‹ Hypnotisme et spiritismeChapitre 23 sur 66 · LES DEVINS CHEZ LES CAFRES · texte numérisé non relu

LES DEVINS CHEZ LES CAFRES

La superstition joue un grand rôle dans les rapports sociaux des Cafres ; elle fait partie des lois, des coutumes et de la religion, laquelle consiste dans le culte des esprits des morts.

Les devins, appelés isanousi ou isangona, peuvent être regardés comme des prêtres, servent d'intermédiaires entre les vivants et les morts, et leur influence en bien ou en mal et leur ascen-

dant sont sans limites. Hommes et femmes peuvent également devenir devins, et ces derniers forment chez ces peuples une classe bien distincte.

Les Européens confondent à tort devins et sorciers. C'est insulter Yisangona, devin, que de l'appeler unlahili) sorcier. Tandis que le second exerce par intérêt, le premier, sorte de fonctionnaire religieux, travaille pour le bien public, est le protecteur du peuple, a pour mission de confondre les coupables et les sorciers, de les faire juger et punir.

Avant de proclamer un devin, on éprouve son aptitude à découvrir les voleurs, les objets perdus ou cachés exprès, à reconnaître les maladies et leurs causes. 11 doit être capable de communiquer avec les esprils des morts, pour indiquer leurs désirs et leurs oracles. Ici l'imagination et la fraude peuvent avoir beau jeu.

Qui a des rêves agités et les nerfs sensibles est regardé comme propre à entrer en rapport avec les esprits et à devenir devin, et c'est pourquoi les femmes y ont le plus de dispositions. Le candidat doit subir un examen public et être instruit quelque temps par un devin savant et âgé. Si ses oracles se vérifient, il devient célèbre et se fait une clientèle lucrative. S'il se trompe, il dit, comme disent souvent les spirites, que les esprits l'ont trompé ou qu'ils étaient mal disposés.

Citons ici la curieuse confession d'une vieille

Cafre de Marianhill, nommée Paula, devenue chrétienne à l'âge de douze ans, et qui exerça quarante ans avec gloire l'art divinatoire. « Dans ma jeunesse, à mon troisième enfant, j'eus des convulsions et des visions. Mon père, devin célèbre, dit : « Apportez-la moi. je veux la rendre clairvoyante ». Après avoir difficilement Obtenu le consentement de mon mari, mon père, aidé d'un autre devin, m'apprit à voir clair dans les mystères. Ils me donnèrent les trois bonnes médecines, de bonté, de mansuétude et d'accord avec les esprits défunts. J'en bus pendant trente jours, puis on me lava avec elles. Dès. lors les esprits me parlèrent, je vis en songe ceux des ancêtres, sous forme de lézards gris, et commençai à prophétiser. Le peuple me fit fête et m'écouta. A dix-sept ans le juge de Marienbourg me fit appeler pour découvrir des voleurs de chevaux. « Allez à la cascade d'Umgéni», dis-je, et c'est là qu'on retrouva les chevaux et les voleurs. »

Le devin, pour ses recherches, se sert d'os d'animaux et surtout de bâtons qu'il jette à terre. S'ils tombent horizontalement la réponse est négative, s'ils vont frapper le consultant, elle est positive. En cas de maladies, ils doivent aller frapper le siège du mal. D'après Tylor et le missionnaire Rowley, les mouvements de ces bâtons dans une direction déterminée servent à découvrir les voleurs.

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