‹ Hypnotisme et double conscience;Chapitre 10 sur 25 · PROVOQUÉS PAR LES TRAUMATISEES CÉRÉBRAUX · texte numérisé non relu

PROVOQUÉS PAR LES TRAUMATISEES CÉRÉBRAUX

(Archives générales de Médecine, février 1881.)

J'ai eu un moment la pensée, comme juge du concours d'agrégation en chirurgie de 1880, de donner comme sujet d'une thèse la question qui fait l'objet de cette étude; mais j'y ai renoncé devant les observations de mes collègues du jury, observations dont je reconnais la justesse.

Les faits qui s'y rapportent sont sans doute très nombreux, presque quotidiens, mais ils sont épars dans la chirurgie et dans la médecine mentale; de plus, il est permis de se demander s'ils ont été bien observés, et surtout bien interprétés. En fait, la question n'est pas mûre, et la poser serait embarrasser un candidat; un jury de concours aurait-il alors le droit de s'étonner si elle était traitée d'une façon insuffisante?

Pour faire une œuvre utile, il faut non seulement rechercher et interpréter les faits passés, mais étudier avec méthode des faits nouveaux et appliquer à tous les données fournies par la physiologie cérébrale éclairée par les découvertes récentes.

Grâce au concours bienveillant et empressé d'un grand nombre de chirurgiens et d'aliénistes qui sont l'honneur de la médecine française et dont on verra les noms plus loin, j'ai pu réunir des observations précieuses, et, en rapprochant leurs opinions, j'ai pu dire l'état actuel de la science sur la question que je traite; je prie ces hommes éminents de recevoir ici tous mes remerciements.

Ils sont encore nombreux les partisans de cette idée : que ce qui touche aux fonctions intellectuelles appartient en entier à la Philo-

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sophie, et pour lesquels est bien osé le médecin qui entre dans un domaine qu'ils croient être le leur; laissons-leur cette pensée. Il n'en est pas moins vrai que le cerveau nous appartient tout entier dans sa substance comme dans toutes ses fonctions, et que l'étude de ces fonctions, la plus profitable à l'humanité qui puisse être faite, relève de la médecine.

Je reconnais qu'aujourd'hui le médecin n'est pas assez philosophe, mais il peut le devenir, tandis que jamais le philosophe ne deviendra médecin; c'est dans ces conditions qu'il sera donné d'appliquer au bien de l'homme des notions trop peu utilisées jusqu'ici, et que l'étude méthodique des troubles de la pensée nous donnera sur son organe des indications analogues à celles que' nous donne l'observation des troubles de la digestion sur l'état de l'estomac.

J'entreprends avec ces idées l'étude qui suit, certain qu'elle est incomplète; il serait aujourd'hui difficile qu'il en fût autrement, mais j'ai la confiance que ceux qui la liront voudront bien m'accorder leur indulgence.

Rien ne semble, au premier abord, plus facile que de réunir des observations de blessés qui, ayant été soignés ou guéris de traumatismes cérébraux, ont présenté des troubles des fonctions intellectuelles; je dirai plus, il n'est pas une seule relation des milliers de faits de fracture du crâne dans laquelle on ne trouve ces mots : délire, troubles intellectuels, etc. Mais de quel délire et de quels troubles intellectuels veut-on parler? La plupart du temps il n'est donné aucun détail; bien plus, il n'est pas un chirurgien ayant quelque pratique qui n'ait vu nombre de blessés présentant des phénomènes de cet ordre. Celui qui écrit ces lignes est du nombre. — Eh bien! faute d'une analyse suffisante laite au moment opportun, presque toujours les souvenirs comme les observations sont insuffisants et partant inutiles. De cela il résulte que les relations qui peuvent nous aider dans cette étude sont assez raies, et que pour faire un travail sérieux j'ai dû Paire des recherches sans nombre, interpréter les faits déjà publiés, prendre des observations nouvelles, rechercher des faits nouveaux et m'enquérir de l'opinion des hommes les plus compétents.

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