TROUBLES DE LA MOTILITÉ
La parfaite coordination des mouvements et le bon fonctionnement de la plupart des organes sont absolument soumis à l'intégrité et au parfait état du système nerveux, sur lequel le cerveau règne en maître.
Je n'ai, pour fixer les idées sur ce point, qu'cà rappeler la précision des mouvements des doigts du pianiste, et la parfaite régularité des battements du cœur : ces exemples suffisent. Il est donc naturel qu'un traumatisme du cerveau altère le fonctionnement de tous ces mouvements volontaires ou non volontaires.
Bien qu'il soit de science élémentaire qu'un hémiplégique, un homme qui porte un caillot dans son cerveau, présente à l'observation nombre de phénomènes morbides dans sa motilité, organique ou volontaire, il n'est pas aussi couramment admis (et on l'observe moins souvent) qu'un homme qui a été atteint d'un traumatisme présente des phénomènes de la même nature; et cependant, la blessure a provoqué un état cérébral presque analogue.
Recherchons d'abord dans les faits publiés, et particulièrement dans les observations relatées plus haut, les troubles de la motilité provoqués par le traumatisme cérébral.
L'un de ces malades, X..., porte la tête inclinée d'un côté par suite d'une légère contracture des muscles du cou ; il existe doue chez lui un trouble dans l'innervation musculaire; tout travail exigeant un certain effort lui est interdit; la fatigue survient aussitôt et l'oblige à s'arrêter, Au repos, il n'a pas de tremblement des mains; mais ce tremblement se produit à un degré prononcé lorsqu'on dit au malade de tenir ses bras étendus pendant quelque temps. Sa force musculaire, mesurée au dynamomètre, est notablement amoindrie. Les battements du cœur sonl réguliers, el l'on n'observe chez X... aneiin (Hat pathologique qu'on pourrait rapporter à une altération de la contractilité des muselés de la vie organique.
J'ajouterai que X... est devenu légèrement strabique; M. Badal attribue ce strabisme à une insuffisance du muscle droit interne d'un des yeux.
Chez un autre malade, M. C..., la marche est devenue lente et pénible, et la fatigue survient, après quelques minutes, accompagnée de vertige; des troubles trophiques se sont produits dans certains territoires vasculaires, et ont amené des atrophies de plusieurs muscles; ainsi, le mollet gauche a diminué de grosseur.
Je pourrais analyser, en outre de ces observations, d'autres que j'ai citées, ou plusieurs de celles qu'on rencontre dans les auteurs ; mais, quoique différant dans le détail, leur fond est le même. Chez tous ces malades, en effet, les troubles ne sont pas identiques; mais tous, intellectuels, sensitifs ou moteurs, ont pour origine la lésion cérébrale.
Les accidents de chemin de fer, lesquels, on le sait, amènent la plupart du temps des traumatismes cérébraux, ont donné lieu, particulièrement en Angleterre, en Amérique et en Allemagne, à des travaux importants; de plus, ils ont été étudiés dans le dernier Congrès de médecine légale de Paris, en 1889.
Les auteurs de ces travaux ont fait, au point de vue des troubles de la motilité, des remarques précieuses, basées sur un grand nombre de faits ; et ces remarques ne font que corroborer les précédentes. Dans ces pays, en effet, les accidents de chemin de fer sont nombreux, et aussi les questions médico-légales qu'ils soulèvent. On leur donne une telle importance scientifique, qu'on en a fait comme des entités morbides sous les noms de Railivay-Spine, Railway- Brain.
On pourrait m'objecter que les accidents de chemins de fer ne provoquent pas toujours des traumatismes cérébraux, et que mon assimilation est forcée. Je le reconnais dans une certaine mesure; mais les cas dans lesquels le cerveau n'est pas atteint sont presque une exception. Que se passe-t-il, en effet, dans les collisions de trains ou les déraillements? Nous l'avons dit : les voyageurs, projetés les uns contre les autres ou contre les parois des wagons, sont frappés à la tête et perdent connaissance. Il en est ainsi pour la plupart d'entre eux; et le charpentier qui tombe d'une échelle
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ou le cavalier victime d'un cheval emporté ont avec eux une indiscutable analogie.
On observe aussi chez ces malades de l'oppression, des palpitations sans bruit de souffle, des intermittences du pouls, et un sentiment de constriction à la gorge amenant des suffocations; aussi, mais plus rarement, de la constipation, de la diarrhée, de la polydypsie, de l'albuminurie, une toux nerveuse sans lésion pulmonaire, des contractures, des atrophies, de la rétention d'urine, etc.
Je ferai observer que la plupart des accidents que je viens de signaler sont dus à une altération du système nerveux de la vie organique, laquelle provoque des troubles dans la motilité du cœur, du poumon, de l'intestin et de diverses fonctions.
J'ajouterai qu'on sait, après les beaux travaux de M. Gharcot, qu'il est très commun de voir l'hystérie mâle apparaître après un traumatisme ; elle était comme latente et se montre alors avec une intensité et des apparences qui ont, bien souvent, trompé le médecin.
Il en a été certainement de même dans plusieurs cas de traumatisme de chemins de fer; les auteurs allemands qui se sont dernièrement occupés de la question l'ont parfaitement reconnu. Du reste, quelle que soit la nature des suites du traumatisme, il n'en demeure pas moins établi qu'un individu jusqu'alors bien portant, étant blessé à la tête, peut voir se développer, après une guérison primitive, une névrose qui a son siège dans le cerveau.
Voici ce que dit à ce sujet M. Charcot dans une de ses leçons : « Ces états nerveux, graves et tenaces, qui se présentent à la suite des collisions de ce genre, et qui mettent les victimes dans l'impossibilité de se rendre à leur travail, ou de se livrer à leurs occupations pendant des périodes de plusieurs mois ou même de plusieurs années, ne sont souvent rien que de l'hystérie. L'hystérie mâle est donc digne d'être étudiée et connue du médecin légiste. » Et ailleurs : « L'hystérie maie n'est donc pas, tant s'en faut, très rare. Eh bien! Messieurs, si j'en juge d'après ce que je vois chaque jour parmi nous, ces cas-là sont bien souvent méconnus, même par des médecins distingués. y>