériences. Ils furent magnétisés par Deslon lui-même tous les huit jours. Ils ne se produisit pas d'autre phénomène digne d'attention qu'un peu d'agacement des nerfs. Les séances furent rapprochées et reprises trois jours de suite sans plus de résultat.
On soumit ensuite au magnétisme quatorze malades parmi lesquels Franklinlui-même. Neuf n'éprouvèrent absolumentrien. Un malade affecté d'hydarthrose, accusa une légère chaleur au genou; une dame très nerveuse futprise au bout de cinq quarts d'heure d'un peu de tendance au sommeil, avec de l'agitation et du malaise; un troisième atteint d'ophthalmie sentit un j^u de douleur, par la simple approche du pouce, dans le globe oculaire qui était le moins malade. Un quatrième exécutait des mouvements précipités de la tête et des épaules et se plaignait d'étouffer quand on lui passait les doigts verticalement devant le visage. Les effets furent moins prononcés mais identiques chez un cinquième.
La Commission désappointée entreprit en troisième lieu une série de contre-expériences. On constata que quand les individus ont les yeux bandés, les phénomènes perdent toute régularité et se produisent à contre-temps. Un jeune malade de Deslon est présenté comme devant reconnaître un arbre magnétisé. On le conduit successivement devant quatre arbres non magnétisés qu'on lui fait embrasser tour à tour pendant quelques minutes. Au quatrième il tombe en crises. Une femme est prise de crise en buvant dans une tasse d'eau qu'elle croyait magnétisée et qui ne l'était pas. Elle se calme en buvant de l'eau magnétisée à son insu suivant toutes les règles. Une autre a des convulsions en se croyant magnétisée à traver une porte alors qu'on ne fait sur elle aucune tentative, ellene ressent rien au moment où le magnétiseur lui projette son fluide àtraversla porte. Enfin à travers une porte faite avec un châssis de papier, on magnétise unelingère, suivant touteales règles ; elle ne ressent
rien. Le magnt'tiseur la rejoint par un détour et la magnétise à pôles directs et à contresens, tout en ayant soin de se tenir à la même distance d'elle que dans le précédent essai. Elle tombe en crise. Il lui présente tout à coup les deux index placés en croix, ce qui était une manière de continuer le magnétisme à pôles directs; tous les pliénomènes cessent.
Telles sont les expériences qui furent soigneusement consignées dans le rapport. La conclusion de la Commission fut que le magnétisme animal n'existait pas et qu'on devait mettre sur le compte de l'imagination des malades les effets qu'il est censé produire. On joignit au rapport un chapitre secret, avertissant le gouvernement du danger que faisaient courir auxbonnes mœurs les manœuvres du mesmérisme.
La Commission de la Société Royale de médecine travaillait avec non moins d'ardeur, mais avec une méthode beaucoup moins rigoureuse. Les expériences conduites par Deslon et Lavisse n'étaient pas aussi ingénieuses que les précédentes et ne présentaient pas les mêmes garanties de sincérité. Cependant elles suffirent là aussi à établir que l'imagination joue un grand rôle dans la production des phénomènes qui ont lieu lorsque les sujets se croient magnétisés alors qu'ils ne le sont nullement, tandis que rien ne se produit lorsque le sujet, ne se croyant pas magnétisé, l'est en réalité. La Commission de la Société Royale avait spécialement à examiner les effets thérapeutiques. Elle expérimenta sur trois classes de malades : 1° ceux dont les maux étaient évidents et avaient une cause connue; 2° ceux dont les maux légers consistaient en affections vagues, sans causes déterminées; 3" les mélancoliques.
Les malades de la première catégorie n'obtinrent aucun bénéfice d'un traitement de quatre mois, sans compter celui que plusieurs d'entreeux avaient suivi antérieurement. Ceux de la deuxième et de la troisième catégorie accusèrent une amélioration générale et un meilleur appétit.
Le rapport s'applique en outre à démontrer que les crises soi-disant magnétiques nont qu'un rapport de consonance avec ce qu'on est convenu d'appeler « crises » dans les maladies.
Laurent de Jussieu se refusa à signer le rapport qui, suivant lui, n'établissait pas d'une manière suffisante la non-existence du magnétisme. Mais celui qu'il publia séparément n'apporta pas beaucoup de preuves bien démonstratives de la réalité du mesmérisme.
Malgré l'autorité de ces documents qui furent répandus dans le public à SO.OOOexemplaires, Mesmer n'en continua pas moins quelque temps encore à faire d'excellentes afTaires. Mais deux échecs retentissants vinrent jeter la défaveur sur la fameuse panacée du magnétiseur. Il échoua en voulant magnétiser le prince de Prusse, et madame de Lamballe brava le baquet, Mesmer quitta bientôt après Paris, voyagea quelque temps et se retira enfin dans sa ville natale avec une jolie fortune. Il mourut en 1815.
En province, la croyance au magnétisme se soutenait mieux. C'était la mode alors parmi les officiers et les seigneurs de s'occuper de mesmérisme et plus d'un charmait les loisirs de la province ou de l'armée en magnétisant quelque malade. En dépit des efforts du Maître, la théorie avait subi des transformations et les hasards de l'expérience allaient mettre un des plus anciens élèves de Mesmer sur la voie de la vérité.
Disons d'abord que plusieurs fois, chez Mesmer lui-même, des malades avaient éprouvé des symptômes de somnambulisme. Plusieurs des malades de Deslon et de ceux qu'avait examinés la Commission de 1784 en avaient montré les symptômes qui se trouvent consignés dans le rapport de Bailly.Les commissaires de l'Académie des sciences signalaient de leur côté, qu'au lieu d'éprouver des convulsions, certains malades paraissaient plongés dans un repos profond. 11 y en avait qui semblaient invinciblement attirés l'un vers l'autre. De Jussieu si gti aie dans son rapport particulier le cas d'un jeune homme qui parcourait silencieusement la salle, touchait ses camarades, puis, revenu' à son état naturel, ne se souvenait plus de rien. Mesmer luimême avait à son service une bonne qui, sous l'influence du magnétisme, tombait dans un état spécial dans lequel elle; agissait comme pendant la veille, pouvait s'habiller, marcher, faire toutes sortes d'exercices. Si on lui présentait la pointe
d'une baguette magnétisée, elle sélançait dessus pour la saisir. Elle était attirée par Mesmer comme le fer par l'aimant.
Mais ce n'était pas le sommeil que cherchait Mesmer, il ignorait leparti qu'on peut tirer du somnambulisme, ou s'il le sut, il ne ht pas part de cette partie de sa science à ses élèves.
Ce fut le marquis de Puységur qui véritablement découvrit le somnambulisme en 1784. Retiré dans sa terre de Busancy et fervent adepte de Mesmer, il s "était mis à soigner les paysans d'alentour parle magnétisme, Parmi eux se trouvait lin jeune homme atteint de fluxion de poitrine. Puységur le magnétise et n'est ptu? peu surpris de le voir s'endormir paisiblement, et tout en dormant parler, s'occuper de ses alTaires, chanter les airs qu'on lui indiquait. Le marquis s'aperçut bientôt qu'il pouvait à vçlonté diriger les idées de son malade, lui faire croire qu'il assistait à une fête, qu'il dansait,, ou se livrait à des jeux d'adresse.
A quelque temps de là Puységur, accablé par la clientèle, magnétisa un arbre. Le premier cas de somnambulisme qui s'y produisit, mérite d^étre rapporté. Qu'est-ce que je vois là ? dit* le sujet, en s'ap[irochant de l'arbre. Aussitôt sa tête s'inclina sur sa poitrine et il s'endormit. Ramené cheilui^ il ne se souve- * nait plus de rien. Bientôt les cas se multiplièrent aux mains de Pijységur, et au bout de quelques mois il en comptait dix.
On venait de très loin pour assister à ces scènes et on s'en retournait émerveillé. Un curieux raconte que les malades en crise avaient un pouvoir surnaturel par lequel rien qu'en tou' chant un malade, même par-dessus ses vêtements, ils sentaient' quel était le viscère afîecté, et indiquaient les remèdes convenables. Ainsi prit liaissailce cette opinion que les somnambules ont le don de voir à l'intérieur du corps, de découvrir et de guérir les maladies, opinion que les magnétiseurs euxmêmes partageaient. .
A mesure que les faits devenaient plus nombreux, la théorie so modifiait. L'agent n'est plus un fluide universel, mais un tluide personnel, accumulé dans le cerveau et auquel les nerfs servent de conducteurs. Il peut être lancé au dehors et accumulé dans telle ou telle partie du corps vivant. L« ridicule
appai^eil des mesméristes va disparaître. Plus de chaîne?, de baquet, et de baguettes magnétiques. Puységur croit avoir découvert le mécanisme de l'action des procédés de Mesmer, action qu'il attribue à l'influence de la volonté. « Croyez et veuillez » dit-il et écrit-il. La volonté suffit pourvu qu'elle soit forte. « 11 faut, dit Puységur, que le magnétiseur veuille fortement et que son attention ne soit pas distraite. » C'est le mécanisme de la suggestion implicitement découvert.
Cependant le marquis n'arriva pas du premier coup à ces conclusions. Pendant assez longtemps il fit placer ses malades en chaîne sous l'arbre magnétisé. Il attendait alors que les premiers effets se fussent manifestés parmi les divers membres de la chaîne puis il en choisissait un, le touchait ou lui présentait sa baguette, le sujet s'endormait aussitôt. C'est ce qui faisait dire à H. Clocquet qui assistait aux expériences : « Le complément de l'état magnétique est une apparence de sommeil pendant lequel les facultés physiques paraissent suspendues, mais au profit des facultés intellectuelles. Dans cet état, le sujet n'entend que la voix de son magnétiseur. Les yeux sont fermés, cependant le somnambule sait trouver les bons morceaux dans un plat qu'on lui présente. En dirigeant sur lui sa baguette, le maître attire son sujet où il veut. Pour les réveiller, il suffit de passer les doigts sur les yeux du dormeur ou de l'envoyer embrasser l'arbre. »
Bientôt Puységur remplaça sa baguette de fer par une baguette de verre qu'il trouvait meilleur conducteur de l'électricité animale. Il avait aussi certains moyens de renforcement, comme de placer plusieurs personnes entre lui et le malade ou de diriger sur ce dernier une bouteille au lieu d'une baguette.
Les phénomènes se répètent à peu près identiqu,es chez tous les malades, mais leur intensité varie : ils prédisent l'avenir, voient, les yeux fermés et à travers les corps opaques ; ils connaissent les maladies et peuvent indiquer les remèdes. Un des malades du marquis, un jeune homme, avait la faculté de se faire tomber en crise lui-même et d'en sortir tout seul. Puységur nota aussi chez quelques-uns de ses sujets que la tendance au somnambulisme peut se prolonger d'une manière
désagréable. Quelques individus ne pouvaient approcher le magnétiseur sans éprouver immcdiaicment l'envie de dormir.
On voit quelle ditTérence il y a entre ces résultats et ceux de Mesmer. Ce dernier cherche à provoquer des crises nerveuses à grand spectacle. Son magnétisme ne rappelle en rien, le sommeil hypnotique que par la suggestion exercée par ses procédés sur l'imugination. Mais Mesmer n'a eu aucune conscience de la valeur de cet agent ni du mécanisme de son influence.
La doctrine de Puységur se rapproche davantage de la vérité. On peut dire qu'elle a été la véritable oi-igine de la découverte de l'hypnotisme bien qu'il n'ait pas présenté la part considérable qui revient au sujet lui-même dans la production de l'hypnose.
Puységur s'empressa de livrer sa découverte à ceux qui s'occupaient de la question, et partout où on put obtenir le somnambulisme, l'admiration qu'inspirait ce phénomène fût si grande qu'on en oublia le magnétisme pour ne s'occuper plus que du somnambulisme.
Mais on n'abandonna pas jtour cela la théorie du fluide, d'autant moins que les sujets magni'tisés affirmaient pendant leur sommeil que non seulement ils sentaient, mais encore qu'ils voyaient le Quide environnant le magnétiseur comme une auréole.
Dans les sociétés magnétiques qui couvraient la France, les opinions ne difTéraient guère de celles qu'on professait à Busancy. Ces sociétés avaient leurs sièges principaux à Strasbourg, Metz, Bayonne, Valence et Lyon. Il y en avait aussi quelques-unes dans les pays voisins.
Une fois Mesmer disparu, des schismes nombreux se formèrent. A côté de la théorie du fluide apparut la théorie spiritualiste du chevalier de Barbarin, qui prétendait opérer des cures merveilleuses par les seules forces de l'âme et de la prière.
Les Swedenborgistes, d'autre part, soutenaient que ce qu'il y a de physique dans le magnétisme n'est que secondaire et purement instrumental. Ce qui fait le fondement du magnétisme est de l'ordre mental et spirituel. La maladie est l'esprit
delà maladie. La p;uérison s'obtient en remplaçant le mauvais esprit par un meilleur. Pour eux la somnambule est une personne inspiri'e de Dieu.
Dans une lettre adressée à la Société de Strasbourg, une société de Stockholm distingue entre les effets du désir du magnétiseur et les effets de ce même désir soumis à la volonté de Dieu dont on a imploré la bénédiction. Quelques auteurs avec Keleph-ben-Nathan condamnent encore le magnétisme comme œuvre des mauvais esprits.
En 1787,Petetin (de Lyon) apporta de nouveaux documents auxquels il joignit une théorie propre, qu'il considérait comme tout à fait opposée à celle du magnétisme. Les faits qu'il publie appartiennent à la catalepsie hystérique compliquée souvent de somnambulisme ou d'extase.
Ce qui distingue les malades de Petetin eest la transposition des sens à l'épigastre, ou à l'extrémité des doigts ou des orteils avec ou sans disposition des membres à garder les attitudes qu'on leur donne. Ses malades voient à ti'avers les corps opaques, lisent dans leur propre corps et dans celui des autreS' Elles présentent une insensibilité générale ou partielle, suiventlamain qui les attire, devinent la i)ensée despersonnes qui approchent et exécutent leur ordre mental. Pendant toute la durée des accès, elles entretiennent une conversation aisée avec la personne qui reste en rapports avec elles tandisqu'elles semblent comme isolées du reste du monde.
Petetin attribuait tous ces phénomènes, non pas à un fluide mais à l'électricité animale, dont l'action était selon lui démontrée par l'expérience suivante, dite d'attraction et de répulsion. Voici comment le médecin de Lyon recommande de la pratiquer ; « Réunissez les doigts en forme de cône; laissez-les tomber lentement sur ceux de la malade. Sans avoir été touchés ceux-ci s'élèvent et s'arrêtent à un pouce environ des vôtres. Mais qu'un tiers place entre vos doigts et ceux du sujet un verre de vitre raltraction cesse à l'instant. »
Petetin expliquait ce phénomène ainsi qu'il suit :
« Le fluide qui s'échappe à traversles pores de la peau forme une atmosphère plus épaisse au bout des doigts et des orteils.
Lorsqu'on plonge les doigts réunis dans cette atmosphère, les molécules du fluide électrique qu'ils exhalent entrent en contact avec celles duut elle est formée ; la collision qui en rt'sultc est portée de part et d'autre au cerveau. Mais le système nerveux des cataleptiques est seul influencé et les muscles de leurs membres obéissenlà l'action nerveuse provoquée. » 11 faut donc régulariser la distribution du fluide nerveux dans l'organisme. Petetin opérait cette régularisation à l'aide d'appareils particuliers, de bains électriques et aussi de l'aspiration ou de l'insufflation, procédés qui furent longtemps en vogue et qui consistent à poser une main sur la tête du malade et l'autre sur l'estomac pendantque, avec la bouche, on aspire fortement ou on souffle au bout du nez du sujet. Cela calme immédiatement les attaques.
Au moment oiila Révolution éclata en France, le mesmérisme était donc en pleine discussion, et les esprits partagés entre trois grands courants : le spiritualismeavec le chevalier de Barbarin, la théorie fluidique avec Orelut et Bonnefoy de Lyon, l'électricité animale avec Petetin. Au milieu de ces perpétuelles controverses, le magnétisme eut peut-être sombré sous les théories surannées quand la guerre civile et étrangère dispersa les magnétiseurs. Beaucoup émigrèrent pendant la Terreur, Bailly fut guillotiné, Puységur jeté en prison. Pendant le consulat et l'Empire, le magnétisme jeta quehpies lueurs éparses. Puységur rendu à la liberté avait repris, mais plus obscurément, ses expériences. Il substitua alors les écrits à la parole et publia plusieurs ouvrages. Petetin mourait quelque temps après en terminant son œuvre sur l'électricité animale.
En 1813, un contemporain de Puységur, qui jusqu'alors était resté dans l'ombre, Delcuze, })ublia son Histoire critique du magnétisme animal. Il y déclara tout d'abord s'éloigner systématiquement de l'étrange et du merveilleux ; il ne veut pas de théorie mais des faits bien étudiés à comjjarer, à classer ; on les reliera plus tard. Malheureusement le livre ne tient pas ces promesses. Deleuze admet l'existence du magnétisme, sans en donner aucune preuve valable, lls'étend avec complaisance sur les procédés usités pour magnétiser l'eau, les arbres, etc. Il
insiste sur la différence de puissance des magnétiseurs et signale sans en comprendre l'importance, l'influence de la confiance dos malades sur la réussite du traitement. Il étend à presque toutes les maladies l'action du magnétisme ; car il cite comme relevant de cet agent : la fluxion de poitrine, la pneumonie, l'esquinancie, la fièvre typhoïde, la goutte, les hydropisies essentielles^ la fièvre d'accès, les rhumatismes, sciatiques et autres névralgies, les migraines violentes et périodiques.
Il avoue bien que le magnétisme ne guérit pas toujours radicalement, mais il affirme qu'il chasse certaines maladies qui auraient résisté longtemps àtous les secours de lamédecinc ordinaire. Cela suffit pour motiver son emploi.
Le somnambulisme étonne Deleuze, qui le considère comme rare. La description qu'il en donne prouve à la fois une certaine finesse d'observation et une grande crédulité. Il ne voit dans l'état somnambulique qu'une concentration des facultés, de laquelle résulte plus de délicatesse et do netteté dans les sensations et de facilité dans les calculs de l'intelligence. Il conseille de se méfier des somnambules, et cependant admet la possibilité delà pressensation, c'est-à-dire delà faculté spéciale qu'elles auraient, au dire de Puységur, de sentir d'avance les événements futurs.
Le somnambule, dit-il, a les yeux fermés; il ne voit pas par les yeux et n'entend pas par les oreilles, mais il voit et entend mieux que l'homme éveillé.
Une voit et n'entend que ceux avec lesquels il est en rapport.
11 ne voit ([ue ce qu'il regarde et ne regarde ordinairement que les objets sur lesquels on dirige son attention.
Il est soumis à la volonté de son magnétiseur pour tout ce qui ne peut lui nuire et pour tout ce ({ui ne contrarie pas en lui les idées de justice et de vérité.
11 sent la volonté de son magnétiseur.
Il voit le fluide magnétique.
H voit ou plutôt il sent l'intérieur de son corps et celui des autres, mais n'y remarque (udinairement que les parties qui ne sont pas naturelles et qui troublent l'harmonie,
11 retrouve dans sa mémoire le souvenir des choses qu'il avait oubliées pendant la veille.
Il a des pressensbtions qui peuvent être erronées dans plusieurs circonstances et qui sont limitées dans leur étendue.
Il s'énonce avec une facilité surprenante.
Il n'est point exempt de vanité.
Il se perfectionne de lui-même pendant un certain temps s'il est conduit avec sagesse ; il s'égare s'il est mal dirigé. Lorsqu'il rentre dans l'état naturel, il perd absolument le souvenir de toutes les sensations et de toutes les idées qu'il a eues pendant le somnambulisme.
On a vu des somnambules parler d'eux-mêmes comme si leur individu dans l'état de veille et leur individu en état de somnambulisme étaient deux êtres distincts et tout à fait indifférents l'un à l'autre.
Malgré cette étude assez approfondie du sujet, Deleuze n'attache aucune importance au somnambulisme dont il ne croit pas qu'on puisse tin-r parti. 11 soutient, au contraire, l'efficacité du magnétisme et garantit que « vous réussirez toujours si vous touchez attentivement des malades avec la volonté de leur faire du bien et que cette volonté ne soit distraite par aucune autre idée ».
Dès les premiers mois de 1815 Paris, rentré dans le calme, commence à reporter son attention sur le magnétisme animal, depuis si longtemps délaissé. Puységur a reformé avec quelques magnétiseurs survivants du siècle dernier une nouvelle société dont il est le président, et les cures merveilleuses recommencent de plus belle.
A ce moment arrive des Indes un brahmine nommé Faria dont les opinions »ont ébranler de nouveau les bases de la question. Il professe, en effet, que le fluide magnétique n'existe pas, que la volonté du magnétiseur ne saurait produire le somnambulisme. Ce qu'il faut, c'est la volonté du magnétisé. Le somnambulisme a sa raison d'être et sa cause dans le sujet même qui l'éprouve. Il n'a besoin ni de gestes ni de passes. Il se contente de dire au sujet, sur le ton du commandement, ce seul
mot « Dormez ». Après quelques instants l'individu s'endort et entre en état de sommeil lucide.
Il sait donner à ses sujets des hallucinations du goût et leur fait prendre des verres d'eau pour du vin ou pour un breuvage délicieux. On croirait que Faria va se rapprocher de la vérité avec ces données si exactes touchant l'intluence de l'imugination. Il n'en est rien cependant et les explications qu'il donne sont exagérées et invraisemblables. En plein xix* siècle, il vient soutenir que les âmes des somnambules peuvent voyager au loin, franchir les limites de l'atmosphère terrestre et visiter la lune et les autres astres. Mais ce qui est plus inconcevable encore, c'est qu'il se soit trouvé des gens assez crédules pour accepter le récit de ces prétendus voyages et considérer comme exacte la description des habitants de notre satellite, de leurs mœurs et même de leur mode de reproduction.
Malgré ces errements et grâce à la réserve de Deleu/.e et de Cuvillier d'Henin, secrétaire de la nouvelle société fondée par Puységur après la Révolution, le magnétisme se purifiait chaque jour et se débarrassait petit à petit du charlatanisme. Il n'y avait plus de traitements publics, partant plus de crises provoquées par l'imitation. Mais les magnétiseurs n'en sacrifiaient pas pour cela leur croyance au fluide. Sur l'existence de ce fluide l'accord était unanime. Mais il n'en était pas de même quand il s'agissait d'en préciser la nature. Quelques-uns, bien rares il est vrai, tenaient encore pour le fluide universel du Maître. D'autres s'accommodaient mieux de l'électricité animale de Petetin, de la chaleur animale de de Jussieu. Il y en avait qui nommaient le fluide : nerveux, électro- nerveux, humain.
Le succès du magnétisme était plus grand à l'étranger <[u'en France. En Russie, dès 1815, le czar Alexandre avait, sous l'inspiration de M™" de Krudner, nommé une commission pour examiner le magnétisme. Celle-ci déclara que c'était un agent de grande importance, qui, par cela même, n^ doit être employé que par des médecins instruits. Le czar rendit quelque temps après un ukase dans le sens du vœu émis par la commission.
En 1817, le roi de Danemark rendit une orJunuance conlirmative d'un décret du Collège de santé admettant le magnétisme dans la pratique médicale, mais sous les mêmes conditions et avec les mêmes réserves (lu'en Russie.
Le roi de Suède établit en même temps par un règlement que les candidats au grade de docteur en médecine, auraient à soutenir des thèses sur le magnétisme.
En 1817, le roi de Prusse signe le 9 février une ordonnance réservant aux médecins seuls la pratique du magnétisme.
En 1818, l'Académie des sciences de Berlin proposait un prix de 3.000 francs à l'auteur du meilleur mémoire sur le magnétisme animal.
En France, le gouvernement s'abstenait ; les Académies, fortes du remarquable rapport de Bailly^, restaient indifférentes au débat. Néanmoins l'idée du magnétisme faisait son chemin dans le monde savant. Laplace, Cuvier, Arago qui avaient expérimenté par eux-mêmes, déclaraient qu'il était impossible de ne pas reconnaître une puissance autre que l'imagination dans des effets qui réunissaient tant de témoignages honorables. Les écrits et les cours publics sur le magnétisme se multipliaient. Un jeune médecin, Alexandre Bertrand plaidait hautement dans son cours la cause de cette doctrine dont Georget crut devoir faire un examen sérieux dans sa physiologie du système nerveux. En 1820 enfin, un nouveau champ s'ouvrait aux recherches dans les salles d'hôpital. Le magnétisme semblait devoir entrer dans la voie vraiment scientifique. Husson venait d'ouvrir son service à des expériences dirigées par le baron Dupotet, l'un des plus célèbres élèves de Mesmer.
Parmi les sujets setrouveune demoiselle Samson, hystérique, qui pendant le sommeil somnambulique voit dans son estomac, dans son cœur, dans sa poitrine. A une autre épreuve, à l'heure ordinaire des visites et des magnétisations, Dupotet, au lieu d'aller trouver la malade, l'endort du fond de son cabinet de travail oùilélaitenfermé. Une autre fois Dupotet et Husson arrivent dans la siiUe et s'y promènent sans avoir l'air de prendre garde à la malade. Husson s'arrête à un lit de distance, tandis que Dupotet feignant de parler à la voisine en réalité a la
volonté de magnétiser Samson. Celle-ci tombe quelques instants après en somnambulisme. Ce fait émerveille Husson. Le succès des expériences s'ébruite et prend de telles proportions que le Conseil général des hospices enjoint de les cesser. On les suspendit en effet à rHôtel-Dieu. Mais Georget et Rostan reprirent les recherches àlaSalpêtrière sur deux épileptiques : Petronille et Manoury. Malheureusement cesexpérienecs valent les précédentes. Au lieu d'étudier les phénomènes purement somatiques du sommeil, de les isoler et de différencier ceux qu'on pouvait considérer comme réels de ceux qui n'étaient pasdémontrés, les deux médecins se laissèrent aller à rechercher l'exactitude des phénomènes qui paraissaient les plus merveilleux et les plus extraordinaires : transposition des sens, prévision des maladies. 11 n'était cependant pas difficile de voir qu'il n'y avait là qu'une pure supercherie. Uncméthode un peu sévère eut suffi. Mais on acceptait pour ainsi dire sans contrôle toutes les billevesées des somnambules.
Manoury, qui était devenue épileptique après une chute dans le canal de l'Ourcq, ayant annoncé qu'elle ne guérirait qu'après avoir été jetée à l'eau dans le même canal, on expérimenta le procédé. La malade ,fut endormie, puis plongée dans une baignoire où on lui maintint la tête sous l'eau pendant assez longtemps. On l'en tira à demi noyée, mais pas du tout guérie. Elle avoua d'ailleurs en 1833 qu'elle avait souvent abusé de la crédulité de ses admirateurs. Dechambre, Diday, Dewuif et Henri Roger constatèrent dailleurs en 1836 qu'elle ne dormait nullement, qu'elle se déroutait et ne faisait que des sottises lorsqu'on prenait la simple précaution expérimentale de ne point l'avertir de ce qu'o:*. allait faire.
Malgré l'insuffisance de l'expérimentation, le nombre des faits nouveaux qu'on publiait chaque jour, l'apparence de leur garantie scientifique éclaircissait chaque jour les rangs des adversaires du magnétisme.
— Ètes-vous convaincu ! dit un jour Dupotet au célèbre Récamier après une série d'expériences.
— Non, répondit l'illustre chirurgien, mais je suis ébranb". C'étaitl'expressiûn littérale de l'état d'espritde bien des savants.
Les sociétés savantes gardaient un silence obstiné. Un des spectateurs les plus distingués et les plus convaincus des expériences des hôpitaux, le D' Foissac, crut que le moment était venu de rompre ce mutisme et qu'il serait bon et habile de présenter de nouveau la question du magnétisme à l'appréciation de l'Académie des sciences et à celle de l'Académie de médecine. Il envoya donc aux deux compagnies une note (il août 18-25) où il était dit que : en posant successivement la main, sur la tête, la poitrine et l'abdomcu d'une personne inconnue les somnambules reconnaissent aussitôt de quelle maladie cette personne est atteinte et indiquent si la cure est facile ou dilticile. prochaine ou éloignée et quels sont les moyens à employer. Dans cet examen, dit encore la note, les somnambules ne s'écartent jamais des principes avoués de k saine médecine et leurs inspirations tiennent du génie qui animait Hippocrate.
Cuvier, secrétaire de l'Académie des sciences, accusa réception de l'envoi et ce fut tout. L'Académie de médecine garda le silence jusqu'au 11 octobre 1825 où on lut en séance publique une lettre de Foissac, priant l'Académie de recommencer l'examen du magnétisme animal. Malgré son hostilité mal déguisée, l'Académie élut une commission dont le rapporteur était Husson, champion bien connu du magnétisme animal.
Le 28 février 1826, celui-ci déposa son rapport dont nous reproduisons ici les conclusions :
La Commission pense :
1" Que le jugement porté en 1784 par les commissaires chargés par le Roi d'examiner le magnétisme animal ne doit en aucune manière vous dispenser à nouveau de l'examiner, parce que, dans les sciences, un jugement quelconque n'est pas une chose absolue, irrévocable.
2" Parce que les expériences d'après lesquelles ce jugement a été porté paraissent avoir été faites sans ensemble, sans le concours simultané et nécessaire de tous les commissaires et avec des dispositions morales qui devaient, d'après les principes du fait qu'ils étaient chargés d'examiner-, les faire complètement échouer.
3<* Que le magnétisme ainu jugé en 1784 diffère entièrement par la théorie, les procédés et les résultats de celui que des observa-
leurs exacts, probes, altentifs, que des médecins éclairés, laborieux, opiniâtres, ont étudié dans ces deruières années.
4" Qu'il est de l'honneur de la médecine française de ne pas rester en arriére des médecins allemands dans l'étude des phénomènes que les partisans éclairés et impartiaux du magnétisme annoncent être produits par ce nouvel agent.
o" Qu'en considérant le magnétisme comme un remède secret, il est du devoir de l'Académie de l'étudier, de l'expérimenter, afin d'en enlever l'usage et la pratique aux gens tout à fait étrangers à l'art, qui abusent de ce moyen et en font un objet de lucre et de spéculation.
Ces conclusions étaient habiles et ne permettaient guère à rAcadémie de reculer. Elles donnèrent lieu à une discussion orageuse qui se termina par la nomination d'une commission permanente de neuf membres. Leroux, Double, Bourdois, Magendie, Guersant, Laënnec, Tillaye, Marc, Ilard, Fouquier et Gueneau de Mussy furent tout d'abord nommés; sur leur demande on leur adjoignit Husson; Laënnec s'étant retiré pour raisons de santé fut remplacé par Esquirol; Magendie et Double n'assistèrent pas aux séances : le premier, parce qu'il trouvait insuffisantes les mesures de précaution prises par les commissaires; le second, tout h fait ennemi des idées magnétiques, se retira dès qu'il le put de la commission où il n'était entré que sur les instances réitérées de ses collègues.
La commission ne déposa son rapport qu'au bout desix ans.
On pourrait croire que ce temps fut consacré à une étude approfondie de la question. 11 n'en lut rien; une opposition secrète entravait les travaux. Foissac s'était immédiatement mis aux ordres des commissaires qui se réunirent d'abord chez lui. puis partout où il y avait des phénomènes à observer ou des faits à constater. Bientôt sans qu'on puisse savoir d'où cela venait, on suscita au magnétiseur des obstacles de toute nature; on l'empêclia de faire dans les hospices les expériences qu'il croyait les plus propres à entraîner la conviction. La commission fit même allusicjn dans le rapport aux nombreux et puissants obstacles qui arrêtaient ses travaux.
Le rapport de Husson fut lu dans les séances des 21 et 28 juin 1831. Les conclusions donnent une idée si exacte du magnétisme tel qu'on le comprenait alors qu'il nous a paru
bon de les meltro ici eu parallèle avec les propositions de Mesnu'r. Ces deux documents marquent en effet deux étapes successives delà question d'une façon beaucoup plus nette que ne le pourraient faire des considérations personnelles. Ces conclusions étaient une véritable apologie du magnétisme animal.
1" Le contact des pouros et des mains, les frictions ou certains gestes que Ton fait, à peu de distance du corps et .appelés passes sont les moyens employés pour se mettre en rapport, ou, en d'autres termes, pour transmettre l'action du magnétiseur au magnétisé.
2" Les moyens qui sont extérieurs et visibles ne sont pas toujours nécessaires, jiuisque, dans plusieurs occasions, la volonti', la fixité du regard, ont suHi pour produire les phénoiuènes magnétiques même à Tinsu des magnétisés.
3" Le magnétisme animal agit sur des personnes de sexe et d'âge différents.
4" Le temps nécessaire pour transmettre et faire éprouver l'action magnétique a varié depuis une demi-heure jusqu'à une minute.
5" Le magnétisme n'agit pas eu général sur les personnes bien portantes.
6' Il n'agit pas non plus sur ton les malades.
7° Il se déclare quelquefois pendant qu'on magnétise des effets insignifiants et fugaces que nous n'attribuons pas au magnétisme seul, tels qu'un peu d'oppression, de ciialeur ou de froid et quelques autres phéiutniènes nerveux dont on peut se rendre compte sans l'intervention d'un agent particuliei-, savoir : par l'espérance ou la crainte, la prévention et l'attente d'une chose inconnue et nouvelle, l'ennui «pii résulte de la monotonie des gestes, le silence et le repos observés dans les expériences, enfin par l'imagination qui exerce un si grand empire sur certains es])rits et sur certaines organisations.
8° Un certain nombre des effets observés nous ont paru dépendre du magnétisme seul et ne se sont pas reproduits sans lui. Ce sont des phénomènes pliysiologiques et thérapeutiques bien constatés.
(■»» Les etfets réels junduits par le magnétisme sont très variés; il agite les uns, calme les autres. Le i)lus ordinairement il cause l'accélération momentanée de la respiration et de la circulation, des mouvements convulsifs Ijljrillaires passagers, ressemblant à des secousies électri({ucs. un engourdissement plus ou moins profond, de l'assoupissement, de la somnolence et, dans un petit nombre de cas, ce que les magnétiseurs appellent somnambulisme.
10" L'existence d'un caractère unique, propre à faire reconnaître
dans tous les cas la réalité de l'état de somnambulisme, n'a pas été constatée.
11° Cependant on peut conclure avec certitude que cet état existe quand il donne lieu au développementde facultés nouvelles qui ont été désignées sous le nom de clairvoyance, d'intuition, de prévision intérieure, ou qu'il produit de grands changements dans l'état physiologique comme l'insensibilité, un accroissement subit et considérable des forces, et quand cet effet ne peut être rapporté à une autre cause.
12" Comme parmi les effets attribués au somnambulisme, il en est qui peuventêtre simulés, le somnambulisme lui-même peut être quelquefois simulé et fournir au charlatanisme des moyens de déceftion. Aussi dans l'observation de ces phénomènes t[in se présentent encore comme des faits isolés qu'on ne peut rattacher à aucune théorie, ce n'est que par l'examen le plus attentif, les précautions les plus sévères et par des épreuves nombreuses et variées qu'on peut échapper à l'illusion.
13° Le sommeil, provoqué avec plus ou moins de promptitude et établi à un degré plus ou moins profond, est un eilVt réel, mais non constant du magnétisme.
14° Il nous est démontré qu'il a été provoqué dans des circonsances où les magnétisés n'ont pu voir et ont ignoré les moyens employés pour le déterminer.
15° Lorsqu'on a fait tomberune fois une personne dans le sommeil du magnétisme, on n'a pas toujours bcsctin de recourir au contact et aux passes pour la magnétiser do nouveau. Le regard du magnétiseur, sa volonté seule, ont sur elle la même influence. Dans ce cas, on peut non seulement agir sur le magnétisé, mais encore le metti-e complètement en somnambulisme et l'en faire sortir à son insu hors de vue, à une certaine distance et au travers des ]iortes fermées.
16° Il s'opère ordinairement des changements plus ou moins remarquables dans les perceptions et les facultés des individus qui tombent en somnambulisme par reflet du magnétisme.
a. — Quehiues-uns au milieu du bruit de conversations confuses, n'entendent que la voix de leur magnétiseur; i)lusieurs répondent d'une manière précise aux questions que celui-ci ou que les personnes avec lesquelles on les a mis en rapport leur adressent; d'autres entretiennent des conversations avec toutes les personnes qui les entouteiit; toutefois il est rare i|u'ils entendent ce qui se passe autour il'eux La plupart du temps ils sont complètement étrangers au bruit extérieur et inopiné fait à leurs oreilles, tels que le relentisse- (nent de vases de cuivre vivement frappés près deux, la chute d'un meuble, etc.
//. — Les yeux sont fermés, les paupières cèdent diflicilement aux eflortâ qu'on fait avec la main pour les ouvrir; cette opération, qui
n'est pas sans douleur, laisse voirie globe de l'u'il convulsé et poilt' vers le haut quelquefois vers le bas de l'orbite.
c. — Quelquefois l'odorat estcommc anéinli. On peut leur faire respirer l'aride muriatique ou l'ammoniaque, sans qu'ils en soientinconimodés, sans qu'ils s'en doutent. Le contraire a lieu dans certains cas, et ils sont sensibles aux odeurs.
il. — La plupart des somnambules que nous avons vus étaient complètement insensibles. On a pu leur chatouiller les pieds, les narines et l'angle des yeux par l'approche d'une plume, leur pincer la peau de manière à l'ecchymoser, la }iiqu( r sous l'ongle avec des é|iingles enfoncées à l'improviste à une assez grande profondeur, sans qu'ils s'en soient aperçus. Enfin on en a vu une (t) qui a (■ti- insensil)b' à une des opérations les plus douloureuses de la chirurgie et dont la figure, ni le pouls, ni la ri'spiration n'ont dénoti' la plus légère émotion.
17" Le magnétisme a la même intensité, il est aussi promptement ressenti à une distance de six pieds que de six jKJUces ; et les phénomènes qu'il développe sont les mêmes dans les deux cas.
18" L'action à distance ne parait p(invoirs'cx(Mrer avec succès qut sur des individus qui ont ('té déjà soumis au magnétisme.
19" Nous n'avons pas vu qu'une personne magnétisée pour la première fois, tombât en somnambulisme. Ce n'a ('ti- quelquefois qu'a la huitième ou dixième séance que le somnambulisme s'est déclaré.
20" Nous avons vu constamment le sommeil ordinaire, qui est le repos des organes des sens, des faculti's intellectuelles et des mouvements volontaires, précéder et terminer l'état de somnambulisme.
21" Pendant qu'ilssontensomnaïubulisme, les magnétisés que nous avons observés, conservent l'exi'rcice des f;nnitésqu'ils ont pendant la veille. Leur mémoire même paraît pins fidèle et plus étendue, puisqu'ils se souviennent de tout ce (|ni s'est passé pendant tout le temps et toutes les fois qu'ils ont l'té en somnambulisme.
22" A leur n'-veil, ils disent avoir oublié totalement toutes les circonstances de l'état de somnainhulisnu'et ne s'en ressouvenir jamais. Nous ne pouvons avoir à cet égard d'autre garantie que leur déclaration.
23" Les forces musculaires des somnambules sont quelquefois engourdies et paralysées, d'autres fois les mouvements ne sont que gênés et les somnambules marchent en chancelant à la manière des hommes ivres et sans éviter, quelquefois aussi en évitant, les obstacles qu'ils rencontrent sur leur passage. Il ya des somnambules qui
1. C'était une allusion à une malade ([uo .F. Clocifuel avait opérée en 1829 d'un caiircr du sein pciuiaul ((uClle était |)l()ii,i,^éL' on soinnaniljulismc. La malade n'avait rien senti.
— It2 —
conservent intact l'cxcroice de leurs mouvements ; on en voit même qui sont plus forts et plus agiles que dans l'état de veille.
24" Nous avons vu deux somnambules distinguer, les yeux fermés, les objets qu'ona platrs devanteux. Us ont désigné, sans'les toucher, la couleur, la valeur des cartes'; ils ont lu des mots tracés à la main, ou quelcjucs lignes de livres que l'on a ouverts au hasard. Ce phénomène a eu lieu lors même qu'avec les doigts on fermait exactement l'ouverture des paupières.
2;i" Nous avons rencontré; chez deux somnambules la faculté de prédire des actes de l'org.inismc, plus ou moins éloignés, plus ou moins compliqués.
L'un deux a annoncé plusieurs jours, plusieurs mois d'avance le jour, l'heure et la minute de l'invasion et du retour d'accès épilep • tiques; l'autre a indiqué l'époque de sa guérison. Leurs prévisions se sont réalisées avec une exactitude remarquable. Elles no nous ont paru s'appliquer (iii'à des actes ou à des blessures de leur organisme.
26" Nous n'avons rencontré qu'une seule fois une somnambule qui ait indiqué les symptômes de la maladie de trois personnes, avec laquelle on l'avait mise en rapport. Nous avions cependant fait des recherches sur un assez grand nombre.
27" Pour établir avec quelque justesse les rapports du magnétisme avec lu thérapeutique, il faudrait en avoir observé les effets sur un grand nombre d'individus, et avoir fait longtemps et tous les jours des expériences sur les mêmes malades. Cela n'ayant pas eu lieu, la commission a dû se borner à dire ce qu'elle avait vu dans un trop petit nombie de cas pour oser rien prononcer.
28" Quelques-uns des malades magnétisés n'ont ressenti aucun bien. D'aulics ont éprouvé un soulagement plus ou moins marqué, savoir : l'un la suppressicjn de douleurs habituelles, l'autre le retour des forces, un lioisiènie un retard de plusieurs mois dans l'apparition des accès épilcpliques, et un quatrième, la guérison complète d'une paralysie grave et ancienne.
29" Considéré comme agent de phénomènes physiologiques, ou comme moyen thérapeutique, le magnétisme devrait trouversa place dans le cadre des connaissances médicales, et par conséquent les nii'decins seuls devraient en faire et en surveiller l'emploi, ainsi que cela se pratique dans les pays du Nord.
3u" La commission n'a pu vérifier, parce qu'elle n'en a pas eu l'occasion, d'autres facultés que les magnétiseurs avaient annoncées chez les somnambules. Mais elle a recueilli et elle communique des faits assez importants pour qu'elle pense que l'Académie devrait encourager les recherches sur le magnétisme, comme une branche très -curieuse de physiologie et d'histoire naturelle.
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C'élaitassezclairementdemandfr à l'Académie de sanctionner de son approbation la réalité dumagnétismeet des phénomènes qu'il engendre. Mais la docte compagnie ne se laissa pas séduire par l'éloquence captieuse du Rapporteur. Demeurée quand même hostile au nuignétisme, elle se refusa à faire imprimerie rapport qui, sur la proposition de Roux, fut seulement autographié. C'était une manière de «l'enterrer». On le laissa dormir au fond des pupitres et aucune discussion ne s'éleva, aucune conclusion ne fut adoptée.
Près de six ans s'étaient écoulés sans qu'on parlàtdu magnétisme lorsque Oudet vint raconter à l'Académie l'histoire d'une dent arrachée sans douleur pendant le sommeil hypnotique. L'Académie avait été si peu ébranlée par le rapport de Husson, qu'elle fût quelque peu scandalisée de voir un de ses membres avoir des accointances avec les magnétiseurs. Ce fut bien pis lorsque Roux, Capuron et Amussat racontèrent des observations d'opérations bien autrement longues et supportées sans la moindre douleur pendant le somnambulisme. Mais elle ne se départit pas de sa réserve. Le 14 février 1837, un jeune magnétiseur nommé Berna, proposa de répéter ses expériences devant l'Académie afin de l'éclairer.
Celle-ci trouva sans doute l'occasion bonne pour sortir à son honneur de la position fausse où la laissait le rapport de Husson ; elle accepta et nomma une nouvelle commission composée de Bouillaud,Dul>ois (d'Amiens , Roux, Emery, H. Clocquet, Oudet, Cornac, Pelletier et Caventou.
Le rapport de cette commission fut lu dans les séances des 12 et 17 août de la même année. Il ne s'(''tait pas fait attendre.
Malgré toute l'habileté que Dubois a déployée dans son exposition, on sent l'iiostilité absolue, le parti pris, que l'auteur professait hautement d'ailleurs contre le magnétisme. 11 insiste tout d'abord sur les précautions expérimentales qu'exige M. Berna, précautions que la commission se contenta du reste d'insérer au procès-verbal sans s'engager d'ailleurs à les obser- A'er, ne voulant pas, dit le ra[)porteur, se lier les mains.
Vient ensuite le récit des expériences.
Dans la première le sujet est présenté comme offrant dans
l'état magnétique une insensibilité générale aux piqûres et aux chatouillements. On constate avant que la malade soit endormie qu'à l'état de veille une épingle enfoncée à un millimètre de profondeur dans la peau ne produit aucune sensation douloureuse. Endormie la malade ne sent pas davantage. Mais Bouillaud incrédule enfonce une fois, sans rien dire, l'épingle plus profondément, la somnambulecuexéte alors un brusque et fort mouvement de déglutition.
Les deuxième et troisième séances sur les paralysies partielles et le rétablissement de la sensibilité ne furent pas plus favorables à la cause du magnétisme.
La quatrième séance portait sur la vision sans le secours des yeux. Le sujet se trompe complètement. 11 voit de l'écriture sur des cartes blanches ; ne voit rien, on ne peut lire les inscriptions (piand on lui présente une carte chargée de caractères. Elle prend une carte blanche pour un valet de trèlle et une médaille en arg(Mit pour une montre.
La Commission se trouve suffisamment édifiée et Dubois conclutque le magnétisme animal n'existe pas. Son rapport suscita au sein de l'Académie une discussion orageuse. Berna protesta contre sa partialité évidente. Hussonle prit également à partie avec toute l'énergie d'un homme convaincu qu'une question qu'il a longtemps et consciencieusement étudiée vaut réellement l'attention du monde savant. Dans une argumentation serrée, il lit parfaitement ressortir les côtés faibles et le vice principal du rapport, en montrant que M. Dubois et la Commission n'avaient vu que l'insuccès des expériences de M. Berna. mais qu'ils n'avaient fait pour leur compte aucune contre-expérience qui leur permît de conclure du particulier au générai. Malgré cela, comme l'exactitude des faits mentionnés par Dubois était garantie par les autres membres de la Commission et peut-être aussi parce que les membres opposants au magnélisme étaient nombreux, les conclusions furent adoptées à une forte majorité. Mais au milieu des débals confus qu'avait soulevé le rapjiort, débals qui menaçaient de s'éterniser sans profit, le D"" Burdin eut une véritable inspiration. Déplaçant la question, la portant sur un terrain beaucoup plus net,il proposa un
prix de 3.000 francs dont il s'engageait à faire les frais, à décerner à la personne, somnambule ou autre, qui lirait sans le secours des yeux. Une commission fut encore nommée. Mais on en écarta systématiquement les membres de la précédente comme pouvant être suspects de parti-pris. On ne conserva que que Dubois d'Amiens auquel on opposa comme contrepoids le fidèle champion du magnétisme à l'Académie, Husson.
Six candidats écrivirent pour se renseigner sur les conditions du concours, mais deux seulement se présentèrent : le C Huhlier de Provins et le D"' Pigeaire de Montpellier.
La somnambule de Pigeaire était sa propre fille Léonide. En juillet 1838, il se présenta avec elle devant la Commission. Il avait apporté lui-même le bandeau qu'on devait mettre sur les yeux de sa fille. C'était un morceau de velours de deux à trois pouces de large et dont on collait les bords sur la peau avec du diachylon. La Commission, trouvant que ce bandeau n'offrait pas toutes les garanties nécessaires à l'expérience, en proposa un beaucoup plus large, en soie épaisse, et qui devait parfaitement boucher les yeux , sans gêner la respiration. Pigeaire refusa. Double proposa alors de remplacer les bandeaux par une simple feuille de papier interposée devant les yeux du sujet. Nouveau refus. Enfin après bien des tiraillements, la Commission finit par accepter le bandeau de Pigeaire, mais à la condition expresse que les objets éclairés comme le demandait le magnétiseur seraient placés, non en bas de la face, mais devant le bandeau « dans une direction perpendiculaire à sa surface ». Le médecin de Montpellier ayant encore décliné cette condition, la Commission le congédia et Gérardin lut à l'Académie, sur la rupture des négociations, un rapport qui donna lieu, même entre les commissaires, à des discussions fâcheuses, mais dont ressortit en effet le peu de garanties qu'offraient les expériences de Pigeaire.
L'animation de la discussion avait fait oublier les autres concurrents qui, d'ailleurs, gardaient le silence. Le concours allait être clos et déjà la fermeture en avait été ajournée au 1" octobre 1840, quand le D' Hublier écrivit à l'Académie le récit de ses expériences en demandant des sursis. Il lui en fut
accordé plusieurs et il ne paraissait toujours pas. Enfin, dix jours avant la clôture définitive, Hublier empêché devenir envoie sa somnambule au D' Frappart le priant de la présenter pour lui à la Commission. Celui-ci, avant de livrer le sujet à l'inquisition académique, voulut vérifier par lui-même les récits de son confrère et s'assurer que réellement la malade lisait par le dos. A sa grande surprise il constata que la demoiselle en question ne jouissait d'aucune faculté somnambulique, mais qu'en revanche elle était de première force en fait de simulation. Il écrivit aussitôt à Hublier qui lui répondit qu'il était « atterré, meurtri, confondu » d'une pareille nouvelle.
Pour dédommager l'Académie qui attendait en vain le jeune prodige, le D' Teste proposa une seule et bien simple expérience. La somnambule y devait lire les caractères enfermés dans une boîte en carton, à condition que ces caractères seraient d'une grosseur qu'il fixait d'avance (caractères cicero) et qu'on indiquerait au sujet la direction des lettres. A l'heure dite, les commissaires sont au rendez-vous. Teste lui-même choisit une boîte en carton qu'on donne à la somnambule. Celle-ci^ après bien des efforts apparents, aperçoit enfin deux lignes d'écriture et distingue le mot nous et le mot sommes. L'imprimé reproduisait six vers du Jugurlha de Leprevost d'ivray où les deux mots lus par la somnambule ne se trouvaient précisément pas.
L'Académie décida alors, sur la proposition de Double, que, à partir du 1^"^ octobre 1840, elle ne répondrait plus aux communications relatives au magnétisme animal.
De Braid à Chai'cot.
Ici se termine l'histoire proprement dite du magnétisme animal. Cette période militante terminée par la défaite éclatante du somnambulisme semblait avoir définitivement vidé
la question. On était au contraire sur le seuil de la vérité. Au moment où le somnambulisme s'effrondrait si bruyamment en France, un modeste praticien de Manchester^ Braid, rejetant anecdotes, pouvoirs occultes et fluide, plaçait la question sur son véritable terrain expérimental.
Braid était, il le dit lui-même, franchement sceptique en matière de somnambulisme et il regardait les phénomènes que l'on provoquait comme le résultat d'une connivence secrète ou d'une illusion, lorsqu'en novembre 1841 il eut l'occasion d 'assistera des expériences de mesmérisme faites par Lafontaine. 11 y remarqua que certains phénomènes anormaux avaient une existence bien réelle et dès lors il se mit lui-même à expérimenter. Bientôt il se rendait compte que le patient lui-même peut se plonger dans le sommeil^ sans le concours d'aucun magnétiseur, sans l'influence mystérieuse d'aucun fluide (1). 11 s'agissait par conséquent « d'un état de nature subjective et indépendante d'une influence extérieure quelconque provenant de l'opérateur ».
Dès ce moment, Braid attribue les phénomènes produits par les disciples de Mesmer à une fatigue nerveuse et donne à ce phénomène le nom d'hypnotisme qu'il a conservé jusqu'ici. Il le définissait : « Un état particulier du système nerveux, produit par des manœuvres artificielles. » Pour provoquer le sommeil il se contentait de présenter au sujet un objet brillant, n'étant pas par lui-même de nature excitante, et de le maintenir à une distance de 25 à 45 centimètres des yeux dans une position telle que le plus grand effort fût nécessaire au sujet pour fixer son regard sur ce point. Braid ordonnait alors de maintenir les globes oculaires dans cette position. Il priait en outre le sujet de concentrer son attention et d'attacher son esprit à la seule idée de l'objet fixé. «Il arrive alors, dit-il, que
1. Ayant prié M. de Walker, son ami, de fixer ses regards sur un goulot de bouteille placé au-dessus des yeux, de façon à occasionner une grande fatigue, au moyen de laquelle il espérait amener la contracture de l'orbiculaire, Braid vit au bout de 3 minutes des larmes couler le long des jouesj la tête s'inclina, le visage se contracta légèrement, un gémissement échappa à M. de Walker qui tomba à l'instant dans un profond sommeil. Cette expérienccj répétée sur M. Braid et un domestique, eut un plein succès.
le regard fixe et prolongé paralyse les centres nerveux dans les yeux et leurs dépendances, et, détruisant l'équilibre du système nerveux, produit le phénomène en question.
Selon la susceptibilité des sujets et leur degré d'attention, Braid observa différents phénomènes. Chez quelques individus, dit-il, le sommeil est accompagné de perte de la connaissance et de la volonté, l'insensibilité est générale et absolue, l'oreille n'est pas affectée par le son le plus bruyant. Le patient ne s'aperçoit pas de la présence d'ammoniaque très forte placée sous les narines ; les piqûres, les pincements de la peau, n'attirent pas son attention. De forts courants galvaniques n'occasionnent pas de douleur. Des opérations chirurgicales peuvent être faites au sujet à son insu. Une fois réveillé, il ne conserve pas le souvenir des manœuvres pratiquées sur lui, mais il peut se les rappeler lorsqu'on le replonge dans l'état de sommeil. L'hypnotisme de Braid ne comprend pas qu'un état, c'est plutôt une série de différents points susceptibles de varier indéfiniment, depuis la rêverie la plus légère avec exaltation des fonctions jusqu'au coma profond avec absence complète de connaissance et de volonté (1).
Pour faire cesser le sommeil il emploie un procédé des plus simples: «Il suffit, dit-il, de frapper dans les mains du patient, de lui frotter les paupières, ou mieux encore de lui projeter un courant d'air sur la face. Mais la personnalité de l'opérateur n'entre pour rien dans les phénomènes qui se déroulent. »
Ce fut Braid encore qui donna le véritable mécanisme des actes accomplis par suggestion. « Les patients, dit-il, montrent une sensibilité exagérée ou l'insensibilité, une puissance musculaire incroyable ou la perte complète des contractions, selon les impressions que l'on crée chez eux sur le moment. Ces impressions se produisent à la suite de suggestions auditives, c'est-à-dire provenant d'une personne en qui le malade a confiance, ou à la suite de quelque impression physique à laquelle ils avaient précédemment associé la même idée,
1. Dans rertalns cas, les muscles restaient dans le relâchement, la respiration et la circulation restaient paisibles. Dans d'autres, il y avait catalepsie ayec respiration laborieuse et accélération notable de la circulation.
ou bit'ii encore pai- hi position de Tactivité ou du repos qu'on a communiqué à leur personne ou à certains groupes de muscles. En effet, on peut jouer avec de semblables patients, dans la phase ap[ii()[)riée du sommeil, comme sur un instrument musical et leur faire [)rendre les rêves de leur imagination pour la réalité actuelle.
« Leur jugement et leur volonté sont tellement obscurcis : ils sont tellement soumis à leur (Michanteur momentané et leur imagination est excitée à tel point, qu'ils voient, sentent et agissent comme si toutes les impressions qui leur passent par la tête étaient des réalités; ils sont pleins de ces idées (1) ; ils en sont possédés et agissent en conséquence, quelque folles qu'elles soient. »
Braid confirma de [dus ce qu'on avait dit avant lui de l'exaltation de la force musculaire pendant le somnambulisme, et montra aussi que les excitations cutanées produisent la contraction des muscles sous-jacents.
L'expérimentateur varia ses procédés ; il employa ceux des magnétiseurs et produisit les mêmes effets. 11 en conclut qu'on devait les attribuer à un trouble apporté dans le système nerveux par la concentration du regard, le repos absolu du corps et la fixité de l'attention ; que l'état physique et psychique du sujet était tout, que de cela seul dépendait la production des phénomènes et non de la volonté de l'opérateur ni de passes destinées à lancer le prétendu fluide, ni d'aucun agent mystique universel ou non.
Braid garda vis-à-vis du mesmérisme une certaine réserve, laissant sur le compte du magnétisme animal certains faits extraordinaires qu'il n'avait jamais pu produire, et laissant sous-entendre que les magnétiseurs eux-mêmes ne lavaient jamais obtenu, ou qu'ils avaient été ou les dupes ou les complices de leurs sujets.
<< Lire l'heure sur une montre tenue derrière la tête ou placée au creux épigastrique, lire des lettres pliées ou un livre fermé, reconnaître ce qui se passe à plusieurs kilomètres de distance,