Rig-Veda, Hymne VIII, section
qu'elle soit d'une date fort postérieure, une anecdote rapportée par un médecin arabe du ix" siècle de notre ère :
« Ibrahim ben Mahdy, oncle du calife Haroun Errachid était tombé en léthargie. Son médecin, Djabril, le crut mort. On appela alors auprès d'Ibrahim un médecin, célèbre pour sa grande science, Saleh ben Bahla. Celui-ci planta une aiguille sous l'ongle de l'un des doigts du malade qui, tout aussitôt, retira la main.
4c — Prince des croyants, dit Saleh à Haroun, crois-tu qu'un mort sente ainsi ?
« Et il administra au malade un sternutatoire. Ibrahim sortit aussitôt de sa léthargie disant avoir rêvé qu'un chien lui mordait le doigt.
« — Prince des croyants, dit au calife son ministre Djaffar, Djabril suit la médecine des Grecs, et Saleh celle des Indiens. »
A quelle époque remontait chez ces derniers la connaissance de l'état léthargique, il est impossible de le dire. Onpeul affirmer toutefois qu'ils regardaient cette affection comme une possession démoniaque ; car les sternutatoires étaient précisément employés par eux pour chasser les démons.
Si l'hypnotisme à proprement parler fut inconnu, certains états spontanés furent en revanche exploités^ ou pour mieux dire inconsciemment éprouvés par les prêtres. Le sacerdoce était alors devenu le privilège d'une caste, celle des brahmanes. La suprême aspiration du prêtre est d'arriver au dégagement complet de toul ce qui l'entoure. C'est par le jeûne, les macérations, les longues prières, les méditations incessantes, la privation de sommeil la plus rigoureuse que le brahmane doit parvenir à ce résultat, qui ne s'atteint d'ailleurs qu'après une initiation sévère et longue.
Dès son jeune âge le brahmane destiné à la prêtrise subit un noviciat. A neuf ans, il entre dans la vie religieuse qu'il ne quittera plus. Si, àla naissance de son premier fils, le jeune brahmane est jugé digne de sortir du noviciat, il subit l'initiation et est introduit dans une des trois classes d'initiés. La première contient plusieurs subdivisions, dont une seule nous intéresse pour Tinstant, celle des fakirs. Ce sont les quêteurs
des temples. Ils parcourent les villes et les villages entourés de l'estime et de l'admiration de tous, car ils passent pour avoir une grande puissance et produisent, en effet, si on en croit le récit de quelques voyageurs et certaines revues de spiritisme, des phénomènes étonnants.
On ne devient Fakir qu'après une initiation de vingt années. Le jeùne^, les macérations de toute espèces, mais surtout la contemplation prolongée du ciel, l'absorption dans une pensée unique (celle de s'unifier à l'Etre suprême) sont les bases de cette éducation, destinée à surexciter au plus haut point le système nerveux psychique.
Certains auteurs rapportent des exemples de fakirs restant debout sur une jambe jusqu'à ce que celle-ci se couvre d'ulcères. Un autre rapporte le fait d'un fakir qui se fit enterrer pendant trois mois et qui se réveilla au bout de ce temps, parfaitement vivant.
Plusieurs auteurs prétendent qu'en se regardant le bout du nez pendant quelques secondes le fakir tombe en catalepsie et que c'est alors qu'il peut émerveiller lu foule par les attitudes difiiciles qu'il conserve indéfiniment. Nous montrerons un peu plus loin que l'état des fakirs n'est pas un état cataleptique mais un état tout dilTérent qui laisse toute la liberté de la pensée et la presque [)lénitude de la conscience.
C'est à cet état qu'on peut attribuer la prétention qu'ont les fakirs de commander aux esprits, d'évoquer les morts, de provoquer mille autres phénomènes, que les spirites de nos jours admettent comme parfaitement réels et qui ne sont en réalité, que des hallucinations dont le souvenir persiste.
Au-dessus des fakirs il y a encore deux classes d'initiation supérieure auxquelles on ne peut arriver qu'après avoir passé vingt ans dans la classe immédiatement inférieure. Ce qui fait quarante ans pour passer de l'état de fakir à celui d'initié supérieur. Ces derniers vivent absolument en dehors des choses terrestres. Continuellement en contemplation, ils dorment à peine et ne prennent d'aliments qu'une fois tous les sept jours. C'est parmi ces initiés de première classe que sont les Djoguis. Us se distinguent de tous les autres parce qu'ils font vœu de
chasteté et vivent dans la retraite la plus absolue. Cachés au fond des forêts ou dans les cryptes le? plus reculées des temples, ils passent de longues heures en contemplation et pratiquent l'ascétisme le plus rigoureux. Ils s'attribuent un pouvoir considérable : le temps, l'espace, la pesanteur, l'opacité n'existent pas pour eux. Ils communiquent mentalement à des centaines de lieues avec d'autres Djoguis, peuvent quitter et reprendre à volonté leur enveloppe terrestre, s'élever dans l'air, etc.
Scientifiquement parlant ce sont de véritables hallucinés, car cette puissance est purement imaginaire. C'est leur vie ascétique, l'entraînement spécial auquel ils se livrent, qui les amènent à obtenir cet état de délire presque continu qu'on nomme de nos jours l'extase religieuse et sur lequel, ainsi que nous l'avons dit déjà nous reviendrons un peu plus tard. Cet état se rapproche dans un certain sens des états hypnotiques. On trouve en eftet dans l'Oupneck'hat le moyen suivant pour arriver à l'extase: c'est de regarder des deux yeux le bout de son nez jusqu'à convulsion des nerfs optiques.
Cependant l'état des fakirs et des djoguis ne peut-être considéré comme hypnotique en ce sens que l'accès d'extase est volontaire et commence et cesse au gré du sujet ce qui n'a pas lieu dans les accès hypnotiques, que le sujet peut provoquer il est vrai, mais qu'il n'est pas en son pouvoir de faire cesser.
Magie asiatique. — Touraniens. — Iraniens. — Perses et Mèdes. — Chaldéens.
A côté de l'Inde, sur le plateau central de l'Asie, habitaient au temps des Yédas et peut-être même à une époque encore plus reculée, des peuples primitifs classés dans l'histoire sous le nom générique, un peu vague de Touraniens. C'est au milieu de ces peuplades que naquit la magie, s'il faut en croire
Zoroastre. Le premier chapitre du Vendidad Sade donne en effet comme berceau des pratiques magiques le pays de Haetumat, sur les bords de l'Hilmend. D'ailleurs cette partie de la Carmanie, de même que la Médie, est toujours signalée par les historiens comme un pays de mages. Il faut noter d'autre part que le peuple d'Ormu/.d était complètement environné de peuples conduits par des mages contre lesquels Zoroastre eut longtemps à lutter.
Il est donc extrêmement vraisemblable que c'est en Touran que fut inventée la magie. On peut en tous cas attribuer aux ïouraniens les premiers écrits qui nous conservent la trace historique de cet art. 11 était par conséquent naturel de rechercher sur les quelques monuments, retrouvés ou déchiffrés de nos jours, en quoi consistait alors la science des mages et quels rapports elle peut avoir avec les phénomènes de l'hypnose.
Les documents, il est vrai, sont un peu indirects car les livres originaux ne sont pas parvenus jusqu'à nous et nous ne possédons que les copies, heureusement accompagnées de traductions assyriennes, de ces œuvres écrites en caractères cunéiformes et en langue accadienne.
L'un de ces documents est une grande tablette d'argile, provenant de la bibliothèque du palais royal de Ninive, tablette reproduite en fac-similé et publiée par sir H. Rawlison et M, Norris dans le Tome II de leur recueil (1). Cette tablette, dont le texte parait remonter à la plus haute antiquité, est rédigée en langue accadienne et accompagnée d'une traduction en assyrien, faite sous le régne et par les ordres du roi Assourbanipal au vir siècle avant notre ère.
A cette époque déjà le vieux langage touranien n'était plus compris que de quelques tins lettrés, bien qu'il servit de langage sacré et que les prières fussent rédigées et dites en accadien. Cela nous explique pourquoi on en avait fait des traductions probablement destinées au clergé chargé de lire et d'interpréter les textes.