‹ Hypnotisme et croyances anciennesChapitre 8 sur 38 · Cuneiform Inscriptions of Asia · texte numérisé non relu

Cuneiform Inscriptions of Asia

De l'étude de cette tablette jointe à celle de la savante histoire des peuples fin nois de Lônhrot il résulte que la magie était exercée par des savants qui cumulaient les fonctions de devins, d'exorcistes, de médecins et de thaumaturges. Il n'y avait pas à proprement parler de médecine. La foule, ignorante, considérait comme œuvres d'une divinité malfaisante, d'un démon, les maladies auxquelles elle était exposée. Avec de telles croyances rien de surprenant qu'on regarde le malade comme une sorte de possédé, auprès duquel il faut appeler ceux qui connaissent les formules propres à chasser le malin esprit. Comment naquirent ces formules, par qui furent-elles transmises? Cela est impossible à dire, car les auteurs des livres sacrés attribuent à leurs ouvrages une origine céleste, précisément destinée à en cacher la véritable source.

Mais dès l'origine on trouve les magiciens divisés en deux, catégories bien distinctes. Ceux de la première appelés par Lonhrot « laulajat » (incantateurs) professent une magie bienfaisante. Ils se servent de paroles rituelles, de chants sacrés pour chasser les démons du corps de l'homme. Ceux de la seconde appelés «noijat» son lies sorciers proprement dits. Ces derniers sont en rai)ports avec les mauvais esprits. Leur principal sortilège consiste à prononcer sur lu flamme certaines paroles accompagnées de cérémonies dont ils prétendent être les seuls à savoir le secret. Grâce à la puissance de leurs charmes ils peuvent se rendre invisibles, se transporter immédiatement d'un lieu à un autre, prédire l'avenir.

Magiciens et sorciers s'attribuent également le pouvoir de guérir les malades à l'aide de formules, d'incantations et de philtres. Quand ces moyens échouent il leur reste la ressource de toucher le malade avec le bâton céleste, analogue de la baguette magique dont se serviront plus tard les mages deMédie. Le bâton céleste est une petite baguette de bois longue de quelques centimètres, chargée par des inscriptions magiques d'une puissance extrême suffisante pour subjuguer les esprits les plus rebelles.

Ces pratiques en somme sont puériles et si elles ont eu quelque efficacité, on ne peullarapporter^qu'à l'influence qu'elles

exerçaient sur l'imagination des malades. Peut-être aussi conviendrait-il de faire une part assez large à l'action des plantes qui entraient dans la composition des philtres et dont quelquesunes, comme la stramoine ou la belladone, sont loin d'être inefficaces.

De toutes les pratiques des vieux prêtres touraniens, une seule reste véritablement intéressante pour nous, c'est colle par laquelle ils prétendent arriver au diagnostic des maladies.

En présence du malade le prêtre magicien se met en contemplation pour arriver à un état d'extase dans lequel il se rappro che, soi-disant, de l'Esprit qu'il porte on lui et qui lui transmet son pouvoir surnaturel. Alors seulement, et grâce à la perspipicacité spéciale que lui transmet l'Esprit, le sorcier peut reconnaître la maladie. Ensuite il s'efforcera de chasser le démon qui la cause à l'aide de breuvages enchantés et d'incantations.

Mais l'intérêt de cette sorte d'extase consiste surtout dans le procédé par lequel on l'obtient. Lorsque le magicien est appelé à faire usage de son art, il absorbe d'abord une certaine quantité d'une liqueur spéciale, enivrante. Celle-ci communique au buveur une force musculaire factice, provoque des convulsions, des hallucinations et des rêves que les sorciers regardent comme reff"et d'un enthousiasme divin, ou qu'ils essaient de faire passer pour tel. Quelle était, au juste, la composition de cette liqueur? C'est là encore un point obscur, car nous n'avons trouvé aucun document qui y fît allusion. Peut-être avait-elle quelque analogie avec le Homa employé plus tard pour Icsliliations liturgiques. Le homa, dit A. Gobineau (1), est une plante qui croît dans le Turkestan actuel, l'ancienne Sogdiane, la Bactriane et dans les régions situées plus au nord, séjour primitif des Aryas. On en trouve aussi sur les montagnes de Kerman. La botanique le connaît sous le nom de sarcoslema vimi' nalis. Lorsqu'on en mêle les tiges ou les pousses pulvérisées au lait caillé, à la farine d'orge ou à une céréale appelée par les Hindous nivara ou trinadhanya {qui pourrait être du v\z

i . Histoire des Perses .

sauvage) et qu'on laisse ensuite fermenter le mélange, on obtient un breuvage fort et enivrant considéré comme sain, nutritif, et propre à donner à la fois de l'énergie et de la durée à la vie.

Notre opinion nous paraît appuyée par les textes mêmes du Zend Avesta. Ils donnent, en effet, au homa des qualités surnaturelles et des vertus magiques de la plus grande puissance. « Le jus du homa est l'antidote de tous les maux et de tous les poisons spirituels » (1).

Quoi qu'il en soit de la composition de la liqueur employée par les premiers touraniens il est intéressant de noter cette pratique qui montre que l'extase des magiciens touraniens n'a rien de spontané ; elle ne s'obtient pas par un long entrainement comme celle des brahmes ; c'est plutôt une sorte de délire alcoolique qu'un état de sommeil : elle ne saurait donc avoir de lien avec les pratiques hypnotiques. Les états spontanc's de sommeil paraissent avoir été totalement inconnus de ces peuples, que leurs instincts barbares et guerriers devaient du reste peu prédisposer à l'effémination et à l'exagération des sensations nerveuses.

Le dualisme créé à l'époque touranienne suivant que la puissance surnaturelle donnée à l'homme par les pratiques occultes est tournée vers le bien ou vers le mal, ce dualisme, disons-nous, se retrouve dans l'histoire de la magie à mesure qu'elle se rapproche de nous. Les prêtres, qui joignent les pratiques magiques à la religion, qui en font un moyen d'exploitation mystique et de domination, voient d'un œil jaloux des rivaux en puissance. C'est pourquoi^ dans tous les temps, chez tous les peuples, ils poursuivent de leurs plus violents anathèmes la magie noire, qu'ils qualifient de perverse et d'impie, la montrant comme l'ennemie de tout bien et toute remplie de criminelles aberrations.

Cette distinction, cet antagonisme entre les deux genres de magie se trouve, quelques siècles plus tard, chez les Chaldéens ainsi que le prouvent des fragments de tablettes découverts

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