INDE
C'est la terre classique de la magie et de l'occultisme. Nous y trouvons les fakirs, brahmanes du second degré qu'une longue initiation rend habiles à produire les phénomènes spirites.
Louis Jacolliot, consul à Bénarès, a pu approcher plusieurs d'entre eux et, bien que ne croyant pas à leurs théories spirites, il certifie que : 1° ils ne donnent pas de représentations devant une foule rendant le contrôle impossible; 2° le fakir opère seul et sans compère; 3° il est absolument nu, sauf parfois un caleçon large comme la main; 4° il n'a ni sac, ni boite à double fond, ni table préparée et autres objets dont se servent les prestidigitateurs d'Europe ; 5° il ne se sert que d'une baguette de bambou à sept nœuds et d'un petit sifflet, attaché à une touffe de ses longs cheveux; 6° il se place où l'on veut et opère quand on veut; 7° il accepte n'importe qui des assistants comme sujet à magnétiser; 8° si un objet quelconque lui est nécessaire, il vous prie de le choisir vous-même ; 9° il recommence ses expériences, autant de fois que l'on veut, pour le contrôle ; 10° enfin il ne se fait pas payer et n'accepte qu'une légère aumône, lorsqu'on la lui offre, pour le temple auquel il appartient.
Les principaux phénomènes, constatés par Jacolliot, chez le fakir Covindasamy, avec qui il
MEDIUMS ET S0RCÎEE3
obtint les meilleurs résultats, peuvent se grouper en sept catégories : 1° Lévitations ; 2° Apports; S" Adhérence au sol; 4° Médiumnité musicale ; 5° Ecriture; 6° Végétation accélérée; 7° Matérialisations.
Voici quelques faits de lévitation. Le fakir prend une canne, appuie la main sur la pomme, prononce des formules magiques, s'élève à deux pieds du sol, les jambes croisées à l'orientale, et reste vingt minutes dans cette position. Autre fait plus merveilleux encore : « Covindasamy tient les mains étendues au-dessus d'un vase très lourd et, au bout de quelque temps, on voit ce vase osciller régulièrement sur sa base, comme un pendule; peu après il semble quitter le sol, sans changer son mouvement, se balançant au commandement du fakir. »
Jacolliot décrit ensuite un phénomène d'adhérence au sol. « Je pris, dit-il, une petite table en oois de teck, que je pouvais enlever sans effort entre le pouce et l'index, et je demande au fakir s'il peut la rendre adhérente au sol. Le Malabare y impose ses mains, reste immobile un quart d'heure, puis me dit que les esprits sont venus et que personne ne pourra plus soulever la table sans leur permission. Je m'approche et tente en vain de l'enlever; mais elle semble fixée au sol. Je redouble mes efforts et la partie supérieure me reste dans les mains. Quant aux pieds, je ne pus réussir à les faire bouger. »
Jacolliot raconte aussi la curieuse expérience de l'harmonica jouant tout seul. On suspend l'instrument à une des barres de fer de la terrasse, de façon qu'il se balance à deux pieds du sol, et l'on prie le fakir d'en tirer des sons sans y toucher. Covindasamy prend entre le pouce et l'index la corde de suspension, puis se concentre dans la plus complète immobilité . Au bout de quelques minutes l'instrument s'agite doucement avec un mouvement de va-et-vient, comme touché par une main invisible, puis il donne des sons prolongés, sans accord entre eux, mais parfaitement nets. On demande un air musical, et le fakir de répondre qu'il va évoquer un antique musicien de la pagode. Après un silence assez long, on entend une sorte de prélude, puis un air populaire de la côte malabarel
Voyons pour l'écriture directe. < Covindasamy, dit Jacolliot, étend du sable fin sur le sol, l'égalise! avec les mains, puis me demande un bâtonnet qu'il allonge à terre, me disant d'écrire au crayon tout ce que je voudrais sur un papier. Le fakir étend les mains et murmure les formules secrètes des incantations. Aussitôt le bâtonnet se dresse et reproduit immédiatement sur le sable tout ce que je trace sur le papier. Dès que je m'arrête, il reste immobile. Le fakir me dit ensuite de penser un mot sanscrit, langue aimée des esprits. Il étend les mains comme précédemment, et je lis sur le sol le mot puruncha, que je venais de penser.
Les fakirs prétendent aussi accélérer la végétation des plantes, au point de leur imprimer en quelques heures une croissance qui d'ordinaire demande des mois.
« Connaissant la puissante médiumnité de mon fakir, je décide de tenter avec lui cette expérience, dans des conditions permettant un contrôle rigoureux. Il prend un vase de grandeur moyenne, rempli de terre bien humectée d'eau, et il y plante une graine de papayer choisie par moi ; puis, les mains étendues au-dessus du vase, il marmotte des metram et ne tarde pas à tomber en catalepsie. Au bout de deux heures d'immobilité complète, il s'éveille lentement de sa torpeur, soupire, se lève et, découvrant une étoffe de mousseline, dont il avait voilé le vase, il me montre une jeune plante de papayer, toute fraîche et verte, d'environ vingt centimètres, croissance qui aurait demandé au moins quinze jours dans les conditions normales. »
Une autre fois, le même fakir prend un de ces petits réchauds que l'on trouve dans toutes les cases indiennes et il y place un vase de poudre odorante. Il se met alors dans sa position habituelle, les bras étendus, dans l'immobilité la plus complète, la main droite sur le cœur et la gauche appuyée sur le bâton à sept nœuds, signe d'initiation qui ne le quitte jamais, et il entonne une longue incantation. Tout à coup se forme et s'élève un nuage phosphorescent; on en voit surgir de
tous côtés des apparences de mains; au bout de quelques minutes ces mains perdent leur forme vaporeuse et ressemblent à des mains naturelles. « Demandant au fakir, dit Jacolliot, s'il me serait possible de les toucher, l'une d'elles se détache du groupe et serre la main que je iends. Je la prie de me laisser un souvenir et aussitôt la main se détache de la mienne, va cueillir une fleur d'un bouquet, me l'apporte et disparaît. A ce phénomène succédèrent deux autres, plus merveilleux encore. Peu après la disparition des mains, un nuage semblable au premier vient se former sur le petit réchaud, revêt graduellement une forme humaine, et je distingue le spectre d'un vieux brahmane agenouillé près du feu. Il s'évanouit et j'entends des modulations bizarres, d'abord lointaines, puis se rapprochant peu à peu, et enfin je vois le fantôme d'un musicien hindou, tirant d'un harmonica les sons monotones qui caractérisent la musique religieuse de l'Inde. Il fait le tour de la chambre et de la terrasse et disparait. »
Les fakirs sont surtout connus pour leurs phénomènes d'invulnérabilité, ensevelissement et pseudo-résurrection, dont je cite un exemple pris dans La cour de Rundjel-Ling, d'Osborne :
« Le fakir se dit prêt à subir l'épreuve. Le maharajah, un chef Sick et le général Ventura se réunis sent près d'une tombe construite exprès en moellons. Le fakir se fait boucher sous leurs veux avec
de la cire tous les orifices du corps, sauf la bouche. On l'enveloppe dans un sac de toile et on lui retourne la langue en arrière de façon à obstruer la gorge. Aussitôt il tombe en léthargie. On ferme le sac, où le maharajah met son propre sceau. On met ensuite ce sac dans un cercueil bien scellé, que l'on enferme dans le tombeau. On jette par-dessus de la terre où l'on sème de l'orge, et enfin l'on poste tout autour des sentinelles avec ordre de veiller jour et nuit.
« Malgré ces précautions le maharajah conserve quelques doutes. Deux fois il 8e fait ouvrir la tombe, où l'on trouve le fakir inanimé et froid. Au bout des dix mois que devait durer l'ensevelissement, on fait l'exhumation définitive. Le caveau est ouvert, la bière enlevée, et l'on en retire le fakir, chez qui il ne restait de trace de vie qu'un peu de chaleur au sommet de la tête. On lui ouvre la bouche, on lui remet la langue dans sa position normale, on lui verse lentement de l'eau chaude sur la tête, et peu à peu la vie réapparaît. Au bout de deux heures de soins, le fakir se lève et se meta courir. Cet homme extraordinaire racontait que la durée de son ensevelissement avait été remplie de songes merveilleux, mais que le moment du réveil avait été très pénible. »
Le [Vellspiegel de 1909 signale quelques tours de fakirs que le missionnaire allemand Schmidt affirme avoir vus. Un fakir étale du sable à ses
pieds, prononce ses formules magiques et invite le missionnaire à dessiner quelque chose sur, un papier. Schmidt fait un dessin qui est reproduit aussitôt sur le sable. Mais le tour le plus extraordinaire est celui d'un autre fakir tenant l'extrémité d'une corde à la main, et lançant l'autre en l'air. La corde se déroule et s'allonge indéfiniment ; un enfant, prié de s'y accrocher, grimpe et en peu d'instants disparaît. Des faits aussi étranges porteraient plutôt au scepticisme.