‹ Hypnotisme et double conscience;Chapitre 11 sur 25 · FAITS · texte numérisé non relu

FAITS

Observation I (communiquée par M. Legrand du Saulle, inédite). — Un notaire de petite ville, âgé de trente-huit ans, de bonne constitution, fait une chute de voiture, il est relevé sans connaissance et demeure ainsi pendant plusieurs heures ; très bien soigné, il guérit et reprend ses occupations ordinaires. Cinq ans après, sa femme remarque chez lui quelques bizarreries de caractère ; ses clients s'étonnent de lui voir émettre des opinions singulières, et il est amené à Paris à M. Legrand du Saulle, qui reconnaît facilement en lui une paralysie générale commençante ; mais la cause en est obscure, car M. X... avait une existence des plus régulières et n'a aucune hérédité morbide; enfin, sollicitée par les questions de l'éminent aliéniste, Mme X... se souvient de l'accident arrivé il y a cinq ans et des variations singulières du caractère et des sentiments qu'elle a observées chez son mari; de plus, elle dit à M. Legrand du Saulle combien fréquemment son mari se plaignait de douleurs de tête d'une extrême violence qui le forçaient à interrompre son travail. — Les obscurités s'éclaircissent : M. X... est atteint d'une paralysie générale qui a pour cause le traumatisme cérébral et, pendant cinq années, il a passé par les phases prodromiques de cette terrible maladie, lesquelles portent, chacun le sait, surtout sur le caractère, les sentiments et l'intelligence.

Obs. II (inédite). — X..., âgé de trente-huit ans, vu par moi dans le service de M. Péan, en juin 1880, a été blessé à la tête d'un coup de feu, en 1870 ; une balle a pénétré dans le crâne, au niveau de la partie supérieure du sillon de Rolando, du côté gauche, à 9 centimètres au-dessus du trou auditif. X... perd connaissance pendant un quart d'heure, après il revient à lui et est transporté dans une ambulance voisine ; après divers accidents aigus, parmi lesquels je note une paralysie complète du côté droit et une aphasie qui ne dure que deux ou trois jours, X... est trépané et le chirurgien extrait de la blessure la plus grande partie de la balle et des esquilles osseuses; à la suite, amélioration, puis guérison, mais persistance d'un trajet fistuleux; la guérison se maintient pendant un an; après ce temps, et en 1873, accidents épileptiformes siégeant dans le côté droit et revenant très fréquemment : il est cependant possible à X... de reprendre son état de peintre en bâtiments. A la fin de 1873, après un léger excès, X... perd connaissance pendant un quart d'heure et les accidents épileptiformes augmentent d'intensité. Pendant les années suivantes, ils s'accroissent encore, et l'existence de X... devient intolérable.

En mai 1880, il entre à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Péan, qui le trépane et extrait un fragment de balle accompagné d'esquilles qui entretenaient le trajet fistuleux. En juin 1880, X... est en voie de guérison.

160 IIIe PARTIE. — PSYCHO-PHYSIOLOGIE.

Ce jeune homme, très intelligent, me rend parfaitement compte des divers phénomènes intellectuels qui se sont succédé chez lui : pendant les premiers temps, il a eu quelques difficultés à parler, il avait comme une sorte de grasseyement, mais il est probable que cette difficulté était due à la paralysie du côté droit de la langue, et il est possible que l'aphasie des deux ou trois premiers jours ait eu cette origine apparente.

Jamais, à aucun moment, la mémoire ne lui a fait défaut, mais il hésitait dans ses comptes et éprouvait comme une sorte de torpeur intellectuelle; son intelligence était, dit-il, moins alerte. Quant à son caractère, il était totalement changé : doux et patient avant sa blessure, X... était devenu susceptible et irritable à l'excès, un rien le fâchait. Il lui semble que depuis l'opération il est revenu à son état ordinaire.

Obs. III. — On lit dans la thèse d'agrégation de Bàuchet le fait suivant : Un jeune homme fait une chute d'un lieu élevé, perd connaissance et, après quelques soins, paraît guérir. D'un caractère doux et facile avant l'accident, il est devenu d'une susceptibilité exagérée; veut-on fixer son attention, il ne le fait qu'avec les plus grandes difficultés et, pour peu qu'on insiste, il s'emporte en paroles de colère; quand il ne se fâche pas, il est hargneux et maussade. Il succombe le neuvième jour et, à l'autopsie, on trouve les traces d'une violente contusion du cerveau.

M. Bauchet croit que la contusion cérébrale amène le plus souvent, après guérison, la propension à la colère, des bizarreries de caractère, des cauchemars et des rêvasseries.

Obs. IV (fait cilé par M. Bauchet, d'après le baron Larrey). — En 1817, M. D..., officier, âgé de vingt-six ans, reçoit en faisant des armes un coup de fleuret qui, pénétrant par l'orbite, lèse le lobe antérieur gauche. Il guérit après un mois d'accidents variés ; mais, après ce temps, il a perdu la mémoire des substantifs et des noms propres, bien que, à d'autres points de vue, les souvenirs soient restés complets; ainsi, il se rappelle fort bien les physionomies, les paysages; en un mot, rien de ce qui touche à l'imagination proprement dite n'est altéré; ainsi, il reconnaît très bien M. Larrey, mais ignore son nom; il décrit avec précision les pièces de la batterie d'un fusil, mais ne peut les nommer; enfin, dans son entourage on remarque qu'il est devenu triste et mélancolique, particulièrement lorsqu'on lui parle de ses campagnes ou de tout ce qui a trait à l'art militaire.

Obs. V (inédite). — Un jeune garçon de treize ans est apporté en mai IS7!> dans le service de Broca; il est tombé d'un cerisier et un échalas a perforé la voûte orbitaire et lésé la partie antérieure du lobe frontal gauche» L'extrémité de l'échulas est restée dans la plaie. Le fragment de bois est

extrait par Broca, et le malade guérit. Cependant, il demeure aphasique et présente quelques accidents de paralysie du côté droit.

Avant l'accident, cet enfant avait un très bon caractère, était très doux et très obéissant; il était aussi l'un des meilleurs élèves de son école; aujourd'hui, il est indiscipliné, grincheux, violent, rempli de malice, et, quand on le gronde, ne semble pas se rendre compte de ses torts; en un mot, il semble avoir perdu, au moins en partie, le sens moral, et n'a plus le rang qu'il occupait dans sa classe. Chez lui, l'aphasie a été complète pendant les trois premières semaines ; seulement, après ce temps, il dit tatan, tatan, et répète constamment ce mot. Quelques jours après, il dit papa, et pendant trois mois n'a pu prononcer que ces deux mots. Puis, la parole est revenue lentement, et on a pu constater qu'il n'avait pas perdu la mémoire.

Obs. VI (recueillie par M. Marie, interne de Broca, inédite, extrait). — D..., terrassier, âgé de dix-neuf ans, a reçu le 13 février 1880 un coup de bêche sur la tête, mais ne perd pas connaissance et a pu faire à pied un assez long trajet. Le lendemain seulement, il a de l'embarras de la parole et est pris de délire.

Entré à l'hôpital Necker, il est placé dans le service de Broca.

La blessure, au fond de laquelle on constate l'existence d'un liquide transparent à mouvements rythmiques, siège au niveau de la troisième circonvolution frontale gauche. La mémoire est abolie en partie, et D... est nettement aphasique. Pendant les jours suivants, l'aphasie diminue; cependant, sept jours après l'accident, il disait encore rue Laconcordaire pour rue Lacordaire. Quinze jours après, D... était complètement guéri.

Obs. VII (inédite). — Un homme de quarante-sept ans entre en mai 1880 dans le service de M. Duplay, à l'hôpital Lariboisière ; il a fait une chute sur la tête et parait n'avoir éprouvé qu'une commotion cérébrale ordinaire. Cependant, il a perdu complètement connaissance ; cet état dure dix heures ; la nuit suivante, et pendant vingt-quatre heures, il est pris d'un délire tranquille qui consiste en un bavardage incohérent roulant sur les choses de son état.

J'ai rapporté ce fait surtout comme exemple du délire ordinaire. En effet, dans la plus grande majorité des cas, le délire est tranquille ; je n'ai observé d'exception bien tranchée que chez les épileptiques et particulièrement chez les alcooliques.

Obs. VIII (inédite). — En mai 1880 a été apporté dans le service de M. Tillaux, à l'hôpital Beaujon, un homme de trente-six ans qui avait fait une chute de sept mètres de haut : il a perdu connaissance pendant environ deux heures, et ne présente aucune fracture. Le lendemain, son intelligence

parait complète, sauf un peu d'hébétude, mais le malade a perdu complètement le souvenir, non seulement des circonstances de l'accident, mais de tout ce qui s'est passé pendant la journée qui l'a précédé. Les jours suivants, la mémoire est revenue peu à peu. J'ai revu souvent ce malade, et après quinze à vingt jours, s'il ignorait les circonstances de sa chute, il se souvenait parfaitement de la journée de la veille.

Cette amnésie était limitée à ce qui s'était passé pendant la journée précédente, car toutes les notions antérieurement acquises étaient restées intactes; ainsi il se souvenait parfaitement de son adresse, savait toujours lire, écrire, compter, etc.

Obs. IX (inédite). — En septembre 1880, on apporte dans le service de M. Démons, à l'hôpital Saint-André de Bordeaux, un homme de vingt-deux ans, serrurier-ajusteur. Cet homme, travaillant sur le pont d'un transport de l'État en construction, a fait une chute d'environ vingt mètres, et il n'a d'autre blessure qu'une forte contusion à la partie latérale gauche de la tète; il a perdu entièrement connaissance et ne revient à lui que douze heures après l'accident. Après quelques heures d'hébétude alternant avec de l'agitation il reprend possession de toutes ses facultés, mais il a non seulement perdu le souvenir de son accident, mais de tout ce qu'il a fait la veille. Je l'interroge cinq jours après, la mémoire lui est revenue en partie, mais il lui est impossible de dire le point du navire sur lequel il travaillait; il sait, mais très mal, qu'il est venu le matin à pied à l'heure habituelle, mais ses souvenirs s'arrêtent au moment où il a commencé son travail. Quarante jours plus tard, X... se souvient très bien des circonstances de la course à pied qui a précédé son arrivée au chantier, mais ses souvenirs s'arrêtent dix minutes environ avant l'accident; ainsi, il ne se rappelle pas être monté à l'échelle qui lui a donné accès sur le pont du navire. Il est probable que cette lacune, de peu d'importance, sera comblée plus tard.

Il est impossible de rencontrer un exemple plus net de lésions de la mémoire, les autres facultés étant absolument intactes, et d'étudier Une amnésie rétrograde plus caractérisée.

Obs. X. — A la suite de l'accident du chemin de fer de l'Ouest du 3 février 1880, plusieurs blessés furent apportés à l'hôpital Beaujon. L'un d'eux, M. L..., fut placé dans le service de M. Tillaux; cet éminent chirurgien m'a raconté son histoire, et j'ai pu, quatre mois après, étudier ce blessé qui, complètement guéri, habite Bois-Colombes.

M. L... est un homme d'environ trente ans, de bonne constitution, et exerce la profession d'employé de commerce.

Dans l'accident de Levallois-Perret, il a été atteint surtout à la tête. PorM

sans connaissance dans le service de M. Tillaux, il est demeuré ainsi pendant quatre jours ; après ce temps, il se trouve dans l'hôpital sans pouvoir s'imaginer comment et pourquoi il a été apporté. Non seulement il a perdu le souvenir de l'accident dont il est l'une des victimes, mais aussi d'une certaine période du temps qui l'a précédé, il est comme hébété; cependant, après quelques jours, ses facultés renaissent peu à peu et la mémoire des fait antérieurs lui est revenue; ce retour de la mémoire s'est effectué par le retour graduel et successif des souvenirs en commençant par les plus anciens, ainsi du reste qu'il est d'usage; en même temps il a la conscience que ses facultés se sont affaiblies, il a de la peine à faire un raisonnement, est incapable d'attention et a perdu la mémoire de l'orthographe et du calcul ; ainsi, il écrit enfan pour enfants, et se trompe dans les calculs les plus élémentaires ; cette perte de l'orthographe et de l'habitude de chiffrer ont une telle importance, que L... ne peut conserver les fonctions d'employé d'administration qui lui avaient été rendues après sa guérison ; de plus, la perte de mémoire porte sur les dates et sur les noms propres de la façon la plus gênante pour lui.

Les troubles intellectuels proprement dits ne sont pas les seuls à remarquer chez L... Dans une lettre qu'il m'a adressée, il rapporte que pendant les cinquante jours qui ont suivi l'accident, et alors même que sa guérison paraissait complète, son caractère s'était singulièrement modifié, sa vivacité naturelle était devenue de la violence, il était irascible, soupçonneux, susceptible à l'excès et d'une impatience qui dépassait toutes les bornes. Ainsi que je l'ai dit plus haut, j'ai étudié avec soin M. L... quatre mois après l'accident; il est dans un état parfait de santé intellectuelle et physique, sa conversation est enjouée et sa mémoire est complète de tout ce qui a précédé l'accident; il a la parfaite conscience de l'hébétude dans laquelle il a été plongé pendant les jours qui ont suivi son retour à la connaissance, et il raconte avec précision le retour progressif de ses facultés ; il a aujourd'hui la confiance qu'il est bien l'homme qu'il était avant d'avoir été frappé; en fait, l'attention la plus soutenue et l'interrogatoire le plus complet ne m'ont fait découvrir en lui pour le moment la moindre altération des facultés intellectuelles. M. L..., précisant le point du crâne qui a été atteint, indique la partie postérieure de la tête, un peu à droite; la lésion n'a été qu'une commotion cérébrale, mais d'une extrême violence.

Obs. XI (inédite, recueillie par M. Thibierge, interne du service). — M..., cocher de fiacre, est apporté le 2 mai 1880 dans les salles de M. Gosselin, à la Charité. Étant en état d'ivresse il est tombé de son siège; il est sans connaissance et présente des ecchymoses dans la région temporopariétale gauche et un peu d'écoulement de sang par l'oreille du même côté. Le coma dure pendant trois jours entiers pendant lesquels cependant

le malade a quelques heures de connaissance; ainsi, pendant ce temps, il a semblé qu'il reconnaissait sa femme et il s'est levé chaque nuit de son lit pour uriner contre le mur.

Vers le septième jour le coma a pris fin, mais incomplètement; ainsi M... répond quand on l'interroge ou plutôt cherche à répondre, car il remue ses lèvres sans émettre aucun son; il se lève encore de temps à autre pour uriner contre les murs; enfin la parole revient, mais il est impossible au malade de dire les substantifs, il les remplace par des circonlocutions qu'il n'arrive pas toujours à parfaire. Le 26 mai, c'est-à-dire vingt^quatre jours après l'accident, M... sort de la Charité à peu près guéri, mais il est presque sourd de l'oreille gauche, a l'air un peu hébété et a encore des lacunes dans la mémoire ; ainsi il ne peut dire ni le nom de son patron ni celui de la rue où est sa remise. Chez M... le trouble intellectuel a porté sur l'ensemble des facultés et plus particulièrement sur la faculté du langage.

Je dois à l'obligeance d'un médecin distingué de Paris, M. Clavel, l'observation suivante :

Obs. XII (inédite). — M. D. R..., âgé de quarante ans, négociant, montant un cheval difficile, est désarçonné et traîné pendant quelques mètres. Il perd connaissance pendant environ une heure. Après ce temps, M. D. R... ouvre les yeux, reconnaît les assistants, ne présente aucune forme de délire, mais ignore, absolument les circonstances de sa chute; il nie même être monté à cheval, bien que cet acte ait précédé de quelques heures l'accident dont il a été victime.

Pendant les trois jours qui suivent, ses idées prennent plus de précision, et la légère hébétude qu'avait M. D. R... au début disparait complètement. Cependant le souvenir ne revient pas, et deux mois après il n'était pas encore complet. Cependant, à ce moment, sa santé est parfaite au physique comme au moral.

Obs. XIII. — L'observation qui suit est extraite d'une histoire bien Connue, celle d'un somnambule traumatique que M. Mesnet a eu la bonne fortune d'étudier pendant de longs mois, et dont il a publié les détails dans un travail très remarqué et très considérable ayant pour titre : De V Automatisme de la mémoire et du souvenir. — Grâce à l'obligeance de ce savant confrère j'ai pu étudier ce malade à peu près guéri, du moins des accidents intellectuels qu'il a présentés, mais je ne rapporterai ici que ce qui touche au sujet que je me suis proposé de traiter.

D..., dans une des batailles livrées en 1870, est atteint par une balle qui lui fracture le pariétal gauche; il perd connaissance, mais seulement un

quart d'heure après, et ne reprend ses sens qu'à Mayence, où il a été transporté par une ambulance prussienne. Peu de temps après apparaissent des troubles intellectuels se manifestant par des accès périodiques, caractérisés surtout par l'occlusion partielle des organes des sens, et par une action cérébrale différente de l'état de veille. Depuis cette époque, même depuis la guérison de l'hémiplégie, les accès n'ont point cessé de se reproduire toujours semblables à eux-mêmes, à la différence près de la périodicité plus ou moins éloignée et de la durée de l'accès.

Au moment où M. Mesnet étudie X..., en 1874, il est somnambule depuis quatre années. Les troubles de la motilité ont disparu, la lésion intellectuelle seule persiste avec des troubles considérables, pendant les accès du somnambulisme, de la sensibilité générale et des sens.

Je n'entrerai pas dans les détails de cette observation si curieuse, si précieuse même pour ce qui touche au somnambulisme; je ferai seulement une remarque : tous les actes auxquels se livre X... pendant ses accès ne sont que la répétition des actes de la veille, sauf un seul : X... est enclin au vol ou plutôt à la soustraction de tous les objets qui lui tombent sous la main et qu'il cache indifféremment là où il se trouve. Ainsi M. Mesnet l'ayant un jour conduit dans sa maison pendant un accès, les assistants le virent s'emparer avec mystère de tous les objets brillants placés à sa portée : argenterie, bijoux, etc. On les lui reprenait avec la plus grande facilité sans qu'il s'en doutât; cet état singulier, cette existence partagée comme en deux phases distinctes, a duré plusieurs années; puis, petit à petit, les accès de somnambulisme ont diminué et disparu.

Je ne retiendrai de ce fait remarquable qu'un point : un homme blessé d'un coup de feu qui a intéressé le cerveau au niveau de la partie supérieure du sillon de Rolando et paraît avoir atteint les deux circonvolutions pariétale et frontale ascendantes, cet homme, dis-je, est devenu somnambule, et pendant ses accès est pris d'une irrésistible tendance au vol; nous verrons plus loin que ce fait n'est pas isolé.

Obs. XIV à XVIII (faits de M. Durieux, de Ribérac). — 1° En 1869, un jeune garçon d'écurie reçoit un coup de pied de cheval qui l'atteint au-dessus du sourcil droit, et perd connaissance pendant quelques instants. Revenu à lui, il a perdu le souvenir de ce qu'il avait fait pendant la demi-heure

qui a précédé l'accident. Or, pendant ce temps, il avait reçu une somme d'argent dont il avait donné quittance. L'importance de ce fait exclut la pensée qu'on pourrait avoir que si ce blessé a oublié ce qui s'est passé pendant cette demi-heure, c'est que rien, pendant ce temps, n'avait fait sur son esprit une impression suffisante.

2° En 1870, un homme robuste, renversé par sa voiture, éprouve une violente commotion cérébrale ; après une perte de connaissance d'un quart d'heure à vingt minutes, il revient à lui, mais il a complètement perdu le souvenir de son voyage et de tout ce qui s'y rapporte. Avant le moment où il a été renversé, était-il en voiture? Que venait-il faire à Ribérac? etc. Il ne pouvait coordonner les idées qui représentaient les réponses à lui faites. — Ce phénomène torturait ce malade qui, malgré sa vive intelligence, ne pouvait parvenir, quelque obstination qu'il y mît, à retrouver le fil de ses souvenirs.

3° En 1875, G..., domestique d'un propriétaire des environs de Ribérac, fait une chute de cheval. Le sommet de sa tête porte contre une pierre et il a une commotion cérébrale sans fracture. Il a perdu connaissance pendant environ vingt minutes, et après sa guérison C... ne s'est jamais souvenu de ce qu'il avait fait depuis son départ de la maison de son maître, des personnes qu'il avait vues en ville et des commissions dont il s'était acquitté.

4° Un ouvrier maçon tombe d'un échafaudage et perd connaissance pendant une demi-heure. Revenu à lui, son souvenir le plus récent est celui d'un repas qu'il avait pris deux heures auparavant.

5° M. C... tombe d'une échelle; il a une commotion cérébrale légère suivie de stupeur; revenu à lui, il n'a pu se souvenir qu'après bien des efforts des circonstances de l'accident. Il finit cependant par avoir un souvenir confus du bruit qu'a fait l'échelon en se brisant.

Je reviendrai plus loin sur ce phénomène singulier de la perte du souvenir des faits antérieurs à la commotion cérébrale, phénomène auquel on peut donner le nom d'amnésie rétrograde d'origine traumatique.

Obs. XIX (inédite). — En mai 1863, on apporte dans mon service de clinique, à l'hôpital Saint-André de Bordeaux, un employé de chemin de fer qui vient d'être frappé dans la région temporo-pariétale par l'extrémité d'une barre de fer. Il a perdu connaissance et ne recouvre ses sens qu'environ deux heures après son entrée, et à son réveil il est plongé dans une sorte d'hébétude et ne peut articuler une parole; il exprime par gestes quelques idées. Le lendemain, bien qu'il articule des sons, il est complètement aphasique. Deux jours après, la faculté du langage lui est revenue

en partie, mais il fait des fautes singulières; ainsi, étant dans l'impossibilité de me dire le lieu de sa naissance, il demande un crayon et écrit qu'il est né dans la commince de Méos; nous lui disons qu'il a voulu dire : commune de Mios; par un signe de tète il nous dit que notre supposition est exacte. Je n'insisterai pas sur la description de cette aphasie traumatique; il me suffit de constater quel a été le trouble intellectuel provoqué chez cet homme par une commotion du cerveau. Il est vrai que cette commotion avait son siège principal au niveau de la troisième circonvolution frontale. J'ajouterai qu'après un traitement rationnel le malade a complètement guéri.

J'extrais les faits suivants d'un travail très remarquable que M. Ribot a publié dans la Revue philosophique (août 1880) sur les désordres généraux de la mémoire :

Obs. XX à XXII. — 1° Le mécanicien d'un navire à vapeur tombe sur le dos, et le derrière de sa tête heurte contre un objet dur; revenu à lui, il recouvre assez vite une parfaite santé physique et conserve le souvenir de toutes les années écoulées avant son accident, mais à partir de ce moment la mémoire n'existe plus, même pour les faits strictement personnels. Ainsi, à l'hôpital, il ne peut dire s'il est venu en voiture, à pied ou en chemin de fer; en sortant de déjeuner, il oublie qu'il vient de le faire; il n'a aucune idée du jour, ni de la semaine, ni de l'heure. Cette sorte d'infirmité disparut peu à peu par une médication appropriée.

2° Un homme conduisant en cabriolet sa femme et son enfant, le cheval s'emporta. Après de vains efforts pour en devenir maître, le conducteur fut violemment jeté à terre et reçut une forte secousse du cerveau. En revenant à lui, il avait oublié les antécédents immédiats de l'accident, et après six mois il n'a aucun souvenir des efforts qu'il a faits pour maîtriser le cheval ni de la terreur de sa femme et de son enfant.

3° Un officier, étant au manège et son cheval s'étant abattu, tombe sur le côté droit du corps. Il remonte à cheval bien qu'un peu étourdi et continue sa leçon pendant trois quarts d'heure. Cependant, il disait de temps en temps à l'écuyer : « Je sors comme d'un rêve ! que m'est-il donc arrivé? » Du reste, sa parole est libre et il ne se plaint que de confusion dans la tête. Il a oublié et sa chute et tout ce qui s'est passé avant sa leçon au manège, les ordres qu'il a donnés, les personnes qu'il a vues, etc. Chaque fois qu'on lui parle, il croit toujours voir son interlocuteur pour la première fois. En un mot, rien n'existe pour lui que l'action du moment. Le lendemain, après un sommeil tranquille, la mémoire lui est revenue pour des faits très antérieurs ; mais la journée de la veille continue à ne pas exister pour lui. Enfin, petit à petit, la mémoire de cette jjournée s'est reconstituée en commençant par les faits les plus éloignés.

J'extrais les faits suivants de la thèse du Dr Delfau, de Montauban : Sur quelques phénomènes consécutifs des lésions du crâne et de l'encéphale.

Obs. XXIII à XXXII. — 1° P..., maçon, âgé de dix-huit ans, est entré deux fois à l'hôpital Gochin, pour deux chutes sur la tête faites à six mois d'intervalle. La première n'a présenté que peu de phénomènes dignes d'intérêt.

Après la deuxième, il est comme hébété, répond lentement et par monosyllabes, a perdu la mémoire des faits antérieurs, ne sait pas où il est, et divague de temps en temps. Après quinze jours, il est complètement guéri.

2° Un charretier a fait, il y a deux ans, une chute sur la tempe gauche ; après divers incidents qui ne touchent pas à notre sujet, il éprouve un trouble de la mémoire, oublie, par exemple, les noms des personnes qu'il connaît très bien et est tourmenté par des cauchemars. Aujourd'hui même, c'est-à-dire très longtemps après l'accident, sa mémoire est très diminuée.

3° D'après Gama, le père Mabillon vit son intelligence, très faible pendant son enfance, se développer à la suite d'une opération de trépan qui lui fut faite pour une fracture du crâne.

4° Samuel Cooper raconte qu'un malade atteint de folie recouvra la raison par suite d'une commotion fortuite du cerveau.

5° Un blessé affirmait à son médecin qu'il calculait plus facilement depuis qu'il avait eu le pariétal défoncé.

6° Samuel Cooper rapporte le fait suivant :

Une dame de Regent's Park, emportée par ses chevaux, fait une chute sur la tête; guérie, elle ne s'est jamais souvenue de l'accident. Son amnésie remonte à deux ou trois jours avant l'accident dont elle a été victime.

7° M. Gosselin a traité à Cochin, en 1858, un peintre qui, après une chute sur la tête, était resté trois jours sans connaissance. Pendant plus d'un mois qu'il est resté à l'hôpital, il a soutenu qu'il n'était pas tombé et qu'il n'était jamais allé travailler au Palais-Royal, où était arrivé son accident.

8° Esquirol, sur 734 cas de folies dues à des causes physiques, en rapporte 18 à des chutes sur la tête.

Dagonet et Marcé citent des faits semblables. De plus, Esquirol rapporte le fait d'un enfant de trois ans qui pendant son enfance, après une chute sur la tête, a souffert de douleurs de tête violentes et est devenu aliéné à l'âge de dix-sept ans.

9° Une dame revenant d'une promenade à cheval se heurte la tète contre une porte; elle est renversée sans connaissance. Quelques mois après elle devient maniaque et meurt après deux ans d'une fièvre cérébrale. Rust rapporte plusieurs cas analogues.

Je donne ces faits sans les garantir, car les observations qu'on pourrait faire à leur sujet sont innombrables.

10° Gama, dans son Traité des plaies de la tête, rapporte le fait suivant : Le 20 décembre 1819, M. G..., officier, fait en patinant une chute sur le coté gauche de la tête et perd connaissance pendant plusieurs heures. Le lendemain on le trouve divaguant et gesticulant dans sa chambre. Puis, pendant les deux années qui suivent, sa conduite devient singulière. Il a contracté des habitudes étranges ; sept ans après surviennent des accidents du côté des sens ; la mémoire se perd, et il meurt en octobre 1825.

Il paraît probable que cet officier, chez lequel on a trouvé à l'autopsie une méningo-encéphalite chronique, est mort de paralysie générale; mais la notion scientifique de cette maladie ne datant que de 1822, on comprend qu'en 1825 l'interprétation de ce fait ait pu être erronée ; du reste les observations de ce genre sont très communes.

11° Un aliéné, âgé de cinquante-cinq ans, a fait une chute sur la tête à l'âge de quatorze ans. En 1866, à l'âge de cinquante-quatre ans, il fait une chute semblable; porté à la Pitié, il en sort après quatre mois et dix jours. A ce moment, il a perdu le souvenir de tout ce qui s'est passé avant son accident. Il a des absences, est par moment comme idiot et peut être considéré comme aliéné. Il avait des antécédents héréditaires. Si les traumatismes n'ont pas été la cause immédiate et directe de la folie chez ce malade, il est du moins permis de penser qu'ils ont joué un rôle important dans sa production.

Cette observation a ceci de particulier que la maladie mentale de cet homme paraît avoir été ou être (car il est encore vivant) une vésanie proprement dite.

Les Archives de Médecine ont publié en 1876 un mémoire important de M. Etcheveria ayant pour titre : De la Trépanation dans l'épilepsie par traumatismes du crâne. Ce mémoire renferme des faits d'un certain intérêt quant au sujet qui nous occupe.

Obs. XXXIV à XXXVIII. — 1° Un garçon de vingt et un ans est devenu épileptique à la suite d'un traumatisme du crâne arrivé à l'âge de huit ans et demi; il avait été blessé sur le côté gauche de la protubérance occipitale. Son médecin, M. Edwards, diagnostique une exostose consécutive à sa chute, le trépane, enlève l'exostose, et il guérit.

470 Ule PARTIE. - PSYCHO-PHYSIOLOGIE.

2° J. G... fait en 1859 une chute et se fracture avec enfoncement le pariétal droit. Il perd l'intelligence et la mémoire et devient épileptique; huit ans après on le trépane, mais il meurt des suites de l'opération.

3° Un jeune homme de dix-huit ans a eu la tête violemment contusionnée dans son enfance par les roues d'une voiture; il est pris de manie homicide avec attaques d'épilepsie. On le trépane et on excise le fragment du pariétal droit qui comprimait le cerveau. Il guérit de ses attaques, mais il était devenu singulièrement menteur et dangereux.

Je pourrais rapporter d'autres faits semblables, mais il me suffira de dire que sur un total de 783 épileptiques, dont pour 618 cas l'étiologie est bien constatée, M. Etcheveria en a rencontré 63 qui devaient leur maladie à des traumatismes cérébraux. 34 sur ces 63 étaient en même temps aliénés. Je n'insiste pas davantage sur une cause d'épilepsie acceptée de tous les praticiens. Malheureusement les observations qui précèdent manquent de détails, comme du reste la plupart de celles qu'on rencontre dans les auteurs.

M. Dufour a publié en 1872 une thèse portant le titre suivant: De quelques accidents consécutifs aux lésions traumatiques du crâne et de l'encéphale.

Même sujet que la thèse du Dr Delfau. Nous y relevons les faits suivants :

Obs. de XXXVIII à XLII. — 1° Un militaire dont Larrey rapporte l'histoire est frappé, en 1816, par un hiscaïen qui lui fracture la partie latérale gauche du frontal. Il est trépané et guérit. « Mais, ainsi que l'exprime sa physionomie, il est devenu insensible à toute sensation agréable ou pénible et ne paraît avoir d'intelligence que pour alimenter sa mélancolie et parcourir le cercle habituel de ses rêveries chagrines.

» Il est tellement insociable que l'isolement est son plus irrésistible besoin. Aussi a-t-il demandé sa retraite pour s'établir loin de tout le monde. Depuis son accident, il a perdu le souvenir de tout ce qui s'est passé dans son enfance; auparavant il se rappelait les plus petits détails de toute sa vie.

» On observe aussi un affaiblissement de la mémoire et une sorte d'aphasie consistant dans l'oubli de certains mots. »

2° En 1807, un aide-major nommé Surville, blessé par un éclat d'obus à la partie supérieure et moyenne de la tempe droite, avait perdu la mémoire des noms et des lieux et la faculté de chiffrer, puis la mémoire tout entière.

3° P,.., invalide, a reçu sur la tête en 1823 de nombreux coups de sabre ; réformé et admis aux Invalides en 1825, il se faisait remarquer par une tristesse extrême et par son goût pour l'isolement. Quoique jeune, il est inaccessible à toute distraction et n'a jamais pu sympathiser avec aucun soldat de sa division.

Bien que ceux-ci fissent tous leurs efforts pour distraire cet infortuné, il a fini par se suicider.

4° En 1872, M. Gosselin a soigné à Beaujon un Anglais qui, à la suite d'une chute dans un escalier, est resté neuf jours sans connaissance. Il se remet peu à peu, mais pendant quinze jours présente une grande torpeur intellectuelle. Après ce temps, il répond à toutes les questions; seulement il lui arrive de temps en temps de parler d'un autre sujet que de celui dont on s'occupe. Jusqu'au vingt-huitième jour, il a conservé la manie d'uriner contre les murs de la salle, comme le malade d'une des observations précédentes. (Voir Obs. XI, p. 164.)

En outre de ces faits, la thèse de M. Dufour cite Esquirol qui, de 1826 à 1833, sur 1,375 aliénés, en compte 20 qui devaient leur maladie à des coups reçus sur la tête; et à la Salpêtrière et à sa maison de santé il en a compté 18 sur 730. Je ferai encore ici la remarque que chez ces malades il y a probablement quelques paralysés généraux.

De plus, le grand aliéniste rapporte le cas d'un maniaque de dix-sept ans qui devait sa folie à une chute faite sur la tôte à l'âge de trois ans.

J'ajouterai que le nombre des paralytiques qui doivent certainement leur maladie à un traumatisme cérébral est si grand que je n'en citerai pas d'observation détaillée. Je dirai seulement que M. Baillarger rapportait dans ses leçons l'histoire d'une femme qui, après une chute sur la glace, était devenue paralytique et chez laquelle la liaison entre la cause et l'effet était de la dernière évidence. Il en est de même d'un malade dont M. Motet m'a raconté l'histoire :

M. D..., blessé à la tête d'un coup de feu à l'échauffourée de la rue de la Paix en 1870, sans cependant qu'il y eût fracture, est mort six ans après, dans la maison de santé Archambault, de paralysie progressive.

172 IIIe PARTIE. — PSYCHO-PHYSIOLOGIE.

Dans une brillante leçon faite à la Pitié en juin 1880, j'ai entendu raconter à M. Lasègue le fait suivant :

Obs. XLIII (inédite). — Un officier de cavalerie tombe de cheval dans une manœuvre; sa tète a porté sur le sol et il est relevé sans connaissance. Guéri après quelque temps, il reprend ses fonctions; deux années se passent et la famille de l'officier voit se modifier peu à peu son caractère et ses habitudes, il devient querelleur, violent, désagréable dans ses rapports avec son entourage; lui qui se couchait à minuit, se couche à neuf heures, ne va plus au café et l'on remarque chez lui des goûts singuliers ; cependant toujours homme du monde, militaire consciencieux, personne ne se doute de rien, sauf peut-être sa femme et ses enfants. Pour ne citer qu'un exemple, ils le voient se délecter de mets qu'il avait jadis en horreur. « Mon mari a mangé ce matin des crevettes, il faut qu'il soit bien malade, » disait sa femme à M. Lasègue. On le voit aussi porter sur telle ou telle personne qu'il connaît depuis longtemps un jugement absolument inattendu. Mais le temps se passe, et au milieu de la santé physique et intellectuelle la plus parfaite, Poftîcier met en oubli un devoir professionnel considérable; ce qui n'était qu'une distraction, devient une lacune grave; lui, peu sensible d'habitude, s'émeut et pleurniche au théâtre ou à la lecture d'un livre dont autrefois il aurait ri; enfin il est devenu singulièrement sentimental. Bientôt les accidents physiques apparaissent, et sa volonté s'affaisse ; il donne raison au premier venu et, s'il n'avait pas de famille, ferait en sa faveur son testament. Enfin il est devenu très maladroit de ses mains; bientôt gâteux et imbécile, il succombe.

Peu après, mille petits faits reviennent au souvenir de la famille et des amis. Notre officier se trompait souvent en comptant ses points de piquet ; il rabâchait sans cesse les mêmes histoires et avait sur le point d'honneur des opinions invraisemblables.

M. Lasègue ajoutait : un homme a été victime d'un traumatisme cérébral grave, et il guérit; mais s'ensuit-il qu'il soit maître de l'avenir? Nous ne le pensons pas.

C'est comme un feu qui couve sous la cendre, c'est comme un volcan qui pendant nombre d'années n'a montré ni feu ni fumée; il n'en est pas moins un volcan, et nul médecin instruit, nul homme sensé ne s'étonnera si à longue échéance se manifestent le trouble intellectuel chez le blessé du cerveau, l'éruption dans la montagne qui a déjà vomi la flamme et le feu. Si de la butte Montmartre on voyait jaillir flamme et fumée, ajoutait le savant professeur, l'étom

nement serait justifié, mais il n'en serait pas de même du Vésuve, fût-il muet depuis mille ans.

Je tiens de M. Legrand du Saulle le fait suivant :

Obs. XLIV (inédite). — En 1874- un fonctionnaire retraité âgé de soixantequinze ans, mais jusqu'à ce moment d'une intelligence élevée et ayant occupé avec distinction une haute position sous le dernier Empire, fait aux Champs-Elysées, en descendant de sa voiture, une chute sur la tête contre l'angle d'un trottoir. Relevé sans connaissance, il est porté à son hôtel ouïes soins les plus empressés et les mieux entendus lui sont donnés ; il guérit rapidement des divers accidents immédiats dus au traumatisme, mais deux à trois mois après son intelligence s'affaiblit, sa mémoire se perd et il tombe dans la démence sénile. Il n'est pas douteux pour l'éminent aliéniste que ce vieillard n'ait dû à son accident la décadence rapide de sa belle intelligence.

Dans deux autres cas, dont M. Legrand du Saulle a conservé le souvenir, une démence sénile prématurée a été la suite d'un traumatisme cérébral; aussi sa conviction est-elle faite sur ce point de pathologie mentale.

Obs. XLV à LVII. — 4° (Fait communiqué par M. Ollier, inédit). — M. K... fait une chute de cheval sur la région occipito-pariétale gauche et perd connaissance; il a complètement perdu le souvenir de son accident; il croyait à une insolation, sa mémoire ne remonte qu'à deux heures environ avant sa chute.

2° (Fait communiqué par M. Alph. Guérin). — Un jeune homme de très bonne famille, très bien élevé et rempli jusqu'à ce jour de bons sentiments, fait, dans une promenade à cheval, une chute sur la tête et se fracture le frontal avec enfoncement. Il guérit. Un an après il est poursuivi pour vol bien que tout éloignât la pensée qu'il pût jamais devenir un voleur. M. Guérin est convaincu qu'il y a une liaison entre le traumatisme cérébral et cette dépravation intellectuelle inattendue. On peut rapprocher ce fait du somnambule de Mesnet qui, pendant ses accès, avait la manie du vol, et d'un autre fait qu'on lira plus loin.

3° Ghassaignac raconte l'histoire d'une femme de quarante-cinq ans qui fait une chute sur la tête enjanvier 1845, et qui, sans perdre connaissance, est prise d'un délire qui dure trois jours. Elle guérit, mais son intelligence est demeurée très obtuse et son caractère est devenu particulièrement insupportable.

4° On lit dans la thèse de M. Lajoux, 1869, le fait suivant : — Un maçon entre à la Pitié, dans le service de Broca, pour une contusion du cerveau ;

174 IIIe PARTIE. - PSYCHO-PHYSIOLOGIE.

il a perdu connaissance ; mais quatorze jours après, bien qu'il paraisse guéri, sa figure porte l'expression de l'hébétude; il marmotte d'une façon inintelligible des mots dépourvus de sens; ses sentiments affectifs se développent d'une façon insolite, et il est devenu semblable à un petit enfant gourmand. Il reprend cependant son travail, mais son intelligence a grandement souffert, et Broca pense qu'il restera toute sa vie dans un état voisin de l'idiotie.

5° Le numéro de janvier 1861 du North American Journal renferme une observation d'enfoncement du pariétal droit chez un malade qui, après un long délire, avait vu ses facultés intellectuelles se développer notablement, particulièrement l'aptitude à calculer.

6° Un militaire a porté, de 1815 à 1817, une balle enchalonnée dans le frontal, au-dessus du sourcil gauche; il avait perdu la mémoire des substantifs et des noms propres.

7° On lit dans la thèse d'agrégation de Bauchet, 186Ô, les faits suivants :

Un jeune homme tombe d'un lieu élevé; il est relevé sans qu'il présente de phénomènes graves ; mais il est un peu hébété et son attention est particulièrement difficile à fixer. Auparavant, d'un caractère doux et facile, il est devenu violent et susceptible ; il meurt neuf jours après sa chute, et l'autopsie démontre chez lui l'existence d'une violente contusion du cerveau.

8° Boyer rapporte l'histoire d'un enfant de trois ans qui, après une commotion cérébrale, est resté comme hébété pendant plusieurs mois. Son intelligence est cependant revenue et a fini par prendre son développement normal.

9° M. Alphonse Guérin a donné en 1868 ses soins à un homme de trentre-trois ans qui, à la suite d'une plaie contuse de la région pariétale droite, a perdu connaissance et a été pris d'un délire violent. Cinq jours après il va mieux, mais il est comme ahuri et sa figure a l'expression stupide des déments. Son attention est difficile à fixer, mais ses réponses sont justes. Son caractère s'est modifié; devenu sentimental, il pleure à propos de rien et s'éprend de la religieuse du service et demande à l'épouser, puis il devient très timide, se croit riche et finit par guérir, en ayant seulement de temps en temps des idées de grandeur.

10° Un homme de trente-cinq ans, après une plaie contuse de la région sus-orbitaire gauche, est pris de délire violent avec hallucinations; cinq jours après, sa mémoire est très troublée, il ignore même son adresse.

11° Pereyra (d'Orléans) raconte, dans les Annales médico-psycholoi/iques, l'histoire d'un malade qui, après une chute sur la tète, est devenu aliéné. L'autopsie, faite quatre mois après, a démontré qu'il portait un abcès enkysté du cerveau.

12° Une femme de quarante-cinq ans, soignée par Chassaignac, fait une chute sur la tète ; peu de jours après elle est prise de manie avec incohérence, et finit par guérir.

13° Un militaire, cité par Griesinger, fait une chute de cheval ; il devient futile, susceptihle et colère, perd la mémoire et a une tendance manifeste au vol; un an après, il meurt de paralysie générale.

Je dois à M. Desmaisons-Dupallans, médecin-directeur de l'asile privé de Castel-d'Andorte, près Bordeaux, les deux observations suivantes :

Obs. LVIII (inédite). — Un négociant en vins, essayant un cheval, fait une chute de voiture dans laquelle il est projeté sur le sol avec une grande violence. Cependant il ne perd pas connaissance, mais le lendemain il est pris d'un délire tranquille ; peu après, à la suite de soins appropriés, il guérit. Pendant sa maladie, il n'a jamais pu se souvenir de ce qui s'est passé pendant les trente-cinq minutes qui ont précédé sa chute; bien plus, l'accident est arrivé depuis plusieurs années et, encore aujourd'hui, ce souvenir est absent et il ne paraît pas probable qu'il revienne jamais.

En outre, M. X... a complètement perdu le sens de l'odorat que sa profession de négociant en vins avait très développé en lui. Bien que ce phénomène ne rentre pas dans la catégorie des troubles intellectuels, je crois devoir le mentionner.

Obs. LIX. — Un propriétaire des environs de Bordeaux fait une chute de voiture ; relevé sans connaissance, il est transporté dans une maison du voisinage, où il est demeuré pendant plusieurs mois, dans un état très grave, caractérisé au point de vue intellectuel par un délire tranquille, discontinu, et une très grande difficulté dans les opérations intellectuelles les plus simples pour peu qu'elles demandent une certaine attention. Comme le malade précédent, il avait pendant sa maladie perdu le souvenir des faits antérieurs à l'accident, mais M. Desmaisons ne dit pas que cette amnésie ait persisté ; ses souvenirs étaient, du reste, affectés sur un grand nombre de points divers. Aujourd'hui, il est atteint d'un diabète auquel sa chute peut n'être pas étrangère.

Voici sur la question que je traite des avis qui émanent pour la plupart de médecins et de savants dont l'autorité est reconnue de tous.

Broca reconnaissait avec moi qu'il est probable que le choc ou la commotion amènent dans la substance cérébrale une certaine altération, laquelle est l'origine de troubles fonctionnels; mais il ne pensait pas que les moyens dont la science dispose aujourd'hui permettent d'apprécier cette altération.

176 IIIe PARTIE. — PSYCHO-PHYSIOLOGIE.

L'opinion de M. Brown-Séquard se rapproche de celle de Broca; ce savant croit qu'il doit exister des altérations moléculaires dans un cerveau commotionné, mais l'étude microscopique de ces altérations ne donnerait que des résultats douteux, vu la délicatesse de la trame cérébrale et la longueur et la difficulté des préparations que nécessite son étude à l'instrument grossissant.

M. d'Arsonval est complètement de cet avis.

Paul Bert croit que le seul instrument dont on puisse se servir pour apprécier les altérations cérébrales de cette nature est le microscope; mais il ne croit pas cet instrument actuellement susceptible d'une semblable appréciation.

De plus, si on rencontrait quelque altération moléculaire, aurait-on la certitude que cette altération correspond à un trouble fonctionnel déterminé?

M. Verneuil, se référant aux idées qu'il a émises dans son remarquable article Commotion du Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, croit que l'altération moléculaire, suite de la commotion qui amène des troubles dans les fonctions cérébrales, pourrait être parfaitement appréciée, et a la confiance qu'elle le sera.

Si ce n'était sortir de notre sujet, nous ne saurions mieux faire que d'analyser ici tout cet important travail dont se dégage l'idée que je viens d'émettre. — Voici seulement quelques-unes de ces conclusions générales et quelques citations :

« L'ébranlement de nos tissus ou de nos organes s'accompagne de vibrations plus ou moins semblables à celles qu'on observe dans les corps inanimés. ))

Après avoir comparé les vibrations des corps organisés aux vibrations des corps sonores, M. Verneuil dit : « Il faut avouer du reste que nous manquons, pour apprécier ces changements, de procédés suffisamment délicats comparables à ceux dont se servent les physiciens. » Et plus loin : « L'exploration anatomique n'a pas toujours été poussée assez loin et, en proclamant l'intégrité des organes, on a fréquemment négligé d'en faire l'analyse histologique. »

Tout serait à citer dans cet article; nous engageons vivement à le lire avec soin.

M. Cornil ne pense pas que l'altération du cerveau ait son siège

dans la substance cérébrale proprement dite; il la croit plutôt dans les capillaires qui, rompus par la commotion, donnent. lieu à des hémorragies minuscules dont on aperçoit les principaux foyers à l'œil nu sous la forme de piqueté, dans les coupes qu'on fait du cerveau.

Les belles expériences de M. Duret paraissent conduire à une conclusion analogue. Il n'est pas en effet douteux que les capillaires ne jouent un rôle important dans le phénomène qui nous occupe ; mais le jouent-ils seuls? là est la question.

Pour M. Luys, l'altération cérébrale ne serait pas appréciable, le trouble qui la suit serait purement dynamique, et, bien que le traumatisme cérébral soit une cause indiscutable de dérangements fonctionnels, il ne croit pas que ce trouble, lorsqu'il devient une aliénation mentale, soit l'origine d'un genre de folie plutôt que d'un autre.

Un aliéniste anglais, M. Skaë, a publié en 1866 dans le Mental Science (février) un travail important sur la folie traumatique. Les caractères de cette folie seraient d'après lui les suivants : pendant la période aiguë, grande excitation maniaque; pendant l'état chronique dont l'invasion est rapide, les malades sont particulièrement irritables, soupçonneux et portés à attenter à leur existence ; d'autres ont des sentiments d'orgueil ou de contentement d'eux-mêmes, tous passent rapidement à la démence. Je ferai remarquer que les deux derniers symptômes appartenant en général aux paralysés généraux, il ne serait pas impossible que M. Skaë ait eu affaire à des malades de cette nature, la notion précise de la paralysie générale étant, il y a quatorze ans, moins répandue qu'aujourd'hui.

Pour l'aliéniste anglais, la folie traumatique est une entité morbide d'une telle netteté qu'il en fait un genre à part, lequel, d'après lui, ne saurait être confondu avec aucun autre.

On sait l'importance que l'école aliéniste allemande donne aux causes somatiques de la folie, importance qui grandit chaque jour chez nous; il est donc naturel que cette école reconnaisse le traumatisme comme une cause très importante des lésions des facultés de l'esprit.

Griesinger, résumant les opinions actuelles de la Psychiatrie

allemande, émet l'opinion suivante, dans son chapitre des causes physiques : « Toutes les plaies de tête graves ont une influence considérable sur le développement de la folie, soit qu'il y ait simplement commotion du cerveau, soit qu'elles s'accompagnent de fractures, d'épanchement sanguin ou de perte de la substance cérébrale. »

Plus loin, le savant aliéniste considère les traumatismes comme causes de démence et de démence avec manie ; il constate aussi le changement de caractère des malades : ils deviennent susceptibles, irritables et méchants ; il fait de plus la remarque que les troubles intellectuels se manifestent souvent très longtemps après l'accident et qu'il semble, dans certains cas, que l'ébranlement du cerveau détermine dans cet organe une susceptibilité morbide telle que, sous l'influence d'une cause légère et au bout de plusieurs années, on voit tout à coup apparaître la folie.

Citant un travail de M. Schlager, de Vienne, sur les lésions de l'intelligence consécutives à V ébranlement du cerveau (1857), Griesinger donne quelques chiffres : « Sur 500 aliénés 49 (42 hommes et 7 femmes) devaient directement leur folie à l'ébranlement du cerveau ; 21 fois le traumatisme avait été suivi de perte de connaissance; dans ,16 cas il y avait eu simplement confusion des idées...; dans 19 cas la maladie mentale s'était développée dans la première année après l'accident...; chez presque tous, le caractère avait changé, l'humeur était devenue inégale. Dans 20 cas il y avait une grande irascibilité, une violence et un emportement extrêmes; quelquefois, mais rarement, il y avait des idées ambitieuses, de la prodigalité, de l'inquiétude, de l'agitation; dans 14 cas il y avait eu des tentatives de suicide, souvent aussi perte de la mémoire et confusion dans les idées.

Le rapport sur l'asile des aliénés de Vienne fait par M. Schlager pour 1858 contient plusieurs cas intéressants de folio consécutive à des blessures de la tète.

En dehors de M. Skaë dont j'ai donné plus haut l'opinion, la littérature médicale anglaise ne donne à ce sujet que peu de notions. Divers auteurs se sont occupés du schock, surtout au point de vue des accidents de chemins de fer; mais à nia connaissance (\vu\ seu-

lemcnt se sont particulièrement occupés des conséquences que peut avoir le traumatisme cérébral.

En ce qui touche les facultés intellectuelles, le premier, Legros Clarke, dans sa troisième lecture faite au Collège royal des chirurgiens de Londres, sur le diagnostic entre le schock et les lésions viscérales (Médical Times and Gazette, 1869), après avoir fait remarquer que les troubles cérébraux ont plus d'importance chez les adultes, dit que les conséquences tardives sont plus graves que les effets immédiats; mais, pas plus que d'autres, il ne donne le résultat d'aucune autopsie.

Le deuxième, Thomas Buzzard, dans un travail qui a pour titre : Traumatismes par accidents de chemin de fer; leur influence sur le système nerveux et leurs résultats (Médical Times, 1867), donne une série d'observations dans lesquelles on rencontre des troubles intellectuels divers, tels que : confusion des idées, perte de la mémoire, etc. Il a fait quelques autopsies, mais sans résultat.

Je dois ces indications à M. Brown-Séquard, qui a bien voulu faire des recherches pour m'aider à traiter ce sujet difficile.

M. Legrand du Saulle, sans être très affirmatif au sujet de cette cause de folie, croit pouvoir cependant déduire de sa grande pratique que la folie suicide est plus particulièrement la conséquence des traumatismes cérébraux. Quant à la démence sénile, il est convaincu que le traumatisme peut provoquer son apparition prématurée, témoin l'observation qu'il m'a racontée et que j'ai citée plus haut. Le savant aliéniste a vu, nous l'avons dit, deux autres faits analogues.

M. Blanche croit pouvoir conclure de sa grande pratique qu'un certain nombre de folies ont leur origine dans les traumatismes cérébraux, et que ces folies affectent plus particulièrement le caractère du délire des persécutions.

Nous savons que M. Skaë a aussi observé le délire des grandeurs, le contentement de soi-même; or, le délire des persécutions ne peut-il pas être considéré comme une conséquence naturelle de la manie orgueilleuse? Se croire sans cesse poursuivi, persécuté, c'est donner à sa personnalité une importance exagéréeque l'orgueil seul peut inspirer. J'ajouterai que le délire des persécutions conduit parfaitement à la folie suicide.

M. Lasègue, dans une leçon de clinique faite à la Pitié le 24 juin, résumait ainsi une longue pratique, surtout civile; car, il faut le dire, ce n'est pas dans les hôpitaux jqu'on étudie bien les maladies de cet ordre.

Le traumatisme cérébral, quel qu'il soit, a avec l'ictus spontané une grande analogie; il est presque aussi grave dans ses effets lointains, et devient le plus souvent la cause éloignée, mais certaine, des troubles intellectuels les plus variés. La plupart du temps le blessé devient épileptique, à petit ou à grand mal, à vertiges ou à attaques, et présente toutes les conséquences intellectuelles de l'épilepsie. D'autres fois, il devient paralysé général, avec peu de délire ambitieux, ou aliéné à forme torpide ; et, citant des exemples, il rapporte entre autres l'histoire d'un maçon qui a reçu dans une maison en construction une pierre sur la tête. La blessure est sans importance, bien qu'elle ait amené une perte de connaissance de quelques heures, et le malade guérit rapidement; trois ans après, il devient paralytique, et bientôt stupide et dément. Le savant professeur terminait cette belle leçon, qu'il avait bien voulu faire en réponse aux questions que je lui avais posées, en disant l'histoire du capitaine de cavalerie que j'ai racontée plus haut, avec les réflexions importantes, qui la terminent.

Dans une communication faite au Congrès de médecine mentale de 1878, M. Lasègue avait émis des opinions semblables à celles que j'ai rapportées plus haut; considérant la trace, la plupart du temps ineffaçable, que laisse l'ébranlement cérébral, il donnait le nom de cérébraux à ceux qui, ayant été frappés au cerveau, soit par un traumatisme, soit par une lésion spontanée, reprennent leur vie ordinaire sans aucun trouble apparent, mais n'en ont pas moins en puissance la disposition à une maladie cérébrale de haute gravité.

Pour MM. Baillarger et Limier, l'étiologïe traumalique des maladies des facultés intellectuelles ne saurait être mise en doute, particulièrement pour l'épilepsie et pour la paralysie générale.

Quant aux vésanies proprement dites, ces aliénistes éminents sont moins affirmatifs.

Morel consacre un chapitre spécial de son Traité des maladies mentales aux folies causées par les lésions traumatiques. Après

avoir cité Griesinger, il insiste sur ces faits : que ces troubles cérébraux se manifestent le plus souvent très longtemps après l'accident» et termine par cette phrase significative : « Le nombre de ces faits serait plus considérable si les tendances scientifiques de notre époque n'avaient pas accordé aux causes dites morales une trop grande prédominance dans la pathogénie des maladies mentales. »

Enfin, après avoir rappelé les faits de Pereira (d'Orléans) et de Chassaignac, dont j'ai parlé plus haut, il rapporte l'histoire d'un gendarme qui, mort d'une paralysie générale après une chute sur la tête, présentait parmi les symptômes ordinaires de la maladie une singulière tendance au vol.

M. Desmaisons-Dupallans, l'un des meilleurs élèves d'Esquirol, me dit que, pendant une pratique très active de quarante années, il ne croit pas avoir rencontré une vésanie proprement dite ayant une origine traumatique parfaitement démontrée : « Il est certain, dit-il, que si on avait foi aux renseignements donnés, la plupart des aliénés devraient leur maladie à des coups reçus à la tête, à des traumatismes cérébraux. Mais une étude attentive montre facilement l'inanité de ces affirmations. » ,

Pour cet observateur, les traumatismes cérébraux ne paraissent pas modifier ou aggraver l'état des aliénés ordinaires, tandis qu'ils ont une importance très grande chez les paralysés généraux dont ils précipitent la fin.

En ce qui touche la nature des désordres que peut produire un choc sur la substance cérébrale, M. Desmaisons croit qu'il est probable que les chocs de toute nature, depuis le simple coup de poing qui étourdit jusqu'à la chute qui amène la perte de connaissance, que ces chocs, dis-je, amènent une altération dans les éléments de la pulpe cérébrale; mais cette altération n'a pas reçu de preuve anatomique. Cette preuve est d'autant plus difficile à donner que des traumatismes produits par des forces égales amènent les effets les plus différents : les uns sont innocents, les autres très graves.

On pourrait expliquer cette remarque, dont la vérité est incontestable, par le fait que, suivant la direction de la force vulnérante, telle ou telle partie de l'organe central d'une importance plus ou moins grande peut être atteinte; en un mot, un homme est frappé à

la tête et les manifestations varient, soit comme gravité, soit comme nature, suivant le point frappé ou suivant la direction du coup. Cette remarque est un argument de plus en faveur de la doctrine des localisations.;

Je ne pourrais taire ici combien varient dans leurs opinions les observateurs les plus consciencieux. C'est une preuve de la difficulté du sujet et de la nécessité de faire des observations nouvelles.

Je terminerai en rappelant le résultat d'expériences faites sur les chiens par M. Bochefontaine et dont le résultat a été communiqué par lui à l'Institut le 24 décembre 1877.

Ayant injecté du nitrate d'argent dans la substance grise de chiens, cet habile expérimentateur a vu se développer chez ces animaux divers accidents, tels que : ataxie locomotrice, épilepsie, perte des sens, paralysie; de plus, ces animaux ont présenté des manifestations délirantes ou maniaques très caractérisées. Bien qu'en fait de troubles fonctionnels du cerveau ayant le caractère intellectuel, il soit difficile de conclure des animaux à l'homme, on ne peut cependant s'empêcher de donner à ce fait expérimental une certaine importance.

Les observations qui précèdent et les opinions des hommes éminents qui les suivent suffisent, je crois, pour donner une idée des effets que peuvent avoir sur les fonctions intellectuelles les traumatismes cérébraux. Il ne serait pas difficile d'augmenter le nombre de ces faits, car tout médecin ayant quelque pratique se souviendra d'en avoir rencontré de semblables. Ce qui est difficile, impossible peut-être, c'est de trouver dans la science des observations où la mention troubles intellectuels soit assez développée pour qu'on puisse comprendre quelle est celle des facultés de L'esprit qui a été particulièrement atteinte, et aussi quelle est la partie du cerveau qui a été lésée.

Ce n'est cependant qu'avec ces deux notions qu'il sera possible de tirer des faits des conclusions sérieuses, conclusions qui donneront un appui considérable à la doctrine de la localisation des facultés intellectuelles et aussi à la thérapeutique des maladies du cerveau.

Avant d'examiner en détail la façon dont les diverses facultés sont atteintes par les traumatismes cérébraux, je crois devoir entrer dans quelques considérations générales.

Si nous comprenons aujourd'hui comment la bile ou l'urine se forment aux dépens de certains éléments épars dans l'organisme, c'est-cà-dire les rapports qu'ont ces liquides avec les reins et le foie, nous ne comprenons pas du tout les rapports étroits du cerveau et de la pensée, et, pour en donner un semblant d'explication, nous recourons à des hypothèses extra-scientifiques ou à des analogies. Cependant, ce que nous savons, c'est que, pour le cerveau comme pour tout autre organe, l'intégrité de la trame est la première condition de l'intégrité du produit. L'albumine dans l'urine éveille chez le médecin l'idée d'une altération du tissu du rein ; le désordre de la pensée, des sentiments ou du caractère, fera supposer une altération du tissu du cerveau. Quoi de plus logique?...

Mais, étant donné un désordre quelconque des facultés de l'esprit, quelle est l'altération du cerveau à laquelle il répond ou quelle est la partie de cet organe qui est atteinte?... Ici, la réponse est difficile; la voie est cependant ouverte, car on sait qu'un délire particulier des grandeurs et d'autres troubles purement psychiques se rencontrent chez des personnes qui, ayant excité outre mesure leur intelligence ou leurs passions, sont atteintes d'un ramollissement de la substance grise et meurent de paralysie générale : il y a donc rapport entre l'intelligence et la substance grise.

On sait aussi, après les beaux travaux de Broca, qu'une lésion de la troisième circonvolution frontale gauche entraîne la perte de la faculté du langage ; la substance grise d'une part, la troisième circonvolution frontale gauche d'autre part, sont donc des parties du cerveau où siègent et l'intelligence et la faculté du langage. Sur ces deux points, on est fixé d'une façon certaine; mais c'est tout, ou à peu près tout, du moins en ce qui concerne la localisation des facultés intellectuelles.

Un traumatisme, un choc, amènent dans un organe des désordres d'autant plus importants et plus manifestes que sa trame est plus délicate et que les fonctions auxquelles il préside sont plus élevées;

184 IIIe PARTIE. - PSYCHO-PHYSIOLOGIE.

la même force agissant sur l'œil et sur le nez aura sur ces organes des effets bien différents, et la même contusion sur le bras d'un terrassier et sur celui d'un pianiste aura sur l'exercice de leurs mains et de leurs doigts des conséquences qu'on ne saurait comparer.

Or, de tous les organes, le cerveau est certainement celui dont la trame est la plus délicate ; nulle fonction n'est plus élevée que celles auxquelles il est préposé; il est si délicat dans sa contexture et si important quant à la place qu'il occupe dans l'organisme, qu'il fallait à sa protection une enveloppe d'une extrême solidité. Tout n'est-il pas disposé pour défendre la pulpe cérébrale contre les agents extérieurs, et les origines des nerfs et de la moelle, organes indispensables à la vie, ne sont-elles pas placées à la base du cerveau, lieu du corps le plus inaccessible aux violences?

Si l'intensité des fonctions organiques est en raison directe de la quantité de sang que reçoivent les organes, et cela paraît certain, la perfection de ces fonctions, leur finesse, leur élévation sont en raison de la facilité avec laquelle le sang circule dans leur trame et avec laquelle ce fluide nourricier peut varier dans sa quantité ; je ne parle pas ici de sa qualité, dont cependant l'importance est très grande. Un organe à fonctions délicates doit donc être mou; c'est pour cela que le cerveau, préposé aux fonctions les plus élevées, est le plus mou des organes ; et le pancréas et le rein, préposés à des fonctions très subalternes, les plus durs.

Ce que je viens de dire rend utiles quelques développements sur le rôle que paraît remplir la circulation dans l'exercice des fonctions cérébrales.

Vu la mollesse du cerveau, le sang, nous l'avons dit, circule dans sa trame, et il peut varier dans sa quantité avec une extrême facilité. Par suite, les capillaires plus ou moins dilatés compriment plus ou moins les éléments nerveux qui les entourent. Ces variations sont infinies. Elles peuvent aller de l'hémorragie cérébrale, qui est la rupture par excès de dilatation, jusqu'à la syncope, qui suit leur resserrement. Entre ces extrêmes, sont la congestion, les délires, l'excitation intellectuelle et le fonctionnement normal du cerveau, sans compter les innombrables modifications que peuvent subir les facultés intellectuelles. Enfin, surviennent les troubles provoqués

par l'ischémie, qui sont les dépressions des facultés intellectuelles : le sommeil et certaines pertes de connaissance.

Je prends un exemple :

Un homme éprouve une émotion vive, il rougit ou pâlit. C'est que les capillaires de sa face se sont relâchés ou contractés sous l'influence de leurs vaso-moteurs, lesquels sont mis en action d'une façon encore inconnue par les centres nerveux qui ont perçu l'émotion. Mais ce qui se passe à la face se passe également dans le cerveau. Là, les capillaires dilatés ou resserrés agissent sur les éléments nerveux, lesquels, enfermés dans une boîte inextensible, subissent une action plus ou moins violente. Ici plus de rougeur ni de pâleur, du moins apparentes, mais excitation, congestion, apoplexie ou abattement et syncope. Alors se réalisent les expressions suivantes : En apprenant cette nouvelle, il a perdu la tête et s'est mis dans une colère terrible; il a été comme hébété, il a été comme foudroyé.

La pensée de rapporter à la circulation les désordres des fonctions nerveuses s'applique mieux encore à la pathologie qu'à l'analyse de l'existence ordinaire. Ainsi, admettons que le phénomène que nous venons d'indiquer se passe au milieu des éléments d'origine des nerfs des sens, le malade aura des hallucinations; si ce sont des éléments moteurs ou sensitifs qui sont troublés dans leur arrangement normal, surviendront des troubles dans la sensibilité et dans la contractilité musculaire, comme des convulsions, de la contracture, de la paralysie, des névralgies, de l'anesthésie ou de l'hyperesthésie. 11 ne saurait en être autrement pour les éléments nerveux des points du cerveau qui président à telle ou telle fonction d'un ordre plus élevé, telles que : l'attention, la mémoire, l'imagination, l'association des idées, etc., etc. Alors surgiront des troubles de ces fonctions, de l'incohérence, du délire, de la manie, de l'amnésie, etc.

En un mot, pour moi, toutes les lésions des fonctions cérébrales sont dues la plupart du temps à un trouble apporté dans les origines de leurs nerfs par le sang qui circule dans la trame nerveuse de ces origines.

On fera peut-être à ces idées le reproche d'être une hypothèse mécanique : je le veux bien; mais, mieux vaut, à mon sens, invoquer une action mécanique que le principe vital et les esprits

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animaux ou que vouloir donner une explication qui n'explique rien du tout.

Organe très mou et ayant une trame d'une finesse en rapport avec la délicatesse des fonctions qu'il remplit, le cerveau subit dans l'intimité de son tissu, sous l'influence d'un traumatisme, des modifications qui, pour n'être pas peut-être apparentes, n'en sont pas moins profondes. En outre des modifications qui peuvent être apportées dans les capillaires de ce tissu par la même cause, les éléments cellulaires sont certainement atteints dans leurs rapports entre eux ou dans leur texture, et les manifestations qui en émanent sont troublées. Nous ne croyons pas que l'anatomie pathologique de la commotion cérébrale soit faite à ce point de vue.

Mais ce que nous savons, c'est que l'ébranlement, le choc, produisent dans les propriétés des corps mous des modifications considérables. Faute de meilleure explication du phénomène, nous disons que le choc détermine en eux une altération moléculaire. Ainsi, les œufs fécondés voyagent difficilement en chemin de fer ; l'ébranlement détruit chez eux l'aptitude à la reproduction. L'ébranlement longtemps prolongé d'une masse de fer transforme la forme de ses éléments : de fibreux, ils deviennent cristallins. C'est pour cela, tout le monde le sait, que les essieux de voiture se cassent; il en est de même de la gutta-percha. Une masse d'eau tranquille peut descendre sans changer d'état à 4 ou 5 degrés au-dessous de zéro. Imprimezlui un léger ébranlement, elle se congèle, etc.

Il est permis de penser que le microscope, manié par une habile main, peut donner la connaissance de ces modifications de texture ; et qu'alors qu'il montre la disposition normale des cellules cérébrales, leurs formes, leur prolongement et leurs anastomoses, il peut dire le désordre qu'apporte dans leur trame et dans les rapports qu'elles ont entre elles un traumatisme quelconque; mais, jusqu'à ce jour, je ne crois pas qu'il l'ait fait.

Je sais que mes collègues à la Faculté de Bordeaux, MM. Pitres et Coyne, se proposent de faire des recherches dans ce sens; mais que de patience, de temps et d'habileté ne faudra-t-il pas pouf mener à bien cette étude!

Je ferai une dernière remarque : il peut être déduit de L'étude des

faits précédents et des opinions émises par les observateurs, que les troubles fonctionnels chroniques du cerveau, tels que l'épilepsie, l'aliénation mentale, la paralysie générale, etc., sont fort souvent séparés du traumatisme qui les détermine par un très long espace de temps ; la blessure a au premier chef une action lente, ou pour mieux dire des conséquences très éloignées.

Dans le monde inorganique, les exemples d'actions semblables sont nombreux, témoin l'action de l'acide carbonique de l'air sur les pierres et sur les vitres, la diminution de hauteur des montagnes, les modifications de forme des continents, etc., etc. Dans le monde organique, on en rencontre un bon nombre, mais leur explication laisse encore beaucoup à désirer, sauf en ce qui touche l'incubation de certains virus où le génie d'un Pasteur a démontré l'existence d'un microbe; les maladies héréditaires qui existent à l'état virtuel pendant une partie de la vie ; les maladies diathésiques qui existent aussi à l'état virtuel et qui manifestent de temps à autre leur existence par des poussées d'importance diverse : ainsi le rhumatisme, la syphilis, la tuberculose, etc.

Mais ce ne sont là que des analogies éloignées qui ne sauraient expliquer le fait singulier d'une épilepsie qui se développe cinq ou six ans après un traumatisme cérébral, et qui est évidemment causée par lui.

Par suite, on est conduit à se demander si le nom de cérébraux, que Lasègue donne à ceux qui ont été atteints au cerveau et qui sont comme fatalement, voués à une maladie cérébrale plus ou moins lointaine, ne peut pas être rapproché des qualifications de tuberculeux, de rhumatisants ou de syphilitiques.

Ces considérations émises, étudions successivement les phénomènes pathologiques d'ordre intellectuel qui sont produits par les traumatismes cérébraux.

Coma : Un homme, frappé à la tête, tombe sa?is connaissance. Que faut-il entendre par cette locution vulgaire? Le blessé est étendu sur le sol, les yeux fermés, la face pâle; son pouls est en général précipité, et sa respiration, libre d'abord, devient bientôt stertoreuse; les membres, soulevés, retombent inertes, et les sens et la sensibilité sont si obtus, qu'un appel éclatant ou un violent pince-

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ment ne provoquent chez lui qu'un sourd grognement. Les sphincters relâchés laissent sortir l'urine et les matières fécales. Si l'accident est arrivé après le repas, le blessé vomit ; c'est que la violence a été si forte que, transmise au travers du crâne, brisé ou non, dans la masse, cérébrale, elle a provoqué comme le brouillement des éléments qui constituent la pulpe de l'organe. Les cellules cérébrales de toutes les origines nerveuses sont ébranlées à la fois: voilà pour les sens, pour la motilité, pour la sensibilité. Toutes celles de la substance grise ou de toute autre partie du cerveau qui correspond aux diverses facultés sont également ébranlées : voilà pour l'intelligence. Cet homme, tout à l'heure actif et conscient, est une masse inerte, mais vivante, dont les fonctions de la vie organique subsistent seules encore. Il n'est pas mort, mais il est près de l'être ; il est comme endormi, mais d'un sommeil sans réveil : il est dans le coma.

Notre blessé est secouru et revient à la vie, mais revient-il à l'existence tout entière? Nullement! Il présente des phénomènes variés dont nous restreindrons l'étude à ceux qui touchent aux facultés de l'esprit, et il passe par des phases diverses qui ne sont pas toujours les mêmes.

Parmi les observations plus haut rapportées, il en est bien peu où le coma ne soit pas mentionné; mais ce phénomène, le premier qui suit l'accident, a duré de quelques instants à quelques jours.

Hébétude, stupeur. — ■ Le plus souvent, du moins quand le coma a été d'une certaine durée, au moment où le blessé ouvre les yeux, son regard est hébété, stupide; il considère avec étonnement tout ce qui l'entoure, et on lit dans ses yeux qu'il ignore absolument ce qui lui est arrivé et où il est. Il y voit ou paraît y voir, et c'est tout. Il ne peut ni ne saurait regarder; s'il parle, et il le fait s'il n'est pas aphasique, il prononce mal des mots sans suite; mais le plus léger effort a raison de ses forces renaissantes, toutes ses facultés sommeillent encore, et leur manifestation est absolument incomplète. On sent qu'elles vont revivre, mais elles sont encore obtuses pour deux raisons : les éléments nerveux qui président à leur fonctionnement sont atteints, et les sens, frappés dans l'origine de leurs nerfs, sont presque fermés; en un mot, la porte qui laisse entrer les

impressions n'est qu'entre-bâillée. Get état que je n'ai pas à décrire, car il est connu de tous, est le plus souvent de courte durée, et n'est qu'une transition. Il est cependant des cas dans lesquels il a persisté très longtemps, même pendant toute la vie ; le blessé est resté comme idiot.

Délires. — Délirer, c'est penser, mais penser en désordre; aussi est-ce la première manifestation intellectuelle du blessé; les sens mal équilibrés transmettent à des facultés incomplètes des sensations fausses; ainsi, le blessé voit des fantômes ou des monstres, entend des bruits étranges, est poursuivi par des odeurs infectes et a des hallucinations de toute sorte qui agissent sur des facultés incapables de reconnaître les erreurs qui leur sont apportées. De ces facultés, les unes sont exaltées, les autres déprimées, et l'on comprend ce que produit une sensation déjà fausse qui arrive dans un cerveau dont le jugement sommeille, où la mémoire est incomplète et dans lequel une faculté quelconque peut avoir une énorme prédominance. L'incohérence ne peut qu'être la suite d'un semblable état de choses, car l'équilibre indispensable au bon fonctionnement cérébral n'existe plus. Pour lui faire suivre sa route, les chevaux qui traînent un char doivent marcher ensemble ; si, affolés, chacun d'eux tire à lui, le char marche, il est vrai, mais il est emporté au milieu d'épouvantables cahots.

Somnambulisme. — L'état singulier qui porte ce nom peut être provoqué par un traumatisme cérébral : nous en avons un exemple considérable dans le somnambule de Mesnet, dont nous avons parlé plus haut. Le traumatisme, chez ce malade, était une plaie d'arme à feu qui avait atteint d'avant en arrière les parties supérieures des deux circonvolutions frontale et pariétale ascendantes qui limitent le sillon de Rolando du côté gauche. Y a-t-il une relation entre la lésion de ce point du cerveau et le désordre intellectuel observé? La chose est probable ; mais c'est tout. Une seule observation est insuffisante pour établir plus qu'une probabilité.

Il est dans la science un autre fait analogue ; il est rapporté dans le troisième volume des Annales des Sciences 'physiques de Genève: un somnambulisme particulier aurait été la suite de coups reçus sur la tète (voir Franck); cette indication est suffisante pour qu'on

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étudie à l'avenir le sommeil des blessés ou guéris d'un traumatisme du cerveau.

Hallucinations. — J'ai parlé et je parlerai encore des désordres amenés par les traumatismes dans les origines des nerfs des sens ; ceux-ci peuvent même être isolément abolis par une commotion : ainsi, on cite le fait d'un individu qui est devenu aveugle à la suite d'un coup sur la tête. Ces désordres se manifestent par des hallucinations, et les exemples en sont nombreux. Elles accompagnent la plupart du temps les délires; mais, observées seules ou presque seules, elles peuvent faire croire que le blessé ou l'ancien blessé est devenu aliéné.

Je n'ai pas à m'étendre ici sur les hallucinations compatibles avec l'état de raison dont Brière de Boismont a fait une étude si remarquable ; mais je ne saurais trop insister sur l'origine de cette sorte de trouble intellectuel. Toutes les hallucinations appartiennent à la variété qu'a établie M. Baillarger; toutes sont psycho-sensorielles. S'il en est quelques-unes qui aujourd'hui paraissent purement psychiques, j'ai la confiance qu'une étude plus précise des maladies des facultés de l'esprit finira par les réunir aux autres.

Quant à l'assertion que l'hallucination a son origine, non dans le sens lui-même, mais dans les origines de ses nerfs, je n'ai pas à la démontrer autrement qu'en rappelant ce fait frappant : il y a des aveugles et des sourds hallucinés de la vue et de l'ouïe. Ce que j'ignore comme tout le monde, c'est la nature du trouble apporté dans cette origine, soit par une maladie locale ou générale, soit par un traumatisme.

Troubles de la mémoire. — Au sortir du délire, alors que les facultés de l'esprit commencent à reprendre leur équilibre, le blessé présente des troubles de la mémoire qui, quelquefois, durent peu de temps, mais qui, dans certains cas, sont ineffaçables.

Bien de frappant comme ces troubles; ils n'ont sans doute pas cet effet extraordinaire de faire ressembler le blessé à un homme qui aurait deux personnalités, comme il en est de la jeune Félida dont j'ai raconté l'histoire, mais ils n'en sont pas moins étranges et leur étude soulève des questions d'une très haute portée. Un fait domine tous les autres : c'est que, toujours ou presque toujours

le blessé a perdu le souvenir, non seulement de ce qui s'est passé' depuis l'accident jusqu'à son retour à la connaissance, mais de ce qui s'est passé pendant une période de temps plus ou moins longue antérieure à l'accident. Je ne parle pas de celui-ci, dont le souvenir est toujours perdu.

Ainsi du malade que j'ai étudié dans le service de M. Tillaux : après plus de quinze jours, la guérison étant complète, il ignorait tout ce qu'il avait fait pendant la journée qui avait précédé sa blessure, et ne savait pas où et avec qui il avait déjeuné et dîné, etc. Ainsi du blessé que j'ai vu dans le service de M. Démons, à l'hôpital Saint-André de Bordeaux, et de nombre d'autres. Les faits empruntés à M. Durieu (de Ribérac) présentent particulièrement ce phénomène d'amnésie antérieure ou rétrograde. Et M. Ribot, dans son remarquable travail sur les maladies de la mémoire, insiste sur la réalité du phénomène et donne de nombreux exemples à l'appui.

Il en est de même de M. Jules Falret, qui, dans l'article Amnésie du Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, signale ce phénomène comme très remarquable et rappelle que dès 1825 Brodie en a cité des exemples, et qu'après cet auteur, Toulmouche et Henle s'en sont occupés.

Il est évident que des deux parties de la mémoire, la conservation et la reproduction, l'ébranlement cérébral n'a altéré que la deuxième : la conservation a persisté, puisque, quelques jours après l'accident, le malade se souvient, mais la faculté d'évoquer l'image conservée a momentanément disparu.

Il est aussi des cas dans lesquels le souvenir de certains faits a disparu tout entier. Ainsi, parmi les blessés dont j'ai raconté l'histoire, l'un a toujours nié qu'il ait jamais travaillé au Palais-Royal, où était cependant arrivé son accident. Un autre, cité par M. Durieu, n'a jamais su les commissions dont il s'était acquitté avant d'être emporté par son cheval.

N'est-il pas étrange qu'un phénomène de cette importance soit si peu connu? Voyons quelle conséquence il peut avoir en médecine légale, et imaginons un exemple, un cas :

Un homme est abattu d'un coup de bâton ou de canne plombée ; revenu à la connaissance, interrogé, il raconte avec détails les cir-

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constances de l'accident dont il a été victime et donne le signalement du meurtrier. La justice arrête, poursuit et condamne. Quoi de plus ordinaire et en apparence de plus juste. Eh bienl aujourd'hui j'aurais des doutes et je me demanderais si ce que raconte le blessé est bien l'expression de la vérité? Ne serait-il pas possible, en effet, qu'un innocent auquel le blessé en voudrait à l'avance, fût la victime d'une déposition basée sur un faux souvenir ou dictée par la haine?

Je ne voudrais pas obscurcir, sans raison sérieuse, une notion jusqu'à ce jour acceptée; mais la perte du souvenir des faits antérieurs à la blessure est certaine. Si elle n'est pas la règle, elle est d'une très grande fréquence, surtout quand l'accident a été suivi de perte de connaissance. Or, en montrer les conséquences, c'est rendre simplement hommage à la vérité scientifique et, en inspirant au juge une méfiance salutaire, honorer la justice.

D'autres troubles de la mémoire ont été observés : on a vu des blessés qui avaient perdu le souvenir seulement des substantifs et des noms, ainsi l'officier qui ne pouvait nommer le baron Larrey ; tel autre a perdu le souvenir de son adresse, n'a plus la notion des images et rie saurait se représenter un lieu qu'il connaît bien, ne sait plus calculer et fait des fautes d'orthographe.

Des diverses façons dont la mémoire peut être atteinte, il semblerait résulter qu'il y a plusieurs mémoires et que chacune d'elles est localisée dans un point différent du cerveau, qui peut être isolément atteint. Nous ne pensons pas qu'il en soit ainsi; pour nous, la mémoire n'est pas localisable dans le sens ordinaire du mot. Il y a deux ans déjà, nous avons émis cette hypothèse, et nous pensons, comme M. Brown-Séquard, qu'étant mêlée à l'exercice de toutes les facultés de l'esprit, ses éléments doivent être épars dans le cerveau tout entier, la mémoire aurait une localisation disséminée.

S'il en est ainsi, telle partie de la mémoire ne sera pas isolémenl atteinte parce qu'un seul point du cerveau aura été frappé; elle devra son altération à l'ébranlement de la masse cérébrale dans laquelle un choc ayant une intensité et une direction que la plupart du temps on ne saurait apprécier, aura produit un trouble moléculaire spécial.

Je ne tenterai pas de donner une explication du trouble de la mémoire, qu'on peut nommer V amnésie rétrograde d 'origine traumatique. Ce serait œuvre insuffisante ou au moins prématurée; mais je dirai une analogie empruntée à la vie courante, afin de faire bien saisir son mécanisme :

Un photographe a enfermé dans un tiroir et conservé pour plus tard des milliers de clichés ; survient un accident à ce tiroir : il est renversé, les clichés sont brouillés, mêlés, confondus, et pendant un certain temps, jusqu'à ce qu'il les ait replacés dans leur ordre accoutumé, il est impossible à ce photographe de s'en servir. Aucun d'eux n'est cependant altéré en lui-même; l'ordre remis dans le tiroir, le photographe se servira de ses clichés comme auparavant, — j'ajouterai qu'il pourrait arriver que quelqu'un d'eux soit complètement détruit.

C'est là une représentation parfaite de l'amnésie rétrograde d'origine traumatique.

Un traumatisme survient qui brouille les éléments cérébraux préposés à la mémoire, les images qu'elle conserve sont mêlées, confondues, et quelque effort que fasse l'intelligence, quelque volonté qu'on y mette, elles ne peuvent plus être évoquées, bien qu'elles existent intactes ; en un mot, ainsi que nous l'avons dit, la conservation persiste, la reproduction seule manque.

Il peut arriver aussi, comme pour les clichés photographiques, que quelques images soient détruites et que, par suite, les souvenirs qu'elles représentent ne reviennent jamais. Je rappelle encore ici le fait du domestique de Ribérac, qui n'a jamais pu savoir les commissions qu'il avait faites avant sa chute de cheval.

Il faut bien reconnaître que le phénomène que nous venons de décrire donne à l'élément somatique de la mémoire une importance que les partisans exagérés de l'idée que les fonctions intellectuelles sont purement psychiques, ne sont peut-être pas disposés à lui donner.

Aphasie. — Si la localisation de la faculté du langage articulé devait être démontrée, elle le serait facilement aujourd'hui par les faits de lésion traumatique de la troisième circonvolution frontale, à laquelle les Anglais donnent aujourd'hui le nom de ce circonvolution

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de Broca », qu'elle gardera désormais. — ■ Quoi de plus frappant, en effet, que de voir les sujets de plusieurs des observations précédentes perdre en tout ou en partie la faculté du langage, parce que la région de leur troisième circonvolution cérébrale gauche a été atteinte? La chose est si claire, que je n'y insisterai pas ; je ferai seulement remarquer combien grand est l'appui que donne ce fait à la doctrine générale des localisations cérébrales.

Je sais que le moment est peut-être éloigné où il sera permis de dire de l'attention, de l'imagination, du jugement ou de toute autre faculté de l'esprit, qu'elle siège dans tel ou tel point du cerveau, ou dans plusieurs points à la fois; mais il est aujourd'hui possible de prévoir que la science indiquera ces points.. Les lésions de cause interne suivies d'autopsie ne seront pas les seules à donner de précieuses notions, les traumatismes cérébraux donneront aussi les leurs; il faudra seulement que l'étude des maladies soit autrement faite qu'elle ne l'est aujourd'hui, et que le médecin ne se contente pas de la mention aussi vague qu'insuffisante de troubles intellectuels; il devra, par une analyse psychologique patiente des facultés de son malade, se mettre en mesure à l'avance d'expliquer les lésions cérébrales dont l'autopsie, faite le microscope à la main, lui dira l'existence. C'est pour ces faits surtout que l'alliance intime de la médecine et de la psychologie doit être une réalité.

Troubles du caractère et des sentiments. — Tout le monde sait ce que signifient ces mots : avoir un bon ou un mauvais caractère, de bons ou de mauvais sentiments, être emporté, passionné; or, nombre d'états physiologiques ou d'actions purement physiques l'ont subir à ces manifestations intellectuelles des variétés dont on a trop négligé l'étude.

Pendant qu'elle a ses règles, la femme a des variations de caractère connues de tout le monde; l'état puerpéral amène fréquemmcnl avec lui des troubles de cette nature, et la manie puerpérale est une entité morbide très caractérisée.

Pour ne parler que des maladies nerveuses les plus connue, l'hystérie amène dans le caractère et dans les sentiments des modilicalions considérables; tout le monde sait la malice, la méchanceté de ces sortes de malades, leur rouerie, l'exagération el la singularité

de leurs sentiments affectifs; tout le monde sait aussi le caractère violent, souvent terrible, des épileptiques, qui, poussés par des impulsions irrésistibles, commettent des meurtres dans les circonstances les plus atroces; on sait aussi l'habileté des uns et des autres, quand ils sont calmes, pour combiner les plus méchantes actions. Enfin, les paralysés généraux ont un caractère bien tranché : toujours contents d'eux-mêmes, ils voient tout en beau, et leurs sentiments sont en harmonie avec les idées spéciales à leur maladie : les idées de grandeur.

Le malade que j'ai étudié dans le service de M. Péan a vu, avant l'extraction du fragment de balle qui a nécessité chez lui l'opération du trépan, son caractère se modifier : doux et patient avant sa blessure, il était devenu susceptible à l'excès ; un rien le fâchait ; au moment où je l'ai étudié, il était opéré depuis vingt jours et bien près de la complète guérison ; à ce moment, il avait la conscience que son caractère revenait ou était revenu à son ancien état. Ce jeune homme est très intelligent et ses affirmations étaient de la plus parfaite netteté. Pour plus de précision, je lui ai posé la question suivante : Si l'on vous avait donné un soufflet avant votre blessure et aujourd'hui ou pendant les neuf années qu'a duré votre maladie, qu'auriez-vous fait? « Aujourd'hui comme avant, m'a-t-il répondu, je le rendrais, mais non sans avoir un peu réfléchi. Pendant les neuf années, je l'aurais rendu sans aucune réflexion. »

L'enfant de treize ans que j'ai étudié chez Broca était l'un des élèves les plus doux et les plus disciplinés de sa classe; après sa blessure et sa guérison, il est devenu malicieux et emporté, et son indiscipline passe toute mesure.

M. L..., le blessé de Levallois-Perret, auparavant d'un naturel vif et bon, a été pendant deux mois irritable, soupçonneux, susceptible et impatient.

Pour éviter les répétitions oiseuses, je puis dire dès ce moment que chez tous les blessés que j'ai étudiés au point de vue du caractère, j'ai rencontré le même changement : tous étaient ou ont été susceptibles, violents, soupçonneux, méchants ou hargneux. Griesinger et Schlager ont fait la même remarque.

Quant aux sentiments, le changement est autre; les malades

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deviennent sensibles et s'attachent facilement, témoin l'un des blessés qui fait le sujet d'une des observations précédentes et qui s'était si follement épris de la religieuse qui le soignait à la Pitié. Ici je ferai une remarque : ne pourrait-on pas supposer que cette exagération des sentiments affectifs est la conséquence nécessaire de l'affaissement intellectuel qui peut suivre le traumatisme, et non la conséquence propre à celui-ci? Je laisse ce doute à l'interprétation du lecteur.

On pourrait objecter à l'idée que j'émets : à savoir que les traumatismes cérébraux ont une action sur le caractère, que tous les convalescents de toutes les maladies et toutes les personnes atteintes de maladies graves sont, par le fait seul de leur convalescence ou de leur état maladif, tristes, irritables, impatients. Je reconnais qu'il en est ainsi, et il n'est pas difficile d'en trouver la cause dans l'ennui, dans les idées tristes que fait surgir la peur de la mort et dans l'exagération de la personnalité qu'amènent chez les malades les attentions de leur entourage ; mais ces modifications sont bien fugaces et ne sauraient être comparées à celles qui persistent chez un blessé du cerveau, après qu'étant guéri il a repris son existence ordinaire.

Attention, volonté, raisonnement, etc. — Les autres manifestations intellectuelles de l'activité cérébrale peuvent aussi être atteintes par le traumatisme de l'organe central, aussi bien que celles dont je viens de parler; seulement, il est difficile d'étudiée isolément le trouble qu'elles présentent. Ces facultés, en effet, de même que la mémoire, ne peuvent fonctionner les unes sans les autres, et de même que pour cette dernière, on est conduit à leur supposer, avec M. Brown-Séquard, une localisation disséminée.

J'ajouterai que l'affaissement intellectuel qui, de près ou de loin, suit le traumatisme, porte à la fois sur toutes les facultés qui concourent à l'accomplissement de l'acte, depuis l'attention jusqu'à lu volonté. •

Il est cependant permis de déduire de l'observation, que certaines de ces facultés ont été pârticulièremenl atteintes. Ainsi, le blessé de Levallois-Pci-ret, M. L..;, me disait que, bien qu'il lut complètement guéri, il lui a été longtemps impossible de fixer son attention ; la

moindre lecture le fatiguait outre mesure, et les opérations intellectuelles qui avaient besoin d'un raisonnement et d'une association d'idées lui étaient particulièrement difficiles. Ainsi, nous l'avons dit, il a fait longtemps des j'autes d'orthographe et se trompait dans les calculs les plus simples. Évidemment, à ce moment, la guérison de M. L... n'était pas aussi complète qu'il le croyait.

Dans les pages qui précèdent, j'ai étudié les effets du traumatisme sur les fonctions cérébrales de l'ordre le plus élevé, et, pour arriver à ce but, j'ai rapporté un grand nombre de faits dont plusieurs ont été étudiés par moi avec la plus scrupuleuse attention. Il m'a semblé que le traumatisme cérébral avait une influence plus considérable qu'on ne le croit d'habitude, et je serais heureux que ce travail apportât quelque lumière à cette question difficile, et surtout que les médecins, faisant appel à la psychologie, étudiassent à ce point de vue les malades que le hasard leur envoie. Malheureusement, nous sommes encore loin du temps où, par un accord complet de la physiologie et de la psychologie, l'étude de toutes les fonctions du cerveau, de quelque ordre qu'elles soient, fera sérieusement partie du domaine de l'art de guérir.; mais ce temps viendra, nous en avons la confiance.

J'aurais particulièrement désiré qu'il fût possible de déduire des faits que j'ai réunis non sans peine, ceci : que, de même que certains mouvements, les sens ou le langage articulé, ont pour origine certains points du cerveau, d'autres émanations de ce centre, d'un ordre plus élevé, je le veux bien, mais d'une origine non moins organique, depuis l'attention jusqu'à la mémoire, sont localisables d'une façon quelconque. Ici encore les temps ne sont pas venus, et, je le reconnais, les faits ne sont pas suffisants pour appuyer invinciblement les convictions de la théorie. Mais ces temps viendront; car il est impossible que l'étude ne fasse pas pour toutes les fonctions du cerveau ce qu'elle a su faire pour quelques-unes. Semblable travail est loin d'être au-dessus de l'intelligence d'un bon observateur qui aura sous sa main des faits bien étudiés.

C'est ainsi qu'étant donné un blessé qui présente certains troubles intellectuels, il sera permis de déduire de la nature de ces troubles

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quel est le point du cerveau le plus particulièrement atteint et sur lequel doivent porter les effets de la thérapeutique. Ainsi, d'après la nature des sécrétions de l'estomac et du rein, nous jugeons de leur altération et du remède qu'il faut y apporter.

Alors, peut-être, nous pourrons y voir plus clair dans les ténèbres des maladies dites nerveuses, et réaliser mieux encore le but que tout médecin doit poursuivre : le soulagement de l'humanité.

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