Neurypaologie, p
deviner la nature des maladies et en indiquer le traitement sans connaissances médicales préalables, » tout cela d'après Braid est exclusivement du ressort du magnétisme animal ; il déclare d'ailleurs dans son livre qu'il considère ces facultés 3omme un leurre.
Pour d'autres dont l'impossibilité n'est pas démontrée, le savant anglais trouve des explications rationnelles. Il montre que si les magnétisés reconnaissent un objet placé à une petite distance de la peau, c'est grâce à l'hyperesthésie du toucher. Il a aussi remarqué qu'on peut endormir certaines personnes rien qu'en leur faisant croire qu'on pratique à distance des manœuvres propres à les magnétiser. Il connut également la possibilité de provoquer des suggestions chez certains sujets, non seulement pendant l'hypnose, mais même pendant la veille.
Il fut moins heureux dans les applications pratiques. Le système phrénologique de Gall venait de faire une apparition retentissante. Braid proposa dans un but de thérapeutique physique et morale d'y associer l'hypnotisme. Cela ne lui servit qu'à découvrir la propriété qu'a la friction du vertex de faire passer les hypnotisés de la catalepsie au somnambulisme, découverte dont il ne tira d'ailleurs aucun parti.
Il essaya les applications directes de l'hypnotisme à la cure de certaines affections mentales. Il eut soin d'établir une distinction entre les désordres de nature fonctionnelle et les maladies dues à une cause organique. 11 reconnut que contre les premières l'hypnose pouvait avoir un effet véritablement curatif, tandis qu'il ne pouvait que modifier certains symptômes des affections de la seconde classe. Malheureusement dans les observations que Braid cite à l'appui de son dire, beaucoup manquent de valeur à cause du peu de fermeté du diagnostic trop souvent incomplet : on compte dans ses observations des guérisons de sourds-muets, de névralgies, de tics douloureux, de paralysies fonctionnelles.
« J'ai trouvé, dit encore Braid, l'hypnotisme utile dans plusieurs cas de chorée ainsi que dans des cas de bégaiement nerveux. Il est aussi fréquemment très utile dans l'épilepsie ;
mais il y a des variétés de cette affection sur lesquelles il n'a aucune action. Ces dernières, je suppose, sont de cause organique. »
Enfin Braid signale la propriété qu'a l'hypnotisme d'amortir ou de prévenir entièrement la douleur dans les opérations chirurgicales ; mais il fait observer que pour obtenir l'insensibilité complète, il faut que le malade ignore le moment précis de l'opération, l'appréhension qu'elle cause pouvant entraver les effets de l'hypnose.
L'étude expérimentale que Braid avait faite de l'hypnotisme était vraiment remarquable. Elle n'eut cependant qu'un médiocre retentissement. Accueillis en Angleterre avec une certaine faveur, le livre et les idées de l'expérimentateur de Manchester ne franchirent pas le détroit. Un feuilleton scientifique de Victor Meunier paru en 1852 dans « la Presse » et l'article Hypnotisme du Dictionnaire de Nysten, revu par Littré et Robin, sont les seuls ouvrages français qui en fassent mention en 1855.
Pendant ce temps, en Amérique où le merveilleux était fort en honneur. Grimes faisait connaître l'Electrobiologie, sorte de braidisme agrémenté d'hypothèses indémontrables.
En Allemagne, Reichenbach proclamait l'existence d'un agent qu'il nommait « force Odique »,'à l'aide duquel il expliquait des phénomènes dont la véritable cause était la suggestion.
En France, le D' Philips inventait sa doctrine de l'électrodynamisme vital. Selon cette théorie, l'absence de pensée produite par la fixation du regard sur un point lumineux, produit dans le cerveau une accumulation de force nerveuse. «Cet état une fois produit, que, par une porte encore entr'ouverte du sensorium, par la vue, l'ouïe, le sens musculaire, une impression se glisse jusqu'au cerveau, et le point sur lequel va porter cette impression sortira aussitôt de sa torpeur pour devenir le siège d'une activité que la tension de la force nerveuse viendra augmenter de tout son poids (1). »
!• J. P. Philipsi Goura théori(|uc et pratique de BraltUsméi
Alors à l'arrêt général de l'innervation succède subitement une innervation locale excessive qui substituera, par exemple, instantanément l'hyperesthésie àl'anesthésie, larésolution musculaire à la catalepsie.
Le braidisme avait été à peu près oublié lorsque en 1859, au mois de décembre, Velpeau présenta à l'Académie des sciences au nom de Broca, un travail sur l'hypnotisme, appliqué à l'anesthénie chirurgicale. Quelques jours après, Guérineau de Poitiers faisait une communication semblable à l'Académie de médecine.
Au mois de janvier 1860, Azam publiait quelques faits nouveaux. Appelé en 1858 à donner ses soins aune malade atteinte de catalepsie spontanée^ d'anesthésie et d'hyperesthésie, il la montra à plusieurs médecins, notamment à Bazin qui lui dit avoir lu dans V Encyclopédie de Todd, à l'article Slcep, qu'un médecin anglais, nommé Braid, avait découvert le moyen de reproduire artificiellement ces [phénomènes. Azam se procura la Neurypnologie et reprit sur sa malade les expériences de Braid « non sans avoir des doutes, dit-il, tant les résultats annoncés me paraissaient extraordinaires », Il fut du reste bien servi par les circonstances ; son sujet était vraiment remarquable. Somnambulisme, exaltation des sens et insensibilité, catalepsie et suggestion par les attitudes données aux membres, hyperexcitabilité musculaire étaient des plus nets. Pendant deux ans ensuite Azam avait exprimenté prenant pour conseillers et contrôleurs deux amis déjà en renom : Broca et Verneuil. C'était d'après ses indications que Broca, envisageant tout le parti qu'on pouvait tirer de l'insensibilité hypnotique à une époque où on ne donnait pas le chloroforme aussi facilement que de nos jours, s'était mis en quête de sujets hypnotisables porteurs d'affections chirurgicales et qu'il avait pu, avec Follin, opérer une femme atteinte d'abcès de la marge de l'anus et dont l'anesthésie hypnotique fut assez profonde pour qu'elle ne ressentit aucune douleur pendant l'opération. Ce n'est donc pas à la légère que Azam publiait les faits qu'il avait observés. Malgré la notoriété scientifique qui s'attachait au nom des auteurs, les communications de Velpeau,
Broca, Follin et Azam restèrent sans écho. Elles furent accueillies avec incrédulité par les médecins étrangers à ce genre d'études, et ne suffirent pas à attirer l'attention du public scientifique sur la question de l'hypnotisme.
Néanmoins elles furent le point de départd'un intéressant mémoire de Demarquay et Giraud-Teulon qui, touten faisant peu de cap de l'anesthésie hypnotique au point de vue chirurgical, se livrèrent à une série d'expériences qui les mirent à même de constater la réalité des phénomènes hypnotiques. Leurs sujets étaient endormis à l'aide d'une boule brillante maintenue par un mécanisme à hauteur et à proximité du front. Les différents effets produits (troubles de la sensibilité, de la contractilité, de la connaissance) furent attribués par les auteurs à des dispositions idiosyncrasiques ou hystériques.
« Du sommeil magnétique, au sommeil somnambulique, à l'hypnotisme, on construit aisément une chaîne forgée avec les mêmes éléments organopathiques et sur une même constitution qui y sert d'enclume : l'état hystérique ou les états approchants. »
Les auteurs font aussi observer que leurs expériences démontrent que les seuls phénomènes magnétiques réellement constatés peuvent être produits sans l'intervention d'aucune communication d'une personne à une autre.
La même'année, Gigot-Suard provoquait par des moyens analogues l'état hypnotique chez des jeunes filles.
Indifférence injuste et enthousiasme excessif rentrèrent bientôt dans le silence et l'oubli. Quelques insuccès avaient refroidi le zèle des chirurgiens. L'hypnotisme ne pouvait lutter avec le chloroforme. Braid était mort et ceux qui, en France, avaient été les initiateurs de sa doctrine, portaient leurs recherches d'un autre côté. Seuls les magnétiseurs de profession exhibaient de temps en temps aux yeux du public émerveillé leurs somnambules.
En 1865, le professeur Lasègue publiait ses expériences sur la catalepsie provoquée chez les hystériques, sans avoir l'air cependant de se douter que c'était là de l'hypnotisme, car le mot ne se rencontre nulle part dans son travail.
« Si, sur une hystérique du type calme, somnolent^ demi torpide, plus prompte à pleurer qu'à s'irriter on applique la main sur les yeux, ou qu'on maintienne les paupières fermées par n'importe quel procédé, la malade s'engourdit, manifeste une paresse intellectuelle croissante, respire avec une difficulté de plus en plus grande, ses yeux se convulsent en haut, enfin elle s'endort d'un sommeil profond. Chez certaines, on détermine la torpeur complète ; chez d'autres la somnolence; chez d'autres de l'engourdissement. Plus le sommeil est profond, plus on obtient facilement la contracture cataleptique des membres,
« C'est un spectacle singulier, dit le professeur, que celui d'une malade, plongée dans une torpeur profonde, insensible à toutes les excitations, conservant dans les poses auxquelles on l'assujettit, l'immobilité d'une statue... et maintenant la plus invariable et la plus absolue indifférence.
En 1866, Mesnet publie une « étude du'somnambulismeau point de vue pathologique » et la même année Liébault publiait son « Traité du sommeil et des états analogues » où il consignait les résultats de la suggestion hypnotique au point de vue thérapeutique.
En 1874 se placent deux[articles: l'un de Dechambre dans son Dictionnaire, intitulé Mesmérisme ; l'autre de M. Duval, dans le Dictionnaire de Jaccoud, porte le nom à.' Hypnotisme. Le premier de ces auteurs ne voit dans les phénomènes magnétiques que supercheries et impostures; le second considère l'existence de l'hypnotisme comme indiscutable en s'appuyant sur les travaux publiés depuis Braid jusqu a 1873. « Il faut se garder, dit-il^ de rejeter trop vite un fait étonnant en incriminant sa véracité ; on trouvera souvent que ce n'est pas le fait lui-même qu'il faut nier, mais son interprétation. »
En 1875, Ch. Richel, alors interne, commençant la série de ses intéressantes recherches, publie dans le Journal de Robin un article sur le somnambulisme. — « Il faut, écrivait-il, un certain courage pour prononcer tout haut le mot somnambulisme. La stupide crédulité du vulgaire, l'effronterie de quelques charlatans, ont jeté sur la chose, comme sur le mot
une telle défaveur, que parmi les savants, il en est peu qui n'accueillent avec froideur une communication sur ce sujet. » — Il démontre dans son travail les trois propositions suivantes :
l" On ne peut admettre que les phénomènes somnambuliques, magnétiques ou hypnotiques sont dus à la simulation. L'existence du somnambulisme provoqué est aussi certaine, aussi indéniable que celle de l'épilepsie ou de la fièvre typhoïde.
2° Les passes magnétiques, les excitations faibles de toute nature agissent aussi bien et même mieux que la fixation d'un objet brillant pour déterminer le somnambulisme.
3° Les phénomènes qu'on observe se montrent aussi dans les diverses intoxications ou perversions du système nerveux. Elles consistent principalement en deux phénomènes : l'hallucination provoquée et l'automatisme.
Les hallucinations provoquées, les suggestions de diverse nature fixèrent ensuite son attention. Il ajouta encore à ces études de remarquables expériences dans lesquelles il montre la possibilité de modifier la personnalité de certains hypnotisés pour lui en substituer une autre plus ou moins étrangère au caractère de l'individu.
En 1876, Despine, Dufay, Azam et Mesnet publièrent des observations très intéressantes.
Jusqu'alors il n'y avait que des travaux isolés. Trois ans après, un homme préparé de longue date à ces études difficiles, par une connaissance approfondie de tout ce qui concerne le système nerveux, le professeur Charcot, consacrait définitivement l'existence de l'hypnotisme et lui faisait prendre rang dans la science officielle. En 1878, il commença à la Salpétrière une série de leçons dont le retentissement fut énorme et les conséquences considérables, car elles eurent pour résultat de donner un nouvel élan aux recherches sur l'hypnotisme en le mettant sur un terrain tout autre, mais infiniment plus sûr que celui qu'avaient jusqu'alors choisi les observateurs. Au lieu de se lancer à la poursuite de l'extraordinaire, comme on l'avait fait jusqu'auparavant et surtout avant Braid, Charcot s'attacha à déterminer d'abord les signes diagnostiques physiques et faci-
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lement appréciables, des divers états hypnotiques, se renfermant d'abord dans la stricte interprétation des faits les plus simples, procédant lentement mais sûrement. Cette méthode ne tarda pas à donner del>rillants résultats qui se trouvent consignés dans la thèse de P. Richer et dans les deux éditions de ses études cliniques sur l'hystérie. On découvrit, on décrivit et on différencia les trois états principaux de ce que Charcot appelle le grand hypnotisme, la léthargie, la catalepsie, le somnambulisme. Ces états sont assez connus aujourd'hui pour qu'il soit inutile d'y insister ici, on les trouve décrits non seulement dans les leçons de Charcot de 1878 et dans les ouvrages précités de P. Richer, mais encore dans le troisième volume de l'Iconographie photographique de Bourneville et Regnard.
D'autre part, en Allemagne, le professeur Heidenhain de Breslau, ayant assisté aux séances du magnétiseur danois Hansen, fut frappé de ce qu'il voyait. Persuadé que tout n'était pas faux dans ces expériences il se mit, comme autrefois Braid, à les répéter et reconnut la réalité d'un certain nombre de phénomènes dont il analysa les conditions de production et dont il donna la description substantielle.
Dans sa brochure, qui eut un grand retentissement, il démontra que les phénomènes attribués par Hansen au fluide, étaient d'ordre subjectif et dépendaient absolument des dispositions psychiques et somatiques de la personne en expérience.
L'élan était donné ; de toutes parts les travaux affluèrent :
En Allemagne, Grutzner, Berger (4880) Baumler, Reyer(1881) publiaient des faits nouveaux et des expériences intéressantes bien résumés dans les analyses de Borner et de Mobius.
En France, Dumontpallier (1881-82-83-84) fait connaître ses nombreuses observations d'hypnotisme chez les hystériques, 11 étudie les causes de la contracture cataleptiforme dans la période de somnambulisme, le transfert des manifestations hypnotiques par les substances œsthésiogènes. 11 cherche à tirer parti de la possibilité de mettre les deux moitiés du cerveau dans deux phases difîérentes de l'hypnose, pour démontrer l'indépendance fonctionnelle des deux hémisphères.
En Italie, Tamburini et Seppilli et plus tard Vizioli, confirment la description de Charcot et ajoutent d'importantes recherches sur la circulation.
Le 13 février 1882, Charcot, dans une note communiquée à l'Académie des sciences, s'appuyant sur les phénomènes neuro-musculaires, donnait une classification des divers étals nerveux déterminés par l'hypnotisme chez les hystériques, qui servit pour ainsi dire de base à beaucoup des travaux ultérieurs.
En 1884,Bernheim de Nancy, après avoir été témoin des expériences de Liébault publiait le résultat de ses propres expériences sur la suggestion, non seulement dans l'état hypnotique mais encore dans l'état de veille.
Il serait presque impossible d'analyser ici tous les travaux qui se sont produits depuis cette époque, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à notre index bibliographique. Disons seulement qu'il s'est produit entre les auteurs des courants divers. Les uns, tels que Richet, Ghambard, Féré et Binet, Paul Janet, Hack Tuke et Luys, se sont particulièrement attachés à l'étude des phénomènes psychophysiologiques. Les autres, tels que Liébault, Bernheim,^Beaunis, Bremand, Bottey, A. Voisin, ont étudié rhypnotisme et les suggestions chez les individus indemnes d'hystérie. Brouardel^ Motet, Vibert, Ladame, Mabille, Féré et Binet, Vizioli, Campilli, Gilles de la Tourette ont abordé et traité le côté médico-légal.
Le temps n'était plus où on pouvait répéterjavec Parchappe, à propos d'une communication de Delasiauve sur le somnambulisme : se tromper, tromper, être trompé. »
La réalité des phénomènes de l'hypnose était bien établie, leurs caractères différentiels trouvés. On pourrait croire que la démonstration de l'origine subjective de ces phénomènes était établie sur des bases assez solides pour qu'il ne soit plus nécessaire d'y revenir. Il n'en fut rien cependant et bien des efforts ont encore été tentés pour trouver à l'hypnose une autre cause première que la fatigue nerveuse ou l'imagination.
La théorie de l'électrodynamisme vital de Durand de Gros, l'accumulation de toute la force nerveuse en un district limité du cerveau, expliquant l'ensemble des phénomènes
hypnotiques , fut reprise plus tard par Liébault (de Nancy) et Schneider (de Leipsig). Rumpff (1880) suppose l'hypnose produite par des modifications réflexes de la circulation cérébrale produisant l'anémie ou la congestion de zones circonscrites de l'encéphale. Cette théorie, purement hypothétique jusqu'ici, trouve un certain appui dans les expériences que nous avons entreprises et dont on trouvera plus loin la relation.
En 1881, le D' Barety exposait à la Société de biologie une théorie un peu analogue à la doctrine de Philipps. En dehors de la chaleur et de l'électricité, il existerait chez l'homme, suivant cet auteur, une force encore non étudiée, àlaquelle il donne le nom de force neurique rayonnante. Elle jouirait de propriétés identiques à celles des autres forces de la nature, lumière, chaleur, électricité, et serait, comme ces dernières, une transformation du mouvement. Elle existerait dans le système nerveux à l'état statique et à l'état dynamique, et pourrait, chez certaines personnes au moins, rayonner comme la lumière ou la chaleur et suivant les mêmes lois. La force neurique s'échappe par les yeux, les doigts, le souffle ; elle se propage en ligne droite^ se reflète sur une surface polie conformément aux lois connues pour la lumière et le son, elle se concentre à travers une lentille ; en traversant un prisme elle donne un spectre. Elle peut traverser les corps opaques, se laisser conduire par certaines substances. Elle s'échappe par les pointes.
Quelques membres de la Société de biologie, et notamment Dumontpallier, semblèrent séduits par ces idées, ingénieuses à la vérité. Mais la Société résista â sa première impression et repoussa la théorie comme inssuffisamment établie par les faits, dont les agents physiques ordinaires suffisaient à donner l'explication.
D'autres théories ont encore été émises relativement à la cause productrice du sommeil hypnotique.
Despine pense qu'il y a paralysie plus ou moins profonde de l'écorce cérébrale.
Si la paralysie est superficielle, le sensorium est aboli, mais
les facultés intellectuelles et les impulsions volontaires persistent.
Si la couche moyenne se trouve prise, les facultés psychiques sont supprimées.
Si la paralysie s'étend jusqu'à la couche profonde, les mouvements volontaires se trouvent abolis.
Théorie ingénieuse mais qui malheureusement repose sur un échafaudage anatomique qui est loin d'être établi.
Pour Preyer (1881), c'est la concentration de la pensée qui détermine une activité exagérée des cellules cérébrales. Il en résulte une production anormale de produits oxydables qui, enlevant à la substance son oxygène, amènent l'engourdissement des cellules cérébrales.
Carpenter (1886) pense que sous l'inQuence de la fatigue produite par la fixation ou par une grande contention d'esprit, les nerfs vasomoteurs prennent le dessus dans une certaine étendue de l'écorce cérébrale. Il s'ensuit une diminution de l'apport du sang dans la masse du cerveau. Cela amène la diminution puis la cessation des fonctions psychiques.
Heidenhain avait un moment adopté cette théorie. Mais ayant constaté que les vaisseaux de la rétine n'étaient pas contractés, il pensa que les capillaires du cerveau ne devaient pas l'être davantage. 11 arriva à se persuader, en voyantque les individus qui sont sous l'influence du nitrite d'amyle sont facilement hypnotisables, que la congestion du cerveau n'est pas incompatible avec l'état hypnotique.
Plus tard, Heidenhain s'est rattaché à la théorie de Brown- Sequard. On sait en effet que le savant professeur du Collège de France attribue à l'inhibition, la production du sommeil hypnotique. Voici comment il explique ce mécanisme :
« L'acte initial lui-même, à l'aide duquel un individu est jeté dans l'hypnotisme, n'est qu'une irritation périphérique (d'un sens ou de la peau) ou centrale (influence d'une idée ou d'une émotion) qui produit une diminution ou une augmentation de la puissance dans certains points de l'encéphale, de la moelle épinière, ou d'autres parties, et l'hypnotisme n'est autre chose que l'état de perte ou d'augmentation d'énergie, dans
lequel le système nerveux et d'autres organes sont jetés, sous l'influence de lïrritation première périphérique ou centrale. Essentiellement donc, l'hypnotisme n'est qu'un effet et un ensemble d'actes d'inhibition et de dynamogénie.
C'est par l'inhibition que Bernheim explique l'efficacité et la puissance de la suggestion. Elle est due, d'après lui, à une exaltation de l'excitabilité réflexe idéomotrice^ idéosensitive. idéosensorielle qui, pendant que la volonté et la conscience sont suspendues par l'inhibition, fait la transformation inconsciente de l'idée en mouvement.
Pitres, Babinski, Gilles de la Tourette, P. Richer, Magnin, Ladame, pensent que l'hypnotisme est dû à une modification artificielle et passagère de l'état des centres nerveux. Pour Ochorowickz, il y aurait état anormal de l'encéphale. Enfin M. le professeur Charcot définit l'hypnotisme une névrose expérimentale. Liébault, Bernheim, Liégeois en font un état analogue au sommeil normal.
De ces nombreux travaux, de toutes ces théories un fait se détache et ressort bien nettement, c'est que l'état dit autrefois magnétique et aujourd'hui hypnotique se produit en dehors de toute émission de fluide.
Le magnétiseur n'est même pas nécessaire. De nombreuses expériences ont démontré que la concentration de l'attention sur l'idée de dormir^ la fixation du regard sur un point brillant ou lumineux, l'action seule de l'imagination suffisent à provoquer l'hypnose.
L'habitude augmente l'aptitude au sommeil à tel point que l'audition d'un simple bruit, d'un ordre énergique, d'un son monotone et prolongé, ou éclatant et brusque, plongent immédiatement le malade dans l'état hypnotique. Mais n'en est-il pas de même pour mainte autre opération cérébrale qui, se faisant d'abord avec le concours et sous l'influence de la volonté^ finit avec l'habitude par devenir presque inconsciente et quasi réflexe ?
En somme, les divers modes de la perceptivité sont autant de routes qui conduisent à l'état hypnotique et les différents procédés employés aujourd'hui ne font que mettre en jeu une ou
plusieurs à la fois de ces différentes ressources. Hansen et Donato choisissent leurs sujets et les préparent en leur faisant regarder un objet quelconque à travers un prisme de verre, (fixation et immobilisation du regard). Quelques-uns endorment leur sujet en le tenant sous un regard impératif (fascination). C'est sur l'imagination du sujet qu'ils agissent surtout.
11 en est de même de ceux qui pratiquent des passes beaucoup moins minutieuses que celles de l'époque de Puységur et non moins actives.
Une formule monotone redite avec une énergie croissante, ou l'ordre bref de dormir réussi:- sent aussi bien aujourd'hui qu'au temps de l'abbé Faria.
Les miroirs rotatifs, ou la sirène employés par U. Luys, n'agissent pas autrement que le point brillant de Braid, ou le gong de l'école de la Salpêtrière.
Ces pratiques provoquent, somme toute, des conditions analogues à celles (jui amènent le sommeil naturel : d'abord la fatigue qui, à l'état normal est la première incitation nous poussant à dormir, en second lieu une action sur l'imagination qui existe aussi pour le sommeil naturel. Lorsqu'en effet l'homme se prépare à dormir, il se retire en un endroit éloigné du bruit et de la lumière, prend la pose qui favorise le plus le relâchement des muscles et concentre son attention sur une idée unique : se reposer. On ne fait pas autre chose la première fois qu'on cherche à hypnotiser un sujet, et si on s'y prend de cette manière, il est rare qu'on manque complètement son but. 11 y a plus d'une analogie entre le sommeil et l'hypnose. Dans les deux états le somnambulisme est possible. On trouve dans le sommeil naturel comme dans l'hypnotisme provoqué l'exagération du pouvoir réflexe. Heidenhain et Berger ont montré l'exagération des réflexes rotulien et patellaire dans l'un et l'autre cas. On y observe aussi la diminution de la sensibilité poussée jusqu'à l'anesthésie et permettant des opérations chirurgicales. Comme dans l'hypnose le fonctionnement des facultés intellectuelles est modifié pendant le sommeil. Il y a en quelque sorte automatisme cérébral. Enfin, chez certaines pér-
sonnes le rêve peut être provoqué, influencé ou modifié par des sensations extérieures.
Nous voici sur les limites de la suggestion. 11 existe aujourd'hui assez de faits bien étudiés pour permettre d'affirmer qu'aussi bien dans le sommeil que dans Thypnotisnie, certaines facultés mentales peuvent s'exalter et mieux on connaît les deux états, plus il devient difficile de leur assigner une limite tant leurs frontières sont juxtaposées.
Pourtermiiner cette étude déjàlonguede l'histoirede l'hypnotisme,il convient de jeter un regard sur l'état actuel de la question. Les travaux antérieurs ont indiscutablement établi la réalité scientifique de l'existence de Thypnose, les divers phénomènes qu'on peut provoquer du côté de la sensibilité, dumouvement, de la volonté, de toutes les opérations cérébrales ou médullaires en un mol. Voyons maintenant son rôle dans la société moderne (1).
Il a conquis une place considérable dans les préoccupations dés philosophes du monde entier.
Nombre d'entre eux ont cherché à éclairer par l'hypnotisme le mécanisme de la pensée. Mais ce moyen dont on espérait tirer tant do renseignements précieux et nouveaux n'a donné dans cette voie aucun résultat marquant. Est-ce l'agent luimême qu'il faut incriminer ou ceux qui l'ont employé et les méthodes qu'ils ont suivies ? Il est bien téméraire de chercher le mécanisme de la pensée alors qu'on n'en connaît même pas les conditions anatomiques et chimiques. Comment fonctionne le cerveau, par quelle élaboration spéciale des sensations apportées de la périphérie sont-elles perçues et transformées en actes volontaires ou réflexes ? Nous n'en savons rien. Les conditions de production de l'acte nerveux le plus simple, le réflexe nous échappent encore. Tout ce que nous savons du fonctionnement cérébral, c'est qu'il donne lieu à un dégagement de chaleur et à l'excrétion d'acide phospho-glycérique. Bien des conditions anatomiques nous sont inconnues ; à peine savons-nous le point de terminaison exact de quelques faisceaux de fibres sensitives ou motrices et déjà nous voudrions