LE CARACTÈRE DE L'HOMME SAIN
Trois éléments principaux constituent le caractère : la volonté, la sensibilité et l'intelligence. Il n'est, en quelque sorte, que l'expression de ces éléments.
Examinons en détail la part que prend chacun d'eux dans sa constitution et comment la prédominance de l'un d'eux peut le faire varier.
La Volonté dans ses rapports avec le caractère. — Depuis le tenacem propositi virum d'Horace, jusqu'à L'homme qui, connut' le dit le vulgaire, n'a pas de volonté, il est un grand nombre de nuances. L'un sait vouloir, suit son idée, et quand il a conçu un projet, quand il s'est tracé une ligne de conduite, ne les abandonne qu'à grand'peine s'il les croit bons. 11 ne se laisse pas distraire et
sait s'absorber dans sa pensée. S'il est intelligent, il finira par se laisser convaincre, pourvu que les arguments soient justes; s'il ne Test pas, rien ne saura l'ébranler et, quoi qu'on lui dise, il fera une sottise : c'est un entêté; il pècbe par excès de volonté.
Tel autre est plus accessible aux bonnes raisons, mais aussi aux mauvaises : c'est un caractère faible. On le persuade aisément, car ne se donnant pas la peine de réfléchir, par incapacité, insouciance ou indolence, il veut toujours ce que veulent les autres. Pour beaucoup, surtout pour ceux qui profitent de cet état d'esprit, c'est un bon caractère, tandis que le précédent est dit tenace ou résolu. Pour ceux qui l'entourent, c'est un caractère bonasse.
Enfin, il en est qui n'ont aucune volonté. Prendre une décision quelconque est pour eux une sorte de supplice; ils disent sans cesse : « Qu'en pensez-vous? que feriez-vous à ma place? » Ils sont, quoique dans l'état de santé, à la disposition du premier venu. Cette absence de volonté n'est pas de Yaboulie proprement dite, mais s'en rapproche. Ils sont assez comparables aux personnes qui, sous l'influence du sommeil provoqué, exécutent automatiquement, après leur réveil, les ordres suggérés, et qui, à ceux qui leur demandent : Pourquoi l'avez-vous fait? répondent invariablement : « Je ne sais pas ; vous l'avez sans doute voulu. » Ils en diffèrent cependant en ceci que ces derniers ignorent absolument la volonté qu'on leur a imposée, tandis que les faibles de caractère se souviennent très bien de l'influence qu'ils ont subie.
On dit d'eux : ce Ils n'ont pas de volonté, ce sont des gens sans caractère. » Quand ces sortes de machines pensantes sont entourées d'honnêtes gens, tout est bien; mais quand les hasards de la vie les mettent aux mains de personnes sans scrupules, ils sont accessibles à toutes les suggestions et peuvent même devenir des instruments de crime. Les magistrats connaissent bien les caractères de cet ordre ; l'accusé répond invariablement : ce C'est vrai, j'ai eu tort, mais je n'ai pas pu résister ; on m'a dit de le faire, et je l'ai fait. » Il est sans doute coupable, l'être faible qui n'a été qu'un instrument entre les mains d'un autre, car il devait résister; mais le juge sait bien, après l'avoir interrogé, combien l'est davantage celui qui l'a poussé. On peut dire de ces gens qu'ils pèchent par insuffisance de la volonté.
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Il est facile de comprendre l'influence de ces états de volonté sur le caractère : le premier de ces hommes est tenace, résolu, dur parfois, et ne marche pas comme les yeux fermés vers un but déterminé sans gêner ou blesser son entourage ; aussi dit-on souvent de cet homme : « Il a mauvais caractère. »
L'autre, le faible, a bon caractère, on le dit du moins; mais sa faiblesse de volonté est souvent faite d'insouciance : telle ou telle solution lui importe peu, pourquoi s'imposerait-il une fatigue? Il est toujours d'accord avec ceux qui l'entourent, et son indolence est pour eux une vertu. Il ne gêne personne. Cela est bien tant que sa faiblesse ne lui a pas fait commettre quelque sottise ou ne l'a pas livré, pieds et poings liés, à quelque entraînement moral ou physique; mais s'il en est autrement et s'il est victime des autres, sa conscience lui crie des reproches ; alors son caractère s'aigrit, et il s'emporte contre ceux qui l'entourent. Au fond, c'est lui-même qui est l'objet d'une colère qu'il tourne contre les autres. Tout le monde connaît ces êtres faibles, qui, se reprochant sans mot dire les sottises que de plus forts leur font faire, sont insupportables à leur entourage; ils sont sous une domination qu'ils exècrent, mais ils ne peuvent s'y soustraire. Cette faiblesse de caractère a dans la vie des conséquences déplorables : tel ne sait pas résister à la vue d'un jeu de cartes ; tel autre, victime d'une liaison inavouable, n'est bon que pour celle qui le mène; il est violent, emporté et exigeant pour sa famille. Cet homme n'est point méchant, il n'est que faible, et son caractère subit l'influence de sa faiblesse.
La faiblesse de caractère peut quelquefois n'être qu'apparente. Je m'explique : il est nombre de gens qui, par amour de la tranquillité, par obligeance ou par bonté, sont la plupart du temps d'accord avec leur entourage; ils cèdent facilement et ne discutent pas, les volontés qu'on leur impose n'en valant pas au fond la peine. Mais vienne une circonstance grave dans laquelle une décision importante devra être prise, rien ne pourra les détourner «le ce qu'ils croient être juste et bon.
A l'opposé de ceux-là sont les hommes qui imposenl violemment leurs volontés pour des niaiseries, et qui, lorsque le moment BSl
venu de prendre une décision, s'en laissent détourner par des raisons spécieuses et sans valeur.
Les auteurs de talent, fins observateurs de l'homme, ont tiré le meilleur parti de l'étude de ces caractères; leurs types ne sont que des représentations exactes de la nature humaine. Si leurs livres sont lus avec un puissant intérêt, c'est que ceux qui les lisent ou s'y reconnaissent ou reconnaissent telle ou telle personne de leurs relations. A quoi Balzac et Molière doivent-ils leur gloire, si ce n'est à la mise en scène de ces types, vivantes images de nous-mêmes? Ils ont bien observé et fidèlement reproduit.
Quelle est la cause intime de ce succès?... Ne serait-il pas dû à ce que l'homme ne trouve rien de supérieur à lui-même? L'orgueil humain, qui faisait tourner l'univers autour de la terre, n'a pas de limites. Peint fidèlement, l'homme reconnaît ses vices et ses vertus. Dans un tableau, ce qui le frappe le plus, ce sont les attitudes et les expressions. Les sujets sont « parlants )), alors il admire et fait la gloire de ses peintres. Si l'auteur a imaginé des types fantastiques et étranges, si beaux, si bien représentés qu'ils soient, après s'en être amusé, il les délaisse : ils ne sont pas vrais; le Han d'Islande, de Victor Hugo, a bien peu fait pour sa gloire.
Il est certain qu'il est encore à trouver, l'individu, homme ou femme, qui, si laid qu'il soit, se regardant dans un miroir, ne se trouve pas quelque agrément.
Les remarques qui précèdent peuvent s'appliquer à toutes les formes du caractère.
Tel autre a le caractère hésitant, il ne sait pas prendre son parti ; il attend, il calcule, entrevoit diverses solutions contradictoires et les discute en lui-même ou avec son entourage ; l'hésitation est une façon de ne pas savoir vouloir; pendant ce temps, tel, à caractère plus décidé, accomplit ce que l'autre avait l'idée de faire.
Rien ne peint mieux l'hésitation que l'observation des gens qui veulent, à Paris, traverser le boulevard entre quatre et sept heures du soir. Le passage entre les chevaux et les voitures varie sans cesse, tantôt large, étroit ou dangereux ; le passant attend, il croit qu'il peut franchir, il se précipite, mais il a mal calculé son temps, derrière lui surgit un fiacre qu'il n'a pas vu, il retourne à sa place,
recommence dix fois; enfin, ennuyé, il se décide, et après avoir bien hésité, bien combiné, il se fait renverser sur la chaussée. L'autre, qui a du coup d'œil, saisit le moment précis, ne se presse pas, et arrive à bon port de l'autre côté du boulevard.
Celui qui franchit un fossé délibérément, arrive à l'autre bout; celui qui perd ses forces en élans inutiles tombe au milieu.
C'est dans la catégorie des caractères hésitants qu'on trouve les brouillons, ceux dont on dit : Il ne sait pas ce qu'il veut; plusieurs solutions se présentent à son esprit, il ne sait à laquelle s'arrêter; et alors, par amour-propre et pour ne pas paraître manquer de décision, pour cacher ses hésitations et ses doutes, il prend la première solution venue et fait une sottise.
On peut y joindre aussi les tatillons, qui, au lieu d'aller droit au but, s'arrêtent à mille détails; ces détails, auxquels ils s'attachent inconsciemment, masquent leurs hésitations ; au fond, ce sont gens mous et sans décision.
Telles sont la plupart des formes de caractères qui dérivent de la volonté.
La Sensibilité dans ses rapports avec le caractère. — La prédominance.de la sensibilité dans le caractère a sur lui une influence considérable; ici, le mot sensibilité doit être entendu dans le sens restreint (Témotivité. L'homme est au moral pins ou moins sensible et subit fatalement l'influence de ses impressions; de plus, il prend, comme le dit le vulgaire, les choses du bon ou du mauvais côté, il est optimiste ou pessimiste; l'un voit tout en beau et, un fait étant donné, n'en prévoit que les conséquences heureuses; l'autre ne voit que les tristesses ou les malheurs qu'il peut amener; l'un, devant l'imprévu, a du sang-froid et entrevoit d'un coup d'œil rapide les conséquences probables ou possibles du fait; l'autre se trouble, se préoccupe et s'épouvante, le plus souvent sans motif.
Tous ces états d'esprit agissent fortement sur le caractère qui peut alors être violent, aigre et emporté, nu bien facile el enjoué.
La sensibilité est si bien un élément du caractère, qu'elle peut en être le qualificatif; on dit couramment : « Un caractère sensible. »
Le sensible s'apitoie volontiers sur les misères du temps, s'exalte
trop souvent, à froid, sur les crimes et les vertus, et verse des larmes pour des motifs qui font rire les autres. Il y a des époques sensibles et des auteurs sensibles; Mme de Genlis, Lamartine, par exemple; il a été de mode de chanter des romances plaintives, et les élégies ont eu leur temps; au fond, le caractère des gens ne changeait pas, il n'était ni pire ni meilleur; mais il était de bon ton de pleurer au lieu de rire, et Ton pleurait. Il n'y avait pas grand mal à cela, si beaucoup n'avaient pris au sérieux cette petite comédie; mais nombre de jeunes filles buvaient du vinaigre pour se donner l'air éthéré, et d'autres mouraient de fluxions de poitrine prises en contemplant la lune.
Cependant, n'est pas sensible qui veut, et beaucoup, malgré tous les efforts faits par eux, n'arrivaient pas à donner cette couleur à leur caractère; leur sensibilité sentait l'effort, et pour eux on a inventé le mot sensiblerie.
Tout le monde connaît de ces gens qui ne savent pas s'apitoyer convenablement, et font des phrases solennelles sur les douleurs qu'éprouve une anguille dans une poêle; ce sont des caractères durs, qui ne veulent pas le paraître; ils ne savent pas avoir pitié quand il faut, et passent à côté des vraies douleurs sans les voir.
Les temps sensibles sont passés, le caractère français d'aujourd'hui est plus positif; mais si chez nous il n'y a plus autant -d'âmes tendres, il en est encore beaucoup en Allemagne et en Angleterre ; témoin la ligue antivivisectionniste, qui est née en ces pays.
Il y a une nuance entre le caractère sensible et le caractère sentimental; ce dernier est comme l'intermédiaire entre la sensibilité qui peut être vraie et la sensiblerie qui ne l'est jamais. Les sentiments affectifs, l'amour surtout, sont le texte ordinaire des expansions du sentimental.
L'Intelligence dans ses rapports avec le caractère. — Bien qu'il ne soit pas d'usage de dire d'un homme qu'il a le caractère intelligent, l'intelligence n'en est pas moins un élément important du caractère; à ce titre, j'en dois parler avec quelques développements.
Tout le monde s'entend sur le mot intelligence ; on sait que l'idiot en manque complètement et que l'homme de génie en est
doué à l'excès. Entre ces deux extrêmes, il est d'innombrables degrés ou variétés, qui toutes ont, ou peuvent avoir, une action sur le caractère et modifier la personnalité.
Rien de plus difficile que l'étude de l'intelligence humaine: on peut dire que, dans la vie ordinaire, elle varie d'individu à individu, soit en qualité, soit en quantité.
Ramené à son expression la plus simple, le mot intelligence signifie l'aptitude à comprendre ; et il est admis que celui qui comprend mal ou pas du tout est un être inintelligent, un imbécile; mais encore faut-il s'entendre sur ce qu'un individu doit le mieux comprendre pour être classé parmi les intelligents; la chose n'est pas si aisée qu'elle paraît au premier abord.
Examinons une classe dans un lycée, et étudions les listes de récompenses de la fin de l'année, les palmarès : cette étude a ses enseignements qui répondent à la plupart des questions touchant l'intelligence.
La première impression qui s'en dégage est un regret : combien sont morts de ces camarades d'il y a quarante ou quarante-cinq ans ! combien ont succombé dans la bataille de la vie ! Le nombre en est grand, mais ceux qui ont survécu ont gardé leur rang, les premiers au lycée sont toujours les premiers dans la vie. Rien de plus naturel, ils ont vécu ou vivent avec des camarades d'autrefois, et sauf les hasards de la fortune qui favorisent souvent des imbéciles, ils sont toujours supérieurs. L'expérience démontre cependant qu'il ne faut pas tirer des conclusions absolues de ce classement de la jeunesse; si les faibles du lycée sont toujours les faibles dans la vie, cela tient à ce qu'en général leur intelligence est moins développée ou leurs vices plus grands; ils peuvent, cependant, avoir Certaines supériorités dans l'équitation, la gymnastique, la natation, l'escrime, etc. Mais il n'en est pas de même des élèves à intelligence moyenne; chez nombre d'enfants, le développement intellectuel est plus lent que le développement physique; d'autre part, beaucoup «le ceux-là, peu brillants dans les études, ont de la raison, un bon juge* ment, un excellent caractère, sont honnêtes, point vicieux, cl pour peu que les circonstances les favorisent, font un bon chemin dans la vie; ils peuvent même arriver très liant; certaines études parti-
culières qui demandent, en outre de l'intelligence, du jugement et de l'application, les conduisent au succès; les sciences ou les industries qui dérivent des mathématiques, par exemple.
Les forts, qui ont les prix, sont ceux qui ont des aptitudes pour la littérature, la philosophie, l'histoire; beaucoup ont cette parure charmante de l'intelligence qu'on appelle Y esprit. Il en est qui sont poètes, avec ou sans vers, et d'autres sont artistes ; dessinateurs, ils remplissent les marges de leurs cahiers de croquis, de bonshommes où un maître avisé peut discerner une vocation sérieuse; musiciens, ils se passionnent pour les chants de la chapelle; littérateurs, ils composent des tragédies qui ne verront jamais le jour.
Mais, parmi les forts, il en est bien peu qui aient toutes les supériorités; dès le lycée, la plupart du temps, des aptitudes spéciales se montrent : je prendrai pour exemples trois hommes célèbres, dont deux sont vivants. Ils voudront bien me pardonner de citer leurs noms, je les trouve mentionnés dans les palmarès du lycée de Bordeaux de 1830 à 1840.
Bersot, le philosophe aimable qui fut directeur de l'École normale, avait, en 4833, deux prix de philosophie et n'était nommé nulle part ailleurs.
Perrens, l'auteur de Y Histoire de Savonarole, l'éminent historien, a eu, pendant dix années, tous les prix d'histoire de sa classe; en 1840, le prix d'honneur de philosophie, et était à peine nommé dans les autres catégories.
Enfin, Charles Lévêque, l'éminent philosophe, avait, en 1836, les deux premiers prix de philosophie, et, seul des trois, des nominations importantes dans toutes les catégories, sauf cependant en mathématiques. Son intelligence était, sans doute, à ce moment, plus encyclopédique que celle des deux autres; il est probable que depuis ce temps la prédominance des spéculations philosophiques n'a pas augmenté les aptitudes mathématiques de ce savant; du reste il n'y a pas d'homme universel.
Les hommes, on le sait, sont plus ou moins intelligents ; ils ont aussi plus ou moins un bon ou un mauvais caractère^ Mais y a-t-il une relation entre l'intelligence et le caractère?
Pour moi, la réponse n'est pas douteuse, cette relation existe ;
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elle ne saute pas aux yeux, mais elle ressort d'une analyse attentive ; les différences intellectuelles entre les hommes s'étagent, pour ainsi dire, de degrés en degrés, depuis l'idiot, qui n'a aucune intelligence, jusqu'à l'homme de génie ; entre ces extrêmes, il est d'innombrables variétés, qui constituent ce qu'on peut appeler tout le monde.
Je n'ai pas à étudier ici l'idiotie, je n'ai qu'à constater un fait, c'est que tous les idiots sont méchants et ont un détestable caractère (4).
Chez l'idiot, la malformation cérébrale a sur les fonctions de l'organe une influence analogue à l'influence des autres malformations, de même qu'un cul-de-jatte ne peut courir ou court mal, de même un idiot ne pense pas ou pense mal, c'est ce qui explique son mauvais caractère.
A l'autre extrémité de l'échelle, l'homme très intelligent n'est pas
(!) Les malformations apparentes frappent d'autant plus le vulgaire qu'elles donnent aux malheureux qui les portent l'aspect de monstres, telles le bec-de-lièvre, les arrêts de développement de membres ou d'organes, la difformité du crâne chez l'idiot, etc.
Cependant il est d'autres malformations qui, pour ne pas attirer autant l'attention comme monstruosités, n'ont pas moins d'intérêt pour l'observateur attentif; on ne les voit pas, mais leur existence n'est pas douteuse, décelées qu'elles sont par l'insuffisance de la fonction de l'organe. Un exemple me fera mieux comprendre et montrera la gradation entre la malformation qu'on voit et celle qu'on ne voit pas.
Un homme est atteint d'une angine œdémateuse, sa voix est complètement éteinte; sa glotte est presque entièrement oblitérée par l'œdème des cordes vocales qui sont transformées en gros bourrelets blanchâtres; son état s'améliore, et bientôt les bourrelets diminuent, les cordes vocales fonctionnent, la voix s'entend, mais elle est rauque; l'amélioration s'affirme et le malade guérit; sa voix est revenue, il parle comme avant la maladie, et sa santé est excellente; mais il chantait, sa voix était belle et juste, aujourd'hui il chante, son timbre a changé et sa voix est fausse. Hien de plus naturel, l'état de la fonction a été et est encore en rapport avec l'état de l'organe.
Cependant, quelle est l'altération des cordes vocales qui peut faire qu'il chante faux, alors qu'avant leur maladie il chantait juste? Cela est impossible à dire : cette altération existe, mais elle est inappréciable à nos sens, avec les moyens d'investigation que la science possède.
De même, et par comparaison, l'être dégénéré auquel il manque une portion du cerveau, l'idiot, en un mot, est privé d'intelligence; le paralysé général chez lequel une malformation cérébrale est acquise, a son intelligence altérée par le délire des grandeurs; enfin, l'homme inintelligent, bizarre, aliéné, a certainement dans son cerveau une altération acquise, ou une malformation héréditaire, qu'aujourd'hui nous ne savons pas voir. Comme l'homme qui chante faux, il pense faux ; en effet, qu'est-ce que « penser faux >•, si ce n'est être bizarre, inintelligent ou aliéné'.' Rien de plus naturel : comme dans l'exemple précédent, l'état de la fonction a été et est en rapport avec l'état de l'organe.
.le reconnais qu'il est plus commode de dire de cet aliéné ou de ce bizarre : « Il est Ion ou bizarre, parce que ses facultés intellectuelles sont altérées ou mal équilibrées, » main c'est comme si on disait de celui qui chante faux : « Il chante faux, parce qu'il a la voix faussé. » Les deux comparaisons se valent.
nécessairement très bon, je le reconnais, mais son caractère est infiniment meilleur, le plus souvent bon. — ■ Entre les deux, l'étude la plus élémentaire des hommes démontre que les gens d'intelligence médiocre sont en général très inférieurs, en ce qui touche le caractère, aux hommes plus intelligents. — Mal comprendre, tirer des conséquences fausses d'un fait quelconque, est l'origine de mille défauts; voir les choses de haut, en prévoir les suites, est une condition importante du calme de l'existence. Ce calme et cette sérénité de l'homme intelligent ont sur le caractère une heureuse influence. On n'a qu'à regarder autour de soi pour constater que les hommes intelligents ont meilleur caractère que ceux qui ne le sont pas.
Dans les lignes qui précèdent, j'ai étudié le caractère en général au point de vue de ses éléments psychiques, volonté, sensibilité, intelligence. Je vais maintenant passer en revue ces variétés, et je terminerai par l'étude des influences qui peuvent le modifier.