LES VARIÉTÉS DU CARACTÈRE
Je vais décrire sommairement les variétés du caractère. C'est ici la partie la plus difficile de ma tâche, car cette description touche à la morale, à la littérature et à l'appréciation personnelle certainement plus qu'à la science proprement dite. C'est ici surtout que j'ai à faire appel au souvenir de mes lecteurs; ils n'ont, en effet, qu'à regarder en eux et autour d'eux pour reconnaître ou récuser l'exactitude de mes descriptions.
Les caractères me paraissent pouvoir être divisés en trois catégories : les bons, exemple les gens gais, etc.; les mauvais, exemple les jaloux, etc., et ceux qui ne peuvent pas être rangés dans ces catégories, les caractères sérieux, fins, etc.
Cette division n'est point une classification et ne saurait l'être, elle est absolument arbitraire et n'a d'autre but que de faciliter l'étude; les lecteurs la rectifieront suivant leur sentiment personnel .
Les Bons Caractères. — Dire d'un homme qu'il a bon caractère n'est pas dire qu'il est bon; ces qualités ne s'excluent pas, mais
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elles sont loin d'être identiques ; on rencontre souvent des personnes d'une grande bonté qui sont loin d'avoir un bon caractère.
Celui qui a bon caractère a des rapports faciles avec son entourage; il est patient, doux, franc, peu susceptible, ne s'emporte pas facilement, et a, très développé, le sentiment de la justice. On voit combien est complexe cette qualité : je n'insisterai pas sur sa description; elle ressort de l'ensemble de celles qui vont suivre.
Les Caractères doux. — Le vulgaire indique la douceur de caractère par cette phrase : « Il ne ferait pas de mal à une mouche. » Bien qu'elle soit une qualité complexe, elle l'est cependant moins que la bonté; la douceur est une sorte de vernis, de lustre qui pare la personne qui en est douée, sans affirmer l'existence de qualités solides. On peut très bien avoir de la douceur dans le caractère sans être bon. Beaucoup sont trompés par cette apparence et croient à la bonté des gens qui ne sont que doux. — Telle personne est dure, emportée et désagréable avec son entourage, qui, dans un moment difficile, sera admirable de dévouement et de bonté ; telle autre sera chaque jour, et pour tous, gracieuse, douce et charmante, qui, les jours tristes venus, se dérobera sous un prétexte quelconque. J'ai longtemps vécu avec les sœurs de charité ; toutes sont douces, mais toutes ne sont pas bonnes. Il en est de même dans la vie sociale, où le bois blanc bien verni est souvent préféré au chêne seulement dégrossi : le bourru bienfaisant manque de douceur et n'en est pas moins bon.
La douceur est une qualité qui peut être simulée, elle est l'apanage apparent des faibles ; la bonté ne s'imite pas : on dit volontiers des gens qui sont doux sans être bons, qu'ils ont le caractère doucereux. Les Caractères affables, placides, sereins, bienveillants. — L'affabilité, c'est la douceur dans les rapports avec les inférieurs. Le caractère placide est une forme de la douceur : c'est la douceur avec une légère teinte de niaiserie; elle est à la douceur ce que le caractère bonasse est à la bonté. La sérénité emporte avec clic une idée d'innocence et de calme. L'enfant doux et iiuuieeiil a la physionomie sereine; le vieillard philosophe, qui, ayant derrière lui une longue vie d'honneur, voit de haut les choses de la vie. peut avoir aussi le visage serein.
La bienveillance est une autre forme de la douceur et de la bonté; plus superficielle que la dernière, elle donne un grand agrément aux rapports sociaux; les gens à caractère bienveillant sont d'un commerce agréable.
Les Caractères calmes. — La nature du caractère varie avec Fàge, rien de plus connu : les calmes sont en général d'âge mûr ; on sait que la jeunesse est bruyante. Le calme du caractère, qui est un des commencements de la sagesse, est l'apanage de l'homme doué d'une certaine philosophie, qui ne s'émeut pas facilement. Un exemple : un accident survient dans la rue, un cheval est tombé sous les brancards d'une charrette ; le charretier, calme, bien que vivement ému, ne montre pas son trouble et défait prestement et sans bruit les boucles de son attelage; il surveille les mouvements de son cheval et cherche en même temps pourquoi il ne se relève pas ; sa pensée entrevoit les causes et les conséquences de l'accident, mais ne les exagère pas.
Bien autre est le charretier qui n'a pas le caractère calme : l'accident arrive, et sa pensée, trop prompte, lui fait voir son cheval mort, sa ruine complète, sa famille sans pain; effaré, il s'exclame en jurons, tempête, se désole, se précipite sur les courroies de son attelage, brise les boucles, coupe les traits que ses mains tremblantes ne peuvent détacher : le cheval, qui n'est pas blessé, ne se relève pas plus vite, et le maître, qui, dans son trouble, n'a pas cherché à se garer, reçoit un formidable coup de pied.
J'ajouterai que le calme du caractère est le principal élément du sang-froid. Cette qualité est loin d'exclure les autres et peut donner à un peuple sa caractéristique : ainsi, les Hollandais sont calmes, ennemis du bruit, leurs foules ne sont que bourdonnantes ; les Parisiens et les Méridionaux sont tapageurs, leurs foules sont tumultueuses et violentes. On dit aussi des gens à caractère calme qu'ils sont maîtres d'eux-mêmes : ils ont la patience suffisante pour ne se fâcher que quand il est nécessaire.
La Modération. — La modération dans le caractère est une forme du calme ; ce mot paraît plutôt s'adresser aux idées, le mot calme s'adressant aux actes. Ainsi, on dit d'un homme qu'il agit avec calme et qu'il pense avec modération; cette forme de
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caractère est une précieuse qualité : In medio virtus, disaient les Latins.
Il a en politique une signification précise : les modérés y sont les opposés des intransigeants ; ainsi que le calme, elle fait partie du sang-froid : elle est l'apanage de l'âge mûr et de la raison complète.
La Souplesse de caractère. — Savoir se plier aux nécessités de la vie, sans murmure ni révolte, tenir compte des situations, éviter les froissements, se diriger habilement au milieu des difficultés de l'existence, constitue la souplesse de caractère : c'est une qualité. — Pour n'être pas un défaut, elle doit tenir le milieu entre la faiblesse et la fermeté; on dit d'un homme souple de caractère, qu'il est facile à vivre. Cela ne veut pas dire qu'il soit toujours de l'avis du dernier qui parle, ce qui serait insouciance ou faiblesse; cela signifie qu'il sait mettre des formes à n'être pas de l'avis des autres. L'urbanité et la bonne éducation sont les principaux accessoires de la souplesse du caractère; elle est l'opposé du caractère entier, lequel ne sait pas plier quand il faut et, tranchant et cassant, veut imposer son opinion. Cette qualité doit s'allier à la finesse, qui enseigne à céder quand il est nécessaire pour ne pas blesser inutilement son interlocuteur.
L'homme au caractère souple n'en a pas moins le sentiment de la justice, niais il sait réaliser ses projets sans froisser personne : affaire de tact et de mesure.
Les inférieurs intelligents sont, en général, souples de caractère, mais peuvent manquer de franchise; les enfants, rarement; c'est chez eux qu'on rencontre le plus de volontaires.
La souplesse de caractère peut n'être qu'apparente, car nombre de gens qui paraissent céder aux bonnes raisons n'en arrivent pas moins à réaliser plus tard l'acte qu'ils avaient conçu : ce sont de faux bonshommes.
La Dignité de caractère. — Dire d'un homme qu'il a de la dignité dans le caractère, n'est pas dire qu'il est un « digne homme », cette dernière expression suggérant la pensée de l'honnêteté et d'autres mérites. La dignité a pour base une juste appréciation de la valeur personnelle. Exagérée, elle Louche à l'orgueil en passant par la vanité et la pose; elle a pour fond non seulement la valeur de
l'individu, mais divers éléments que je vais mettre en lumière. Dans la société, on se doit non seulement à soi-même, mais à son nom, à sa nationalité, à sa situation et à son habit. Au milieu d'étrangers, un Français est tenu à une certaine dignité; on dit avec raison que noblesse oblige, et la dignité d'un militaire en civil diffère de celle que lui impose l'uniforme.
La dignité demande du calme : les gens trop vifs manquent souvent de dignité; les emportés, toujours.
La Force de caractère. — Souffrir sans se plaindre, apprendre sans faiblir une pénible nouvelle, c'est la force de caractère. Cette qualité est l'apanage de l'âge mûr, de la raison complète et entière, et suppose le courage, le sang-froid et la rapide prévision de l'avenir. Beaucoup qui semblent doués d'une grande force de caractère ne sont que des indifférents semblables, au moral, à nombre de gens qui paraissent des héros devant la douleur et qui n'ont qu'un mince mérite, car leur sensibilité physique est au-dessous de la moyenne.
La Modestie et la Simplicité. — Le caractère modeste est une parure de la jeunesse, mais ne lui appartient pas exclusivement : on peut être modeste à tout âge. L'homme modeste est souvent celui qui n'a pas de sa valeur personnelle une idée suffisante ; cette qualité s'allie à la simplicité.
L'homme au caractère modeste se préoccupe peu des distinctions sociales, s'étonne des hommages qu'on lui rend et ne songe pas à les reporter à son mérite; il comprend peu le prestige et préfère toujours être inaperçu. Le caractère modeste a pour conséquence les goûts simples; j'ajouterai qu'on dit mieux la simplicité de goûts que la simplicité de caractère : cette dernière expression est plutôt le synonyme de niaiserie.
Les professions libérales comptent plus de caractères modestes que les autres. Cependant les artistes en comptent peu : le grand peintre Millet, qui était aussi modeste que Liszt l'était peu, a fait exception.
La Vivacité de caractère. — Le caractère vif est l'opposé du calme; la vivacité joue un si grand rôle dans la vie, que toute description morale d'un individu commence par ces mots : il est ou il n'est pas vif. L'homme vif s'exprime avec une certaine volubilité, et
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dit souvent ce qu'il pense sans trop réfléchir. Son entourage excuse volontiers les intempérances de son langage ; on le sait vif. Aisément il se fâche et s'emporte pour le motif le plus futile, mais il reprend bientôt son calme et rit le premier de sa colère.
La vivacité dure toute la vie ; nombre de vieillards sont vifs, très vifs, mais, chez eux, la raison tempère cette vivacité.
C'est surtout dans l'allure générale de l'individu, dans ses actes, que se montre sa vivacité. L'homme vif marche vite et ses mouvements sont relativement précipités. Il ne perd pas son temps; l'œuvre qu'il entreprend est plus rapidement accomplie, s'il l'accomplit, car souvent la vivacité exclut la ténacité, et surtout la patience.
Si la vivacité n'est pas une qualité maîtresse, elle est un agrément. Contenue dans une juste mesure, elle donne à l'individu, surtout s'il est intelligent, un certain piquant; en un mot, elle est le sel de l'existence, mais elle peut facilement en devenir le vinaigre.
Les Caractères ardents. — Le caractère ardent est, en quelque sorte, le corollaire du caractère vif. On dit d'un individu : ce II est vif et ardent. » Ce caractère doit être classé parmi les bons, bien qu'il touche de près à la violence et à l'emportement, qui sont de mauvais caractères ; les ardeurs de caractère, comme toutes les ardeurs et la plupart des passions, sont l'apanage de la jeunesse et de la force. Contenu dans de justes limites, le caractère ardent est une qualité ; c'est lui qui donne à l'homme le courage et l'entrain que nécessite une entreprise hardie; mal contenu, il peut être l'origine d'actes blâmables ou de crimes.
Les Caractères gais et enjoués. — Avoir le caractère gai est. une qualification flatteuse. La bonne humour et la gaieté sont un élément de l'existence et, pour l'entourage, un grand agrément. La gaieté est l'apanage de l'optimiste, de celui qui sait voir les choses du bon côté et ne pas s'occuper de niaiseries. Etre gai suppose une certaine liberté d'esprit, laquelle, ne s'alliaut pas toujours à une saine philosophie, marche trop souvent avec l'insouciance ou l'endurcissement. "
La Gaieté appartient à tous 1rs âges, mais plus particulièremenl à la jeunesse : l'enfant turbulent et tracassier demeure gai en grandi ssanl et peut conserver cette qualité, même avec le sérieux dé
l'âge mûr et la douce philosophie de la vieillesse. Les plus aimables vieillards sont ceux qui réunissent ces qualités, surtout s'ils se garent de l'égoïsme. S'il y a des âges gais, il y a des peuples gais; le Français est gai ; on dit couramment : la gaieté française. Si l'on en pouvait douter, on n'aurait qu'à passer quelques instants au milieu de soldats et de marins en dehors du service ou dans un atelier. Les chants, les cris, les lazzis se succèdent, et celui qui ne rit pas est bientôt remarqué; peu, du reste, résistent à cet entrain, car le rire appelle le rire. La gaieté n'est pas la vivacité; nombre de gens à caractère calme sont d'un naturel très gai.
L'Enjouement est une forme de la gaieté ; il est comme la gaieté chronique. Ce mot éveille dans l'esprit une idée de grâce : l'enfance et la jeunesse peuvent être enjouées; la vieillesse ne le peut pas. L'enjouement est pour une bonne part dans ce qu'on nomme un heureux caractère ; c'est un état permanent qui donne à la physionomie un cachet particulier, et à l'individu une allure connue de tout le monde. Dire de quelqu'un qu'il a « l'air enjoué d le caractérise très bien.
Les Caractères francs. — La franchise est une qualité précieuse quand elle est tempérée par la mesure, l'intelligence et le bon sens ; l'homme qui a un caractère franc est celui qui, ne cachant jamais la vérité, exprime cette vérité dans toute sa personne. La franchise est comme visible et donne à celui qui la possède un aspect bien connu ; on dit couramment d'un homme : « Il a l'air franc »; d'autres qualités paraissent dans la physionomie, mais moins peut-être que celle-ci.
Ne pas mentir n'est que le commencement de la franchise, et cependant celle-ci ne consiste pas à dire toujours toute la vérité ; elle ne serait plus une qualité; elle est, je l'ai dit plus haut, faite de mesure et d'intelligence; je dirai plus, la vie sociale serait impossible sans cette mesure, laquelle n'est autre que le savoir-vivre.
Il est nombre de personnes qui poussent la franchise trop loin, jusqu'à la rudesse : le vocable : une rude franchise, est connu de tous ; ces hommes disent trop ce qu'ils pensent, entraînés par l'idée qu'il faut dire la vérité ; cependant, on le sait, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.
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C'est surtout dans le regard qu'apparaît la franchise; l'homme au caractère franc regarde en face, la tête haute et le port assuré; l'allure oblique, l'œil fuyant sont les opposés de l'air franc et ouvert; tout, du reste, dans l'aspect, décèle la franchise ou l'absence de cette qualité, à moins qu'une grande habitude du monde ou de la dissimulation, aidée d'un certain aplomb, ne puisse en imposer.
La franchise est la négation de la casuistique, laquelle est, au fond, l'art de marcher sur le bord de la vérité sans tomber dans l'erreur ; la sincérité est une forme de la franchise ; on dit aussi des hommes francs et sincères qu'ils ont le «caractère ouvert».
Les Caractères expansifs et démonstratifs. — Celui qui conte ses petites affaires à tout le monde a le caractère expansif ou communicatif ; il ne saurait se trouver en voyage ou dans un lieu public sans parler à son voisin ou à quelqu'un, ne pensant pas au médiocre intérêt qu'inspire ce qu'il dit à ses amis d'occasion; oubliant que le « moi » est haïssable, il parle de lui-même ou de ce qui le touche, et ne voit pas, sur le visage de ses interlocuteurs, combien tout cela leur est indifférent ; il s'étend en considérations et les appuie d'anecdotes; le lendemain, il a oublié ses nouveaux amis.
Quel intérêt peut-il leur porter? Le hasard les a mis sur sa route et les remplace par d'autres; à d'autres donc à subir ce besoin d'épanchement qui le caractérise; s'il a de l'esprit, il amuse, c'est une agréable rencontre; s'il n'en a pas, c'est un fâcheux, un bavard, en terme familier un raseur. Si le caractère expansif accompagne en général un bon naturel, il est loin de l'affirmer, il peut n'être qu'un vernis, une habitude; ainsi le peuple de Paris est naturellement expansif, et son expansion dérive de sa gaieté. En France, les Méridionaux le sont aussi, et ne sauraient, ainsi que l'ouvrier de Paris, s'empêcher de « parler à leur voisin ». Ils ont ce qu'on nomme volontiers le caractère « bon enfant » ; ceux, en petit nombre, qui n'ont pas ce caractère, sont réservés par naturel, éducation, indifférence ou morgue.
L'Entrain. — L'entrain est une des formes de la gaieté et de l'expansion, étant donnée une réunion de personnes qui, ne se connaissant pas, se regardentsans mot dire cl s'ennuient avec ensemble ; l'homme qui a de l'entrain met tout eu branle par sa gaieté ci sa
bonne humeur; par lui, la glace est rompue, sa gaieté communicative anime tout le monde, et l'agrément a remplacé l'ennui.
La Réserve. — Si l'homme au caractère expansif conte à tout le monde ses petites affaires, l'homme au caractère réservé en parle peu et n'occupe les autres de lui-même qu'en cas de nécessité. La réserve fait partie du tact, de la dignité, de la bonne éducation et donne aux rapports sociaux un grand agrément; les gens froids et flegmatiques sont facilement réservés. Il arrive trop souvent que la réserve, la dignité et la bonne tenue ne sont que les masques de l'insuffisance ; beaucoup qui n'ont rien à dire sont considérés comme gens qui, par réserve, contiennent le torrent des grandes pensées qui veulent s'échapper de leur bouche.
Si l'éducation n'avait d'autres mérites, elle aurait celui de dissimuler agréablement les imbéciles; les hommes élevés dans les maisons religieuses sont, en général, remarquables par ce vernis.
La Précision et la Correction. — Avoir de la précision dans le caractère, ou le caractère précis, c'est « savoir être à l'heure »; telle est la notion la plus vulgaire et la plus claire qu'on peut donner de cette qualité.
La précision se montre en nombre de circonstances ; ainsi, l'homme doué de ce caractère répondra d'une façon nette à une question quelconque. Tout le monde connaît l'opposé de la précision; un paysan, interrogé, ne répondra jamais nettement oui ou non, il entortillera sa réponse d'un vague incompréhensible, et il sera impossible d'en tirer un renseignement précis.
Je ne dirai qu'un mot de la correction de caractère, c'est une qualité générale qui fait partie de la sociabilité et qui en comprend beaucoup d'autres; l'homme au caractère correct est celui qui, sachant tout faire à son heure, obéit à toutes les obligations plus ou moins sérieuses qu'imposent les habitudes sociales; il devient facilement formaliste.
Les Caractères généreux, magnifiques, désintéressés, magnanimes. — J'entends ici par caractère généreux celui de l'homme qui donne volontiers ce qu'il possède. La remarque n'est pas inutile, car, pour beaucoup, l'homme qui a un généreux caractère a en même temps courage, grandeur d'âme, dévouement et nombre
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d'autres qualités. Généreux caractère pourrait être entendu comme synonyme de grand caractère. La générosité est donc la qualité d'après laquelle on donne facilement, et ne doit pas être confondue avec la charité, qui est la générosité raisonnée et appliquée à un but déterminé.
Nombre de gens attachent à ce qu'ils possèdent une valeur particulière et supérieure à la réalité. On leur offre un prix d'un objet quelconque dont ils veulent se défaire; ils doublent ce prix, se disant que, puisqu'on a remarqué cet objet, c'est qu'il a une haute valeur; d'autres, s'élevant sans cesse contre les vices des hommes, qui leur doivent toutes leurs misères, n'admettent pas qu'il y ait des pauvres : ils se détournent quand ils en rencontrent; aucun d'eux n'a le caractère généreux.
• Tout homme, dans quelque situation qu'il soit, peut avoir le caractère généreux ; mais quand cet homme est un grand de la terre, possède une grande fortune et en fait un noble usage, sa générosité devient de la magnificence. Ce mot, cependant, a peutêtre un sens plus étendu. Si Laurent de Médicis a mérité d'être appelé le Magnifique, ce n'est pas seulement par ses largesses, mais par la grandeur intelligente avec laquelle il a protégé l'industrie, le commerce et les arts, et a pu faire ainsi la gloire de Florence.
Le caractère magnanime est à l'honneur ce que la magnificence est à la générosité : il est comme l'excès de l'honneur. François Ier accueillant magnifiquement son ennemi Charles-Quint faisait preuve, surtout pour le temps, de magnanimité.
Le désintéressement est une autre forme de la générosité; plus répandu que la magnificence, il peut se rencontrer à tous les degrés de l'échelle sociale. Il est l'opposé de l'égoïsme. L'homme don! le caractère est désintéressé pense peu à lui, beaucoup aux autres; il s'efface facilement et fait passer l'intérêt d'aulrui avant le sien propre. Les caractères désintéressés sont les seuls qui, le courago aillant, soient propres au dévouement.
La générosité, la magnificence et le désintéressemenl sont compatibles avec l'économie, cette qualité n'étant autre que L'usage raisonné et bien entendu de cr qu'on possède. Si la générosité peut s'allier à L'économie, elle ne pout s'allier à la parcimonie, qui touohâ
à l'avarice. Je parle ici de l'économie véritable et bien entendue, et non de l'économie dite sordide, laquelle n'est que l'exagération de la parcimonie.
La Fermeté de caractère. — La fermeté de caractère, c'est le tenacem propositi d'Horace; l'expérience, la raison, le bon sens indiquent une ligne de conduite; l'homme au caractère ferme la suit, ne se laissant pas ébranler par des objections secondaires, à moins qu'il ne les trouve suffisantes et justes; il n'est, pour cela, ni tenace ni entêté; ce qu'il veut, il le veut bien, et il a de bonnes raisons pour le vouloir; en un mot, il marche droit et ferme vers un but que son libre arbitre lui a fait entrevoir.
La Témérité, les Caractères entreprenants et résolus. — La témérité de caractère est quelquefois le commencement du courage, mais n'est pas le courage lui-même; elle est le courage de l'enfance. Le téméraire s'aventure dans un chemin dangereux qu'il aurait pu éviter, ou exposera sa vie sans nécessité en marchant sur le bord d'un précipice ; il se rit des avertissements raisonnables et se croit plus brave que personne. La témérité est à peine une qualité; elle est quelquefois un défaut, car le téméraire devient facilement un bravache.
Les téméraires ont, en général, le caractère entreprenant et résolu ; ces qualités sont des formes du courage; on dit d'un homme entreprenant et résolu, qu'il est courageux jusqu'à la témérité.
La Fierté, la Hauteur. — La fierté de caractère est une qualité, elle est une forme de la dignité ; on dit d'un homme d'un caractère élevé : « Il est noble, fier et digne. » Elle est de tous les âges et de toutes les situations : l'Espagnol, du mendiant au grand seigneur, a le verbe haut, le geste superbe. Il a le caractère fier. Tout le monde connaît don César de Bazan.
La fierté a pour base l'estime de soi-même et le sentiment de sa propre valeur. Exagérée, elle devient facilement un défaut et tourne à l'arrogance.
La hauteur est une des formes de la fierté, mais avec une nuance peu flatteuse. Le vrai gentilhomme a de la fierté; le parvenu n'a que de la hauteur.
Le Caractère dévoué. — Le caractère dévoué n'est pas tout à
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fait ce qu'on entend par dévouement, il y a une nuance entre ces termes : le dernier s'entend plutôt d'un caractère héroïque; l'homme qui se précipite dans les flammes pour sauver son semblable fait un acte de dévouement : c'est un héros momentané qui peut n'avoir pas, dans l'existence de tous les jours, ce qu'on entend par caractère dévoué. Il est dans la nature de certains hommes de songer à ceux qui les entourent plus qu'à eux-mêmes ; ils sont, en un mot, l'opposé des égoïstes ; ils s'effacent sans cesse devant les désirs, les goûts ou les intérêts des autres, et sont toujours prêts à rendre service : ils ont le caractère dévoué. Ce caractère est de tous les jours et de tous les instants. L'homme qui en est doué se consacre non seulement aux autres ou à son entourage, mais il s'attache, se dévoue facilement à une idée élevée, comme la Bienfaisance, ou une œuvre qui en découle : la recherche des pauvres honteux, la moralisation de l'enfance abandonnée, etc.
En un mot, il fait plus aisément, et d'une façon plus suivie, le bien que tel homme vif et généreux, dont le mérite ne sera cependant pas moindre. Les actions d'éclat qu'on nomme des dévouements sublimes peuvent être son fait, mais moins peut-être que celui des gens à caractère ardent et passionné.
Les dévoués sont souvent victimes des autres, car, croyant difficilement au mal, ils sont faciles à tromper; les rusés et les malins tirent parti de cette faiblesse.
Je me demande si je dois comprendre dans cette étude des gens à bon caractère ceux qui aiment l'ordre, la symétrie; cela me parait douteux, car je serais entraîné à l'étude des goûts et je sortirais de mon sujet.