LES INFLUENCES QUI AGISSENT SUR LE CARACTÈRE
Ces influences sont nombreuses, je vais les passer en revue, en commençant par la principale : le tempérament.
Le Tempérament. — Dans l'état actuel de la physiologie, le mot « tempérament » répond à une notion un peu vague. On doit cependant admettre, d'après l'observation la plus élémentaire, qu'il est quatre sortes d'hommes : les sanguins, les nerveux, les lymphatiques et les bilieux, et que cette division répond à l'idée générale qu'on se fait de l'espèce. Ces tempéraments ont avec les caractères une telle affinité, qu'on dit en langage ordinaire : « il a agi suivant son tempérament », pour dire : ce suivant son caractère, »
Chaque homme naît avec un tempérament qu'il tient de ses parents ou de son milieu; par suite, la plupart des formes du caractère lui sont comme imposées : ainsi, les sanguins sont en général emportés, prodigues, gais, démonstratifs et résolus; les nerveux, maîtres d'eux-mêmes, précis, corrects et fermes, mais c'est chez eux qu'on rencontre le plus de jaloux, de frivoles et de moqueurs ; les lymphatiques sont en général calmes et placides, nonchalants et indifférents ; ils peuvent être faux et dissimulés; enfin, les bilieux ont peu de qualités : ils sont plutôt envieux, taquins, méfiants, bourrus, rusés, vindicatifs et concentrés.
Cette part faite à l'énoncé sommaire des caractères que la forme des tempéraments paraît imposer, j'ajouterai que je ne crois pas qu'il y ait une séparation tranchée entre les tempéraments. Je ne crois pas non plus que tel tempérament impose nécessairement tel ou tel caractère; ainsi, il n'est pas de gens qui ne soient que sanguins, et je ne crois pas que parce qu'un homme est sanguin il doive nécessairement être violent.
Tous, en effet, nous sommes des êtres intelligents, ayant notre libre arbitre et notre bon sens (plus ou moins naturellement); de plus, vivant en société, le hasard nous a placés dans un certain milieu ; or, ces forces, qui sont en dehors et au-dessus des tempéraments, ont sur eux une action considérable. Tel sanguin aura non
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seulement les formes de caractère que j'ai dites plus haut, mais s'il est intelligent et bien élevé, sa vivacité sera tempérée par l'enjouement, et sa violence par la générosité. Il sera résolu, mais en même temps bon, dévoué et poli.
Si le hasard a placé le sanguin dans une situation subalterne; si, pour vivre, il a besoin d'obéir, il saura dissimuler sa violence et montrer de la franchise et de l'activité. De même pour les autres formes de tempérament.
Il existe donc une corrélation intime entre les tempéraments et les formes de caractère; en un mot, l'influence des premiers est si considérable qu'il est permis de se demander si, alors qu'il naît avec un tempérament qui lui est imposé, l'homme est responsable des formes de caractère qui en dérivent. Cette responsabilité doit être atténuée suivant les espèces (comme on dit au Palais), et je serais disposé à excuser dans une certaine mesure le sanguin violent et le lymphatique paresseux.
Je prie de remarquer que j'ai dit, dans une certaine mesure : pour beaucoup de gens le tempérament ne fait qu'expliquer certains défauts ; pour moi, il les excuse ; c'est une nuance.
VAge. — L'influence de l'âge sur le caractère est incontestable; je vais essayer de l'analyser.
Commençons par l'enfance : il est entendu que je ne m'occupe ici que des enfants en général, car, par exception, il est des enfants qui ont les défauts ou les qualités de l'âge mûr; on en rencontre qui sont précis et sérieux, égoïstes et faux.
En général, les enfants sont vifs et turbulents; ils aiment le mouvement, qui non seulement leur est agréable, mais nécessaire à leur développement musculaire; il leur est imposé par la nature.
Les enfants forts sont remuants, alors que les chétifs et malingres sont inertes; ils sont aussi gais, enjoués et bruyants. A qui n'est-il pas arrivé de reconnaître le voisinage d'une pension ou d'un lycée, au bruit qui en sort? Ils sont, aussi, francs, sincères et démonstratifs . Ils paraissent insouciants, mais, chez eux, l'insouciance ne va pas jusqu'à être un défaut; ils ne font pas attention, voilà tout. En effet, comniiMil se préoccuperaient-ils comme il convienl d'une existence dont le sérieux dépasse le portée de leur esprit?
Les enfants manquent en général d'ordre et de précision; ils ont de plus une certaine légèreté de caractère qui ne leur permet pas de s'appesantir longtemps sur le même sujet et changent facilement de préoccupations. Ceux qui ont à les diriger peuvent utiliser habilement cette mobilité; de plus, ils ont des caprices et sont taquins.
Certaines formes de caractère leur appartiennent à peu près en propre : ainsi, la malice et la timidité ; d'autres sont fort rares chez eux : l'hypocrisie et l'égoïsme, par exemple.
Beaucoup ont une certaine indépendance de caractère qui a plutôt pour base la légèreté que l'orgueil. Ils sont ennemis de toute règle parce qu'ils n'en comprennent pas l'utilité et que cette règle les contrarie dans leurs jeux ou dans leurs caprices. Malheureusement, cette indépendance peut être le commencement de l'indiscipline, laquelle devient aisément le désordre et l'inconduite.
L'homme fait a, ou peut avoir, toutes les formes de caractère. Je ne parlerai ici que de celles qui lui sont propres. En fait de qualités, il se possède mieux; il a plus de sang- froid, plus de courage; ces caractères sont certainement dus au sentiment intime qu'il a de sa force; il est précis et correct, et en général plus généreux. Plus retors et plus rusé, il est aussi plus brutal; enfin, il est plus souvent distrait, résolu et audacieux.
Le vieillard, n'étant que la continuation de l'homme fait, voit ses qualités et ses défauts de caractère se modifier; les hommes simples, doux et bienveillants acquièrent en vieillissant une sérénité et une majesté qui font le charme de leurs cheveux blancs. Leur sagesse est faite de calme, de sang-froid et de sincérité ; chez eux, l'ardeur est remplacée par la réflexion, et la témérité par la dignité.
Est-ce le sentiment de sa faiblesse?... le vieillard est craintif, prudent, fuit le danger; beaucoup, se rattachant à la vie qui chaque jour les abandonne, deviennent tristes, irritables et grognons. Ils ne pensent qu'à eux, et l'égoïsme devient leur défaut dominant; l'avarice en est souvent la conséquence.
Le Sexe. — Étudier l'influence du sexe sur le caractère, c'est comparer l'homme et la femme ; le sujet serait facilement trop littéraire; aussi m'efforcerai-je de demeurer dans les limites de l'obser^ vation psychologique et de ne m'occuper que du caractère.
Les formes dominantes chez la femme sont, en fait de qualités, la douceur, la modestie, la finesse, la dignité et le dévouement; en fait de défauts, les caractères inquiets, moqueurs, craintifs, timorés, dissimulés et acariâtres, la malveillance et l'obstination.
Les caractères timides, bizarres, scrupuleux et malicieux s'observent aussi communément chez les femmes ; la prédominance de quelques-unes de ces formes sur les autres est certainement due au sentiment qu'ont les femmes de leur faiblesse relative.
Les femmes dites hommasses ont les qualités et les défauts des hommes.
Les modifications physiologiques qu'impose à la femme la reproduction de l'espèce, ont sur son caractère une influence très considérable et momentanée, mais je n'ai pas à m'en occuper ici.
Chez l'homme, dominent les formes de caractère qui ont pour base le sentiment qu'il a de sa force et de la prééminence de l'espèce. Il est le roi de la nature; rien d'étonnant que son caractère soit empreint dé cette royauté : ainsi il est maître de lui, réservé, courageux, généreux ou magnifique, ferme, fier et entreprenant, etc. Ses défauts peuvent être la violence, la brutalité, l'obstination, le caractère autoritaire, la fourberie, la dissimulation, etc.
Il est .entendu que les formes de caractère de l'homme fait sont celles qu'il peut manifester librement, quand il est le maître; si, pour vivre, il doit obéir, les manifestations du caractère sont singulièrement atténuées, surtout celles des défauts ; j'ai déjà émis cette remarque.
Les Milieux. — Vivant en société, l'homme ne peut avoir que trois situations : commander, obéir et vivre avec des égaux. En tous cas, dans sa famille, il est le maître. Quelles sont les influences que peuvent avoir ces situations sur le caractère?
Dans les sociétés primitives ou sauvages, ainsi que dans la plupart des sociétés animales, le chef est le plus fort, le plus intelligent, le plus rusé, celui en un mot qui peut rendre le plus de services à la communauté. De cette situation découle le pouvoir absolu.
Aujourd'hui, dans notre société, il est difficile de se faire une idée exacte de ce que peut être le caractère de cet homme toutpuissant qui commande sans contrôle et sans lois; il n'est jamais
contredit : il n'obéit qu'à sa volonté, qu'à son caprice, ou plutôt à son naturel. S'il est né bon, c'est un bon roi, saint Louis, par exemple; s'il est né fourbe, fanatique ou féroce, c'est un Philippe II, un Néron, un Louis XI.
Aujourd'hui, en Europe, sauf peut-être en Russie, les dévergondages de caractère de ces hommes seraient impossibles. Encore dans les pays où un homme seul a la suprême puissance, l'opinion publique, le respect humain et la presse, plus forts que tout homme, si puissant qu'il soit, tempéreraient son caractère.
Quand l'homme vit avec des égaux, son caractère a pour frein le caractère et la liberté d'autrui. C'est une contrainte, je le reconnais; mais sans cette contrainte il n'y aurait pas de société possible. C'est dans ces conditions que j'ai placé les types de caractères que j'ai décrits; c'est dans les mêmes conditions, excellentes en tous points, que sont placés les écoliers et les soldats; aussi, on le sait, les caractères insupportables dans la famille sont heureusement modifiés par le lycée et par le régiment.
L'action bienfaisante de la vie en commun peut être considérée comme un type de l'influence du milieu.
Dans la troisième situation, quand l'homme est contraint d'obéir, son caractère se plie à la nécessité. S'il est intelligent, il saura cacher ses défauts : le violent ne sera qu'ardent, le brutal paraîtra franc, et l'impudent sera expansif et résolu. Mais il n'est pas besoin d'une grande attention pour reconnaître chez ces inférieurs l'obséquiosité, l'hypocrisie et la ruse. Ce ne' sont que des sournois!
Il est cependant un milieu, je l'ai dit plus haut, dans lequel tout homme est le maître, qu'il commande ou obéisse ailleurs : c'est la famille. Là, il peut se laisser aller à son caractère et donner à ses défauts libre carrière. Combien d'hommes qui, avec leurs égaux ou leurs supérieurs, paraissent avoir toutes les qualités, et qui, dans leur intérieur, sont insupportables!- Il n'est pas un des lecteurs de ces lignes qui n'en puisse citer des exemples.
Je n'ai jusqu'ici considéré le milieu dans lequel vit l'homme qu'au point de vue social; les influences, que j'étudie plus loin, me paraissent répondre aux autres sens du mot milieu.
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Les Climats et la Température. — C'est plutôt sur le caractère des nations que le climat exerce son influence; mais comme les nations ne sont que des agrégations d'individus, cette influence agit sur chaque homme.
Je commence par dire que je ne fais ici que des remarques générales, car sous tous les climats on rencontre tous les caractères. L'influence des climats est très complexe; par suite, d'une analyse difficile. Est-ce, en effet, le froid ou le chaud qui ont sur le caractère une influence qui paraît certaine, ou le climat n'est-il pas l'origine de mœurs, de passions ou d'habitudes qui agissent sur les caractères?
Prenons des exemples : le climat excessif des régions polaires impose à leurs habitants des nécessités qui influent sur leurs caractères; mais dans l'état actuel de la science, il est impossible d'affirmer que cette influence est due à l'action directe du froid sur leur cerveau. L'influence du climat est donc plutôt générale et secondaire. La principale de ces nécessités est la lutte sans merci contre les éléments. De là découlent la violence, la brutalité, la ruse, l'audace, le sang-froid, etc., sans compter les modifications de caractère qui naissent des habitudes d'intempérance, si ordinaires sur ces terres glacées.
Dans le Nord proprement dit, les mœurs sont plus douces, et la civilisation atteint son maximum de perfection; les caractères subissent nécessairement cette influence. Il est permis d'affirmer que les hommes du Nord sont plus corrects, plus sérieux et plus froids que les hommes du Midi, et que leurs défauts principaux sont la brutalité, l'entêtement, la roideur et la fausseté.
Dans ces pays, on inculque môme aux petits enfants des habitudes de calme et de sérieux. Je me souviens qu'un jour, à Harlem, m'étant assis, au Bois, auprès d'un bel enfant de dix-huit mois à deux ans couché dans sa petite voiture, je fus frappé do son immobilité et de son calme. Ayant demandé à sa bonne s'il était toujours ainsi, elle me répondit : « Ah! Monsieur, s'il s'agitait, il sérail puni, on le gronderait, ou bien c'est qu'il serait malade! » Singulière l'acon de comprendre le besoin de mouvemenl que la nature impose aux petits enfants !
Sous les climats du Midi, les caractères sont absolument différents : l'homme est violent, vindicatif, audacieux, bruyant et ardent, etc.; la femme, fière, gracieuse, frivole et malicieuse, etc.
Sous les climats très cbauds, les caractères diffèrent encore. En outre des qualités et des défauts des hommes du Midi, on remarque chez les habitants de ces pays, à côté de l'ardeur et de la violenoe, une nonchalance incroyable. L'agitation et le mouvement, qui sont comme une nécessité dans les pays à climat tempéré, sont un excès et une fatigue. L'existence du créole est la preuve de ce que j'avance.
Les zones tempérées renferment tous les caractères, et il me paraît que l'influence du climat ne mérite d'être notée que dans les extrêmes.
Je ne dirai qu'un mot de l'influence de la température.
Les caractères se modifient-ils suivant les saisons? Cela est probable. Il ressort des statistiques criminelles que les délits et les crimes sont plus fréquents en été qu'en hiver, et il est certain que la plupart des révolutions ont eu lieu en temps chaud, sauf cependant la révolution de Février ; mais il faisait ce jour-là un temps magnifique et nullement froid.
Le Régime. — L'homme étant omnivore, sa santé s'accommode des régimes les plus opposés (je ne veux parler ici que du régime alimentaire) : les végétariens se portent aussi bien que ceux qui mangent de la viande, et le caractère de tous est semblable. Il est cependant de tradition que les anachorètes, qui ne vivaient que de racines et ne buvaient que de l'eau, étaient des hommes parfaits. Cependant, en ce qui concerne le caractère de saint Antoine, de saint Jérôme ou d'autres ermites, il me sera permis d'exprimer quelques doutes scientifiques.
Certains excès de régime ont sur le caractère une influence non douteuse : les excès alcooliques, par exemple. Mais nous sommes ici en face d'une sorte d'intoxication; l'homme qui en est la victime n'est plus en état complet de santé.
Une autre forme d'excès de régime a de l'influence sur le caractère : je veux parler de l'excès de nourriture. Il est des milieux : la campagne, les petites villes, la vie du bord, dans lesquels l'existence
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intellectuelle a peu de ressources; les satisfactions de l'estomac y suppléent : bien manger est un plaisir qui prime les autres. Mais cette satisfaction a de tristes conséquences en ce qui touche le caractère : ces gens sont en général brutaux et emportés, inquiets et obstinés, vantards et susceptibles, etc. Tels sont quelques-uns des défauts qu'acquiert un homme dans ces conditions, alors que, placé dans un milieu où l'on mange seulement pour vivre, il aurait eu le meilleur des caractères.
Les Passions et les Vices. — On ferait un livre; je dirai plus, un grand écrivain ferait un beau livre sur «. l'influence des passions et des vices sur le caractère ». Telle n'est pas mon ambition ; je n'en dirai que quelques mots, n'oubliant pas qu'une modeste étude sur le caractère de l'homme n'est pas un traité de haute morale.
L'état d'esprit qu'on nomme le « bon caractère » s'appelle aussi 1' « égalité d'humeur ». Cette expression dit clairement que la condition du bon caractère est l'équilibre entre les goûts, les désirs, les habitudes et la volonté, lesquels constituent ce qu'on nomme 1' « humeur ».
Or, est- il rien de plus contraire à cet équilibre qu'une passion quelconque? L'essence même de toute passion n'est-elle pas, en effet, la prédominance considérable d'un goût, d'un désir ou d'une volonté élevés momentanément à leur maximum d'intensité? Il est facile de comprendre ce que peut devenir le caractère d'un homme ainsi possédé.
Bien qu'il n'entre pas dans mon sujet de faire l'analyse des passions, je dirai quelques mots de ces modalités intellectuelles.
Quel que soit le mobile d'une passion, l'amour, le jeu ou quelque autre goût exalté jusqu'à l'extrême, celui qui lui appartient perd sa liberté. Emporté loin de la réalité, il voit les choses sous un jour spécial, semblable à l'homme qui, couvrant ses yeux de verres variés, voit tout en rose ou en noir, grossi ou rapetissé. Le passionné obéit aux oscillations de son âme; emporté dans cette tourmente, son caractère subit les modifications les plus singulières.
L'homme qui est la victime d'une passion, absorbé par sa pensée, néglige, oublie ou dédaigne tout ce qui n'est pas l'idéal qu'il poursuit, ou plutôt par lequel il est poursuivi : il est distrait, inquiet,
susceptible, ombrageux et jaloux. Si c'est l'amour qui le mène, parle- 1- on devant lui et sans égards de ce qui l'occupe tout entier, il s'emporte et s'exalte. Faut-il cacher sa passion, la ruse et la dissimulation viendront à son aide : il aura le courage, la force de caractère et la résolution que comportent les situations périlleuses, et sera au besoin frivole, audacieux et prodigue; il sera dévoué jusqu'au sublime, emporté jusqu'au crime.
Pour les gens qui l'entourent et s'agitent dans les modestes réalités, c'est un bizarre, un fantasque, un fou, alors qu'il est souvent un héros.
Mais je m'arrête, car trop d'analyse ressemblerait à un manque d'égards, et il ne faut pas imiter les enfants qui éventrent leurs joujoux. Honorons les passions quand elles méritent d'être honorées. Nobles, elles grandissent l'humanité et méritent le respect de tous... même celui des philosophes. Les grandes passions ne font-elles pas les grands caractères?...
L'influence des vices sur le caractère est autre. Ils ne relèvent jamais, ils l'abaissent toujours. Tel homme qui a un caractère excellent et nombre de qualités devient vicieux; il s'éprend du libertinage, de l'ivrognerie ou du jeu. Que deviennent ses qualités?... Les exemples, hélas! ne manquent pas pour répondre, et pas un de mes lecteurs ne serait embarrassé pour en fournir.
Le premier soin du vicieux est de cacher ses vices, car il sait le mépris qu'ils inspirent. Il lui faut mentir, mentir toujours! Beaucoup arrivent dans cet exercice à une singulière habileté. Malheureusement pour eux, la franchise disparaît de leur visage : le regard devient faux et oblique, la ruse perce dans leurs discours, et bientôt leurs débordements ne sont un secret pour personne.
Voyez ce libertin, ce libertin crapuleux; il était honnête, franc et bon, mais esclave de ses vices! Il lui faut leur obéir avant tout! Il se glisse dans l'ombre, ment sans rougir à tout le monde et devient impudent et retors. Plus encore : le sentiment de l'honneur s'éloigne de lui, et de compromis en compromis, de chute en chute, il commet des indélicatesses, fait des faux ou quelque autre infamie ; son sens moral a sombré dans la tourmente. Le malheureux est joueur! Son vice le domine et lui fait oublier que l'or qu'il risque sur une carte
est le pain de ses enfants. Il n'a de bontés que pour ceux qui l'aident à se perdre, et, brutal chez lui, il ne connaît que sa passion. Son sens moral disparaît comme celui du libertin : il se déshonore, et la catastrophe yenue, finit par une lâcheté : il se tue!
Que dire de l'ivrogne? Il est peut-être moins infâme! il est certainement moins dangereux, car ses qualités disparaissent plus tôt, et l'abrutissement ne tarde pas à obscurcir sa pensée et son caractère. Il n'est pas plus excusable, mais son vice est si apparent que ceux qui l'entourent se garent davantage de lui.
Le Beau. — Le beau, quelle que soit la forme sous laquelle il se montre à l'homme, qu'il soit l'œuvre de la nature ou du génie, a une influence sur le caractère; mais cette influence est indirecte. En effet, il agrandit l'intelligence, et sa contemplation élève l'âme au-dessus des réalités de l'existence ; perfectionnant ainsi la nature humaine, il rehausse le caractère.
Cette action, comprise des anciens, était figurée par la fiction ingénieuse d'Orphée charmant les animaux. Il est cependant une condition pour que le beau ait une action sur l'homme : c'est que celui-ci le comprenne et le sente. Les montagnards et les riverains des mers voient-ils la grandeur des paysages près desquels ils sont nés? Rien de plus douteux, au moins pour la plupart. Et combien sont-ils ceux qui n'ont pas même entrevu le charme de Raphaël, la magnificence de Rubens et la grâce de Greuze!...
On ne peut cependant nier que les beautés de la nature, ou plutôt son caractère, n'aient sur l'homme une sorte d'action latente. Rien de plus frappant, par exemple, pour celui qui parcourt la Bretagne, que l'harmonie qui existe entre ce pays et les Bretons! Ces landes austères, ces roches sauvages et cette mer grandiose ont pour habitants et pour riverains des hommes sérieux cl austères comme elles, et des femmes vêtues de noir. Leur caractère est dur comme leurs rochers, mais sincère comme leur foi. De même le Cévenol el l'habitant des causses de la Lozère sont sérieux et austères comme leurs montagnes et comme les pays désolés où ils sonl nés.
Ils aiment ces pays! Car ne voil-mi pas 1res smivenl ces homme8 — les montagnards en particulier — loin de leur foyer, languir ri souffrir de ce mal singulier qu'on nomme le « mal du pays »! Ils
ne raisonnent pas leur douleur, et si heureux qu'ils soient dans leur nouvelle patrie, ils souffrent et ne guérissent qu'en retournant dans leurs montagnes. Il semble qu'il en est de même pour les habitants de pays aux immenses horizons, comme les landes, les steppes et les rivages des mers.
A l'opposé, visitez les bords charmants de la Méditerranée; les caractères y sont gais comme le soleil : on y chante, on y danse ; les femmes sont vêtues de couleurs claires, et l'enjouement a remplacé l'austérité : c'est toujours le pays de la noble Laure et de la douce Mireille !
Il en est de mêmedes œuvres d'art, nées du génie de l'homme : leur action sur la nature humaine est lente, mais certaine. Ainsi, on ne peut nier que Paris ne soit le centre artistique du monde civilisé : l'art est comme l'atmosphère de la capitale de la civilisation. D'où vient cette puissance créatrice qui donne de temps à autre le jour à un génie, comme Victor Hugo, Ingres ou Halévy?... Il n'est pas douteux que le grand nombre de belles œuvres que renferment nos musées, notre musique, notre littérature et nos théâtres n'en soit l'origine. De là sort le goût français qui fait de nos industries d'art les reines des industries, et ce sentiment artistique, élevé, qui s'impose au monde.
Mais, me dira-t-on, quelle action peut avoir sur le caractère ce sentiment du beau dans les arts?... Prenons les artistes comme types, car, de tous les hommes, ce sont ceux qui, avec ou sans génie, portent le plus haut le culte de l'art.
Au premier abord, ils ont le caractère de tout le monde; cependant, par l'analyse, on reconnaît aisément chez eux la prédominance de certaines qualités et de certains défauts. Leur amour-propre est excessif, et va chez quelques-uns jusqu'à l'orgueil : ils sont susceptibles, vantards, fanfarons et insouciants de l'avenir; ceux qui sont riches sont prodigues. Mais combien rachètent ces défauts par des qualités précieuses! La principale est l'indépendance de leur caractère, laquelle, le dirâi-je en passant, peut malheureusement amener l'indépendance du dessin, de l'harmonie et de la grammaire.
De plus, ils ont la gaieté, la dignité, le désintéressement et la générosité; aujourd'hui, le souci de paraître et les grands besoins
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de la vie peuvent obscurcir ces mérites, mais ils sont de tous les temps; l'histoire des grands artistes dit les somptuosités de Rubens, l'indépendance de Michel-Ange et la vanité de Listz.
Si j'ai pris les artistes pour types des hommes qui sont sensibles au beau, je ne méconnais pas qu'il est, en dehors d'eux, nombre de personnes qui ont le même privilège. N'est-il pas certain que Florence doit aux Médicis sa royauté artistique de la Renaissance?
Ces hommes qui savent goûter les jouissances que donne le beau, quelle que soit son origine, sont des intelligences d'ordre élevé; leur nature est supérieure et leur caractère se ressent de cette supériorité. Ils ont la franchise, l'indépendance et souvent la hauteur et le désintéressement des artistes.
L'Éducation. — J'entends ici le mot « éducation » dans son sens le plus large, comme l'ensemble des acquisitions intellectuelles et physiques qui élèvent l'homme civilisé au-dessus de l'homme de la nature. L'éducation comprend donc et l'instruction et les habitudes sociales.
Il n'est pas douteux que l'éducation n'ait sur le caractère une influence considérable; nous allons voir comment.
L'homme vit en société; par suite, il est, la plupart du temps, obligé de dissimuler ses défauts, et il les dissimule avec d'autant plus de soin qu'il occupe une situation plus élevée. Beaucoup de ces défauts, cependant, peuvent disparaître par la seule action de l'éducation. Prenons un exemple : un enfant au caractère violent, emporté, indiscipliné, est élevé dans un lycée; cette existence égalitaire le modifie, car ses camarades se chargent de lui enlever chaque jour quelque aspérité; de plus, son intelligence se développe et son instruction s'affermit. Il était obstiné, autoritaire, impudent, orgueilleux; bientôt, subissant doucement l'action bienfaisante et de son entourage et des nobles exemples qui lui sont racontés dans ses livres, il grandit, son orgueil se transforme en dignité et son obstination en force de caractère.
Les habitudes sociales sont un composé de politesse, de savoirvivre et de respect des convenances et des usages; leur action sur le caractère est considérable; un mot les résume : le mot « éducation » (pris dans son sens étroit). Par elle les hommes sont divisés en
classes qui ont leurs traditions, leurs usages et leurs lois; aucune de ces lois n'est écrite et aucun tribunal ne les applique; elles ont cependant des sanctions qui peuvent être terribles, car elles se nomment le ridicule, la honte et le déshonneur; nul ne s'y peut soustraire, à moins d'être reconnu pour un original à éviter ou pour un misérable à mépriser. Ces lois sont la sauvegarde de l'état desociété, elles sont comme les annexes de leurs grandes sœurs que renferment les codes; sans elles, la civilisation serait en péril, car du haut au bas de la société humaine et dans tout pays civilisé, elles sont le lien qui unit les classes entre elles. Ce lien est puissant, et à l'heure d'un danger nous le verrons modifier singulièrement les caractères.
Prenons un exemple qui nous fera comprendre mieux qu'un développement théorique :
Une ville est surprise par un tremblement de terre, une inondation, un grand incendie; on fuit, et les habitants, épouvantés, se groupent à l'abri du danger. Ici, plus de classes, il n'y a que des hommes, des femmes et des enfants, des forts et des faibles, que menace la même mort; alors, le lien dont j'ai parlé plus haut se resserre, et apparaissent les vertus qui sont l'honneur de l'humanité : le dévouement, le courage, la charité, ou les faiblesses, qui sont sa honte. Les qualités du caractère se dessinent, le sang-froid regarde le danger en face, la résolution le combat : la jeune mère, hier dédaigneuse et hautaine, donne le sein à l'enfant du pauvre que le désastre vient de rendre orphelin ; la paysanne réchauffe dans ses bras le gentilhomme évanoui, et les jeunes courent tous au danger sous les ordres d'un chef qu'ils se donnent et qui est toujours le plus intelligent et le plus intrépide.
Est-ce à dire que, le danger passé, les caractères seront modifiés?... Rien n'est plus douteux : l'influence n'était que momentanée, ils redeviendront ce qu'ils étaient auparavant. Il ne restera avec les traces du désastre que le souvenir ému de cette grande solidarité, qui, sœur du patriotisme, est la sauvegarde de la civilisation.
Plus s'élèvent les degrés de la société, plus grandissent les obligations du savoir-vivre, plus aussi grandit la contrainte qui force l'homme de bonne compagnie à cacher son caractère et à paraître
ce qu'il n'est pas ; loin de ses pareils, il se dédommage comme il peut, et ils ne sont pas rares les hommes bien élevés qui, ne pouvant battre leurs femmes, font passer leurs colères en rossant leurs chevaux ou leurs chiens.
Ces obligations sont telles que l'honneur et la vie d'un homme peuvent être à la merci d'un sourire et subissent les plus dures lois. N'oublions pas que l'honneur exige qu'une dette de jeu soit payée dans les vingt-quatre heures, et qu'un coup d'éventail a provoqué la conquête de l'Algérie.
Le Travail. — « L'oisiveté est la mère de tous les vices, » dit-on aux enfants qui ne travaillent pas. C'est peut-être beaucoup affirmer, mais il est certain que le caractère de l'homme qui travaille ne ressemble pas à celui de l'homme qui ne travaille pas. Le premier est précis et correct, ses goûts sont simples, et il est en général sincère et expansif ; il peut être fin et rusé, susceptible et jaloux, mais il n'a pas le temps d'être retors et vindicatif.
L'oisif, au contraire, à quelque classe qu'il appartienne, livré à lui-même tout le jour, subit plus facilement les mauvaises influences, ce II faut bien tuer le temps, » dit-il, et il se laisse aller à des défauts qui deviennent des vices. Les oisifs sont vantards, indisciplinés, fourbes, et ce sont eux qui, devenus des vagabonds, et pis encore, alimentent pour la plus grande part les prisons, le bagne et l'échafaud.
Le travail porte en lui une influence si moralisatrice que, dans les classes inférieures, l'homme qui ne travaille pas, « le fainéant, » est peu estimé. — Il faut qu'il mange, dit-on; — s'il mange et ne travaille pas, d'où tire-t-il ses ressources? L'origine n'en saurait être honorable, et on le méprise. Le travail forcé n'est-il pas, dans la plupart des pays civilisés, le complément bienfaisant d'un mode de réclusion?
Il est des conditions dans lesquelles, sans être malade, nu homme doit subir une sorte d'inaction; dans ce cas, smi caractère s'altère et ses défauts l'emportent bientôt sur ses qualités.
Les Voyages. — Il est une circonstance dans laquelle l'homme, moins soumis ;i un obligations qu'impose son milieu ordinaire et plus indépendant, montre plus aisément bod véritable caractère : je
veux parler des longs voyages. Loin de son pays, inconnu de tous, il ne craint pas les regards de l'entourage, il n'a pas à se gêner, et son naturel montre toutes ses aspérités; aussi est-il de notion vulgaire que, pour connaître les gens, il faut avoir voyagé avec eux.
Quelles sont les formes de caractères qui dominent chez les voyageurs? Les principales sont : la précision, le sang-froid et la fermeté. Trop souvent ces qualités manquent aux voyageurs. Ils sont alors inutilement grognons, agités, tapageurs, impatients, surtout les Français ; d'autres sont hâbleurs, justifiant le dicton : « A beau mentir qui vient de loin ; » d'autres, pris de vanité, font étalage de distinctions imaginaires, ne pensant pas qu'ils rencontreront un compatriote au détour de la route.
Quelles que soient les modifications que les voyages amènent dans les caractères, elles sont peu durables, et le plus insupportable des voyageurs peut, revenant chez lui, être un bon père de famille et un aimable compagnon.
L'Instinct de la Conservation. — Ce sentiment est naturel chez les animaux, et le premier de tous, l'homme, le possède comme les autres; seulement, chez les animaux supérieurs qui possèdent des moyens d'attaque et de défense, il est singulièrement modifié par le courage.
Deux sortes de dangers menacent la vie de l'homme : ceux contre lesquels toute lutte est impossible, comme les tremblements de terre, les éruptions de volcans, etc., et ceux contre lesquels la lutte est possible, comme les périls de la guerre, les incendies, les tempêtes; tous éveillent l'instinct de la conservation.
Qu'arrive-t-il, par exemple, dans l'éruption d'un volcan, et que deviennent les caractères devant le danger d'une mort épouvantable?
On fuit, affolé; seuls de sang-froid, quelques hommes dirigent les fuyards ; les craintifs poussent des cris et augmentent l'épouvante ; les dévoués se précipitent au secours des faibles, et les égoïstes ne s'occupent de personne. L'audace, le sang-froid et la force de caractère sont les qualités qui sauvent le plus grand nombre d'existences.
L'homme peut-il quelque chose contre le danger, alors se montrent les formes de caractère que résume le mot « courage », telles que la fermeté, la résolution, l'audace.
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Les plus vaillants ou les plus téméraires, emportés par le dévouement, ne songent plus à leur vie et deviennent des héros; les prudents raisonnent le danger, écoutent le naturel, et s'ils peuvent sans lâcheté se mettre à l'abri, ne risquent pas inutilement leur vie ; les lâches et les égoïstes trouvent facilement une bonne raison pour laisser mourir les autres. Ils sont comme le guerrier des Caractères de Théophraste, qui s'aperçoit, pendant le combat, qu'il a oublié son ceinturon dans sa tente. Le péril passé, l'homme ne craint plus pour sa vie, et redevient ce qu'il était auparavant.
Il est, cependant, une existence dans laquelle un danger permanent modifie le caractère d'une façon durable : je veux parler de la vie du marin. ...
Une planche le sépare de la mort, et il n'y songe pas ; cependant il subit l'action latente de ce péril permanent; à bord, il est sérieux, souvent austère; précis et correct, il obéit sans murmurer à son chef qu'il vénère ; sa franchise égale sa rudesse, et il a la simplicité d'un enfant; en revanche, il est souvent bourru, brutal et emporté.
D'où vient cette allure professionnelle? Il est difficile de le savoir, niais elle est un fait à constater; elle est peut-être due au sentiment intime qu'a l'homme de sa faiblesse devant la mer. En tout cas, le marin cache cette faiblesse, comme sa foi, au plus profond de son être.
On a pu croire que le spectacle de la mer agissait sur le caractère du marin par sa grandeur. Je ne suis pas de cet avis. Le marin n'est pas artiste et, pour lui, la mer n'est pas belle, elle n'est que profonde et terrible.
Le Sommeil provoqué. — Le somnambulisme spontané étant un état pathologique, j'étudierai son influence dans la deuxième partie de ce travail. Je ne rechercherai ici que l'influence que peut avoir sur le caractère le sommeil provoqué chez l'homme à l'état de santé par un des moyens connus et employés chaque jour, lequel sommeil s'accompagne le plus souvent de somnambulisme.
Dans cet état nouveau, dans cette condition seconde, qui modifie profondément la personnalité, les sentiments et la volonté sont particulièrement atteints. Je ne m'occuperai que des modifications des sentiments qui entraînent celles du caractère.
L'hypnotisé est autre : il était violent, il peut devenir calme ; méchant, il peut devenir doux, etc.; mais ces modifications suggérées à un homme endormi sont-elles durables? J'avoue partager les doutes de M. Bernheim, de Nancy.
Sur ce sujet difficile et délicat, la science n'est pas encore faite. Il est cependant permis d'espérer que la médecine mentale et la pédagogie y trouveront une source de progrès. Je base particulièrement cette espérance sur des observations qu'a publiées M. Auguste Voisin, médecin de la Salpêtrière, et sur un travail lu par M. le Dr Bérillon, à la dernière session de l'Association française pour l'avancement des sciences, à Nancy.
Voici des extraits des faits curieux observés par M. Voisin; je n'ai pas à insister sur leur intérêt (1).
Observation I. — Jeanne X..., âgée de vingt-deux ans, atteinte de folie hystérique, est insoumise, violente, ordurière et malpropre ; son caractère est détestable et sa tenue déplorable. M. Voisin lui suggère pendant le sommeil provoqué les formes de caractère qui lui font défaut, et, après un traitement long et patient, elle a totalement guéri de sa folie hystérique. De plus, son caractère s'est amélioré à un tel point qu'elle a pu être admise comme infirmière dans un hôpital de Paris.
Obs. IL — Pauline D..., âgée de vingt et un ans, est atteinte d'hystéroépilepsie, et son caractère est difficile, colère et dominateur; elle est exigeante, vaniteuse et frivole à l'excès ; soumise pendant plusieurs mois à la suggestion hypnotique, ses idées délirantes ont disparu et son caractère s'est singulièrement amélioré.
Obs. III. — Mme M..., hallucinée, avait un caractère insupportable, sa violence dépassait toutes les bornes ; grâce à la suggestion hypnotique, elle est devenue douce et ne se laisse plus aller à sa colère.
En ce qui touche la pédagogie, il ressort d'un travail de M. Bérillon que la suggestion hypnotique peut modifier le caractère des jeunes enfants.
Voici deux faits. Je les cite textuellement :
I. — Un jeune collégien, robuste et bien portant, offre spontanément de se laisser hypnotiser pour montrer qu'il n'a pas peur. Pendant qu'il dormait,
(') Voir la Revue de l'Hypnotisme (juillet et août 1886).
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la mère raconta au docteur Liebault, de Nancy, qui l'avait endormi, qu'il n'avait jamais été que le dernier de sa classe parce qu'il refusait obstinément de travailler. Pendant son sommeil, il lui fut suggéré de mettre plus d'application dans ses études; le résultat fut complet. Pendant six semaines, il donna l'exemple d'une assiduité et d'une application inaccoutumées, à tel point qu'il fut deux fois le premier de sa classe.
II. Un idiot n'avait jamais été accessible à aucune culture intellectuelle; on n'avait jamais pu lui apprendre ni à lire ni à compter. M. Liebault le soumit à de fréquentes séances d'hypnotisme, pendant lesquelles il s'efforça, par suggestion, de développer chez lui la faculté d'attention tout à fait absente; au bout de deux mois, cet idiot connaissait ses lettres et les quatre règles.
Espérons que ces faits seront le germe d'une Orthopédie m,orale, suivant le mot de M. Félix Hément; espérons aussi que les observations de M. Voisin nous ouvriront la voie pour améliorer ou guérir certaines formes d'aliénation mentale et redresser les caractères.
Je m'arrête, car développer ces questions serait sortir de mon sujet.